29 août 2015

Le vrai nom des migrants

Le Haut Commissariat aux Réfugiés de l'ONU se tâte: affecté par une petite bouffée de réalité, même lui a fini par admettre qu'il existait une différence entre "réfugiés" et "migrants".

Le HCR explique que les réfugiés sont des personnes fuyant les conflits ou des persécutions. Ils ont droit à une protection internationale en vertu de la Convention de 1951 sur les réfugiés.

Les migrants ne sont pas directement menacés et choisissent de quitter leur pays principalement pour des raisons économiques, trouver un emploi, une formation, ou des raisons de réunion familiale. A la différence des réfugiés, ils peuvent rentrer chez eux sans encourir de danger. Les lois de chaque pays sur l'immigration s'appliquent dans leur cas.


Sauf en Europe, bien entendu, où les deux flux sont mélangés aux frontières, dans les médias et les esprits dans le but avoué par certains de faire rentrer le plus de monde possible. D'ailleurs, même après cette soudaine saillie de bon sens le HCR - toujours irréprochable - fait volte-face et prétend pouvoir déceler les uns des autres:

Le HCR précise que parmi le grand nombre de personnes qui affluent actuellement vers l'Europe à travers la Méditerranée, il y a des réfugiés et des migrants. Mais la majorité d'entre elles viennent de pays en guerre ou de pays où elles sont persécutées (Syrie, Irak, Afghanistan, Libye, Erythrée) et ont droit à l'asile. Seulement pour une minorité, venue d'ailleurs, il s'agit de migrants.

 
Une minorité? Examinant la carte des migrations vers l'Europe, pas de doute, nous pouvons conclure que depuis son quartier général genevois le HCR a des yeux sacrément perçants:

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Les chemins vers l'Europe - image Reuters (cliquez pour agrandir)

Mais le HCR est une officine politique et on peut parier que le moindre de ses directeurs n'a jamais vu ce genre de carte. D'ailleurs, même la récente distinction entre "réfugiés" et "migrants économiques" n'a guère de sens: on peut très bien être les deux. Des dizaines de milliers de personnes correspondent à cette description. Mais quitte à définir les deux catégories comme exclusives, alors il faut décider comment classer un individu dans l'une ou l'autre.

Je suggère de quitter la définition spécieuse du pays d'origine ; un réfugié venu de Damas attendant quelques mois à Calais son passage en Angleterre n'est résolument plus en danger de mort. Cette distinction n'est pas qu'une vue de l'esprit ; reconnue dans les traités internationaux, elle est à la base des Accords de Dublin. La notion de réfugié se ramène donc au danger encouru à l'instant présent dans un pays donné. Munis de ce simple bon sens, la distinction entre réfugiés et migrants coule de source: un réfugié devient simple migrant dès lors qu'il continue à traverser des pays alors qu'il n'est plus en danger de mort.

Un Syrien s'échappant de l'enfer syrien et tentant de rejoindre par exemple l'Allemagne à travers la route des Balkans franchira successivement la Turquie, la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie et l'Autriche pour enfin atteindre son but. Mais dès son entrée en Turquie, il ne sera plus "en danger de mort dans un pays en guerre".

Partant de là, s'il quitte la Turquie, il perdra sa qualité de "réfugié" pour simplement devenir un "immigré économique" à la recherche de confort matériel. S'il parcourt encore ces milliers de kilomètres pour atteindre les douces mamelles de l’État-providence allemand, c'est un choix, pas une question de survie. Certains trouveront sa démarche justifiée, mais ce débat ne doit pas servir à masquer une dénomination correcte. Que personne - et certainement pas les faux réfugiés - n'ose prétendre que la vie en Turquie, en Bulgarie, en Serbie, en Hongrie et en Autriche est "impossible" et que c'est toujours une question de vie ou de mort. Pareilles déclarations sont une insulte à ces pays et à leurs millions d'habitants. L'affront est plus grand encore pour les compatriotes de ces immigrés restés au pays et qui sont, eux, réellement menacés.

La plupart des civils ne quittent pas leur pays d'origine, comme Ukrainiens, ou les Yézidis accrochés à leur montagne de Sinjar. Hormis cela, Les réfugiés de guerre au sens du droit international existent ; les Syriens fuyant au Liban, en Jordanie ou en Turquie, les victimes africaines de Boko Haram cherchant refuge dans d'autres régions du Nigeria ou au Cameroun, et ainsi de suite. C'est là qu'il faut les aider, et soutenir les pays qui les accueillent.

Ceux qui vont plus loin sont à la recherche de confort. Ce sont donc des immigrants économiques. Ils visent un logement gracieusement fourni par l’État, la nourriture, l'habillement, les traitements médicaux, l'école, l'aide sociale, l'assistance juridique et tous ces services ruineux que nos gouvernements socio-démocrates endettés jusqu'à la moelle ne parviennent même plus à fournir à leur propre population dans le besoin.

S'ils ont parfois été témoins d'horreurs authentiques, elles ne constituent pas pour autant un alibi pour violer toutes les lois sur l'immigration des pays qu'ils décident de franchir - à moins de redéfinir jusqu'à la notion même de loi.

La guerre fait naturellement rage sur le plan médiatique, journaux et télévision luttant sans cesse pour présenter ces cohortes d'immigrés sous le jour le plus favorable possible. Les journalistes font de grands efforts pour montrer des images sympathiques d'enfants et de familles. Mais le terrain montre une situation différente - des requérants revendicatifs et pas toujours honnêtes. La plupart des migrants sont des hommes. Dans le camion retrouvé en Hongrie et ses 71 victimes mortes d'asphyxie, il y avait 4 enfants, 8 femmes, et 59 hommes.

S'il n'est pas plaisant de qualifier les migrants économiques d'envahisseurs, la plupart des sens du verbe dans la définition du Larousse semblent pourtant s'appliquer:

  • Entrer en nombre et par la force dans un pays, une région, s'en emparer militairement.
    Les troupes ennemies ont envahi le nord du pays.
  • Pénétrer quelque part en nombre, de manière abusive ou non autorisée ; occuper, faire irruption dans un lieu.
    Les manifestants ont envahi le ministère.
  • Se rendre en très grand nombre dans un lieu.
    L'été, les touristes envahissent le village.
  • S'imposer, atteindre, concerner de nombreux points d'un lieu, de nombreux éléments d'un groupe, gagner un domaine.
    Cette mode a envahi la France.
  • (Familier) Venir chez quelqu'un et l'importuner en occupant une place excessive, abusive, en demandant trop de son temps.
    Elle vient nous envahir tous les dimanches.

Seule le premier sens - celui d'une occupation militaire - ne correspond pas encore complètement à la réalité. Mais lorsque l'Europe aura finalement fermé ses frontières, pensez-vous que les migrants hésiteront à employer la force ?

Tout ceci ne peut évidemment que se terminer très mal - et se terminera très mal.

27 août 2015

En campagne pour laver plus vert...

Les élections fédérales d'octobre approchent à grands pas et les médias se lancent dans la campagne - avec leur subtilité habituelle - en faveur d'une politique plus "verte". Malheureusement, le timing n'est pas très bon. Sur le front de l'écologie politique les nouvelles s'enchaînent et ne vont pas dans le bon sens.

A l'échelle locale, c'est amusant, on apprend que les écoles genevoises, vides en été comme partout ailleurs, consomment quasiment autant d'électricité que lors du reste de l'année. Les explications de l'administration prise la main dans le sac en plein gaspillage valent leur pesant d'éco-conscience:

Des exemples de travaux entrepris cet été et qui ont fait chauffer leurs prises électriques? Invoquant un délai de réponse trop court, le [Département des finances (DF) qui chapeaute l'Office des bâtiments] n'a pas pu fournir de précisions.

«Les bâtiments récents possèdent plus d'installations électriques, comme des beamers ou des ventilations mécaniques nécessaires en permanence au maintien de la qualité de l'air, répond [Roland Godel, porte-parole du DF]. Ce qui explique les chiffres de consommation électrique même lorsque les écoles sont inoccupées. En revanche, ces bâtiments modernes consomment moins d'énergie thermique et moins d'eau grâce à une meilleure isolation notamment.» Mais un beamer, ça s'éteint. Et l'air d'une salle de classe sans ventilation est-il irrespirable? Le DF n'a pas pu fournir de compléments à ce sujet.


A l'échelle nationale, on assiste à l'appel (pitoyable) d'une poignée de militants scientifiques engagés en faveur d'une interdiction des chauffages au mazout - tant qu'à faire, n'est-ce pas, dans cette souplesse et cette largeur d'esprit typique des écologistes! - alors même que le pétrole franchit des plus bas historiques...


...Et si, dans la droite ligne de l'idéologie verte, on veut du global, du vrai bon gros effet à l'échelle mondiale, on se tournera vers quelques lanceurs d'alerte qui révèlent une petite "faille" dans le mécanisme de Mise en œuvre conjointe (MOC) du Protocole de Kyoto - laquelle aurait permis à quelques États peu scrupuleux, l'Ukraine et la Russie pour ne pas les nommer, d'éviter toute contrainte en revendant des réductions d'émission purement imaginaires:

[Une] faille dans le système a créé une incitation perverse à produire et incinérer davantage de gaz résiduaires, afin de gagner plus de crédits, indique une étude des mêmes auteurs parue lundi dans la revue Nature Climate Change. Ce qui s'est traduit par des crédits supplémentaires vendus sur le marché et une augmentation nette des émissions.

Selon le mémoire du SEI, les implications pour le système d'échange des quotas d'émissions de l'Union européenne, le plus grand marché du carbone au monde, ont été particulièrement graves. Cette faille pourrait avoir plombé son objectif d'environ 400 millions de tonnes d'équivalent CO2. (...) L'Ukraine et la Russie représentaient plus de 90% des crédits de la MOC.


Il n'y avait sans doute pas encore assez d'experts travaillant sur le protocole de Kyoto et ses excroissances réglementaires pour éviter ces quelques petites faiblesses...

Nous avons donc deux-trois sujets qui mériteraient quelque enquête diffusée à des heures de grande écoute, de grands titres dans la presse, voire la démission d'un haut responsable par ici ou par là, on peut rêver. Mais non! Rien du tout. A la place, dans une belle unanimité nous avons droit en Suisse à un sujet beaucoup plus important: la droite est moins sensible à protection de l'environnement! L'effet Fukushima s'estompe, se plaint par exemple la RTS dans un article absolument sans rapport avec la centrale nucléaire japonaise mais permettant un subtil rappel à une catastrophe:

Sans surprise, les questions écologiques restent surtout l'apanage de la gauche.

Durant ces quatre dernières années, les parlementaires PDC du Conseil national ont voté à 50% (-9 points de pourcentage) en concordance avec les organisations environnementales et le PBD à 57% (-7). Le PLR a voté en faveur de l'environnement dans 28% des cas (-2), l'UDC à seulement 8% des objets (- 2).


Voilà, ce n'est pas très compliqué: droite = mal, béton, pollution, saleté ; gauche = bien, paysages préservés, petits oiseaux qui chantent pour dire merci. Plus loin, en guise d'analyse scientifique, on nous explique que certains élus ont voté "favorablement à une politique environnementale" alors que d'autres non.

Voter favorablement à une politique environnementale? Que signifie ce charabia?

Pour en savoir plus il faut creuser un peu. Le site dont nos médias reprennent béatement les conclusions, à savoir ecorating.ch, est tout simplement un lobby au service de l'écologie politique, une officine articulée autour de quatre acteurs, Greenpeace, le WWF suisse, l'association anti-voiture ATE et Pro Natura. Ce sont donc eux, probablement élus par les arbres et les bêtes sauvages pour les représenter, qui définissent ce qu'est une politique environnementale - en toute objectivité, vous imaginez bien.

Avec tous ces nuages de fumée médiatique, il y a de quoi être intoxiqués.

En descendant au niveau d'un candidat on peut voir comment se récoltent les bons points. Il s'agit tout simplement d'être en phase avec Greenpeace et al. devant une initiative, un projet de loi ou un thème politique. Et lorsqu'on examine la liste des questions posées, l'impression est frappante:

  • Faut-il introduire une taxe par billet d’avion, de manière analogue à ce qui se fait en Allemagne, en France, en Autriche ou en Grande-Bretagne? (plus de taxes)
  • Êtes-vous en faveur d’une hausse du supplément sur les coûts de transport pour la rétribution du courant injecté pour les énergies renouvelables? (plus d'impôts)
  • Soutenez-vous l’augmentation des fonds alloués à la réalisation des mesures du plan d’action de la Stratégie Biodiversité Suisse? (plus d'impôts)
  • Si les conventions de branche volontaires échouent, la Confédération doit-elle pouvoir imposer des exigences minimales en matière d’achat de matières premières écologiques? (dirigisme)
  • La loi sur l’aménagement du territoire doit-elle être modifiée de sorte à limiter le nombre de constructions et d’installations hors des zones à bâtir? (dirigisme)

Etc. Hausse des prélèvements, interdictions, viol du droit de propriété, restrictions sur l'énergie, l'écologie façon Ecorating n'y va pas par quatre chemins, bien dans la ligne de Doris Lataxe Leuthard d'ailleurs. La protection de la nature à la sauce politique ne se distingue guère du socialisme appliqué: la main est tout aussi lourde derrière les slogans sympas, et dans les deux cas les médias s'empresseront de servir la soupe à une si bonne cause. Il n'est donc guère surprenant que dans ce genre de classement les socialistes les plus radicaux fassent aussi bien, voire mieux, que les écologistes eux-mêmes.

Dans cette grande mascarade, la gauche immigrationniste et étatiste se pare évidemment des vertus de la défense de la nature. Dans une parfaite symétrie, l'UDC, seul parti soutenant les agriculteurs et la qualité de vie helvétique, est dépeinte comme une sorte de monstre.

Une fois comprise l'inversion des valeurs présentées par nos médias il ne reste plus qu'à présenter à nouveau la position des partis selon la grille convenablement nommée:

élections du 18 octobre 2015,médias,propagande,écologie

Plus un parti est proche de 100% sur le tableau, plus il est sujet au dirigisme, à la fiscalité, à la bureaucratie, aux interdictions - l'écologie n'étant bien entendu qu'un prétexte comme un autre pour justifier ses propres abus.

Vous voilà prévenus...

24 août 2015

Comme un lundi (noir)

Sale temps pour la finance: toutes les bourses mondiales ont passé la journée dans le rouge vif. Citant des "spécialistes" mentionnés par le Temps, "tous les ingrédients étaient réunis pour assister, aujourd'hui, à la pire journée sur les marchés mondiaux". Dommage que ces mêmes spécialistes n'aient rien vu de l'orage pas plus tard que la semaine dernière...

panique_bourse.jpegVoilà un petit aperçu du massacre:

  • Shanghai: -8.5%
  • Hong-Kong: -5.17%
  • Tokyo: -4.61%
  • Eurostoxx 50 (grandes entreprises de la zone euro) -5.35%
  • New York: Dow Jones -3.53%, Nasdaq -3.73%...

Il y aura peut-être une reprise "technique" demain, mais je ne parierai pas dessus. Le mouvement de baisse est trop global et de trop grande ampleur pour que les traders du monde entier reviennent sur les marchés en se disant que le plus gros de la tempête est derrière eux.

Le grand public est maintenu dans l'ignorance par un discours à la fois rassurant et hermétique liant les variations boursières à des interactions complexes entre différentes économies et des facteurs compliqués et lointains. Que la bourse reste un domaine vaguement mystérieux convient très bien à beaucoup de gens. Pourtant, ce n'est pas très compliqué.

La stratégie des Banques Centrales

Depuis plusieurs années, les plus grandes Banques Centrales de la planète (FED américaine, BCE pour la zone euro, BoJ pour le Japon ou encore BNS pour la Suisse) se sont données pour mot de "juguler la crise" dans laquelle se débattent leurs économies depuis 2008 et les coups de boutoirs qui ont ébranlé la planète financière. Bulle des subprimes, faillite de Lehman Brothers, crise de la dette publique... Il n'est pas facile de donner une date précise à l'origine de cette politique volontariste, mais au point où nous en sommes, cela n'a plus guère d'importance.

De même, il serait trop long de faire l'inventaire de tous les crimes et de tous les mensonges commis par des banquiers centraux sans foi ni loi dans la manipulation des monnaies dont ils ont la charge. Mais, pour simplifier, quels que soient les prétextes affichés par chaque Banque Centrale, toutes les manipulations ont eu peu ou prou le même effet:

  • Des taux d'intérêt réduits à zéro, voire négatifs ;
  • Une explosion de la quantité de monnaie inscrite au bilan.

En gros, l'argent créé à profusion par les Banques Centrales a inondé certains circuits économiques mais pas forcément ceux qui étaient annoncés. Et il a terminé dans les bourses du monde où il gonfle une bulle financière aux proportions homériques.

Pourquoi, demanderez-vous? La question dépend sans doute de chaque Banque Centrale et de ses directeurs. Certains vous dirons qu'ils n'avaient pas prévu cela, d'autres que le "soutien" des cours de bourse donnerait l'illusion d'une bonne santé économique des sociétés et que de loin en loin cela pourrait déboucher sur une reprise économique réelle... Il est difficile de trancher nettement entre la malhonnêteté et l'incompétence, mais le fait est là: depuis des années et de façon de plus en plus criante, les cours des actions des entreprise sont totalement décorrélés de l'activité économique réelle ou même prévisionnelle. Et cela n'a rien d'un hasard.

Malheureusement, les illusions ne peuvent pas durer toujours. Les bulles financières sont invariablement condamnées à éclater.

Le moment crucial

Depuis longtemps, les analystes financiers de nombreuses institutions se rendent donc bien compte que les choses ne tournent pas rond. Les objectifs économiques des entreprises ne sont pas atteints, les conditions macroéconomiques se détériorent... Et pourtant, les cours tiennent bon, les indices boursiers continuent de monter, constamment, imperméables à toute réalité!

Mais une fois qu'on a réalisé que les Banques Centrales achètent directement des actions en bourse avec l'argent qu'elles impriment, tout devient plus clair. Si vous jouez vos économies en bourse, vous ne combattez pas à armes égales avec un banquier créant de la monnaie à volonté...

Ne croyez pas d'ailleurs que je vous révèle un grand secret: les traders, pas nés de la dernière pluie, ont bien compris que depuis un certain temps les variations du marché sont artificielles. Les cours sont devenus quasiment imperméables aux mauvaises nouvelles, un fait rare qui ne survient normalement que dans les plus grandes périodes d'euphorie. Nous en sommes aux antipodes. Conclusion, il y a une autre main invisible que celle du marché à l’œuvre... Alors, autant en profiter! Mais jusqu'à quand?

La correction subie aujourd'hui reste mineure. Le pire est largement devant nous. Certains se demanderont pourquoi la crise a éclaté un lundi en août plutôt que n'importe quel autre jour - en prenant l'hypothèse qu'elle a vraiment éclaté aujourd'hui, ce que nous ne pourrons vérifier que les prochains jours. Reste à comprendre ce qui s'est passé aujourd'hui.

En fait, nous avons la diffusion de deux nouvelles survenues la semaine passée. Deux nouvelles qui ont modifié la perception de la situation économique mondiale hors du discours convenu que tout-va-bien-parce-que-la-bourse-va-bien.

La première a trait aux matières premières. Les grandes sociétés d'extraction de matières premières ont fait état de chiffres très décevants, par exemple Glencore admettant une diminution de 25% des revenus et avouant que la Chine subit un ralentissement économique imprévu et de grande ampleur. La Chine est l'usine du monde ; les usines emploient des matières premières. Il n'y a pas d'indice plus limpide sur la santé de l'activité économique globale.

La seconde, remontant à ce week-end, est liée au commerce international. Le Baltic Dry index, l'indice des affrètements maritimes (c'est-à-dire le principal transport de marchandises) s'est effondré. En particulier, la route entre l'Asie et l'Europe du Nord a vu une réduction de 23% de son activité en juste une semaine.

Le principal problème avec les programmes "non-conventionnels" des Banques Centrales est que vous pouvez imprimer des billets et simuler une bonne santé financière en manipulant les cours de la bourse, mais vous ne pouvez pas simuler une consommation de matières premières ou le transport de marchandises inexistantes.

La réalité est revenue avec pertes et fracas, au moins pour un temps, sur les places financières.

Demain, cet inconnu

Il est évidemment impossible de savoir si les bourses du monde viennent seulement de trébucher sur un caillou ou si nous vivons les premières heures d'une véritable correction des cours, et leur retour à un reflet réaliste d'une activité économique mondiale malheureusement moribonde.

Toutefois, l'ampleur de la baisse et son caractère mondial tendent à montrer que tous les traders sont sur le qui-vive pour juger du dernier moment où quitter le navire - et nous pourrions bien être arrivé à ce point. Il faudrait être très naïf pour s'engager demain en bourse en pensant faire fructifier sa mise. Les interventions des Banques Centrales sont de plus en plus visibles. Si le "Père de Tous les Krashs Boursiers" n'attend peut-être pas sur le pas de la porte, la confiance n'est plus là.

bourse,crise
Les interventions massives - de la FED? - pour juguler les pertes sur le marché américain.

Image Zerohedge (cliquez pour agrandir)

Avec son départ, les atermoiements sur une éventuelle remontée des taux d'intérêts américains viennent eux aussi de se dissiper ; pas un directeur de la FED n'osera prendre la responsabilité de l'inévitable crise boursière qui surviendra si la Banque Centrale américaine relève ses taux.

Les illusions sur la santé de l'économie mondiale ne font plus guère de doutes. Il faudra bien que les cours des bourses finissent par refléter cette douloureuse réalité.

Mise à jour (25 août): joie et allégresse, les bourses européennes bondissent après l'annonce par la banque centrale chinoise de mesures de relance de la deuxième économie mondiale. Leurs mesures, je vous le donne en mille: une baisse de 0,25% du taux directeur, et un assouplissement des réserves obligatoires des banques - qui deviennent donc plus facilement insolvables . Le tout en complément des derniers affaiblissements du Yuan.

Baisse des intérêts et création de monnaie, tout va très bien se passer...
 

22:00 Publié dans Economie, Monde | Lien permanent | Commentaires (28) | Tags : bourse, crise, bns, bce |  Facebook

20 août 2015

RASA ou l'objection démocratique

Vous rappelez-vous de RASA? La fameuse initiative Raus aus der Sackgasse, "pour sortir de l'impasse", visant ni plus ni moins à annuler la votation populaire du 9 février dernier demandant l'arrêt de l'immigration de masse?

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Alors jouez hautbois, résonnez musettes, l'initiative RASA est un succès! Enfin, presque: le texte, qui doit être déposé d'ici fin octobre, a peut-être rassemblé les cent mille signatures requises, mais les initiants espèrent encore en récolter vingt mille d'ici quelques semaines histoire d'être sûr.

La nouvelle - reprise dans une belle unanimité par toute la presse romande - est donc un non-événement. L'initiative RASA n'a pas été approuvée par la Chancellerie fédérale ; à dire vrai les signatures n'y ont même pas été déposées. Les journalistes de garde célèbrent seulement l'annonce par le comité des cent mille paraphes récoltés. Et rappellent que le délai court jusqu'à fin octobre. Et rapportent que les initiants visent (c'est-à-dire ont besoin) de vingt mille signatures supplémentaires, soit 20% du total, pour s'assurer que l'initiative soit effectivement déposée, ce qui donne une petite idée de la qualité moyenne des signatures enregistrées. La journée spéciale de récolte est agendée au 29 août.

Si je lisais entre les lignes, je dirais que le succès tant claironné a de petits accents de désespoir, et que l'annonce tonitruante des cent mille ressemble surtout à un appel du pied aux médias - qui y ont répondu avec empressement - pour aider l'initiative à se concrétiser. Mais je me fais sans doute des idées. Récolter des dizaines de milliers de signatures est un exercice difficile et méritoire, quelle que soit la cause défendue, et toutes les initiatives n'ont pas droit à ce soutien médiatique.

RASA demande le retrait de l'article 121a de la Constitution fédérale, soit l'exacte annulation du vote du 9 février 2014. Selon Andreas Auer, professeur de droit constitutionnel et membre du comité d'initiative, le texte est nécessaire pour sortir de l'impasse institutionnelle dans laquelle la Suisse a plongé l'Union Européenne. C'est un fait, revenir en quelque sorte au "8 février" débloquerait une situation que je définissais comme inextricable, l'Union Européenne étant évidemment incapable d'actionner sa fameuse "clause guillotine":

Quelle force pourrait obliger 27 gouvernements de l'Union à résilier simultanément les sept accords bilatéraux I de 1999 et les neuf accords bilatéraux II de 2004 qu'ils ont chacun conclu avec la Suisse? Cela ferait 432 traités à annuler!


Mais je rappelais également (ce que se garde bien de faire M. Auer) que si les lignes devaient bouger, c'était à l'UE de faire le premier pas. En éliminant le caillou que représente la Suisse dans la chaussure européenne, RASA pourrait sauver l'UE institutionnelle. Les Suisses se sentiront-ils concernés?

Bien sûr, il y a aussi un petit côté choquant à revoter si vite sur le même thème - une démarche que le conseiller national MCG Roger Golay n'hésite pas à qualifier "d'abus de notre système démocratique". Pourtant, il n'existe nulle définition d'un tel délai de grâce entre deux initiatives proches, même si la manœuvre laisse une impression bizarre, comme un veuf qui se remarierait un peu trop vite.

RASA a d'autres particularités. Pour la première fois, le citoyen est invité à annuler une modification constitutionnelle jamais entrée en vigueur. On attend toujours les lois d'application pour les quotas à l'immigration! Si les Suisses ont eu à subir la libre-circulation depuis plus de dix ans, il n'y a guère eu d'éléments nouveaux en faveur de RASA depuis le 9 février. Bien au contraire, de nouveaux problèmes sont apparus, comme cette vague d'immigrés économiques qui inonde l'Europe entière. De toute évidence la libre-circulation a montré ses limites et les problèmes liés à l'absence de frontières ne se résoudront pas d'eux-mêmes.

Si RASA parvient probablement à réunir les cent mille signatures, ses chances de succès devant le peuple sont incertaines. Ce qui n'empêche pas de saluer la démarche.

En effet, malgré ses défauts, RASA fait les choses correctement: amener une modification constitutionnelle via une initiative populaire. Ce que le peuple a fait, le peuple peut le défaire ; cette approche permet d'évacuer certains débats, comme celui pour invalider le vote du 9 février ("on ne peut pas revenir sur les accords internationaux approuvés par le peuple") ou d'autres à venir comme le percement d'un second tube routier au Gothard ("on ne peut pas revenir sur l'Initiative des Alpes"). La Constitution n'est pas figée, et comme le rappelle Andreas Auer:

"Seul le peuple peut revenir sur l’une de ses décisions, c’est l’essence même de sa souveraineté."


Même si je suis contre, voilà pourquoi RASA est sur le fond comme sur la forme une initiative tout à fait recevable, rappelant que la démocratie helvétique repose sur le droit du peuple souverain et rien d'autre.

Le peuple helvétique peut revenir sur absolument tout ce qu'il concède, dont et y compris les traités signés et approuvés - un rappel douloureux pour les apôtres du droit international.

15 août 2015

La guerre des monnaies

En choisissant de dévaluer le Yuan trois fois en une semaine - chaque opération étant expliquée comme une action unique qui ne serait suivie d'aucune autre intervention - la Banque de Chine a jeté un nouveau combattant dans l'arène de la guerre monétaire. Une guerre absurde et sans vainqueur possible, qui ne fait que précipiter la mort des monnaies papier...

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Officiellement, la dévaluation chinoise est justifiée par un "réajustement" de la force du Yuan par rapport au dollar. La Chine a raté plusieurs objectifs économiques trimestriels, activité industrielle et croissance, et le gouvernement de Pékin voit sans doute une façon supplémentaire de réagir à la chute boursière qui frappe Shanghai depuis plusieurs semaines - l'indice perdant 30% en juillet. A l'annonce de ces modifications le marché a réagi positivement.

Pourquoi dévaluer?

Dans le monde des monnaies-papier dans lequel nous vivons, la monnaie n'est rien d'autre qu'une convention contrôlée par la Banque Centrale dont elle dépend, laquelle fixe les montants en circulation et les taux d'intérêt. Ces deux valeurs déterminent la puissance d'une monnaie-papier par rapport aux autres.

Dévaluer une monnaie revient à en diminuer la valeur et donc son pouvoir d'achat. Les importations deviennent donc plus chères, puisque exprimées dans d'autres devises soudainement plus fortes, alors que les exportations sont rendues plus compétitives puisqu'elles s'expriment dans la monnaie affaiblie. La dévaluation s'apparente donc à une mesure protectionniste.

Malgré les apparences, la dévaluation n'a rien d'une Panacée. Elle correspond en réalité à un affaiblissement généralisé de l'épargne et des dettes, et surtout des salaires locaux. La "compétitivité" acquise par le biais d'une dévaluation s'accomplit donc en particulier sur le dos des salariés.

De plus, la réalité colle rarement à la théorie. Même les pays exportateurs importent massivement et font souffrir des pans entiers de leur économie. Les exportateurs ne sont pas forcément beaucoup plus compétitifs, ne reflétant que rarement l'entier de la baisse de la devise dans leurs tarifs. Les seuls secteurs bénéficiant réellement d'une dévaluation sont ceux de la production agricole et de l'extraction directe de matières premières (par exemple les terres rares ou le charbon pour la Chine) car les coûts de production, principalement les salaires, sont dévalués en même temps que la monnaie. L'impact du coût des importations - carburant, matériel - ne se fait sentir qu'à plus long terme.

On s'en doute, la dévaluation n'amène pas la prospérité sur un plateau. Si c'était aussi simple, les pays avec la monnaie la plus faible seraient les plus riches de la planète. Tout au plus ces modifications de la valeur de la monnaie forcent un réajustement économique faisant des gagnants (l'Etat et souvent les gros propriétaires et actionnaires) et des perdants (le reste de la population).

La guerre des monnaies

Les chancelleries occidentales ont eu beau jeu de critiquer la manœuvre chinoise sur le Yuan, elles font la même chose depuis des années. QE, taux d'intérêt négatifs, rachats par la banque centrale - c'est-à-dire monétisation - de dette souveraine sur le marché secondaire... Les pays occidentaux travaillent sans relâche à affaiblir leur monnaie sans l'avouer.

Dévaluation, inflation, taux négatifs et autres manipulations monétaires sont devenues, si j'ose dire, monnaie courante. Chacune de ces opérations ne peut amener au mieux qu'une bouffée d'air temporaire et des effets secondaires négatifs à long terme. Mais beaucoup de pays n'ont plus d'autre option. Un quart des revenus de l’État japonais sert à payer les intérêts de sa dette...

Étranglés par une croissance atone, une dépense publique en roue libre, un appétit fiscal toujours plus fort que des recettes décevantes ne parviennent pas à combler, les gouvernements sont prêts à tous les expédients pour prolonger le statu quo et éviter la faillite ou la mise en place de véritables réformes impliquant une réduction du périmètre de l’État - les deux revenant quasiment au même.

Dans cette course à qui s'effondrera en dernier, la monnaie joue un rôle central ; si l'affaiblissement d'une monnaie-papier peut donner quelques mois de répit, alors il n'y a plus à hésiter. Chacun y va donc de son "ajustement compétitif", l'objectif avoué étant de se donner une avance économique sur ses concurrents.

Mais s'ils le font tous?

Première victime, la Suisse

L'illustration de l'introduction de cet article ne montre pas le Franc suisse au rang des combattants, sans doute parce qu'il gise démembré sur le sol de l'arène. La guerre des monnaies a déjà fait une victime.

Par amour de l'Union Européenne, par pur suivisme envers la BCE et parce que les mêmes filières économiques enseignent les mêmes théories fumeuses depuis des décennies, la Banque Nationale Suisse s'est naturellement lancée dans la course à la dévaluation - décidant de rattacher le Franc suisse à un euro en perdition en instaurant la politique du taux plancher. Créant des francs ex nihilo pour acheter des euros et faire baisser les cours, ce qui devait arriver arriva. Le bilan de l'institution explosa:

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La masse de CHF en circulation (cliquez pour agrandir)

Après trois ans de ce régime même des banquiers centraux imprégnés d'un délire de toute-puissance furent pris d'un doute: la vague d'euros acquise à coup de francs suisses fraîchement imprimés menaçait de les engloutir... Par un matin de janvier, saisis par un réflexe de survie (beaucoup trop tardif pour nous sauver, rassurez-vous) ils décidèrent soudainement de renoncer. Restent sur leurs bras et les nôtres des milliards d'euros impossibles à écouler.

Depuis, la BNS se débat avec ces montagnes de réserves de change totalement ingérables et dont la variation détruit rapidement l'entier de ses fonds propres. A peine cinquante milliards de francs évaporés dans les six premiers mois de l'année 2015, une paille! En rythme annuel, à peine 15% du PIB national helvétique!!

Le Suisse moyen, totalement ignare en économie - une honte au vu de la réputation du pays en matière de gestion - regarde béatement les milliards s'envoler, gobant tout aussi béatement les bobards rassurants selon lesquels la monnaie suisse est bien gérée. Les autorités se livrent il est vrai à de gros efforts pour masquer la situation désespérée du Franc suisse, mais on sait déjà que les cantons actionnaires peuvent faire une croix sur les milliards de dividendes auxquels ils s'étaient habitués.

Lorsque les fonds propres de la BNS seront épuisés (ce qui devrait arriver à court ou moyen terme) et que les mêmes cantons, c'est-à-dire les contribuables, devront mettre la main à la poche pour recapitaliser l'institution à coup de milliards, beaucoup de gens comprendront alors à quel point ils se sont fait mener en bateau et ruiner par les gardiens du temple.

Mêmes les gauchistes haineux, heureux alors du bon tour fait aux "riches", réaliseront à ce moment qu'en Suisse comme ailleurs l'argent ira en priorité sauver le système monétaire plutôt que financer leurs lubies redistributives... Et leur rire leur restera en travers de la gorge. A n'en pas douter, l'époque sera distrayante. Elle arrive bientôt.

Le champ de bataille du marché des changes

Le FOREX est le théâtre d'opération de cette nouvelle guerre. Toutes les devises majeure - le Dollar, l'Euro, le Franc suisse, la Livre sterling, le Yen et maintenant le Yuan - sont engagés dans une course à l'affaiblissement. Cette trajectoire traduit la volonté de nos gouvernants: des devises valant de moins en moins, pour préserver - disent-ils - l'industrie d'exportation et la compétitivité économique... Oubliant de préciser que cette prétendue compétitivité est acquise sur le dos du pouvoir d'achat des salariés.

Il n'y pas plus hypocrite que ces politiciens prétendant faire œuvre de progrès social à coup de projets sur salaire minimum ou d'aides financières aux plus démunis, et travaillant simultanément à détruire le pouvoir d'achat de la monnaie.

Quoiqu'il en soit, c'est bien sur cette trajectoire que travaillent les principaux banquiers centraux de la planète, la Chine n'étant que le dernier combattant entré en lice. Tous les concurrents cherchant à parvenir au même résultat, seule l'intensité permettra de les séparer: tous feront plus de QE, plus de rachat de dettes, plus de taux négatifs, tout en dénonçant les manœuvres de leurs voisins pour affaiblir leurs devises.

Tout va très bien se passer.

09 août 2015

Ces avions qui disparaissent

Il arrive parfois que des avions disparaissent dans un accident quasiment sans laisser de traces. Je ne fais pas ici référence à une catastrophe aérienne comme celle du MH370, revenu par hasard sur le devant de l'actualité après que de ses débris eurent flotté jusqu'à l'île de la Réunion, mais à ces appareils dont le site de disparition est dûment identifié et qui pourtant semblent nulle part. Reste au mieux un cratère béant, et parfois presque rien.

Je fais référence par exemple au Vol 93 de United Airlines, détourné par des pirates lors des attentats du 11 septembre et perdu en Pensylvannie après une rébellion des passagers. Citant Wikipedia:

Selon les récits de témoins, l'avion a piqué brusquement du nez, est tombé comme une pierre et s’est pulvérisé au sol, le kérosène explosant en une boule de feu. Le profond cratère dessinant l’empreinte de l'avion dans le sol meuble de cette ancienne mine à ciel ouvert manifeste la verticalité de l'impact. Par ailleurs, deux ensembles de débris retrouvés au sud de l'Indian Lake et à New Baltimore, à 3 et 12 km de l'impact, se trouvent alignés avec un moteur (unique pièce de taille notable retrouvée, à 600 mètres de l'impact).


Le crash d'un Boeing 757-200, un appareil de 47m de long et 39 d'envergure, a donc livré très peu de débris.

Cette disparition fait aussi écho à celle du fameux Vol 77 d'American Airlines détourné contre le Pentagone, et dont l'absence de traces donna lieu aux théories du complot les plus délirantes - pour peu qu'on oublie délibérément l'avion disparu, les témoins visuels, les fragments retrouvés dans les décombres, les passagers décédés et autres menus détails...

accident aérien
Pentagone, 11 septembre 2001 (cliquez pour agrandir)

Mais l'attaque commença plus tôt ce jour là, à 8h46 du matin, avec l'impact d'un premier avion contre la tour 1 du World Trade Center. Si l'acte saisit d'effroi des milliers de témoins, personne n'eut la présence d'esprit de filmer l'impact de l'avion - sauf deux cinéastes français, les frères Naudet, venus effectuer un reportage sur les pompiers de New York. La première révélation de ces images n'eut lieu que six mois plus tard, lors de la première diffusion de ce qui devint un témoignage sur ce jour historique ; dans l'intervalle, de nombreux "complotistes" prétendirent là encore que la première tour n'avait pas été frappée par un avion mais par un missile et que l'absence de débris visibles en était la preuve.

Si le 11 septembre 2001 fournit un nombre tragique de catastrophes aériennes, les interrogations du public sur les avions qui disparaissent ne se limitent pas à ces seuls attentats. Lorsque le pilote dépressif de Germanwings Andreas Lubitz décida de précipiter son appareil contre une paroi rocheuse des Alpes en mars 2015, les commentaires de divers articles sur le sujets montrèrent eux aussi une préoccupation du public sur l'absence apparente de débris. Comment l'Airbus A-320 avait-il pu être pulvérisé au point de laisser si peu de pièces derrière lui? A côté de cela, certaines catastrophes aériennes laissent des débris sur des kilomètres, n'est-ce pas étrange?

C'est en repensant à ces gens - pas toujours mal intentionnés - qu'il m'est venu en tête de retrouver une vieille vidéo, datant des premiers jours d'Internet, qui permet d'expliquer et d'illustrer ce phénomène. Bien entendu, elle est désormais sur Youtube:

La vidéo de 1988 au laboratoire américain de Sandia montre, au ralenti, l'impact d'un F-4 Phantom à quelque 800 km/h contre un mur de béton. Je ne sais pas exactement dans quel contexte ce test était fait (probablement pour "prouver" la solidité de l'enceinte d'une centrale nucléaire contre un crash aérien) mais la démonstration est spectaculaire: l'appareil, pesant plus de 14 tonnes à vide, est littéralement pulvérisé contre le béton. Il se réduit en poussière alors que chaque particule de métal qui le compose prend une trajectoire orthogonale au solide mur sur son chemin. Le nuage de poussière à l'impact n'est pas un effet de l'appareil percutant le béton ; c'est l'appareil percutant le béton. Il ne creuse pas de trou dans la surface.

Il existait à l'époque une deuxième vidéo du même laboratoire, malheureusement pas retrouvée sur Youtube, montrant un test ultérieur conduit cette fois-ci avec seulement le réacteur d'un Phantom F-4. L'argument avancé pour ce deuxième essai était que le réacteur seul rassemblait l'essentiel de la masse de l'avion entier - et avait l'avantage de coûter beaucoup moins cher! - et les images montraient les mêmes effets.

Cette vidéo explique mieux que n'importe quelle explication pourquoi un avion disparaît presque complètement à l'impact, pour peu que quelques conditions soient réunies:

  • Il doit arriver intact au point d'impact ; si l'avion se brise en altitude, les morceaux sont dispersés sur une large zone et des débris au hasard peuvent arriver au sol à peine endommagés. L'exemple le plus frappant dans cette catégorie est celui de la navette américaine Columbia, qui explosa en vol à 70 km d'altitude et dispersa ses débris sur des dizaines de kilomètres... Lesquels furent parfois récupérés par des particuliers qui les mirent en vente sur eBay, notamment une broderie intacte d'un patch de mission cousu sur une combinaison d'astronaute à bord.
  • Il doit percuter une surface solide ou raisonnablement solide. Une construction en béton renforcé comme un building ou une roche granitique, par exemple.
  • Il doit percuter la zone d'impact avec un angle proche de 90°, et évidemment à la plus haute vitesse possible, ce qui explique que des avions de tourisme légers ne se pulvérisent pas même lorsqu'ils heurtent le sol de plein fouet.

Lorsque ces trois conditions sont réunies, comme dans la vidéo du Phantom F-4 contre le mur de béton, alors l'avion est proprement réduit à l'état de poussière. Il n'en reste quasiment que de la poudre, et bien malin qui saurait identifier le type d'appareil et ce qui lui est arrivé à partir d'un sachet du résultat...

Évidemment, hors laboratoire, pareil crash n'arrive pour ainsi dire jamais ; c'est d'ailleurs préférable, permettant aux familles des victimes d'identifier les restes de leurs proches et aux enquêteurs de comprendre ce qui s'est passé. Mais les débris retrouvés sont parfois trop peu nombreux et trop peu spectaculaires pour que le grand public accepte l'idée du crash.

Il restera des gens réfractaires aux informations présentées ici. Parmi les arguments rationnels qu'ils pourraient avancer, l'idée qu'un avion de ligne et un chasseur monomoteur n'ont "rien à voir". Si cette remarque a du vrai ce n'est pas exactement dans le sens où ils l'entendent: le F-4 du laboratoire de Sandia est beaucoup plus dense qu'un avion de ligne, dont le fuselage est creux et les moteurs de plus de 8 tonnes situés sous les ailes. Si un 777 est bien plus lourd, totalisant 143 tonnes à vide, sa densité est plus faible car la masse est répartie dans un plus grand volume.

Les avions modernes donnent une apparence de solidité et de résistance rassurantes ; malgré tout, ils restent conçus pour être le plus léger possible à l'aide de matériaux comme le carbone et l'aluminium, bien plus fragiles que l'acier et dont le point de fusion est inférieur à la chaleur de combustion du kérosène embarqué. De part leur conception et leur composition, il est possible qu'ils se désintègrent à l'impact dans certaines circonstances en cas de crash  - sans le moindre besoin de faire appel à une théorie du complot.