07 mai 2020

D'où vient le Coronavirus ?

D'où vient le virus responsable de la maladie du Covid-19, le coronavirus SARS-CoV-2 selon sa dénomination officielle?

Avec une pandémie mondiale, plus de 3,5 millions de victimes infectées et 250'000 morts en ce mois de mai, et des dégâts économiques chiffrés en milliers de milliards de dollars, on pourrait penser que la question a quelque importance. Mais non. Les médias "d'investigation" sont étonnamment peu curieux.

C'est d'autant plus étrange que ces derniers jours ont donné lieu à des progrès fulgurants sur cet aspect du dossier. Mentionnons donc ici les quelques informations dont nous disposons et dont les médias de masse parleront peu, ou mal.

Il y a deux mois et demi, même le Global Times, la Pravda du régime communiste chinois, avouait que le virus ne provenait pas du marché exotique de Wuhan - ce qui n'a pas empêché les médias des pays dits "libres" de continuer à propager cette fable.

À la même date, le New York Post - un respectable quotidien américain publié depuis deux siècles - avait accusé le virus de provenir d'un laboratoire chinois.

Depuis, tous les regards des rares personnes que cela intéresse se tournent vers le fameux laboratoire P4 (pour Pathogènes de classe 4) de Wuhan, situé à moins d'un kilomètre du fameux marché exotique de la ville...

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Le laboratoire P4 de Wuhan (image Yahoo! News)

Pour un aperçu du site et de l'affaire en cours, BFMTV donne un résumé intéressant:

Selon le quotidien Washington Post, l'ambassade des États-Unis à Pékin, après plusieurs visites à l'institut, a alerté en 2018 les autorités américaines sur des mesures de sécurité apparemment insuffisantes dans un laboratoire qui étudiait les coronavirus issus de chauves-souris.

La chaîne américaine Fox News, citant "plusieurs sources" anonymes, a incriminé le laboratoire P4 (pour pathogène de classe 4) du site, sans donner de preuves précises. Il s'agit d'une installation de très haute sécurité, qui héberge les souches les plus dangereuses des virus connus, comme Ebola.

Ce lieu ultrasensible a été réalisé avec la collaboration de la France, même si la coopération franco-chinoise a été un échec. Les laboratoires P4 Jean Mérieux-Inserm de Lyon Bron et celui de Wuhan devait collaborer. "On peut dire sans dévoiler un secret d'État que depuis 2016, il n'y a pas eu de réunion du comité franco-chinois sur les maladies infectieuses", a déclaré Alain Mérieux, qui était membre du comité de pilotage, à la cellule investigation de Radio France. 

Le laboratoire permet de mener des recherches de pointe. Ambition: réagir plus rapidement à l'apparition de maladies infectieuses. Bien que la presse américaine évoque à chaque fois le P4, les germes moins pathogènes comme les coronavirus sont en théorie plutôt étudiés dans les P3, un type de laboratoire dont dispose également l'institut.

D'un coût d'environ 40 millions d'euros, le laboratoire a été financé par la Chine. Les chercheurs y travaillent en confinement absolu. Il existe moins d'une trentaine de P4 dans le monde, dont la moitié aux Etats-Unis. L'Institut de virologie de Wuhan possède par ailleurs la plus grande collection de souches de virus en Asie, avec 1'500 spécimens différents, selon son site internet.

Interrogé, l'institut a refusé de répondre aux questions de l'AFP. Le chercheur français qui y travaille n'a pas voulu non plus s'exprimer, invoquant son "devoir de réserve". Nous ne sommes donc pas en mesure de confirmer formellement que des coronavirus ont bien été étudiés avant l'épidémie dans ces laboratoires.


On notera les tournures de styles venimeuses propres au journalisme à la française, parlant de mesures de sécurité "apparemment" insuffisantes - l'éventualité qu'un virus mortel s'échappe n'est peut-être pas un motif suffisant de remise en question? - ou la vilaine chaîne américaine Fox News "citant des sources anonymes" et "ne donnant pas de preuves précises", avec le gros sous-entendu que tout ceci n'est que pire calomnie... Pas le genre de choses auxquelles un journaliste français oserait s'abaisser! Il n'y a même pas le lien vers l'article incriminé, afin d'éviter qu'un Internaute curieux aille vérifier de lui-même. Le voici donc.

BFMTV passe comme chat sur braise sur le fait que le laboratoire de Wuhan a été financé par la Chine et construit par la France dans le cadre d'une collaboration internationale avec la bénédiction de l'OMS tenue par les Chinois. Son "accréditation niveau P4" est inaugurée en février 2017 par le Premier ministre français de l'époque Bernard Cazeneuve, accompagné de la ministre française des Affaires sociales et de la Santé Marisol Touraine, ainsi que d'Yves Lévy, président de l’INSERM, et accessoirement conjoint d'Agnès Buzyn, proche d'Emmanuel Macron et candidate LREM pour la Ville de Paris... La même qui expliquait dès janvier au Président la gravité de l'épidémie à venir, à une date où tout pouvait encore être sauvé! L'amère découverte de ce timing a fort logiquement donné naissance au hashtag #ilsSavaient.

La page Wikipédia française de l'Institut de virologie de Wuhan n'ayant pas encore été "rectifiée", elle contient encore de nombreuses informations intéressantes. Il n'est même pas certain d'ailleurs que l'attention portée au secteur P4 de l'Institut de Virologie de Wuhan soit appropriée. Le travail sur les Coronavirus a pu être mené en zone P3, moins sécurisée.

Mais revenons aux vilaines accusations parues dans les médias anglo-saxons.

Quinze pages accablantes

Les services de renseignement de l'Australie, du Canada, de la Nouvelle-Zélande, du Royaume-Uni et des États-Unis collaborent dans le cadre du traité UKUSA et leur alliance est parfois appelée les "Cinq Yeux". Enquêtant sur la source de l'épidémie depuis qu'elle s'est révélée au monde, ils ont rassemblé leurs découvertes dans un document de quinze pages... Qui a forcément fuité dans la presse.

Le Daily Telegraph australien s'en fait l'écho. Si l'entier du document n'est pas encore disponible, il contient nombre d'éléments accablants. Comme une sorte de fil rouge dans le rapport, les auteurs soulignent que la négligence et les mensonges de la Chine ont entraîné la "mise en danger de pays tiers", alors que le Parti Communiste Chinois (PCC) faisait taire ou "disparaître" les médecins qui rompaient le silence:

Les médecins qui ont courageusement parlé du nouveau virus ont été arrêtés et condamnés. Leurs détentions ont été relayées par les médias de l'État chinois avec un appel de la police de Wuhan afin que "tous les citoyens ne fabriquent pas de rumeurs, ne répandent pas de rumeurs, ne croient pas aux rumeurs."

Un tweet du Global Times du 2 janvier déclare: "La police de Wuhan, en Chine centrale, a arrêté 8 personnes répandant des rumeurs sur une épidémie locale de #pneumonie non identifiable. Des articles en ligne précédents disaient que c'était le SRAS. Cela a eu pour effet de faire taire les autres médecins qui pourraient être enclins à s'exprimer."


De plus, des preuves ont été détruites, et la Chine a refusé de fournir des échantillons vivants à des scientifiques internationaux travaillant sur un vaccin.

Le document obtenu par [le quotidien] parle de "suppression et destruction de preuves" et pointe "des échantillons de virus commandés détruits dans les laboratoires de génomique, les cages pour faune animale passées à la javel, le refus de partager au public la séquence du génome, la fermeture du laboratoire de Shanghai pour" rectification", des articles universitaires soumis à un examen préalable par le Ministère des sciences et de la technologie, et les données sur les "porteurs silencieux" asymptomatiques gardées secrètes".


Le dossier pointe du doigt les mensonges continuels de la Chine à propos du virus, notant que les preuves de transmission d'humain à humain existent depuis le début décembre, mais que "les autorités nient cette éventualité jusqu'au 20 janvier", appuyée en cela par l'OMS prenant une posture identique. Pourtant, des officiels de Taïwan soupçonnent cette transmission dès le 31 décembre, et des experts de Hong-Kong le 4 janvier.

Le 23 janvier, alors qu'ils fuient la capitale régionale contaminée, la Chine piège des millions de personne dans la ville. Pendant tout le mois de février, Pékin lance une offensive diplomatique auprès des États-Unis, de l'Inde, de l'Australie, de ses voisins du Sud-Est asiatique et d'autres pays afin qu'ils renoncent à se protéger à travers des restrictions de voyage, alors même que la Chine impose les restrictions de déplacement les plus sévères entre ses propres régions. La Chine bloque ses ressortissants tout en faisant tout pour qu'ils puissent circuler librement à l'étranger. De décembre à février, pas moins de 500'000 Chinois se seront ainsi rendus aux États-Unis.

Un virus naturel ou artificiel?

Bien que le dossier divulgué ne tranche pas sur la question de l'origine naturelle ou artificielle du Covid-19, il mentionne une étude de l'Université de technologie de Chine méridionale datée du 6 février suggérant que "le coronavirus tueur est probablement né d'un laboratoire à Wuhan."

Si le document d'étude a finalement été retiré, officiellement parce que son auteur principal a déclaré être en manque de preuves directes, le savant Yanzhong Huang précise le 5 mars que "nul scientifique n'a confirmé ni réfuté les conclusions de l'article."

Le 16 mars, même le professeur Luc Montagner, prix Nobel déclara que le virus a été fabriqué par l'homme au labo de Wuhan dans l'espoir de trouver un vaccin au virus du SIDA, et qu'il en serait sorti à la suite d'un accident. Les médias tirèrent sur le messager. Mais il n'est pas le seul témoin...

Le consensus actuel - et la position officieuse de nombreux États - est que le virus n'a pas été conçu artificiellement, mais s'est échappé soit de l'Institut de virologie de Wuhan, soit du CDC chinois, qui est situé à moins d'un kilomètre du marché de Wuhan à partir duquel une grappe de premiers cas est apparue. Pour l'heure, on ne sait pas si l'épidémie a commencé par contact avec des animaux infectés ou si elle était le résultat d'un accident dans un laboratoire.

Toutefois, le dossier du renseignement met en évidence les recherches menées par les scientifiques Shi Zhengli et son protégé Peng Zhou, dont les travaux sur le coronavirus de chauve-souris, et qui modifiaient le coronavirus de chauve-souris pour tester sa transmissibilité à d'autres espèces...

Une étude réalisée en novembre 2015 par Zhengli et son équipe, en collaboration avec l'Université de Caroline du Nord, conclut que le coronavirus de type SRAS pouvait passer directement des chauves-souris aux humains, et qu'il n'y a actuellement aucun remède ni traitement.

Le dossier mentionne au sujet de cette étude: "Pour examiner le potentiel d’émergence (c'est-à-dire le potentiel d'infection des humains) des CoV de chauves-souris en circulation, nous avons construit un virus chimérique codant pour une nouvelle protéine de pointe du CoV zoonotique - à partir de la séquence RsSHCO14-CoV qui a été isolé des chauves-souris rhinolophes chinoises - dans le contexte de la charpente du SRAS-CoV adaptée à la souris."

"Ce virus est hautement pathogène et les traitements développés contre le virus du SRAS d'origine en 2002 et les médicaments ZMapp utilisés pour lutter contre le virus Ebola ne parviennent pas à neutraliser et à contrôler ce virus particulier", a déclaré le professeur Ralph Baric de l'Université de Caroline du Nord, co-auteur du document de 2015.

Quelques années plus tard, en mars 2019, le Dr Shi et son équipe, dont Peng Zhou, qui a travaillé en Australie pendant cinq ans, publient une étude intitulée Bat Coronaviruses in China dans la revue médicale Viruses, où ils écrivent qu'ils "visaient à prédire les points chauds des virus et leur potentiel de transmission inter-espèces", décrivant cela comme une "urgence à étudier les coronavirus de chauves-souris en Chine pour comprendre leur potentiel à provoquer une autre épidémie." Leur étude conclut: "Il est très probable que les futures épidémies de SRAS ou de MERS comme les coronavirus proviendront de chauves-souris, et il y a une probabilité accrue que cela se produise en Chine."


Tant Shi et Zhou passèrent trois ans au Laboratoire de Santé Animale d'Australie, géré par l'agence nationale scientifique CSIRO. Entre 2011 et 2014, Zhou organisa la capture et le transport de chauve-souris sauvages depuis la région du Queensland jusqu'au laboratoire en Victoria, où les animaux furent euthanasiés, disséqués et étudiés dans le but d'y dénicher des virus mortels.

Est-il à ce point impensable que des chercheurs manipulant des virus soient à l'origine du Coronavirus? Chacun croira ce qu'il veut ; mais à ce stade, même si elle est entièrement responsable de la pandémie, il paraît certain que la Chine ne plaidera pas coupable.

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Le Daily Telegraph australien rappelle enfin le cas de Huang Yan Ling, une chercheuse de l'Institut de Virologie de Wuhan dont on pense qu'elle serait le "patient zéro", ayant été la première diagnostiquée avec la maladie.

Puis vinrent les nouvelles de sa disparition, et la biographie et sa photo effacées du site web de l'Institut de Virologie de Wuhan.

Le 16 février, l'Institut nia qu'elle fut le patient zéro et qu'elle était vivante et en bonne santé, mais il n'y a plus eu la moindre nouvelle de son existence depuis, suscitant de nombreuses spéculations.


Le 9 novembre 2015, l'Institut de Virologie de Wuhan publiait une étude révélant la création artificielle d'un virus en laboratoire à partir du SARS-CoV. Était-ce un galop d'essai?

17 avril 2020

Coronavirus: le confinement en sursis

La France se lasse du Covid-19. Dans sa splendeur jupitérienne, Emmanuel Macron, Père de la Nation et Gardien de la Foi Républicaine, a donc annoncé une fin du confinement au 11 mai.

Emmanuel Macron sait.

La France se comptera donc à cette date parmi les nations qui s'estiment au-delà du sommet de la vague pandémique. Pas que le confinement ait été particulièrement bien suivi, que ce soit à Paris ou dans les territoires perdus de la République - mais le système de santé a l'air de tenir le coup, alors lâchons les freins!

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Malgré la mise en scène solennelle, la France ne fait rien d'autre que de suivre un mouvement entamé dans toute l'Europe. L'Allemagne prévoit un retour "par étapes" à la normale si les chiffres des nouvelles contaminations se stabilisent à un bas niveau. Les Pays-Bas n'ont jamais vraiment contraint le confinement, parlant d'une "démocratie intelligente" et comptant sur le civisme des citoyens. L'Union Européenne, toujours aussi inutile, tente désespérément d'appliquer sa bureaucratie. Et hier, la Suisse s'aligne de même, avec un déconfinement annoncé "par étapes" du 27 avril au 11 mai.

Il n'y a rien d'absurde à réclamer une sorte de retour à la normale, à condition que cette normalité ne soit pas un retour à celle qui amena la maladie à se répandre comme un feu de brousse.

Mais comment espérer que les gens se comportent de façon sensée alors que depuis le début de la crise ils sont abreuvés d'informations fausses répandues par la classe politique et les médias?

Couvrez-vous de ce masque inutile

La fin du confinement implique le retour d'une certaine forme de liberté dans l'espace public. Faut-il forcer à porter un masque?

Cette mesure de bon sens se fracasse contre le mur des mensonges érigés depuis février par les pouvoirs publics expliquant que les masques ne servent à rien - pour le commun des mortels. Cette fable, rendue indispensable pour couvrir le manque de prévoyance des responsables politiques, hante le débat public depuis des semaines. On explique que, par une sorte de magie, seuls les membres du service de santé sont capables de les porter correctement. On explique qu'ils servent à empêcher les malades du Covid-19 de contaminer autrui (très pratique quand en même temps la pénurie de kits de détection vous amène à faire vous-même votre diagnostic). Ils seraient même contre-productifs!

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Macron et ses compagnons de sortie, s'infligeant tous le port d'un masque inutile.

C'est beau comme un mensonge d'État.

Et lorsque la digue du mensonge finit par céder, on s'ébahit d'y avoir tant cru, comme Renaud Michiels dans Le Matin. "Ces masques qui ne protègent que les Asiatiques", s'émeut l'éditorialiste dans un rare accès de pensée critique contre les psychopathes qui nous gouvernent.

Mais, quelque part, on ne peut s'empêcher d'éprouver le sentiment que les journalistes s'indignent avant tout de ne pas avoir été dans la combine. Ils s'apitoient sur leur propre sort d'avoir été laissés sur le côté de la route des confidences, tel des malpropres. Ils auraient tant voulu être de la partie pour manipuler l'opinion publique. Quoi de plus sympathique que cette connivence avec ces politiciens qu'ils aiment tant? À quoi sert une campagne de désinformation massive sur une question essentielle de santé publique si on ne la confie pas à des professionnels?

La polémique à peine enterrée (les journalistes pardonnent volontiers) qu'une nouvelle survient: comment rendre obligatoire le port du masque en public si personne n'en a à disposition?

Emmanuel Macron a pensé à tout. En France le port du masque sera "vivement recommandé, sans être obligatoire." En Suisse, le Conseil fédéral prévoit de faire de même. Vous avez eu l'intelligence de ne pas croire les bobards des politiciens et de vous procurer des masques lorsque vous le pouviez encore? Tant mieux pour vous. Vous n'avez pas de masques parce que vous vous êtes réveillé trop tard, vous les avez cru, ou vous avez fait don des vôtres aux services de santé? Bienvenue dans la vie des sacrifiés du Coronavirus, camarade!

Maintenant, on explique que les masques protègent bien, et qu'à tout prendre ils sont mieux que rien, ce que n'importe quel individu doté d'un cerveau en état de marche avait compris depuis longtemps... Mais ne vous inquiétez pas. Lorsque les masques finiront par être disponibles en quantité suffisante, ils seront obligatoires dans l'espace public, sous peine d'amende.

Les distances sociales à géométrie variable

L'exposition des bobards sur les masques pourraient donner l'impression que la classe politique apprend de ses erreurs, mais ces gens-là n'apprennent jamais. Si leurs mensonges sont éventés, ils en trouvent de nouveaux, aucun problème. Nous en avons un aperçu en Suisse avec la réouverture planifiée des écoles, en pleine pandémie.

koch.jpgDaniel Koch, 65 ans et chef de la division des maladies transmissibles à l'OFS, que les Suisse connaissent bien désormais, a ainsi osé affirmer que les enfants "n'étaient pas très malades et ne transmettaient pas le virus".

Magique! Armé d'une certitude pareille, nous pouvons rouvrir crèches et écoles. Pourquoi s'embarrasser d'ailleurs de ces règles de "distance sociale" avec les enfants puisqu'il n'y a rien à craindre? Pourquoi empêcher les enfants de voir leurs grands-parents, ou de se faire garder par ces derniers pendant que les parents travaillent, puisqu'il n'y a rien à craindre?

Soyons sérieux: c'est criminel.

M. Koch est le borgne qui guide les sept aveugles du Conseil fédéral. Il a une responsabilité toute particulière dans les décisions prises au plus haut sommet de l'État suisse.

On attendra en vain l'article scientifique publié dans The Lancet ou une autre revue prestigieuse, affirmant preuve à l'appui que les enfants infectés du Coronavirus ne sont pas contagieux.

En fait, M. Koch, fort de ses connaissances, devrait publier lui-même un article scientifique sur le sujet. Je suis sûr que face à une information aussi décisive par rapport à cette moitié de l'Humanité vivant en confinement, même Nature lui ouvrirait ses portes.

Il était presque comique de voir au journal de la RTS de vendredi le Pr Laurent Kaiser, Chef du Service des maladies infectieuses et responsable du laboratoire de virologie à Genève, contredire le fonctionnaire fédéral en affirmant incidemment que les enfants pouvaient se contaminer les uns les autres.

Début mars, Alain Berset annonce que le plus important est de séparer les générations. Le Conseil fédéral ferme les écoles avec réticence, ayant longtemps estimé que cette fermeture risquerait de forcer le contact entre les enfants infectés et des grands parents qui les garderaient. Mi-avril, Alain Berset annonce la réouverture des écoles, soutenant l'opinion de ses conseillers scientifiques selon laquelle les enfants ne transmettent pas la maladie.

C'est miraculeux. Ou c'est un mensonge, je vous laisse choisir.

Si les autorités helvétiques vont au bout de leur folie, attendons-nous à une magnifique deuxième vague d'infection par tous ces enfants qui infectent leurs parents une fois revenus de l'école.

06 avril 2020

Coronavirus: stop ou encore?

L'humanité se bat contre le Coronavirus, et l'emportera. Mais combien de victimes périront dans cette guerre?

Les mesures de confinement concernent désormais la moitié de l'humanité environ. En diminuant les interactions, la progression du virus est ralentie d'autant. L'objectif, très simple, se heurte pourtant très vite à des divergences d'interprétation. Des divergences fondamentales.

La première est le but du confinement. S'agit-il d'arrêter le Covid-19 ou de ralentir sa progression?

La stratégie de l'arrêt

Arrêter est difficile, mais a pour objectif de stopper net la pandémie. Après plusieurs semaines sans nouveau cas, le virus est effectivement éradiqué. Il n'a pas pu se transmettre à de nouveaux humains. Les gens encore malades qui ne périssent pas finissent par guérir. En revanche, la plus grande vigilance est de mise pour que de nouveaux cas - importés - ne réintroduisent la maladie ; auquel cas toute la procédure devrait recommencer.

C'est la stratégie suivie par la Chine et les autres pays d'Asie, mais pas seulement. Au milieu de l'océan des analyses "d'experts" et autre invités de marque consultés par les médias, un reportage de Valérie Dupont permet de voir que cette stratégie a été appliquée avec succès, sur le terrain, en Italie.

Dès les premiers jours de la pandémie, Vò, un petit village italien proche de Padoue, a choisi de suivre les recommandations des scientifiques [on aimerait bien les avoir, ceux-là!..]. Deux jours après la mort d'Adriano, âgé de 78 ans, le premier cas mortel en Italie, le village entier est mis en quarantaine et toute la population est testée.

Ces premiers tests ont permis de découvrir plus de cent personnes positives dans la population, dont 75% ne présentaient aucun symptôme.

Après 15 jours de quarantaine stricte, les quelque 3300 habitants deviennent des cobayes pour la recherche. Ils sont testés une seconde fois et cette seconde volée de tests ne révèle alors que 6 personnes positives.

Aujourd'hui, après 40 jours de confinement, le virus a totalement disparu du village.


Contrairement à ce qu'affirment les politiciens et leurs conseils, la stratégie de l'arrêt est tout à fait possible et à n'importe quelle échelle. Il faut que plusieurs conditions soient réunies:

  • une volonté sans faille des responsables politiques et administratifs ;
  • un dépistage aussi exhaustif que possible ;
  • une population assez unie, préparée et consciente des enjeux pour accepter une quarantaine réelle, mais courte.

Il est à craindre que plus aucun pays d'Europe ne rassemble ces conditions.

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Le village de Vò en Italie (Image Wikipédia)

La stratégie du freinage

Ralentir est plus facile, puisque le ralentissement, pour commencer, est une notion relative. Ralentir par rapport à quoi? Quels sont les objectifs? Il n'y a pas deux personnes pour tenir le même discours quant à la mesure du "succès" d'un ralentissement, et pas un journaliste pour poser la question. Quelle hausse des cas est acceptable? Tentons de formuler un postulat: le ralentissement serait un "succès" à partir du moment où les capacités de traitement du système de santé ne sont pas submergées, selon un graphique désormais célèbre.

Appliquons ce calcul à la Suisse. Admettons que le pays dispose de 2'000 lits en soins intensifs, un objectif de court terme, et qu'ils soient tous disponibles. Il faut que le nombre de nouveaux cas graves n'excède pas 1'000 par semaine, puisque les cas graves sont hospitalisés pour deux semaines environ (on imaginera pour les besoins de l'exercice que la répartition des malades est parfaite, qu'ils sont transportés là où il y a de la place, etc.). Comme environ 20% des cas de Coronavirus développent une forme sévère ou grave, cela signifie qu'il ne doit pas y avoir plus de 5'000 nouveaux infectés Covid-19 par semaine.

Pour prendre les chiffres de la RTS, le nombre de nouveaux cas est de 5'868, 7'153 et 6'252 lors des trois dernières semaines (semaines 12, 13 et 14 du calendrier). Nous sommes donc au-dessus, mais à quelques approximations près, ça se tient.

Mais combien de temps tout cela doit-il tenir? Alors que les pressions se font progressivement plus fortes pour un retour à la normale (qui a déjà quasiment lieu dans les faits, il suffit encore une fois de constater les comportements à Lausanne...) la probabilité est grande que la courbe reparte franchement à la hausse. Dans ce cas-là, la stratégie du ralentissement vole en éclat.

Même si elle ne repart pas à la hausse, il y a un autre problème. Combien de temps doit durer ce régime? Prenons les hypothèses les plus favorables. Admettons qu'une immunité globale est atteinte dès que 60% de la population a eu le virus, qu'on tient la barre avec 7'000 cas par semaine sans jamais les dépasser, etc. Admettons encore que les tests en Suisse ne concernent que les malades symptomatiques et que 75% des gens infectés n'en soient même pas conscients, comme à Vò en Italie. Le nombre de cas réels par semaine serait alors de 28'000 (21'000 asymptomatiques, 6'000 symptomatiques mais bénins, et toujours 1'000 nouvelles hospitalisations seulement).

Un rapide calcul sur la base des 8,57 millions d'habitants que compte le pays nous indique que nous atteindrons ce résultat au bout de... 183 semaines, c'est-à-dire un peu plus de trois ans et demi.

Quelque chose me dit que les freins lâcheront avant!

La magie de la vague

Les politiciens maintiennent leur emprise sur la population qu'ils dirigent en donnant toujours l'impression que tout est sous contrôle. Ils ne sont jamais surpris. S'ils peuvent admettre dans un moment de faiblesse que certains aspects du problème leur ont échappé, ils préfèreront invoquer le manque de moyens, la faiblesse des pouvoirs dont ils disposent, ou l'odieuse opposition.

La crise du Coronavirus a atteint des pays occidentaux dont les administrations sont garnies de suffisamment de statisticiens et d'épidémiologistes pour que l'impraticabilité des deux stratégies précédentes ait pu être discutée. Mais comment vendre à une population administrée qu'un problème n'a pas de solution?

La stratégie efficace de la quarantaine ne pouvant être adoptée pour des raisons idéologiques, la stratégie inefficace du ralentissement est restée seule en lice. Elle sera poursuivie autant que faire se peut ; elle a l'avantage de s'étaler dans la durée.

Pour faire accepter à l'opinion publique l'accroissement continu du nombre de malades tout en lui faisant croire que tout va bien, on évoquera ainsi la vague - une augmentation exponentielle du nombre de cas qui finira par se tasser, puis décroître. C'est inévitable, quasiment magique. Après la pluie le beau temps.

Et c'est évidemment un mensonge.

En admettant que les Chinois aient vaincu le virus, leur stratégie de l'arrêt, mise en place avec une violence extrême, leur a pris six mois. En Europe, on ralentit juste la marche des affaires et on pense s'en sortir en un mois et demi seulement...

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La progression des cas en Suisse (cliquez pour agrandir)

On espère deviner un tassement sur la courbe ci-dessus, mais en fait pas vraiment, car si la Suisse a quitté la trajectoire du doublement tous les trois jours, elle est encore au-dessus de celle du doublement tous les cinq jours, et ne parlons même pas du doublement tous les dix jours. Autrement dit, on est très loin du sommet de la courbe, qui correspond à un accroissement linéaire compatible avec les capacités de traitement du système de santé.

Les pressions sont grandes, naturellement, pour oublier toute prudence dès que l'aspect des courbes s'améliore. Le piège est d'autant plus sournois que, toute prudence oubliée, il faudra attendre encore deux semaines d'incubation avant de mesurer l'ampleur du nouveau stade de la catastrophe.

Je ne dis pas que chacun doive vivre cloîtré chez lui en chômage technique pour des années ; au contraire, je pense qu'une reprise économique est possible, à condition qu'elle soit faite de façon intelligente et disciplinée: détection de la température aux points névralgiques, port des gants et du masque obligatoire, désinfection fréquente des lieux de passage, bref, tout ce que les pays asiatiques font depuis des semaines avec un certain succès. Certaines grandes enseignes commerciales suisses travaillent déjà à mettre en place ce mode de fonctionnement en prévision de la fin du "confinement".

Nous n'affrontons rien d'autre qu'un virus, après tout, pas un fléau divin. Ce serait dommage que le génie humain soit battu en brèche par quelques simples brins d'ARN. Mais nous triompherons, soyez-en sûr, et peut-être triomphons-nous déjà. Ce sera l'objet d'un prochain billet.

02 avril 2020

Coronavirus: Trajectoire de Crise

Le monde a de la chance: chaque pays a l'insigne honneur d'être mené par des dirigeants plus compétents, intelligents et avisés que dans les pays voisins.

En conséquence de quoi, et tous les médias locaux vous le diront, les mesures prises localement sont d'une sagesse évidente. Elle sont plus astucieuses, efficaces et réfléchies que nulle part ailleurs, évidemment.

Et si on vérifiait?

Je vous présente ci-dessous une infographie remarquable, permettant de comparer simplement les pays depuis leur 100e cas de Covid-19. Vous l'aurez reconnu, il s'inspire largement du graphique du Financial Times évoqué ici-même le 17 mars, mais mis à jour et bien plus détaillé.

On peut constater visuellement le rythme de progression jour après jour des cas de Coronavirus officiels (étant entendu que le nombre de cas réels est sans doute encore plus grand, selon la politique locale en matière de test). N'hésitez pas à utiliser le filtre par pays pour plus de lisibilité dans les comparaisons.

Des lignes pointillées montrent la vitesse de progression de la maladie: doublement tous les jours, deux jours, trois jours, cinq jours et dix jours.

Visiblement, certains pays tirent leur épingle du jeu après plus d'un mois de pandémie: Japon, Singapour et Corée du Sud. On pourrait citer aussi la Chine mais il y a fort à craindre qu'au paradis communiste la vérité soit la première victime. Après une catastrophique perte de temps, l'Europe occidentale tente péniblement d'infléchir la courbe.

Peut-être devrions-nous tirer davantage d'enseignement des pays qui réussissent, au lieu de laisser des bureaucrates inventer dans leur coin des solutions qui ne marchent pas?

20 mars 2020

Coronavirus: Quand les rois sont nus

Dans un éditorial de la Weltwoche intitulé "Un suicide par peur de mourir", Roger Köppel se demande si les mesures prises trop tard et sous l’emprise de la panique par notre Conseil fédéral, à la suite de nos voisins de l’Union européenne, sont vraiment raisonnables par rapport au danger réel de l’épidémie du Coronavirus, traduit Claude Haenggli.

Des politiciens responsables doivent toujours se poser la question du caractère proportionné des décisions qu’ils prennent. Quel est le problème ? Comment peut-il être résolu ? À quel prix ? Une analyse des coûts par rapport aux avantages est par nature gênante lorsqu'il s’agit de la santé, mais elle n’en reste pas moins nécessaire. Sous l’empreinte de la panique engendrée par le Coronavirus, il semble qu’on ait voulu faire fi de cette exigence. Tous les moyens semblent bons au gouvernement et aux partis politiques pour ralentir la propagation du virus. Un sentiment de malaise est en train de s’emparer de beaucoup. La Suisse, le monde, sont-ils en train, par peur d’une possible contamination, de commettre un suicide économique ?


Il est triste d'en arriver ainsi à opposer le coût en vies humaines à des intérêts économiques, comme s'il s'agissait de deux plateaux d'une balance. L'esprit est naturellement attiré par ce dualisme opposant un concept à un autre. Mais la réalité n'est pas si simple, puisqu'il faut bien admettre qu'aujourd'hui, nous n'avons ni l'un ni l'autre...

L'Europe, une nouvelle Chine, en pire

Je ne saurais affirmer si notre Conseil fédéral et nos voisins de l'Union européenne ont agi ou non sous le coup de la panique ; mais si leur objectif premier a jamais été de ralentir la propagation du virus, le résultat est jusqu'à aujourd'hui un échec abyssal.

Robert_R._Redfield.jpgLe 11 mars, le directeur des Centres de détection et de prévention des maladies américain (CDC), Robert Redfield, estima que le principal risque de propagation de l'épidémie pour les États-Unis, où un millier de cas étaient recensés alors, venait du Vieux-Continent. "La vraie menace pour nous, c'est désormais l'Europe", avait-il affirmé avec clairvoyance. "C'est de là qu'arrivent les cas. Pour dire les choses clairement, l'Europe est la nouvelle Chine." Quelques heures plus tard, Donald Trump prenait la seule décision raisonnable en pareilles circonstances, fermer les liaisons aériennes avec l'Espace Schengen.

Les mots de Robert Redfield et le décret du Président Trump provoquèrent un concert de grognements et de plaintes de la part des gouvernements visés, soudain mis sur un pied d'égalité avec les pestiférés chinois. La rage consécutive au crime de lèse-majesté était palpable. Mais quel que soit le niveau de haine antiaméricaine atteignable sur le Vieux Continent, la décision avait tout de même été prise. Plus possible de s'envoler pour les États-Unis, y compris pour les élites les plus imbues d'elles-mêmes. Plus possible non plus de cacher l'indigence de la gestion européenne de l'épidémie.

Pire encore, le Président Trump liant la fermeture des liaisons aériennes à l'état sanitaire européen, chacun comprenait bien qu'aucune franche poignée de main (figurativement parlant) ni aucun accord réciproque avec le locataire de la Maison Blanche ne parviendrait à dénouer la situation. La seule façon pour les pays de l'Espace Schengen de revenir à la normale serait de faire diminuer le nombre de cas de Coronavirus sur leur sol. Aussi s'y attelèrent-ils de mauvaise grâce...

Leur échec est total.

Nous avons un moyen indiscutable de le prouver. Ces dernières heures, l'Italie vient de battre le triste record du nombre de victimes, dépassant celui de la Chine. 3'405 décès dans la Botte, contre 3'245 en Chine depuis le début de l'épidémie.

Ces chiffres vertigineux sont à mettre en perspective. L'Italie dépasse la Chine! Réalise-t-on seulement ce que cela signifie? D'un côté, la Chine, près de 1,4 milliards d'habitants, une épidémie qui court depuis novembre 2019, un virus exporté dans les 34 provinces chinoises, des millions d'habitants mis en quarantaine... Et de l'autre l'Italie, 60 millions d'habitants (4,28% de la Chine en termes de population), souffrant de son premier décès le 22 février, il y a donc quatre semaines, et qui avait des mois pour se préparer, à l'inverse du géant asiatique confronté par surprise à cette nouvelle maladie...

Que de chemin parcouru par l'Italie, pourrait-on dire!

Alors, j'ouvre une parenthèse pour éviter les digressions de mauvaise foi, je sais: les chiffres chinois sont trafiqués. Nombre de morts ont été attribués à d'autres causes, rien ne nous dit que la maladie est autant sous contrôle que ne l'affirment les autorités chinoises, etc., et j'accepte ces réserves. Il n'empêche: face à un virus mortel, la Chine donne l'impression de réussir à franchir l'obstacle bien mieux que l'Italie, au point d'alléger les conditions de confinement à l'extérieur de la province de Hubei. Les cadres du Parti Communiste Chinois (PCC) aiment certainement donner une belle image de leur pays et n'hésiteraient pas un instant à sacrifier quelques millions de prolétaires pour relancer la machine économique, mais ils ne sont pas stupides: ils savent très bien que si le Coronavirus se répand encore en Chine tout le monde l'attrapera, eux y compris.

Un raisonnement dont les élites européennes n'ont pas été capables, mais sur lequel j'aurai l'occasion de revenir.

Si on veut une comparaison vaguement équivalente entre la Chine et l'Europe, prenons alors l'Europe entière - et même là on n'arrive qu'à une demi-Chine. Qui osera prétendre que le nombre de victimes en Europe est inférieur à celui de la Chine?

L'Europe n'est pas la nouvelle Chine. C'est une autre Chine, une Chine qui n'aurait pas lutté convenablement contre le Coronavirus. Et tous les Européens vont payer l'addition.

De l'incompétence assaisonnée d'incompétence

Il est plaisant de poser que les autorités auraient "privilégié l'économie au détriment de la santé", ou même l'inverse, mais c'est du grand n'importe quoi. Les autorités européennes, Suisse incluse, n'ont rien privilégié du tout. C'était Business as usual, la gestion des affaires courantes. Le virus les a surpris comme un cerf pris dans le faisceau des phares.

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"L'Europe découvre que le Coronavirus est aussi un problème européen", vue d'artiste

Le Coronavirus était une maladie exotique lointaine affectant ces imbéciles de Chinois, et c'était tout. Voilà pourquoi la France - et d'autres - envoyèrent en Chine des tonnes de masques et de matériel médical crucial pour aider les malades début février, alors que ces produits étaient déjà fabriqués là-bas et manqueraient sous peu ici. En même temps, la pandémie s'enracinait déjà gentiment notamment à cause des malades importés par le gouvernement français...

Respirateurs artificiels, solution hydroalcoolique, masques de protection, cours à la maison après la fermeture des écoles, règles de distance sociale, gestion économique de la crise, pas un domaine qui ne sente l'improvisation à plein nez. Personne ne sait quelles seront les règles en vigueur la semaine suivante.

Nos élites naviguent à vue.

Lorsqu'un politicien n'a plus d'idée, il ne fait rien et prétend ensuite que ce qui se passe est finalement exactement ce qu'il avait prévu. Dans cet ordre des choses, on peut présenter Boris Johnson et la fumeuse théorie de l'immunité de groupe (ce qui présage tout de même au moins 2 millions de morts au Royaume-Uni pour l'acquérir...) mais qui rétropédale soudain en réalisant l'énormité de cette folie. Ou Angela Merkel qui annonce en toute décontraction, entre la poire et le fromage, que 70% des Allemands pourraient contracter le virus, alors même qu'elle a le devoir et le pouvoir de prendre les décisions pour empêcher cela...

En Suisse, le grand public a découvert la semaine du 10 mars l'absurdité de la nouvelle doctrine du Conseil fédéral - "la Suisse capitule", avais-je écrit. Parmi le monceau de demi-mesures annoncées, la décision totalement incompréhensible de ne plus tester systématiquement les cas suspects mais seulement les cas "graves".

Nous en comprenons aujourd'hui les raisons réelles: la Suisse sera bientôt à court de kits de détection. Encore une brillantissime planification de la part de nos autorités.

Les élites commencent à payer

Il est de bon ton de parler des bonnes stratégies - les stratégies rejetées de façon hautaine à l'époque, et dont on explique ensuite que c'était la bonne chose à faire mais qu'il est désormais trop tard. La fermeture des frontières aux voyageurs provenant de pays infectés, quelle que soit leur nationalité. Les campagnes de dépistage massif et systématique. La quarantaine de tous les cas suspects. Les mesures d'isolation pour les groupes vulnérables.

Nous sommes à des années-lumière de tout cela. Un temps crucial a été dilapidé en vain. La Suisse et sans doute d'autres pays européens en arrivent à un tel niveau d'indigence sanitaire que nous ne pourrons bientôt même plus déterminer qui est affecté par le Coronavirus.

Rassurez-vous, il restera toujours suffisamment de tests - mais seulement pour les élites, cela va sans dire. Lorsque vous apprenez que la Confédération décrète que seuls les cas graves sont testés mais qu'une semaine plus tard les médias s'épanchent sur la quarantaine d'un Conseiller Communal de la Chaux-de-Fonds ou annoncent l'infection de Nathalie Fontanet du Conseil d'État genevois ("tout le Conseil d’État a été testé ce matin" explique l'article) on comprend bien que si vous êtes un simple employé du privé avec des symptômes suspects, vous n'aurez pas droit aux mêmes égards que nos vaillants élus, enchaînant bonne décision sur bonne décision et sans lesquels la Terre ne saurait tourner. Tant pis pour votre famille.

C'était sans doute ce que sous-entendait Alain Berset toutes les fois où il évoquait "les services de santé et l'administration" comme catégories prioritaires... Lorsqu'on est au pouvoir, il est bon de ne pas s'oublier entièrement.

Mais les élites auront beau avoir les meilleurs spécialistes, leurs kits de détection à volonté et sans doute des respirateurs artificiels réservés à leur usage exclusif, elles n'en sont pas moins affectées par la maladie comme tout le monde. C'est particulièrement vrai en Suisse où la classe politique entretient une proximité beaucoup plus étroite avec le bas peuple que dans d'autres pays comme la France ou l'Allemagne.

Les têtes d'affiche politiques font les gros titres lorsqu'elles apprennent qu'elles sont infectées, mais pour chacune d'elle combien de hauts cadres de l'administration, de médecins cantonaux (!) et d'autres membres de la bureaucratie directement responsables de la situation sanitaire du pays se retrouvent eux aussi confrontés à la maladie, comme le premier journaliste venu?

Le Coronavirus ignore le statut social et le prestige de ses victimes. Il touche aussi bien les princes que les célébrités. Et pour ces gens comme pour le reste, nous n'en sommes qu'au début.

Lorsque M. Köppel évoque une "analyse des coûts par rapport aux avantages" dans un éditorial, je pense - j'espère - qu'il ne réalise pas l'énormité de ce qu'il écrit en termes de centaines de milliers de victimes potentielles dans la seule Helvétie.

Les mots ne coûtent pas grand-chose, mais les mauvaises décisions se payent en vies humaines.

17 mars 2020

Coronavirus: le pari fou de l'immunité

En Europe continentale, les dés sont jetés.

En Italie, premier pays touché pour des raisons que les médias traditionnels n'expliqueront jamais, des millions d'habitants, puis toute l'Italie le 9 mars, se sont retrouvés sous un régime de quarantaine de plus en plus renforcé. Les mêmes mesures sont appliquées progressivement en France, en Allemagne, et même désormais en Suisse, dans une tentative désespérée de ralentir la progression de la pandémie de Covid-19.

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Les temps changent.

On entend moins les antivaccins et les anti-sociétés pharmaceutiques. L'odieux capitalisme a soudainement du bon lorsqu'il permet à des chercheurs de travailler sur des remèdes.

On entend moins Greta Thunberg et sa névrose climatique, depuis que la jeune fille est retournée dans sa chambre d'adolescente.

On entend moins les brèves de comptoir de ceux qui comparent la maladie à une simple grippe.

On entend moins, mais on les entend encore, ceux qui disent que la maladie n'est qu'une affaire de personnes âgées de 65 ans et plus. En France et aux Pays-Bas, on en est loin. Au Canada, les patients de 60 ans et plus ne constituent que 31% des cas d'hospitalisation. Les médias continuent d'éviter le sujet, des fois que les jeunes comprennent qu'ils sont en danger aussi...

On entend moins les partisans forcenés de la libre-circulation, qui expliquaient du matin au soir que fermer les frontières ne résoudrait rien, alors que maintenant toutes les frontières sont en voie d'être fermées. Grâce à Internet, nous n'oublierons pas tous ces gens.

Pas de triomphalisme. Avoir raison lorsqu'on annonce une catastrophe comme je le fais depuis plus d'un mois ne laisse dans la bouche qu'un goût amer. Qu'aurait donc coûté alors la fermeture totale des frontières aux personnes, par rapport à ce que nous vivons aujourd'hui? J'aurais aimé avoir tort. J'aurais aimé que nous vivions dans la fiction heureuse dépeinte par les médias et le monde politique avant ce réveil. Le réveil est brutal et tardif, et il est brutal parce qu'il est tardif.

Et il reste toujours des trous dans la raquette. En France, on a voté ce week-end. En Suisse, on garde les crèches ouvertes, comme si la perspective d'aller au bout du geste effrayait les autorités. On ne suggère qu'à demi-mot des restrictions de mobilité, d'association, d'utilisation des transports en commun. Les bus, les trains et les avions sont pourtant des lieux de premier plan pour s'infecter. Des termes comme "confinement", "couvre-feu", "isolation" ou "quarantaine" font peur, alors qu'ils sont la clé de la survie des plus vulnérables d'entre nous.

Pour ce qui est de notre dépendance auprès des travailleurs frontaliers pour nos services de santé, la Conseillère nationale Magdalena Martullo-Blocher avait proposé il y a quelques jours de les héberger en Suisse (les lits ne manquent pas en hôtellerie) afin qu'ils puissent continuer à travailler ici, au lieu d'attendre le moment prévisible où leur pays d'origine les réquisitionnera pour son propre système de santé. La proposition est restée lettre morte. Le Conseil fédéral préfère que les infirmières et aides-soignants retournent chaque jour dans leur zone à risque en France ou en Italie, en attendant de ne plus venir du tout.

Une course contre la montre quasiment perdue

Nous ne vivons pas dans le monde parfait de la publicité, pas plus que dans le monde idéalisé des reportages télévisés, où notre art de vivre ferait magiquement obstacle à la maladie. Braver les interdits en sirotant une bière en terrasse n'est pas un geste de courage et de défi, mais une prise de risque d'une incommensurable stupidité. On ne lutte pas contre une idéologie mais contre un virus.

Continuer à vivre "comme avant" est un aller-simple pour l'épidémie généralisée.

Ce lundi matin, à Lausanne, tout était calme, mais normal. Terriblement normal. Aucune distance de sécurité nulle part, aux arrêts de bus par exemple. Des gens en groupe, aucun masque visible à la ronde, hormis le mien et celui de quelques fonctionnaires de police forcément obligés de suivre les directives édictées par leur hiérarchie. Place Bel-Air, des personnes âgées déambulaient sans la moindre protection au milieu des piétons pour faire quelques emplettes de bon matin, comme si de rien n'était. Les transports en commun continuaient à circuler, charriant leur lot de passagers et de germes infectieux pour la journée.

Il est terrible d'embrasser une foule du regard et de se dire que si le virus y circule, une personne sur vingt sera morte dans un mois.

Selon le Centre de Contrôle et de Prévention des Maladies américain (Centers for Disease Control and Prevention, CDC) le temps d'incubation du Coronavirus varie entre 2 et 14 jours après l'exposition. Selon un rapport récent, plus de 97% des individus qui contractent le "SARS-CoV-2" montrent des symptômes onze jours et demi après leur exposition. La période moyenne d'incubation est de 5 jours.

Tout cela signifie qu'il faudra attendre deux semaines pour voir si les mesures "fortes" prises par les pays occidentaux sont efficaces. En attendant, le nombre de cas avérés double tous les trois jours - pour les pays qui se donnent encore la peine de dépister la maladie, évidemment.

"Tous n'en mourraient pas mais tous étaient frappés"

La pandémie de Coronavirus est globale, mais chaque pays apporte sa propre réponse. En ce sens, si vous pensez que les mesures prises par l'Allemagne, la France ou la Suisse sont minables et trop tardives, rassurez-vous, il est toujours possible de faire pire.

Parmi les innombrables graphiques qui circulent, celui-ci a retenu mon attention: l'évolution de la maladie à partir du centième cas, jour après jour selon chaque pays. Il permet une comparaison instructive entre des pays frappés à différents stades chronologiques.

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Progression du nombre de cas confirmés à partir du 100e cas, jour après jour.
(Graphique Financial Times ; cliquez pour agrandir.)

Il est difficile de contenir la progression des 33% de nouveaux cas chaque jour. Comme on peut le voir, la Corée du Sud, le Japon, Singapour, Hong-Kong et la Malaisie semble réussir leur pari - si leurs données ne sont pas trafiquées. L'inflexion sud-coréenne est la plus remarquable. Leurs sociétés sont différentes des nôtres en termes ethniques, culturels, disciplinaires, et leurs élus sont tout aussi différents des nôtres sur ces mêmes points. Les reportages réalisés là-bas montrent une approche infiniment plus sérieuse de l'épidémie que dans nos sociétés européennes.

Soyons fous en attendant la fin

La pire réponse vient probablement du Royaume-Uni et des Pays-Bas, où les autorités ont décidé de... Laisser le virus se répandre.

Il ne s'agit pas de ne rien faire ; ces pays ont l'intention de préserver les personnes âgées en les isolant. Mais ensuite, les autorités font le pari de laisser le virus se propager dans le reste de la population. Leur objectif est d'augmenter la proportion de personne guéries afin d'immuniser l'ensemble. C'est le schéma adopté pour d'autres maladies comme la rougeole ; encore faut-il parvenir à un taux d'immunité 95% à 2 ans pour interrompre la circulation du virus...

En l'espèce, et je n'ai pas peur de l'écrire, cette stratégie s'apparente à mes yeux à un crime contre l'Humanité. The Guardian prédit que 80% des Britanniques seront infectés et près de 8 millions seront hospitalisés dans les 12 prochains mois (c'est-à-dire, devraient être hospitalisés, étant entendu que jamais le NHS anglais à la dérive n'arrivera à s'en occuper). Le gouvernement a relativisé en assurant que c’était le pire des scénarios possibles... Nous verrons ce qu'il en est.

Comme je l'ai mentionné en début d'article, nous en apprenons chaque jour sur le virus - notamment que la proportion de jeunes gravement infectés est bien plus grande que ce que les études initiales suggéraient. Laisser le virus se répandre, c'est laisser un "tsunami" d'infections aiguës qui submergera les capacités du système de santé. C'est laisser les médecins choisir qui ils vont laisser vivre ou mourir. C'est laisser les malades périr dans les couloirs, ou les abandonner chez eux.

En outre, ces sacrifices pourraient l'être en vain, car l'immunité consécutive à une guérison semble bien modeste. Il y a plusieurs cas de personnes réinfectées par la maladie, en Asie uniquement pour l'instant - le nombre de personnes guéries en Europe est encore trop faible pour que cet aspect soit étudié sur notre continent.

Sans parvenir à juguler l'épidémie, il arrivera un moment où l'immunité de groupe, si elle existe, sera notre dernière planche de salut. Mais certains gouvernement ne s'embarrassent pas de prudence et osent de terribles paris avec leur population. Il sera essentiel qu'à la fin de la crise ils rendent des comptes à leurs citoyens. La responsabilité n'est pas qu'un mot.