16 février 2017

Les immigrés plus diplômés que les Français ?

Dans une opération de propagande digne des plus grandes heures de La Pravda, un journaliste du Matin, Jonathan Zalts, se fait l'écho d'un article du Monde sur le niveau d'éducation des migrants. Son article est intitulé "Les immigrés plus diplômés que les Français" - oui, il n'y a pas de point d'interrogation. C'est une affirmation.

L'article n'y va pas par quatre chemins:

Dans son travail intitulé «Le niveau d’instruction des immigrés : varié et souvent plus élevé que dans les pays d’origine» relayé par Le Monde, le chercheur de l'INED (Institut national d’études démographiques) Mathieu Ichou met au jour une théorie bien éloignée de l'image du migrant primitif débarqué en haillons de son canot (sic).

Il révèle ainsi que certains groupes sont généralement plus diplômés que la population française. Par exemple, 37 % des immigrés nés en Roumanie et vivant en France posséderaient selon lui un diplôme de l’enseignement supérieur alors que seulement 27% des Français peuvent se targuer de pareille qualification. Le chercheur indique des chiffres similaires pour d'autres diasporas comme les Chinois, les Vietnamiens ou encore les Polonais. (...)

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La photo d'illustration de l'article montre quelques immigrés roumains,
chinois, vietnamiens ou polonais typiques.

Et de conclure d'un ton rieur:

Une étude qui risque de faire grincer quelques dents du côté du Front National.


A ce stade, on hésite: est-ce un poisson d'avril? Une attaque raciste anti-française? Un troll? Une simple fake news?

Creusons.

Le Monde, tel qu'il est

Le pamphlet du Matin vient d'une publication amie, Le Monde. Le titre de l'article est plus neutre: "Certains groupes d’immigrés sont plus diplômés que la population française en général". Le ton est moins ouvertement polémique. D'ailleurs, le texte comporte quelques précisions dont l'article du Matin ne s'embarrasse pas:

Quelques autres diasporas sont en revanche en dessous de ce taux [de diplôme de l’enseignement supérieur], comme les Tunisiens, dont 21 % ont au moins une licence, ou les Marocains (19 %) et les Algériens (18 %).


On passe donc de "Les immigrés" à "certains groupes d'immigrés, mais pas les Marocains, les Tunisiens ou les Algériens". L'effet est amoindri. Cela n'empêche pas le journaliste du Monde de se livrer au prêche habituel:

En France, le migrant reste, souvent, perçu comme un pauvre hère débarqué en haillons. Cette mythologie s’éloigne pourtant de plus en plus de la sociologie réelle de l’exilé. Même assignés au maniement du balai ou à un poste de vigile, les migrants installés dans l’Hexagone ont souvent des diplômes en poche.


Ah, l'éternel conte du videur de boîte de nuit BAC+5 mais contraint par le destin à se cantonner à de petits boulots... Il est tellement facile de ne pas tenir compte de quelques éléments connexes comme l'équivalence entre les diplômes internationaux ou les besoins réels du marché du travail. Si je reconnais bien volontiers que les immigrés sont parfois mieux formés que les autochtones - j'en suis un parfait exemple - cela ne correspond pas à une généralité, en particulier pour des pays qui ne parviennent pas à appliquer un principe d'immigration choisie.

Et si nous allions examiner cette fameuse étude?

Population & Sociétés, février 2017, par l'INED

L'avantage du monde scientifique est, en général, dans sa transparence. Mathieu Ichou est Chargé de recherche à l'INED. Son article n'apparaît pas (ou peut-être pas encore) dans sa bibliographie. En réalité, le document cité par Le Monde et Le Matin est simplement diffusé dans le numéro de février de la revue mensuelle Population & Sociétés de l'INED, une modeste publication de quatre pages.

La publication contient en fait deux articles. Le premier, de Mathieu Ichou, présente sur deux pages et demie le niveau d'éducation des immigrés en France selon leur origine. Données statistiques à l'appui, il relève que les immigrés sont généralement plus instruits que la plupart des personnes restées dans leur pays de naissance - et non par rapport au pays d'accueil, ce qui n'est pas du tout la même chose.

L'étude statistique souffre malgré tout de quelques faiblesses. Toutes les données datent de 2012, c'est-à-dire aux balbutiements de la guerre en Syrie. Elles ne recouvrent donc absolument pas les populations venues en Europe à la faveur de ce qui sera appelé plus tard la "crise migratoire", et qui modifiera en profondeur le visage de l'immigration sur le Vieux Continent. On peut supposer qu'en 2012 les gouvernements étaient encore à peu près capable d'identifier les immigrés et de saisir leur niveau de formation ; en 2017, les services d'accueil, dépassés, ne savent même plus distinguer les mineurs des adultes.

La seconde faiblesse tient évidemment à la proportion des différentes populations immigrées elles-mêmes. On peut certes clamer que les immigrés vietnamiens sont en moyenne plus instruits que les Français autochtones, mais quelle est la proportion de ces ressortissants vietnamiens face aux Algériens, aux Turcs ou aux Sénégalais qui sont, eux, bien moins lotis? En laissant de côté cette dimension essentielle, tancer les gens pour leurs "idées fausses à propos de l'instruction des immigrés" relève de la malhonnêteté intellectuelle.

Le numéro 541 de Population & Sociétés contient un second article par Anne Goujon. D'une seule page, il a le mérite de présenter des données plus récentes, collectées en 2015 en Autriche. L'article rappelle que les immigrés sont en général des gens plus riches que la moyenne dans leur pays - les plus pauvres n'ayant même pas de quoi voyager - et relie cette richesse à leur niveau d'instruction. Il établit ensuite un tableau de comparaison entre le niveau d'éducation de certaines nationalités et le compare aux Autrichiens:

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Niveaux d'instruction des réfugiés en Autriche, comparé à ceux des Autrichiens
et de la population générale dans les pays d'origine (cliquez pour agrandir)

On notera donc que les populations immigrées de ce panel sont toutes moins bien formées que les Autrichiens, à l'exception d'une seule catégorie, les Irakiens ayant fait des "études post-secondaires". Cette maigre exception reste suspecte: dans un pays tellement plongé dans le chaos qu'il n'est même plus capable d'établir des statistiques d'éducation de sa propre population - alors que même l'Afghanistan y parvient - que valent des "études post-secondaires"? On peut douter du niveau d'enseignement de l'Université de Bagdad depuis la chute de Saddam Hussein il y a quatorze ans...

Enfin, la qualité de ces chiffres est elle-même sujette à caution, sachant que beaucoup d'immigrés illégaux mentent non seulement sur leur origine et leur âge, mais aussi sur leur niveau de formation s'ils pensent pouvoir diminuer ainsi leurs chances d'être refoulés.

Quoiqu'il en soit, pour l'essentiel et sans même tenir compte des nombreux biais et erreurs de mesures, les populations immigrées sont en général loin d'avoir le niveau éducatif des habitants des pays occidentaux qu'elles rejoignent.

Retour à la réalité

L'article du Matin représente un cas d'école de la façon dont un travail scientifique est progressivement exagéré et déformé pour finir en manchette outrancière, passant de "Les migrants sont mieux formés que leur population d'origine" à "Certains groupes d’immigrés sont plus diplômés que la population française en général" pour finir avec un "Les immigrés [sont] plus diplômés que les Français". Mais combien de gens se seront donné la peine de remonter à la source?

L'analyse statistique donnée par les chercheurs de l'INED entre en conflit direct avec la mesure empirique de la réalité, brutalement rencontrée par l'Allemagne. Ainsi, le Gatestone Institute se fait l'écho de quelques faits contradictoires:

Une enquête réalisée par la Frankfurter Allgemeine Zeitung a révélé que les 30 plus grandes entreprises allemandes ont employé seulement 54 réfugiés, dont 50 ont été embauchés comme coursiers par Deutsche Post, le prestataire logistique. Les dirigeants d'entreprise ont déclaré que le principal problème des migrants est qu'ils n'ont pas de qualifications professionnelles et parlent mal l'allemand.

Selon l'Office fédéral du travail, le niveau d'instruction des migrants récemment arrivés en Allemagne est beaucoup plus faible que prévu : un quart seulement dispose d'un diplôme d'études secondaires, et les trois quarts n'ont aucune qualification. Quatre pour cent seulement des nouveaux arrivants sont hautement qualifiés.


Loin des diplômés universitaires en puissance présentés par les chercheurs de l'INED, la plus grande partie des migrants d'aujourd'hui s'apparente à de pauvres hères à peu près inemployables. Ils n'en sont pas moins dignes de respect, car celui-ci ne se mesure pas en niveau de formation. Mais cela a un impact direct sur leur avenir au sein des sociétés occidentales.

Nos économies développées ne laissent plus guère de place à des petits boulots sans qualification pour les éléments les plus faibles de la société - une porte refermée bien avant la crise migratoire. Le niveau éducatif réel des migrants est donc l'enjeu d'une bataille idéologique importante. Sont-ils un atout pour le futur de nos sociétés, ou une charge permanente sur la collectivité?

Les chiffres d'emploi des demandeurs d'asile en Allemagne, en Suède, en Suisse et dans d'autres pays ne poussent guère à l'optimisme. Avec la crise migratoire et sans même aborder les questions de communautarisme ou de criminalité, les Européens ont vraisemblablement fait entrer sur leur sol des populations entières qui resteront à la charge des autochtones toute leur vie, présageant la ruine des mécanismes sociaux.

Admettons par ailleurs que les migrants soient, en moyenne, plus riches et mieux éduqués que la population de leur pays d'origine. Ce n'est pas une meilleure nouvelle. Les diplômés sont abondants en Europe, mais manquent cruellement à la source des flux migratoires au Moyen-Orient et en Afrique. Cette fuite des cerveaux repousse d'autant la capacité des pays d'origine à sortir de la crise et du sous-développement.

12 février 2017

12 février: victoires socialistes majeures

Les votations du 12 février ont donc eu lieu. En plus de divers objets cantonaux, trois objets fédéraux étaient au menu, RIE III, la naturalisation facilitée des étrangers de 3e génération, et le nouveau fonds FORTA pour le financement de nouvelles infrastructures.

Troisième Réforme de l'Imposition des Entreprises (RIE III) - Cette réforme était sans doute le gros morceau de cette journée de votation. Les différents sondages avaient montré que le texte était mal embouché ; la confirmation vint assez tôt avec un rejet plutôt cinglant, 59,1% de Non.

votation du 12 février 2017,naturalisation,fiscalité,automobile

Seuls quatre cantons l'acceptent, dont Vaud, soutenant fort logiquement une réforme dont il avait approuvé des mesures d'accompagnement soutenues par l'ensemble de l'échiquier politique (dont le PS local... qui fit ensuite campagne contre RIE III. Toujours cohérents, les camarades!)

Si RIE III ne m'inspirait guère d'enthousiasme, je m'étais engagé en faveur du texte: il allait tout de même dans le bon sens, diminuant l'imposition des PME helvétiques tout en accroissant celle des multinationales. Mais surtout, il permettait de maintenir la compétitivité internationale de la Suisse en conformité avec les nouvelles règles de l'OCDE.

Écœuré par les abattements fiscaux que permettait la fameuse "boîte à outils", enfiévré par la gauche qui hurla aux pertes fiscales, emporté par une irritation générale face aux élites implorant de voter Oui, les citoyens suisses choisirent d'exprimer leur colère.

Le résultat est là: RIE III est à la poubelle et la Suisse saute dans l'inconnu. Qu'adviendra-t-il des 24'000 multinationales installées dans le pays, des 150'000 personnes qu'elles emploient et, surtout, des 5 milliards d'impôts qu'elles versent annuellement? Si elles quittent la Suisse, les pertes fiscales seront sans commune mesure avec le manque à gagner de RIE III, sans compter le chômage et les conséquences sur les PME locales.

La victoire socialiste d'aujourd'hui pourrait avoir assez vite un goût de cendres.

Naturalisation facilitée des étrangers de troisième génération (abordée ici): la réforme lancée par la socialiste Ada Marra remporte le suffrage haut la main avec 60,4% de Oui. Différentes variantes de l'objectif étaient depuis longtemps soutenues par une majorité populaire mais quelques cantons alémaniques faisaient obstacle à la double-majorité requise. Seuls six refusèrent aujourd'hui, entraînant de fait l'adoption de la réforme.

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Rompant avec la tradition germanique d'héritage culturel familial, la Suisse ouvre progressivement la voie à une naturalisation selon le droit du sol. Le changement de paradigme est bien réel, puisque ces nouveaux naturalisés ne demanderont plus la vérification de critères d'intégration mesurables, même si cet examen était déjà souvent laxiste.

Les Suisses sont restés sourds au fait que ces immigrés de troisième génération avaient déjà toutes les cartes en main pour se faire naturaliser selon la voie habituelle - excepté la volonté de le faire. En rendant le processus plus facile, la population s'enrichira-t-elle de citoyens plus impliqués?

"Quand le peuple vote mal, il faut changer le peuple" ironisait Bertolt Brecht. Dans une époque où trois quarts des nouveaux Suisses le sont déjà par naturalisation, cette nouvelle réforme aura de profondes conséquences à long terme sur la composition du corps électoral helvétique.

Fonds pour les routes nationales et le trafic d'agglomération (FORTA): avec 62% de Oui, les Suisses ont plébiscité la création d'un fonds routier doté de 3 milliards de francs sur le modèle de celui qui existe déjà pour le rail. Les sondages montrèrent une course en tête tout au long de la campagne et pas un seul canton ne refuse cet objet.

La gauche s'opposait au texte mais avait du mal à convaincre, le retard d'investissement en faveur de la route s'avérant chaque année plus évident. Elle s'élevait contre l'attribution de recettes directement dans un fonds dédié au détriment de la caisse générale de la Confédération, et contre la nouvelle augmentation - jugée trop faible - de 4 centimes par litre d'essence, alors que celle-ci est déjà devenue plus onéreuse qu'en France voisine...

Quelques voix firent entendre au passage que FORTA bénéficierait tout autant aux autres modes de transport routier qu'à la voiture, comme les transports en commun et les vélos. Il reste donc de nombreux moyens de torpiller l'utilisation d'un argent théoriquement dévolu à l'élimination des goulets d'étranglement routiers.

 


 

Finalement, les Vaudois ont accepté à plus de 55% la nouvelle Loi sur la préservation et la promotion du parc locatif (LPPPL), abordée ici, et qui entérine entre autres choses la possibilité de préemption de la plupart des ventes immobilières par les autorités. Outre une nouvelle couche de bureaucratie et un allongement des délais de transaction, les malheureux candidats vaudois à la propriété verront donc éventuellement leurs projets contrecarrés par leur propre administration, selon l'ouverture d'une nouvelle Boîte de Pandore dont nous ne manquerons pas de voir les effets se déployer durant les prochaines années.

 


 

En fin de compte, ce dimanche de votation aura été le signe de plusieurs avancées majeures de la gauche. Sur le plan fiscal, la gauche a déclenché une réforme, puis une crise, et sort finalement victorieuse de l'ensemble ; elle repart avec le beurre et l'argent du beurre, et son influence est désormais telle qu'elle garde même l'initiative sur la future baisse des recettes fiscales consécutive au départ de multinationales. Il sera encore temps de tenter le Grand Chelem en faisant porter le chapeau à la droite - tant qu'on gagne, on rejoue!

Sur le plan de la nationalité, la brèche du droit du sol est enfin ouverte, pour le plus grand plaisir des ennemis du concept de communauté nationale. La possession d'un passeport rouge à croix blanche devient de plus en plus un simple acte administratif coupé de toute volonté de partager le destin d'un peuple ; les "Suisses de papier", déjà fort nombreux, pourront s'accroître mécaniquement avec le temps, amenant sur un plateau de nouvelles victoires à la gauche alors que la société se fragmente en groupes antagonistes dont le seul intérêt est de détourner les ressources de la collectivité à leur profit exclusif.

Entre RIE III et la naturalisation facilitée, la Suisse vient de s'offrir deux crises, une à court terme, une autre à long terme, par le seul biais de ses choix démocratiques. Le peuple helvétique a semble-t-il décidé de s'offrir un avenir contrarié.

10 février 2017

Un jour noir pour la démocratie

Le 6 décembre 1992, un certain Conseiller fédéral évoqua un "dimanche noir" pour la Suisse. La catastrophe était alors le refus de ses citoyens d'adhérer à l'Espace Économique Européen, préalable à une adhésion pleine et entière à l'Union Européenne. La formule de Jean-Pascal Delamuraz passa à la postérité ; pourtant, ce jour noir n'en était pas un. Tout au contraire, c'était le triomphe de la démocratie - un verdict des urnes qui s'imposait aux négociations de couloir et aux allégeances secrètes.

L'époque paraît lointaine aujourd'hui. Mais le jour noir de la démocratie existe bel et bien: il a eu lieu le 9 février 2017, lorsque les trois ans accordés pour la concrétisation de l'Initiative contre l'immigration de masse se sont écoulés sans aucune conséquence.

L'UDC l'annonce clairement:

Il y a exactement trois ans jour pour jour, le peuple et les cantons ont approuvé l'initiative contre l'immigration de masse. Le souverain a ainsi donné au Conseil fédéral et au Parlement un mandat clair: la Suisse doit reprendre le contrôle autonome de l'immigration sur son territoire en imposant des plafonds et des contingents. Toujours selon l'article constitutionnel approuvé par le peuple et les cantons, les traités de droit public qui sont contraires à ce principe devaient être renégociés en l'espace de trois ans et adaptés. En cas de non-application de la décision du peuple du 9 février 2014, le Conseil fédéral devait la mettre en œuvre par la voie d'ordonnances.


Il n'y eut aucune mise en œuvre. Le Conseil Fédéral et le Parlement ignorèrent purement et simplement la disposition constitutionnelle, menés par le raisonnement pétri de mauvaise foi d'une Cesla Amarelle qui lança que la pesée d'intérêt entre les bilatérales et la remise en cause de la libre-circulation devait profiter aux premières.

Malgré toute la morgue que pouvait lui attirer sa logique spécieuse, la socialiste ne se fit que la porte-parole de la majorité parlementaire et gouvernementale, prête à toutes les compromissions pour enterrer le vote du 9 février 2014 sans faire de vagues.

Le résultat est là: une loi d'application tellement light qu'elle en est risible. Selon Le Matin:

Selon la solution retenue par le Parlement, le Conseil fédéral devra d'abord prendre des mesures pour épuiser le potentiel de main-d’œuvre indigène. Les patrons ne seront bridés que pour les groupes de profession, domaines d'activité ou régions économiques qui enregistrent un chômage supérieur à la moyenne. Sous peine d'une amende pouvant atteindre 40'000 francs, les employeurs devront annoncer leurs postes vacants et convoquer à un entretien ou un test d'aptitude les candidats sélectionnés par le service. Mais pas besoin de justifier un éventuel refus.


lematin_sondage_9féfrier.jpgComprenez: la possibilité, dans certains cas bien spécifiques, de devoir convoquer des demandeurs d'emploi indigènes avant de décliner leur candidature tout aussi sec. Et notez bien qu'on ne parle que de "main-d’œuvre indigène" et surtout pas de "main-d’œuvre suisse": les étrangers présents en Suisse, par exemple au bénéfice d'un simple permis B, profiteront tout autant de ce cache-misère que les autochtones.

Personne ne prétend que la loi d'application reflète même imparfaitement le vote contre l'immigration de masse - pas même les politiciens qui la défendent. Le grand public n'en est pas dupe davantage, comme le montre un sondage en ligne.

La volonté du peuple est bafouée tout à fait ouvertement.

Le 9 février 2017 est un jour de deuil - c'est le jour où la démocratie directe helvétique s'est éteinte. Le jour où la population put constater de façon irréfutable que la volonté du peuple transmise par les urnes fut foulée au pied en toute connaissance de cause par ses soi-disant représentants.

Le Conseil fédéral avait le devoir de renégocier l'accord de libre circulation des personnes avec l'UE, et de gérer l'immigration en Suisse par la voie de contingents comme dans le passé. Il passa outre. Il n'avait pas envie de se fâcher avec M. Junker et sa clique, de semer le trouble sur la belle amitié entre Berne et Bruxelles.

La trajectoire remonte à un quart de siècle, au lendemain du "dimanche noir" de M. Delamuraz. Les élites jurèrent que plus jamais elles ne se laisseraient déposséder de leurs décisions par le peuple. Leur défaite digérée, elles commencèrent selon la bonne vieille tactique du salami à mettre en place une adhésion progressive à l'Union Européenne. Le peuple suisse ne souhaitait pas intégrer l'Union Européenne? Qu'importe! Il se retrouverait à l'intérieur, pieds et poings liés, sans même s'en rendre compte - et bien entendu, finirait placé devant le fait accompli.

Le vote du 9 février 2014 fut un électrochoc. Il montra aux élites que le peuple pouvait encore être revêche, et aux citoyens que leurs représentants n'en avaient que le nom. Malgré de nombreuses péripéties et d'espoirs déçus, il fallut encore trois ans pour que les yeux des uns et des autres se décillent pour toujours. L'UDC résume parfaitement la situation actuelle:

Une élite arrogante et prétentieuse composée de la majorité du Conseil fédéral et du Parlement, aidée par des juges et des hauts fonctionnaires, fait tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher que le peuple suisse puisse décider de l'immigration dans son pays. Il s'agit d'une attaque frontale contre la démocratie directe et contre la liberté de notre pays dans le but d'intégrer autant que possible la Suisse dans une UE chancelante.


L'issue de la bataille est indécise. Elle dépend pour l'essentiel de la capacité des citoyens à prendre du recul sur leurs habitudes électorales.

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Les citoyens qui votèrent en majorité contre l'immigration de masse, les trois-quarts des Suisses qui estiment aujourd'hui que la volonté du peuple est bafouée, continueront-ils comme si de rien n'était, reconduisant au pouvoir des politiciens qui ont méprisé la démocratie directe?

L'excuse des "discussions en cours" n'a plus lieu d'être. Le non-respect de la volonté populaire est désormais un fait.

Si rien ne se passe aux prochaines élections fédérales, les parlementaires félons pourront sabler le champagne: ils auront eu la confirmation que le peuple suisse est composé en grande partie de citoyens apathiques dont on peut royalement ignorer l'opinion, et qui en redemandent.

Mise à jour (11 février): Lesobservateurs.ch décrivent les arrangements en coulisse des quatre personnalités politiques qui ont élaboré la "préférence indigène light" - tellement light qu'elle est impossible à distinguer de l'eau claire - et qui tient désormais lieu de loi d'application à l'initiative contre l'immigration de masse.

07 février 2017

Réchauffement Climatique: la tricherie de trop

Dire que la Théorie du Réchauffement Climatique d'Origine Humaine traîne des casseroles serait très en-dessous de la vérité.

213423P_hockey_stcik_illusion.pngDepuis sa conception et sa révélation au Monde à travers la fausse Courbe en crosse de Hockey, après l'inexplicable réchauffement climatique de Mars (aucun rapport avec cette grosse boule de feu souvent aperçue dans le ciel), après le scandale du Climategate révélant l'ampleur de la fraude scientifique autour de la publication d'articles pro-réchauffement et l'impitoyable chasse aux sorcières réservée aux dissidents, après l'utilisation par le GIEC de propagande de Greenpeace comme matériel scientifique, après avoir lancé des dizaines de prévisions absurdes, il n'existe aucun exemple de théorie aussi discréditée par la controverse, la malhonnêteté et les scandales que le Réchauffement Climatique, mais gardant intacte son pouvoir de séduction auprès des médias et des grands de ce monde.

Mais toute chose a une fin et la dernière casserole attachée à l'attelage pourrait enfin stopper sa course folle.

Au tour de la NOAA

Le dernier scandale en date nous vient donc de la NOAA. La NOAA, pour National Oceanic and Atmospheric Administration, est devenue depuis des années un bastion américain du réchauffisme. Pour tout dire, la NOAA est l'organisme qui a tordu le cou à la fameuse "pause du réchauffement climatique" - une interruption de 17 ans du réchauffement, admise publiquement par nul autre que Rajendra Kumar Pachauri, président du GIEC en exercice en 2013. Sans doute un de ces odieux climato-sceptiques...

Bien peu diffusée dans les médias, cette longue pause du réchauffement mettait à mal des modèles climatiques régulièrement ridiculisés mais risquait surtout d'éteindre l'hystérie collective autour du réchauffement, et à travers elle ses riches débouchés politiques. Heureusement, la NOAA vint à la rescousse: les données avaient été mal lues! Le réchauffement était toujours là!

Malgré le grotesque de la thèse, nos médias pétris d'intégrité scientifique la reprirent comme un seul homme. Ils purent donc révéler au grand public que la pause de 17 ans du réchauffement climatique qu'ils avaient cachée jusque-là avec la dernière énergie était finalement du flan. On pouvait enfin se remettre à paniquer, comme avant. Le Monde, fidèle à sa tradition "d'information", alla jusqu'à clamer que la pause du réchauffement n'était rien d'autre qu'une invention de ces affreux négationnistes du changement climatique!

Juste avant les accords de Paris, le timing tombait pile. Le réchauffement climatique avait eu chaud... À ceci près que la NOAA avait honteusement trafiqué ses résultats pour parvenir à ses conclusions.

réchauffement climatique,mensonges,manoeuvres politiquesNous le savons aujourd'hui grâce au témoignage d'un lanceur d'alerte interne à l'organisation, le Docteur John Bates, un scientifique de haut niveau de la NOAA à l'intégrité et à la réputation irréprochables. Celles-ci furent d'ailleurs récompensées en 2014 par l'obtention d'une médaille d'or, décernée par l'Administration Obama, pour son travail dans l'élaboration des procédures concernant la préservation des données liées au climat.

Le Dr Bates décida de briser le silence face à des manipulations inqualifiables, révélant le pot-aux-roses à des journalistes. En résumé:

  • Un article scientifique majeur [Karl et al 2015] exagéra le réchauffement climatique.
  • Cet article fut publié dans Science avec empressement dans le but d'influencer les Accords de Paris sur le changement climatique.
  • La NOAA enfreignit ses propres règles pour permettre son élaboration.
  • L'article, proclamant que la "pause du réchauffement" n'a jamais existé, repose sur des données trompeuses et non vérifiées.

Dans une interview sur un blog, le Dr Bates décrivit plus précisément le processus de perversion de la science:

Graduellement, dans les mois suivant la publication, les preuves s'accumulèrent montrant que Tom Karl avait constamment "un doigt sur le plateau de la balance" - dans la documentation, les choix scientifiques, la diffusion des jeux de données - dans le but de discréditer la notion de parenthèse dans le réchauffement climatique. Il força une diffusion publique à la hâte de l'article pour influencer les délibérations nationales et internationales sur la politique climatique.


Tom Karl obtint de fructueuses discussions avec John Holdren, le Conseiller pour la Science de Barack Obama. Mais il tricha à de nombreuses reprises lors de l'élaboration de son article. Il mélangea des données fiables de bouées marines avec des données de navires, non fiables et plus chaudes à cause de leur moteur, pour faire monter la température océanique ; il ignora des données satellites n'allant pas dans son sens ; il utilisa pour analyser ses données une version du logiciel GHCN connue pour être tellement boguée qu'elle ne donnait pas un résultat identique d'une fois à l'autre à partir des mêmes données initiales ; et finalement, il fit disparaître l'ordinateur sur lequel ses résultats furent établis, violant ainsi non seulement les directives de la NOAA mais également le protocole de la revue Science.

réchauffement climatique,mensonges,manoeuvres politiques
La courbe des températures de l'article erroné (en rouge) contre la courbe des températures vérifiées (en bleu). Notez l'exagération de 0,2° C rien que pour l'année 2016.

Fouillant davantage dans le dossier, le Daily Mail découvrit que non seulement la NOAA publia un article profondément erroné, mais tenta de cacher la vérité pour empêcher la découverte de la supercherie:

Après la publication de l'article scientifique, le Comité des Sciences de la Chambre des Représentants des États-Unis lança une enquête sur ses allégations concernant l'absence de pause dans le réchauffement. La NOAA refusa de se soumettre aux injonctions de fournir les e-mails internes formulées par le président du comité, le républicain Lamar Smith du Texas, et mentit en proclamant que personne à l'interne n'avait levé le moindre soupçon concernant la publication.


M. Smith remercia le Dr Bates pour "s'être courageusement porté volontaire pour dire la vérité sur les dirigeants de la NOAA jouant de façon irresponsable avec les données afin d'appuyer des conclusions politiques prédéterminées."

La tricherie de trop

Ironiquement, le Docteur John Bates sortit de sa réserve lorsqu'il vit fleurir des articles s'inquiétant de la préservation des données scientifiques du réchauffement climatique sous l'administration Trump - alors même qu'il avait été témoin de leur compromission éhontée sous la surveillance de l'administration Obama.

Cela ne pourrait être qu'une banderille de plus plantée sur le taureau du réchauffement climatique, mais maintenant que Donald Trump est dans l'arène, le moment est particulièrement mal choisi. Comme l'explique James Delingpole, le nouveau Président des États-Unis dispose désormais d'une opportunité en or pour lancer le grand ménage.

Trump est maintenant dans la position parfaite pour demander à tous les corps scientifiques étudiant le climat et recevant des fonds du gouvernement (c'est-à-dire tous) de rendre leur code et leurs données accessibles au public. Cela signifiera que toutes les manipulations de données à la NASA et à la NOAA seront finalement exposées à la vue du monde - rendant impossible aux propagandistes du réchauffement l'utilisation du bon vieil appel à l'autorité "Mais les experts de la NASA et de la NOAA disent..." Et dans un futur maintenant proche, ces faux experts de la NASA et de la NOAA devront se chercher de nouveaux boulots, remplacés par des scientifiques intègres qui, eux, suivent scrupuleusement la méthode scientifique.

L'ironie sera particulièrement savoureuse pour tous ces climato-sceptiques honnêtes qui, au cours des dernières décennies, ont été qualifiés "d'anti-scientifiques" pour avoir remis en question le consensus du réchauffement climatique.


James Delingpole termine son analyse en citant Michael Crichton: "Un consensus scientifique n'existe pas. Soit c'est un consensus et ce n'est pas de la science, soit c'est de la science et ce n'est pas un consensus. Point."

On ne saurait mieux conclure.

03 février 2017

RIE III, la tentation de la colère

La campagne pour RIE III est mal engagée. Un dernier sondage gfs.bern donne le Oui en tête à 45% contre 44% pour le Non, avec -5% et +9% respectivement depuis la précédente enquête. L'opposition a donc le vent en poupe. Elle appelle à la mobilisation pour passer l'épaule.

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Le sondage montre que les partis de gauche sont très mobilisés. À droite et au centre-droit, seul le PLR convainc ses partisans ; l'UDC et le PDC peinent à rassembler leurs sympathisants. Le duel est donc bien plus équilibré que prévu.

De façon empirique, le rejet envers RIE III semble relever d'une certaine colère ; il suffit de lire les commentaires de mon premier billet en rapport sur Lesobservateurs.ch. La révolte gronde - contre les élites, contre ces multinationales qui exigent et obtiennent des faveurs, contre Économie Suisse, contre ces Conseillers d’État de divers cantons qui viennent pleurnicher, la larme à l’œil, que des magouilles comme les intérêts notionnels sont la bonne solution. Ils tiennent le haut du pavé en matière d'autorité et de moyens, mais leur matraquage continuel finit par être contre-productif. Les gens détestent qu'on leur force la main.

En face, les socialistes et leurs alliés font une campagne efficace. Ils crient contre la baisse des rentrées fiscales, attisent la jalousie, réclament que les riches payent leur écot. Ils passent sous silence que RIE III est le résultat de leurs propres efforts auprès de l'OCDE pour empêcher les pays de disposer de régimes fiscaux spéciaux.

Le pivot de cette campagne tient précisément à cet aspect: avec ou sans RIE III, une réforme fiscale est inévitable. Les socialistes le taisent volontairement et les partisans de RIE III ne parviennent pas à l'expliquer.

Le vote sur RIE III est ambigu car il laisse croire que les Suisses choisissent entre RIE III et rien du tout, ce qui est erroné. En réalité, ils votent pour RIE III et, s'ils refusent, une future RIE IV.

RIE III ne séduit pas, même parmi ceux qui l'acceptent. Mais refuser RIE III ne permettra pas de revenir dans le confortable monde d'avant. Il appartient à un passé révolu, comme les dinosaures. Les règles de l'OCDE ont changé. Refuser cet état de fait revient à mettre la Suisse sur tout un tas de listes noires et à lui faire subir autant de mesures de rétorsion de la part des 34 autres pays membres représentant 80% du PIB mondial.

La question n'est donc pas de voter pour RIE III ou pour le statu-quo, mais de voter pour RIE III ou de sauter dans l'inconnu.

Personne ne sait de quoi sera fait cet inconnu, mais différentes études montrent clairement qu'entre l'incertitude légale et le risque d'une double-imposition, les multinationales quitteront la Suisse en masse et à une vitesse surprenante. Le vieux fantasme de la gauche de saigner les riches entreprises internationales avec le même taux que subissent les PME helvétiques captives ne se concrétisera pas. Elles s'enfuiront avant de passer à la moulinette fiscale.

Une RIE IV aura beau intervenir plus tard, dans la panique, il n'y aura probablement plus grand-chose à sauver. En attendant, les recettes fiscales s'effondreront bien davantage qu'avec l'adoption de RIE III (on parle d'un facteur de x10). Les naïfs qui rejetèrent RIE III pour "maintenir les prestations sociales" risquent de déchanter. Ils seront les premiers à écarquiller les yeux, stupéfaits, mais il sera trop tard.

Vous en doutez? L'explication est pourtant sous nos yeux - dans RIE III elle-même. D'où sortent les intérêts notionnels, la patent box ou la déclaration des réserves latentes tant décriés par la gauche? Ces techniques ne viennent pas de l'imagination fertile des experts fiscaux de l'administration. Le Conseil Fédéral a tout simplement mis dans la "boîte à outil" des pratiques qui ont lieu, telles quelles, dans d'autres pays de l'OCDE.

Il n'y a aucune mesure inventée par la Suisse dans RIE III - juste un modeste échantillon des techniques employées par des pays concurrents de la Suisse pour attirer des multinationales. Lorsque le CEO d'une multinationale décide de déplacer le siège de son entreprise, il n'a que l'embarras du choix.

Mais qui a besoin de multinationales, me direz-vous? Chassons-les et logeons des migrants syriens dans leurs locaux désaffectés, voilà comment nous assurerons notre prospérité! Nous voilà sortis d'affaire! Les Suisses n'auront pas tué la poule aux œufs d'or, ils l'auront chassée.

Les Suisses sont-ils devenus naïfs au point de penser qu'une victoire de la gauche unie contre la droite unie donnera un résultat économiquement favorable à la Suisse? Au vu des sondages, par esprit de révolte, lassitude et rancœur, certains semblent prêts à tenter ce pari insensé.

Comme dans certaines scènes de ménage, fracasser la vaisselle est peut-être libérateur sur le moment, mais ne laisse qu'un triste champ de verre brisé le lendemain.

01 février 2017

L'ambition de François Fillon coulée par sa carrière

Une histoire de canard

Le Canard Enchaîné est une institution bien française. Le quotidien satirique paraissant le mercredi remplit ses pages des plus folles rumeurs sur le sérail politique français, des révélations souvent croustillantes et presque toujours justes. La rédaction du Canard est-elle remplie des meilleurs enquêteurs de la presse? Que nenni! Elle se contente de répondre aux innombrables sollicitations issues du monde politique. Que ce soit pour se venger d'un rival ou démolir un concurrent, il y a toujours quelqu'un pour passer des infos à un journaliste du Canard.

Depuis deux semaines, François Fillon en fait les frais. Mercredi dernier, le journal révélait que son épouse avait reçu des centaines de milliers d'euros de salaire de complaisance comme pseudo "assistante parlementaire". Mme Fillon aurait touché 500'000 euros de son époux entre 1998 et 2002, puis durant six mois en 2012. Le rôle de collaboratrice se serait poursuivi avec Marc Joulaud, le suppléant de M. Fillon, de 2002 à 2007.

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Ce mercredi, le quotidien en remet une couche. Le Canard chiffre désormais à 831'440 euros brut la somme perçue par Penelope Fillon, qui aurait aussi été assistante parlementaire entre 1988 et 1990. Au final, elle aurait reçu plus de 930'000 euros d'argent public. Et ce n'est pas tout. Citant le journal belge La Libre:

Mme Fillon aurait aussi touché 100'000 euros pour sa collaboration à La Revue des Deux Mondes pour des travaux dont l'hebdomadaire satirique dit ne pas avoir trouvé de trace.

Le candidat conservateur a par ailleurs rémunéré deux de ses enfants comme assistants parlementaires pour 84'000 euros lorsqu'il était sénateur de la Sarthe entre 2005 et 2007, selon les informations publiées par le journal le jour où les enquêteurs ont saisi des documents à l'Assemblée Nationale.


Le candidat des Républicains aux présidentielles, théoriquement favori, se retrouve dans la tourmente.

Les trois principaux dossiers Fillon

Quelqu'un de bien informé a prévenu le Canard Enchaîné. M. Fillon a des ennemis. Impossible de savoir d'où vient la fuite, mais comme pour Clinton et les e-mails de John Podesta fournis à Wikileaks, la source importe moins que la véracité des informations. Jusqu'ici les accusations d'emploi fictif semblent tellement plausibles que la justice française a ouvert une enquête - en fait, plusieurs.

Le rôle d'assistant parlementaire de son épouse, Penelope Fillon. Bien que ce dossier soit le plus documenté, c'est sans doute celui dans lequel le délit d'emploi fictif est le plus difficile à démontrer. Chaque député français reçoit une enveloppe de 9'000 euros mensuels pour rémunérer des collaborateurs comme il le souhaite. Aujourd'hui 20% des députés emploient leurs épouses, leurs enfants ou des proches.

Bien que moralement discutable (nous y reviendrons) la pratique est légale. Les témoignages de politiciens disant "qu'ils n'ont jamais vu Mme Fillon à Paris" sont pétris de mauvaise foi: les assistants parlementaires peuvent parfaitement travailler depuis la circonscription de leur député. Il suffira sans doute à M. Fillon de produire quelques brouillons ou documents de travail de cette période en proclamant qu'ils ont été écrits par son épouse - vrai ou faux - pour justifier de son activité.

Il reste malgré tout un problème: Mme Fillon aurait touché à elle seule jusqu'à deux tiers de l'enveloppe dévolue aux assistants de son député de mari, alors que la loi stipule que l'épouse employée comme assistante parlementaire ne peut recevoir que la moitié de cette somme. Cela suffira-t-il pour que les juges lancent un procès?

L'emploi de Penelope Fillon au sein de la Revue des Deux Mondes. Mme Fillon aurait touché 100'000 euros pour un travail dont on ne trouve guère de trace. Certaines sources non confirmées évoquent deux notes de lecture signées de sa main ; pour une collaboration s'étalant entre mai 2012 et novembre 2013, le bilan est maigre.

Le mensuel est une des plus anciennes publications européennes. S'il a connu des heures de gloire, il n'a plus qu'une diffusion confidentielle, moins de 5'000 abonnés en 2015. Selon la page Wikipédia de la publication, il n'emploie que dix salariés. Difficile de passer inaperçue en travaillant pendant un an et demi dans un si petit groupe...

M. Fillon fait la couverture du numéro de janvier 2017. La Revue des Deux Mondes est la propriété du milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière, ami de François Fillon ; il ne fait pas mystère de son soutien au candidat des Républicains. Il s'expose malgré tout à un délit d'abus de bien sociaux si l'emploi fictif de Mme Fillon est avéré. Cette affaire est plus problématique car le travail effectif de l'épouse du candidat, payé à prix d'or, sera nettement plus difficile à démontrer.

Les mandats d'avocat des enfants Fillon. Alors qu'il était sénateur de la Sarthe entre 2005 et 2007, François Fillon a rémunéré deux de ses enfants comme assistants parlementaires. M. Fillon, évoquant des "mandats d'avocat", révéla lui-même cette affaire sur un plateau de télévision, sans doute pour désamorcer une nouvelle bombe. Depuis, on sait que ces mandats ont été rémunérés pour un total de 84'000 euros, mais aussi que ses enfants n'étaient qu'étudiants en droit à l'époque des faits...

Hormis l'aspect désastreux de cette confusion en termes d'image, sur le plan judiciaire le dossier est quasiment identique à l'emploi de Penelope Fillon comme assistante parlementaire. Si François Fillon parvient à produire des documents ou des e-mails montrant une activité professionnelle de ses enfants pendant la période concernée, il devrait se tirer d'affaire, au moins devant la justice.

Et il y a encore trois autres affaires pendantes, quoique mineures à ce stade: L'embauche d'une de ses collaboratrices par la Revue des deux mondes ; de mystérieuses activités de consultant ; et un possible détournement de crédits réservés à la rémunération d’assistants au Sénat, grâce à un système de commissions occultes.

Une communication en forme de désastre

Si le "Penelopegate" est un test pour vérifier de quel bois est fait le futur locataire de l'Élysée, l'échec est total. François Fillon se dit "serein" et crie à la calomnie, au scandale, à la cabale:

"Je me suis exprimé devant les policiers hier, j'étais d'ailleurs très soucieux de m'exprimer très vite, ils l'ont fait, je m'en félicite, je suis confiant, je suis serein, j'attends désormais la fin de cette enquête. Mais je veux quand même dire qu'à ma connaissance, dans l'histoire de la cinquième république, cette situation ne s'est jamais produite."


Mais en amenant le débat sur le seul plan juridique, M. Fillon s'enterre complètement aux yeux des électeurs français. Interrogé sur les ondes de France-Info, Philippe Moreau Chevrolet, cofondateur de l'agence MCBG Conseil, brosse un portrait sans ambages de la façon dont le candidat de la droite s'est complètement fourvoyé dans sa communication depuis le début de la crise:

La stratégie de François Fillon est donc pour l'heure celle de la victimisation - l'objectif étant d'amener son camp à faire bloc autour de lui et à éviter les défections. Mais à chaque fois [qu'il parle du fond] il ajoute un clou à son cercueil en quelque sorte. (...) il a donné ses enfants, ça partait d'un "bon sentiment", c'était "puisqu'on m'attaque, puisque les dossiers vont sortir, autant précéder les choses et le faire moi-même, garder le contrôle." Le problème c'est qu'il le fait mal. Parce que c'est visiblement improvisé, parce que les informations ne sont pas exactes... En fait il donne toujours une version de la vérité et la vérité le rattrape après. Ça c'est terrible, ça donne l'impression qu'il ment en permanence. (...)

Le bon réflexe, la bonne réaction quand il a été accusé, aurait été de dire "c'est vrai, j'ai salarié mon épouse", reconnaître les faits, "à l'époque ça se faisait, je mesure que ça ne se fait plus aujourd'hui, je vais rembourser cette somme parce que de toute façon elle est contestée même si le travail est réel", et puis peut-être, "je vais changer la loi pour que cela n'arrive plus", "je vais donner un statut de la première dame"... Ça aurait été bien de projeter les gens vers l'avenir. C'est du bon sens.


Le fond est sans doute atteint lorsqu'il met sa démission dans la balance, l'équivalent de l'arme nucléaire:

[Évoquer sa démission] est une erreur parce que c'est trop fort. Il n'était pas obligé de le faire. Il y avait une manière beaucoup plus apaisée de gérer toute cette crise. Il donne l'impression de vraiment être acculé, de vraiment être en train de se débattre, mais en fait il se noie tout seul. C'est lui qui à chaque fois a apporté des informations à la presse, c'est lui qui à chaque fois essaye de nier les réalités qui sortent deux jours après, et il sort l'arme nucléaire "Je ne serai plus candidat si je suis mis en examen" à un moment où personne ne lui a demandé, et ça met une pagaille terrible à droite, parce que ça crée des vocations. (...)

À partir du moment où il dit qu'il peut ne pas être candidat, nécessairement les gens se demandent "alors peut-être qu'il y a possibilité qu'il ne soit pas candidat." Le lendemain matin de ses déclarations Alain Juppé est obligé de démentir que lui-même serait candidat. On est dans une séquence où François Fillon a lui-même ouvert un espace qui est "je pourrais ne pas être le candidat de la droite" alors qu'on sort de mois de primaires et qu'on s'est battu pour désigner un candidat de la droite, et que ça a été quand même douloureux...


Et de conclure: "François Fillon se sabote lui-même en permanence. C'est l'histoire d'une sorte de suicide politique en ce moment."

Le douloureux retour de la morale

La culpabilité de M. Fillon n'est pas établie mais les dégâts d'image sont déjà là et ils sont graves. Philippe Moreau Chevrolet explique comment la défense de Fillon revient à saboter ses propres chances d'élection à la présidentielle:

Les Français ne sont pas sur la légalité de façade. Ils sont sur la morale. Les Français sont restés au Fillon d'avant. Le Fillon d'avant ne parlait pas de ça mais de morale. Il ne parlait pas d'égalité mais de morale. Il était le "prêtre" dans l'élection de la primaire. Il appelait aux vertus républicaines. Il disait que la corruption n'était pas bien, qu'il ne fallait pas profiter de l'argent public... Les Français en sont restés là, ils n'ont pas suivi Fillon dans cette inflexion de son discours. C'est ça qui est terrible pour lui.


Les Français ne veulent plus de la politique des magouilles, des privilèges que s'octroient les politiciens du fait de leur position. Même si Penelope Fillon est finalement lavée de toutes les accusations d'emploi fictif qui pèsent sur elle, les citoyens français comprennent très bien que les rémunérations reçues au cours de la carrière politique de son époux sont absolument sans rapport avec sa formation ou le travail fourni. Pendant des décennies, François Fillon a fait partie de cette classe politique profiteuse, cette aristocratie républicaine qui arrondissait des fins de mois déjà rondelettes avec des jetons et autres budgets d'assistance théoriquement dévolus à un travail politique réel.

La chute de François Fillon n'est pas encore acquise mais certains Républicains estiment que c'est fini. Si ce sentiment se répand au sein de son camp, la légitimité du candidat sera minée même si la justice le blanchit.

À qui profitera le crime? Au remplaçant de M. Fillon, sans doute, si les Républicains en sont réduits à cette extrémité. Mais à ce stade, il sera difficile de trouver un nouveau poulain crédible qui ne soit pas entaché des mêmes reproches que l'ancien Premier ministre. Mais dans l'opinion des Français, la véritable bénéficiaire de l'effondrement de François Fillon ne fait aucun doute: Marine Le Pen. Bien qu'elle-même en proie à une affaire liée à des assistants parlementaires auprès de l'Union Européenne, elle garde dans l'esprit des gens le rôle de la seule candidate réellement antisystème - loin devant Jean-Luc Mélenchon qui joue aux Che Guevara d'opérette avec ses 18 ans passés au Sénat.

François Fillon aurait dû se rappeler qu'avant d'invoquer soi-même la morale, on se doit d'être irréprochable.