20 mai 2015

Les Suisses, bons à décapiter?

"Les Suisses ne sont bons qu'à être décapités", proclame un certain Oussama M., Irakien incarcéré en Suisse. Les autorités fédérales, décidément très remontées, ont décidé de "prolonger une nouvelle fois sa détention", explique le Matin. Pas de jours-amende avec sursis ni de réhabilitation aux petits oignons pour le vilain petit canard du vivre-ensemble métissé et festif - en tout cas, pas pour l'instant.

daesh.jpgPadamalgam™, double dose

Sans doute pas au courant que l'islam-ce-n'est-pas-ça (on attend avec impatience le débat télévisé entre un frère Ramadan et ce genre d'olibrius) l'individu explique au Tages Anzeiger qu'il n'y a pas lieu de perdre du temps à essayer de convertir les infidèles: "Les chrétiens suisses ne sont bons que pour la décapitation, pas pour le prosélytisme". On a beau être promis au paradis, il faut utiliser son temps efficacement. D'ailleurs Oussama se préparait à joindre le geste à la parole:

Pour les autorités suisses, Oussama M. était clairement en train de préparer une action en Suisse pour le compte de l'organisation terroriste avec l'aide de deux complices. L'Irakien «est totalement en phase avec les activités de l’État islamique et se considère comme un de ses membres», écrit le Tribunal pénal fédéral. Il se décrit comme un combattant respecté qui a participé à des batailles.


Heureusement, c'est probablement un loup solitaire, le genre de type qui devient méchant à coup de vidéos sur Youtube alors qu'avant il était gentil comme tout et disait bonjours à ses voisins lorsqu'il les croisait dans l'escalier... Rien qui justifierait, par exemple, une remise en question de la politique d'asile habilement conduite par notre conseillère fédérale socialiste Mme Sommaruga... Oups!

Oussama M. a été accueilli en Suisse après une grave blessure en Irak. Il souhaite retourner dans son pays une fois sur pied. Actuellement, il se déplace en chaise roulante. Et même s'il a été soigné et qu'il touche l'aide sociale, il est virulent (sic) avec la Suisse. Selon les autorités fédérales, l'accusé a apporté son soutien à l’État islamique, notamment pour des transferts de fonds. Il aurait aussi eu des contacts avec un membre influent Abu al-Muhajir Akkab, recherché par Interpol. Oussama M. était aussi chargé de mettre en place une cellule terroriste en Suisse chargée de préparer des attentat ici ou en Allemagne.


padama10.jpgLa Suisse est tellement accueillante qu'elle soigne et entretient des gens qui avouent ouvertement leur souhait de décapiter ses habitants! A-t-on jamais vu plus merveilleuse démonstration d'hospitalité? Mais ne vous inquiétez pas outre mesure des propos tenus! Force restera à la loi:

L'Irakien, comme ses deux complices, clame leur innocence depuis des mois. Aucune de ses demandes de libération ne lui a été accordée. En fait, sa détention préventive vient même d'être prolongée jusqu'au 20 septembre au moins.


Prend ça, vil islamiste! Ça calme, hein? Face à un type qui a probablement vu (et commis) des atrocités sans nom en Syrie et en Irak, la perspective d'être incarcéré "jusqu'au 20 septembre au moins" dans une confortable cellule helvétique - à la superficie scrupuleusement conforme aux Droits de l'Homme - doit probablement être terrifiante, faisant vaciller toutes ses convictions.

Ce triste entrefilet de la presse locale n'est qu'un exemple parmi tant d'autres d'une guerre qui gagne en intensité non seulement en Suisse mais dans l'ensemble du monde occidental, et ce d'autant plus que le flot de réfugiés "syriens" que Mme Sommaruga accueille à bras ouverts avec l'argent des contribuables comporte son lot de combattants de l’État Islamique.

La myopie ordinaire

Sans transition, prenons l'exemple imaginaire, mais inspiré de la réalité, de Martine. Martine se définit elle-même comme une amoureuse de la nature ; Martine concrétise cet amour dans un respect scrupuleux des directives officielles édictées par les écologistes et religieusement retransmises par les médias de masse. Martine mange Bio autant qu'elle peut, consomme local, recycle, ne laisse pas ses appareils en veille quand elle y pense, et se maudit intérieurement plusieurs fois par semaine lorsqu'elle est contrainte d'utiliser sa voiture.

Naturellement, Martine vote écolo - les mêmes qui réclament l'accueil de 100'000 réfugiés syriens dans le pays.

Bernard, lui, est fonctionnaire. Employé dans la prestigieuse administration cantonale de Fribourg, son travail est routinier mais finalement confortable. L'argent rentre, il a droit à ses vacances, ses chèques Reka, l'accès à la cantine du personnel. Il ne se foule pas trop mais s'entend bien avec son supérieur, ça compense. Sa progression salariale est garantie et chaque année ses copains syndicalistes réussissent à grappiller un petit plus par-ci ou par-là.

Depuis quelques temps, Bernard dort mal. Sa petite commune de Chevrilles a été sélectionnée par Mme Sommaruga pour implanter un nouveau (et énorme) centre d'accueil pour requérants. Il se demande quel effet cela aura sur la valeur de sa maison et les trajets qu'effectuent quotidiennement ses deux filles. Naturellement, cela ne l'empêchera pas de continuer à voter socialiste.

Thomas, enfin, est un rebelle. Il ne supporte pas les normes sociales rigides. Il se plaint sans arrêt que la Suisse "ne bouge pas assez", qu'elle est trop "réactionnaire" et que sa vie est un carcan. Il rêve d'un revenu universel qui lui permette une vie tranquille avec son copain, bière à volonté et un peu de deal d'herbe au noir comme complément. Il en fume aussi, tant pour oublier ses études qui ne décollent pas que pour mieux planer avec sa musique où on rêve d'un monde ouvert, beau et généreux où tous les humains se tendent la main.

Si Thomas est homosexuel, il ne s'en vante pas - et encore moins depuis vendredi dernier, où il s'est laissé submerger par l'émotion en embrassant son ami devant la gare de Zurich. Il était tard, ils devaient se quitter, mal leur en a pris. Une douzaine d'individus désœuvrés et visiblement étrangers les a vigoureusement houspillés. Les baffes ont commencé à pleuvoir et la situation manquait de dégénérer jusqu'à l'arrivée providentielle d'une patrouille de police qui dispersa l'attroupement. Depuis, Thomas s'efforce de ne plus penser à cet incident troublant, de peur de remettre en question sa vision du monde où l'UDC est le principal obstacle sur le chemin du bonheur.

Responsabilité électorale et priorités

La vie est faite de choix. Nous nous faisons une fierté de proclamer que ces choix sont l'écho de nos valeurs, de notre époque et de notre histoire personnelle ; ce n'est pas toujours vrai. Souvent, ces choix sont aussi les conséquences de notre conformisme, de nos habitudes ou de notre refus d'admettre un problème.

Les exemples de Martine, Bernard ou Thomas n'ont rien de particulier - on pourrait les décliner à l'infini. Mais chacun d'eux aura un petit souci: définir l'ordre de ses priorités face à la menace islamique incarnée par exemple par Oussama. Il y a les choix qu'on fait, mais aussi ceux qu'on refuse de faire.

  • La Suisse est-elle menacée davantage par l'islamisme ou par le réchauffement climatique?
  • La Suisse doit-elle privilégier l'accueil de faux réfugiés ou le respect de son cadre de vie?
  • Comment la Suisse peut-elle promouvoir le respect des homosexuels ou l'égalité homme-femme face à des populations allogènes totalement hostiles à ces concepts?
  • Que vaut la loi des hommes, la démocratie, la liberté d'expression, face à ceux pour qui la seule loi qui vaille est la loi d'Allah? Quel sens y a-t-il à les laisser s'installer sur notre territoire?
  • Quel sens y a-t-il à vouloir renvoyer les criminels étrangers dans leur pays, refuser l'accès à un flot de faux réfugiés, instaurer des quotas pour l'immigration lorsque les autorités élues par ces mêmes citoyens refusent par principe tout contrôle des frontières?

Ces interrogations dérangent - tant et plus que trois-quart des électeurs, et je suis généreux, s'efforcent surtout de ne pas se tourmenter avec des questions de ce genre.

La politique de l'autruche est aussi décriée qu'elle est pratiquée. Si nombre d'élus suisses ont clairement choisi leur camp, la responsabilité finale de leur accès au pouvoir incombe à l'électeur et à nul autre.

« Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n’est pas victime, il est complice. »

George Orwell


Pas besoin d'être devin pour comprendre qu'en Europe la situation va aller en s'aggravant: hordes de requérants d'asile, crise économique, islamisation, guérillas urbaines. L'ère de l'insouciance heureuse est terminée et chaque jour il devient plus dangereux de continuer à faire comme si.

L’État Islamique n'a pas encore un an

Voyant l'évolution des crises dans la période 2010-2015 et leur accélération stupéfiante rien que depuis le début de l'année, on s'effraie à penser à ce que sera devenu le monde en 2020 à ce rythme. Bien avant, nous aurons sans doute d'autres chats à fouetter que l'organisation des Jeux Olympiques de la Jeunesse.

La Suisse n'a plus guère les moyens de continuer à ignorer les problèmes, ou ceux-ci finiront par l'emporter. Mais la prise de conscience requiert le réveil des citoyens, une vision claire des enjeux, et un engagement fort pour appliquer des solutions concrètes. Nous reste-t-il, en tant que peuple, assez d'énergie et de volonté pour organiser notre propre survie? Ou les réglementations sur le ramassage des déchets sont-elles l'aboutissement de notre projet de civilisation?

Nous aurons les réponses à ces questions lors des élections fédérales de cet automne. Je ne vais pas vous mentir, les perspectives ne sont pas bonnes. Si au bout du compte nous nous destinons à n'être que du bétail pour islamistes, c'est aussi parce que nous en aurons décidé ainsi.

13 mai 2015

Contre-analyse des élections britanniques

La réélection triomphale de David Cameron est une surprise pour tout le monde, y compris l'intéressé. Les sondages annonçaient depuis des semaines que les Conservateurs et les Travaillistes étaient au coude-à-coude et qu'on s'avancerait "nécessairement" vers un gouvernement de coalition.

Que s'est-il passé? Et qu'est-ce que ce résultat augure pour l'avenir?

Difficiles prédictions

Pour expliquer l'incroyable sous-estimation du résultat des Conservateurs, certains médias jugèrent bon de ressortir pour l'occasion un vieux concept, le Conservateur Timide, un individu qui voterait à droite mais piteusement, honteux de l'avouer face à un institut de sondage. En 2015, l'hypothèse peine à convaincre: le gouvernement conservateur sortant fit campagne en s'appropriant les bons résultats économiques, et l'offre politique est bien plus vaste - avec tout son lot de partis décrétés "infréquentables" par l'establishment - qu'en 1992 où cette notion fut inventée.

L'explication est probablement ailleurs, plus précisément, dans le découpage électoral. Reprenant une image publiée sur Zerohedge des résultats quasi-définitifs, la comparaison entre votes et sièges donne un aperçu du problème:

uk_results_2015.png
Résultats partiels (dépouillement de 642 sièges sur 650)

Les médias ne cherchaient pas forcément à favoriser la victoire de leur poulain travailliste ; ils prédirent d'ailleurs avec une parfaite exactitude sa défaite en Écosse face au raz-de-marée des indépendantistes du SNP. Le SNP avait rassemblé moins de la moitié des suffrages lors du référendum sur l'indépendance en septembre 2014 (avec un taux de participation de presque 85%!) mais aujourd'hui, par le mécanisme du découpage électoral, il rafle quasiment tous les sièges parlementaires dévolus à cette partie du pays, au grand dam des Travaillistes.

De la même façon, la poussée électorale du UKIP, le parti anti-européen, est totalement remarquable ; à presque quatre millions de voix, il est clairement le troisième parti de Grande-Bretagne. Cependant, comme pour le Front National en France, le système se défend fort bien en l'écartant du pouvoir. Le UKIP n'aura donc qu'un seul siège, à comparer avec les 8 qu'obtiennent les libéraux-démocrates avec deux tiers de leurs voix, ou les 8 autres qu'obtiennent les Démocrates Unionistes avec vingt fois moins de suffrages!

Et ne croyez pas qu'il ne s'agisse là que d'un chagrin partisan ; d'autres formations politiques comme les Verts sont aussi sous-représentées, bien que classées plus loin en valeur absolue.

Selon l'Electoral Reform Society, un think-tank militant pour une démocratie britannique plus représentative, la répartition des sièges à la proportionnelle intégrale donnerait un tout autre résultat à la chambre du parlement:

  1. Conservateurs 244
  2. Travaillistes 201
  3. UKIP 83
  4. Libéraux Démocrates 52
  5. Parti Nationaliste Ecossais 31
  6. Verts 25
  7. Parti Démocrate Unioniste 3
  8. Plaid Cymru 3
  9. Sinn Fein 3
  10. Parti Unioniste d'Ulster 2
  11. Parti Socio-Démocrate 2
  12. Alliance 1

La majorité absolue étant à 326 sièges, aucun parti n'aurait obtenu le pouvoir à lui seul ; et s'il est évidemment plus délicat de gouverner à travers une alliance, cela n'a rien d'impossible. L'argument selon lequel la proportionnalité amène des majorités "fragiles" ne tient pas. Non seulement c'est exactement sur la base d'une telle alliance que les Conservateurs sortants ont réussi leur réélection, mais c'est encore ce que prévoyaient de faire les deux principaux partis quelques heures avant le scrutin. Tous les instituts de sondages prédisaient qu'ils ne réussiraient pas à obtenir le pouvoir directement.

La démocratie britannique est peu représentative. Une tentative d'introduire un mécanisme de vote alternatif échoua en 2011, mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant d'arriver au système plus représentatif de la proportionnelle intégrale. Il est vrai que les réformes étant organisées par le parti au pouvoir, celui-ci a du mal à mettre en place une modification de la loi électorale qui se traduirait invariablement par une diminution de sa propre force au sein des instances élues...

Le Brexit, question interdite

Dès le jour de l'élection la question était sur toutes les lèvres: David Cameron honorera-t-il sa promesse de soumettre au peuple britannique "en 2017 au plus tard" un référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l'Union Européenne? Les contempteurs de l'Europe politique - et ils sont nombreux - se réjouissent de cette perspective mais il y a loin de la coupe aux lèvres.

royaume-uni,david cameron,ukip,élections,démocratieSi quelqu'un hésitait quant à la position de Mr Cameron vis-à-vis de ce sujet, la réponse est contenue dans la question. S'il estimait que la présence du Royaume-Uni dans l'Union Européenne soit une mauvaise chose pour le pays, il n'aurait aucune raison d'attendre 2017 pour proposer au peuple un éventuel divorce.

David Cameron est un politicien dans le mauvais sens du terme: habité de peu de convictions authentiques mais d'une redoutable efficacité dès lors qu'il s'agit d'organiser son maintien au pouvoir. Par exemple, après avoir longtemps été le chantre de la lutte contre le prétendu réchauffement climatique d'origine humaine, il opéra un revirement assez net sur le sujet simplement à cause du peu d'écho que la thématique suscitait au sein d'une population britannique plus inquiète de la crise économique.

C'est un peu la même chose pour le référendum sur l'Europe ; la promesse a été jetée en pâture aux citoyens en premier lieu pour monnayer sa réélection. Pro-européen convaincu, David Cameron sera le premier à voter pour le maintien dans l'UE. Il a toutefois bien conscience d'évoluer dans un parti moins europhile que lui, même si ce sentiment s'est amoindri dernièrement (les éléments les plus véhéments ayant fait défection auprès du UKIP). Maintenant que le Premier Ministre est installé au 10 Downing Street pour un nouveau mandat, le référendum perd toute utilité. Mais les Anglais ne l'entendront pas de cette oreille.

De façon étonnante, toutes les manœuvres possibles entre le Royaume-Uni et l'Union Européenne semblent avoir déjà eu lieu entre l’Écosse et le Royaume-Uni, les rôles étant alors inversés.

Le précédent écossais

Le UKIP est en embuscade. Si David Cameron renonce au référendum, il lui offrira le pouvoir sur un plateau d'argent ; les anti-UE de Nigel Farage talonnent les Conservateurs dans nombre de circonscriptions et pas un électeurs ne croira à la fable d'un référendum retardé "pour des raisons indépendantes de notre volonté" au mandat suivant, en 2021 par exemple.

Malgré leur succès de la semaine dernière, l'assise des Tories sur le pays est fragile ; le système électoral aidant, il s'en faut de relativement peu pour que quelques points supplémentaires acquis au UKIP transforment le prochain scrutin en un raz-de-marée violet. La menace est exactement la même que celle qui s'est concrétisée à l'encontre des Travaillistes en Écosse: dopés par le référendum sur l'indépendance, même perdu, les indépendantistes du SNP mirent un terme brutal à une domination travailliste de plusieurs décennies. Ils remportèrent quasiment tous les sièges de cette partie du pays.

La seule échappatoire serait que David Cameron cristallise sur lui l'entier du mécontentement (certains diraient la trahison) issu de son refus d'organiser le référendum afin d'épargner le reste du parti conservateur. Outre qu'il a peu de chances de réussite, cet avenir sacrificiel n'est guère dans le caractère du personnage.

L'autre possibilité serait de renégocier avec Bruxelles des aménagements pour le Royaume-Uni, vidant le référendum de sa substance en obtenant des concessions importantes. Là encore, David Cameron rejouerait le scénario écossais: accorder tant d'avancées sur l'autonomie que la question de l'indépendance en devienne presque symbolique. Mais les autorités européennes ont déjà fait savoir qu'elles seraient aussi souples qu'un bloc de granit sur les revendications anglaises, comme à l'accoutumée.

Les portes se fermant les unes après les autres, il ne restera peut-être plus que le scénario classique: promettre l'apocalypse en cas de Brexit. Face à l'inflexibilité européenne, il faudra préparer le terrain du référendum en le jalonnant d'innombrables analyses démontrant par A + B que la sortie du Royaume-Uni sera dévastatrice pour le pays, laisser la peur et l'incertitude gagner le cœur des citoyens. Cela aussi a parfaitement fonctionné lors du scrutin écossais. Il faudra juste que la propagande arrive à étouffer le ressentiment anti-européen des sujets de Sa Majesté, et que ces derniers oublient également que ces expertises viendront des mêmes brillants esprits qui proclamaient que l'Europe et l'euro annonceraient paix et prospérité...

Au bout du compte, il n'est pas du tout certain que les électeurs puissent voter sur le Brexit, ni même qu'ils l'approuvent. Mais une bonne nouvelle est toujours possible, comme on dit. S'ils le font, David Cameron pourrait passer à la postérité pour avoir été le politicien qui a détruit l'Union Européenne - à son corps défendant!

L'humour anglais, sans doute.

08 mai 2015

Indicible Robert Ménard

En Absurdie - pays voisin qui s'appelait autrefois France - la chasse aux sorcières bat son plein. La cible du jour: Robert Ménard, maire de Béziers, dont l'aura de respectabilité de fondateur de Reporters Sans Frontières est devenue radioactive depuis qu'il s'est fait élire avec le soutien du Front National.

Depuis, l'odieux, le diabolique Ménard enchaîne les ignominies: armement de la police municipale, changement de nom d'une rue, linge au balcon interdit... Et la dernière d'entre elles, probablement celle de trop, d'avoir évoqué à l'antenne le "fichage" d'élèves musulmans:

france,robert ménard,deux poids deux mesures,humour,racisme,nazisme,justice

"Robert Ménard dit qu'il y a 64,9% d'enfants de confession musulmane à Béziers. Mais il les tient d'où, ces statistiques ?", interroge un internaute, repris par l'un des chroniqueurs de l'émission. L'intéressé répond sans sourciller :

"Ce sont les chiffres de ma mairie. Pardon de vous dire que le maire a les noms, classe par classe, des enfants. Les prénoms disent les confessions, il ne faut pas nier l'évidence. Je sais que je n'ai pas le droit, mais on le fait."


Grâce à cette belle tirade, le maire dérangeant encourt 300'000 euros d'amende et 5 ans de prison, ainsi qu'une révocation. Gageons qu'on ne le loupera pas. Il aura probablement droit à la totale, un aller simple vers les poubelles de l'histoire, même si l'acte d'accusation est fragile - il n'y a par exemple pour l'heure aucun élément matériel prouvant l'infraction. Mais détails que tout cela. Qu'importe le Droit lorsqu'on s'attaque au Vive-Ensemble, à la Dignité Humaine, à la République, à la France! Oui, Monsieur, la France! La France éternelle, pays des Lumières, patrie des Droits de l'Homme, fière et intransigeante! Tout ça le jour même où François Hollande, en voyage au Moyen-Orient, assiste à un sommet de chefs d'Etat locaux où chaque réunion commence par une prière solennelle en arabe rappelant la soumission à Allah... malheureuse coïncidence du calendrier.

L'affront commis par M. Ménard est tellement ignoble que même la tenue d'un procès semble une concession déplacée. La machine à broyer, le jihad médiatique est en marche:

[Le gouvernement français] qui a fait rentrer entre 15 et 20 millions d’allogènes en un quart de siècle, monte sur ses grands chevaux républicains pour menacer la tourbe populaire encore trop rétive.(...) Le crime reproché au maire de Béziers est hallucinant, il est incroyable, il relève de la pathologie la plus complète et du renversement des valeurs le plus total, et il consiste, ce crime, à compter le nombre de musulmans dans les écoles ! Or, savoir combien il y a de musulmans en France, dix, quinze ou vingt millions est, pour les fous qui nous dirigent, un crime contre l’humanité.


Robert Ménard eut droit à une  mise en examen et la fouille en règle de ses bureaux et de ceux de ses collaborateurs moins d'un jour après ses commentaires à la télévision ; la célérité avec laquelle la Force Publique est à l'affût contraste avec la franche apathie des autorités lorsqu'il faut défendre quelque chose comme le droit de propriété ou lorsqu'elles conseillent à des victimes à répétition de déménager...

De même, il est probablement déplacé de faire quelques parallèles, comme on dit. Par exemple, rappeler que:

  • Tous les élèves de France et de Navarre eurent au cours de leur scolarité à remplir d'innombrables petites fiches en début d'année pour que leurs professeurs "les connaissent mieux", fiches contenant sempiternellement la profession des parents par exemple, sans que cela ne soit jamais considéré comme du fichage.
  • Le même fichage inexistant qui a lieu à tous les niveaux de l'Etat français et depuis longtemps, et se renforce régulièrement suite à des lois contre le terrorisme (lequel implique essentiellement des témoins de Jéhovah comme chacun sait).
  • Manuel Valls l'indigné-en-chef proclamant crânement sur un tweet que la République ne faisait aucune distinction entre ses enfants, ne se gêna apparemment pas pour en faire entre les adultes quelques années plus tôt.
  • En 2012, SOS Racisme se livra à la même étude sur l'origine basée sur le prénom sans être le moins du monde inquiétée.
  • Question pour les curieux: comment les cantines scolaires de ces fameuses écoles-où-on-ne-dénombre-pas-les-enfants-selon-leur-religion font, sans jamais tenir un fichier, pour fournir des repas halal à ceux qui en font la demande?

On pourrait probablement trouver de nombreux autres exemples de l'absurdité d'une France qui prétend ne ficher soi-disant personne, jamais, et encore moins sur des considérations religieuses, et le fait en réalité en permanence.

L'indignation surjouée a un but, elle permet d'évacuer le vrai débat. Plus personne pour commenter la question de fond, à savoir, deux tiers d'élèves musulmans dans une classe, n'est-ce pas un peu beaucoup? La France n'est-elle pas en train de changer vers autre chose? Après plusieurs décennies, l'immigration et le regroupement familial n'ont-ils pas donné naissance à des défis d'intégration insolubles?

Certains chapitres de l'histoire de France ou certains cours d'éducation civique vont avoir du mal à passer - sans parler des lois de la république... Mais d'autres subsisteront, car il y a deux sortes de lois en France: les lois banales, souvent inapplicables, qu'on exerce quand on le veut bien et quand il n'y a pas trop de danger, et puis les lois spéciales, les lois d'exception, les lois anti-Ménard en quelque sorte, ou anti-Dieudonné, ou autre cible du moment. Celles-ci sont appliquées avec la plus grande sévérité et une célérité proprement stupéfiante. Elles sont réservées aux ennemis du peuple.

Dans un pays comme la Suisse où l'Etat prélève l'impôt ecclésiastique selon la confession déclarée du citoyen-contribuable et où chaque naissance, décès ou déménagement doit être dûment rapporté auprès du Contrôle des Habitants, les scènes d'hystérie collective de la classe politique et des médias français suite aux "révélations" de Robert Ménard suscitent un sourire incrédule.

On aurait tort pourtant de prendre l'hystérie comme une amusante manifestation d'excès. Exprimée par des politiciens au pouvoir, elle se démultiplie à travers un arsenal législatif impressionnant aux conséquences bien concrètes et implacables - et le maire de Béziers ne sera pas le dernier à les éprouver.

Tous ceux qui se réjouissent de la curée anti-Ménard ici ou ailleurs devraient d'ailleurs s'inquiéter qu'un jour le manche de la même trique tombe entre les mains de quelqu'un d'autre.

03 mai 2015

Le poison des taux négatifs

Les taux négatifs constituent la dernière recette en date concoctée par nos élites financières pour résoudre la crise. Depuis qu'une banque centrale a marqué le pas ils se sont répandus comme une traînée de poudre. Sont-ils la panacée, ou le dernier soubresaut d'un système à l'agonie? Cette modeste explication vous aidera peut-être à vous faire une idée de la question.

Déconstruction de la monnaie-dette

Pour faire simple, deux écoles de pensées s'affrontent concernant la monnaie: l'école autrichienne dans laquelle la monnaie est une convention sociale longuement construite et destinée à faciliter les échanges de biens et services, et les autres pour lesquelles la monnaie est un outil manipulable à loisir afin de servir des intérêts politiques.

Puisque sans intérêt pour lui, l'école autrichienne est méprisée de l'establishment ; les leviers de la finance mondiale, banques centrales et organisations financières internationales sont donc réservés aux Keynésiens et autres doctes manipulateurs de la monnaie. Ils ne sont jamais à court de théories pour expliquer pourquoi leurs manœuvres échouent.

Dans le monde réel, un prêt correspond à une privation que le prêteur concède en échange d'une indemnité ; sa valeur par rapport à celle du bien prêté détermine ce qu'on appelle le taux d'intérêt. Le taux dépend d'énormément de choses comme la relation entre le prêteur et l'emprunteur, le risque que la chose louée soit dégradée, détruite ou volée, ou encore le degré de privation ressenti par le prêteur. Les taux d'intérêts sont donc éminemment variables. Ils peuvent être élevés ou au contraire faibles lorsque "tous les voyants sont au vert" ; mais ils ne sauraient être négatifs puisque cela reviendrait à dire que le prêteur paye pour voir quelqu'un d'autre utiliser ses propres biens, ce qui est absurde (ou au moins masochiste).

Si pareille situation serait ubuesque avec n'importe quel bien matériel, elle est désormais appliquée dans le monde de la monnaie-papier dans lequel nous évoluons pour l'instant. Au lieu de louer une voiture pour un an, louez un million de francs pour un an et voilà, les taux sont négatifs. Comment est-ce possible?

monnaie,inflation,or,taux d'intérêtLa monnaie-papier est une monnaie-dette. Formellement, un billet de 10 euros est une reconnaissance de dette de 10 euros que la Banque Centrale Européenne signe en faveur du détenteur du billet. A une époque, ce genre de billet aurait pu être retourné à la banque centrale émettrice en échange d'une certaine quantité d'or ; on disait que la monnaie était adossée à l'or ou encore qu'il en était le sous-jacent. Cette épée de Damoclès pesant sur les banques centrales les empêchaient de faire n'importe quoi, comme créer des billets à tort et à travers. Aujourd'hui ce n'est plus le cas et si quelqu'un vient au guichet de la BCE pour demander ce qu'il peut obtenir en restituant des reconnaissances de dettes libellées en euros (autrement dit, nos billets de banque) on lui adressera un sourire gêné tout en lui indiquant la porte.

Nos monnaies-papier, dollar, yen, livre sterling, franc suisse ou euro ne sont adossées à rien. Ce sont des dettes émises en contrepartie de rien. On peut les échanger les unes contre les autres, mais rien n'empêche les banques émettrice d'en pondre quasiment à l'infini ; et depuis quelques années, c'est exactement ce qu'elles font.

La monnaie-papier n'a de valeur que par la force de la loi qui en impose l'usage. En outre, son caractère abstrait et manipulable permet toutes les entourloupes. Par exemple, que représente le sacrifice de la privation d'une somme d'argent purement imaginaire? Question un peu absurde, n'est-ce pas ! Elle est pourtant totalement d'actualité, puisque c'est en répondant à cette interrogation que les banquiers centraux déterminent le taux directeur.

Le taux directeur est le taux d'intérêt de base, totalement arbitraire, que la banque centrale décide d'appliquer aux reconnaissances de dettes qu'elle émet. Puisque cette monnaie ne repose sur aucune contrepartie matérielle, rien n'interdit en pratique de lui assigner un taux d'intérêt négatif, même si cela heurtera les gens avec un peu de sens commun. Cette décision s'avèrera lourde de sens lorsque la monnaie-papier se confrontera au monde réel, comme nous allons voir.

Mais avant, demandons-nous pourquoi nous sommes passés à la mode du taux négatif.

L'inflation sans l'inflation

monnaie,inflation,or,taux d'intérêtL'inflation est un mécanisme bien connu lié à une création monétaire excessive sans lien avec l'économie sous-jacente. L'inflation est l'effet d'une trop grande abondance d'argent. Elle a pour conséquence d'éroder le pouvoir d'achat de l'unité monétaire. Elle "rapetisse" l'argent. Les prix donnent l'impression d'augmenter alors qu'en fait ils ne bougent pas - c'est simplement la puissance de la monnaie dans laquelle ils sont exprimés qui diminue.

L'inflation est activement recherchée par les gouvernements puisqu'elle permet à la fois de diminuer le poids de la dette publique (exprimée dans une monnaie valant de moins en moins) et d'augmenter les impôts (les contribuables glissant dans des tranches de plus en plus "progressives" du barème d'imposition). Le mantra d'une "inflation à 2%" ne correspond à aucune démonstration économique mais seulement à un compromis permettant aux politiciens d'atteindre leurs objectifs sans provoquer trop de grogne de la part d'une population dont les salaires font du sur-place.

L'inflation a toutefois le fâcheux défaut d'être incontrôlable. De nombreux pays l'apprirent à leurs dépens comme l'Allemagne, le Zimbabwe ou l'Argentine. L'emballement de l'hyper-inflation est effrayant, mais en Europe aujourd'hui il s'agit exactement du contraire. Malgré tous les efforts pour la déclencher depuis 2008, l'inflation ne vient pas. La faute à une économie moribonde et à des perspectives encore pires. Les gens se retiennent de dépenser et les entreprises d'investir. Le circuit économique, à l'arrêt, ne permet pas au surplus monétaire de circuler.

Comment obtenir les mêmes effets que l'inflation lorsqu'il n'y a pas d'inflation? Par les taux d'intérêt négatifs, pardi!

Des taux d'intérêts négatifs représentent une taxe sur les comptes bancaires. Même faiblement négatifs, ils s'appliquent souvent sur de gros montants et provoquent une addition douloureuse. La valeur détenue sur le compte s'étiole avec le temps, mais aussi la valeur des dettes contractées par l'Etat puisque les intérêts de la dette publique sont calqués sur le taux directeur du moment!

Un taux d'intérêt négatif permet donc théoriquement de:

  • pousser les gens à consommer, dans le plus pur style de la relance keynésienne, puisqu'il vaut mieux brûler son argent en achetant n'importe quoi plutôt que de le laisser pourrir sur son compte ;
  • diminuer la charge de la dette publique puisque l'entretient de cette dette est tout d'un coup beaucoup moins cher.

Les deux effets rappellent sensiblement les conséquences de l'inflation. De plus, à l'inverse de l'inflation, les taux d'intérêt (négatifs ou non) sont contrôlables: la Banque Centrale peut décider quasiment n'importe quand de réviser sa politique de taux. Rien à voir avec le mauvais génie de l'inflation si difficile à faire retourner dans sa boîte.

Malheureusement pour nos brillants expérimentateurs économiques, la pratique risque d'être un peu moins sympathique que la théorie.

Le cerveau des acteurs économiques

Les hommes ne sont pas des pions. Leurs aspirations et leur libre-arbitre contreviennent au planisme et à l'approche mécanique de l'économie pratiquée par les banquiers centraux. Les taux d'intérêt négatifs ne poussent pas la majorité des gens à consommer de manière effrénée, pas plus que la hausse illusoire des cours boursier ne mène à l'euphorie. Les politiques monétaires des banques centrales peuvent susciter des bouffées d'optimisme mais celles-ci n'affectent pas durablement la réalité.

Si elles ont un effet, c'est bien au contraire sur les politiciens - en particulier les politiciens au pouvoir. Bien qu'ils prétendent perpétuellement le contraire, les politiciens professionnels travaillent essentiellement à court terme. Leur horizon se limite le plus souvent à l'échéance électorale suivante. Pour ceux-là, l'embellie temporaire des comptes de l'Etat suite à l'application des taux négatifs (obtenue essentiellement parce que le boulet de la dette est tout d'un coup moins lourd) leur permet de plaider que le pays vit une embellie économique dans son ensemble.

Alors que l'introduction des taux négatifs serait au mieux un répit à court terme qu'il faudrait mettre à profit pour engager des réformes courageuses, les politiciens font exactement le contraire: ils en tirent de merveilleuses excuses pour ralentir le rythme poussif des réformes et passent plutôt leur temps à s'attribuer les mérites de l'embellie temporaire des comptes de l’État. Pire, ils sont enclins à s'endetter encore plus puisque, clament-ils, les crédits n'ont jamais été aussi abordables!

Comme on le comprend aisément, pareille attitude a peu de chance d'arranger la trajectoire catastrophique qui a amené les banques centrales à adopter des taux négatifs comme mesures de dernier recours.

Les taux directeurs négatifs affectent de fil en aiguille toutes les perspectives de rendement liées au crédit - parmi elles, les fruits de l'épargne. Or, l'épargne est indispensable pour permettre la constitution de capital qui permet à son tour de financer une activité économique. Pour reprendre la limpide formule de Charles Gave, l'épargne représente le capital de demain et la croissance et l'emploi d'après-demain.

Dans un contexte de taux négatifs, l'épargne perd toute raison d'être, ce qui amène des conséquences terribles pour l'avenir économique d'un pays.

La bascule

monnaie,inflation,or,taux d'intérêtLa plupart des gens n'ont pas un compte courant suffisant pour réellement souffrir des taux négatifs, mais il suffit de peu de choses pour que la situation se détériore jusqu'à un point de non-retour.

Pour des raisons légales, de nombreuses organisations (comme les gestionnaires de fonds ou les caisses d'assurance-maladie) ont l'obligation de disposer de grandes réserves fiduciaires directement disponibles. Elles sont donc frappées de plein fouet par les pénalités dues aux taux négatifs - et donc indirectement, leurs clients.

Un gestionnaire raisonnablement compétent ne peut pas accepter de perdre de l'argent sur de simples raisons techniques. La tentation sera donc grande de retirer ces énormes montants des comptes bancaires, par exemple pour les mettre dans un coffre comme argent liquide. Or, pour une banque, un million de francs sur un compte ou sous forme d'une liasse de billets déposée dans un safe n'ont pas du tout la même signification: le premier est compté comme masse sous gestion, le second n'a aucune existence au bilan.

Autrement dit, si tous les clients (et en particulier les gros clients, ceux qui ont le plus d'argent en banque) retirent leurs avoirs sous forme d'argent liquide pour éviter les taux négatifs, les banques feront faillite.

Ce comportement rationnel s'avérant fatal aux banques, les banquiers et les politiciens travaillent main dans la main pour l'empêcher. Nous assistons donc au développement d'une guerre contre le cash et d'un contrôle des capitaux de plus en plus marqué - et c'est assez tristement que l'on voit la Suisse aux avant-postes de cette nouvelle offensive contre la liberté économique, cherchant à empêcher chacun disposer de son compte en banque comme il l'entend.

Le mouvement a déjà commencé et prendra de l'ampleur, les capitaux migrant naturellement vers des lieux où les taux sont plus favorables. Pour ceux qui restent sur place, il y a encore la possibilité de convertir son argent en métal précieux ; l'or est souvent décrié comme étant quelque chose d'inerte voire inutile - "l'or ne se mange pas" nous assène-t-on - mais cette inertie devient une qualité extrêmement recherchée lorsque le simple fait de posséder du cash en billets de banque amène votre fortune à s'étioler. Bien sûr, toutes ces manœuvres de la clientèle assècheront progressivement les banques en les poussant à la faillite.

Le système financier s'effondrera-t-il?

Éthique et priorités

Les taux négatifs ne sont pas intenables à proprement parler ; ils le sont seulement dans une économie ouverte. De fait, les dirigeants de la zone euro et de tous les pays à taux négatifs sont face à un dilemme: soit ils renoncent aux taux négatifs, soit ils renoncent à l'économie ouverte.

Comme on peut s'attendre au pire de la part de cette caste, toute une série de mesures seront donc probablement prises pour mettre un terme à la liberté économique. Ces mesures seront de trois types:

  • le contrôle des capitaux ;
  • l'interdiction des paiements en cash (ou au moins leur plus sérieuse restriction) ;
  • le contrôle de l'or et des placements non-monétaires.

Les deux premiers points serviront à éviter que quiconque échappe à la dépréciation planifiée des avoirs bancaires ; l'urgence de la crise justifiera le premier objectif, la lutte contre le terrorisme le second. Quant au troisième, il servira à empêcher la conversion locale du cash en une autre forme de monnaie à l'abri des taux négatifs et on se réjouit de découvrir l'excuse qu'auront concoctées les autorités.

Et il faudra bien sûr mater les rebelles.

Les taux négatifs représentent le dernier acte du drame de l'agonie d'un système économique artificiel comme la monnaie-papier - en quelque sorte, le miroir de l'hyper-inflation, une autre forme d'explosion connue et spectaculaire. Reconnaissons tout de même que dans le cas présent il n'y a pas de précédent historique ; l'effondrement d'un régime de monnaie-papier par le biais des taux négatifs implique un degré de contrôle sur la société civile qui était impossible à atteindre à l'ère pré-informatique.

Nous ne sommes qu'au début de l'époque des taux négatifs, mais à moins de faire marche arrière immédiatement les dégâts qu'ils provoqueront marqueront notre génération.

25 avril 2015

Réflexions iconoclastes sur l'asile

Ce mercredi le Matin nous conte l'histoire de Daouda et Diallo, deux requérants d'asile pour qui "rester voulait dire crever". L'article suit un consternant débat la veille sur Infrarouge sur la question des drames en Méditerranée en interrogeant: "tous coupables?" Au cas où vous en doutiez, la réponse est positive, naturellement, d'ailleurs elle a été donnée un peu plus tôt, le 21 avril, dans un éditorial de Cléa Favre au titre on ne peut plus limpide: "pourquoi nous sommes tous responsables des morts en mer".

L'offensive médiatique a la subtilité et l'opiniâtreté du rouleau-compresseur. Une déferlante idéologique qui fait écho à la déferlante humaine sur les côtes italiennes.

La fable imparfaite

La raison semble avoir déserté le débat ; il est temps de l'y ramener avec un peu d'esprit critique. S'il ne fallait qu'un exemple, prenons la fable des deux Guinéens fuyant la misère, si caractéristique du misérabilisme au nom duquel les autochtones européens devraient tout accepter, et démontons quelques articulations du récit.

"Rester voulait dire crever". La formule-choc est là pour marquer les esprits. Mais de quel enfer proviennent ces gens? De Guinée, apparemment. Le pays d'Afrique de l'Ouest est indépendant depuis 1958 et compte 11 millions d'habitants. Sa densité moyenne est de 45 habitants au kilomètre carré ; pour comparaison, la Suisse est à 204. L'épidémie d'Ebola dans la région fut certes dramatique, mais elle est terminée. Le pays n'est pour l'heure pas la proie d'une quelconque guerre civile. On imagine que l'environnement économique est moins prospère qu'en Europe (et encore, qui est allé voir comment vivent les Roumains ou les Polonais les plus pauvres?) mais n'exagérons rien, les millions d'habitants restés sur place ne sont pas condamnés à mourir de faim dans le dénuement.

Premier mensonge donc: non, rester ne veut pas dire crever.

asile,immigration,racisme,médias,méditerranée
Le marché de Madina, à Conakry, illustration terrifiante de l'enfer guinéen

Voyage de riches. Selon la légende éprouvée, les deux requérants se présentent comme des individus risquant héroïquement leur existence pour une vie meilleure... Mais ils étaient déjà aisés en regard de leur pays, et de beaucoup. Ils affirment avoir payé leur traversée 800 euros, soit 860 dollars. D'autres témoignages font état de tarifs divers allant de 600 à 1500 euros. Ce ne sont pas les seuls frais du voyage ; selon la RTS - qu'on pourra difficilement accuser de propagande anti-réfugiés - et les informations glanées sur le démantèlement d'un réseau de passeurs, l'ensemble du trajet "porte à porte" entre l'Afrique et une social-démocratie européenne revient à environ 7'200 dollars par personne.

En venant de Guinée, Daouda et Diallo ont peut-être payé moins que des immigrés clandestins du Yémen ; mais même en prenant pour hypothèse la moitié de ce montant, soit 3'600 dollars chacun, ce sont des hommes riches. Le revenu mensuel moyen par habitant en Guinée s'élève à 38 dollars, soit 460 dollars par an. Leur voyage aura donc coûté presque huit ans de salaire annuel moyen.

Deuxième mensonge donc: le voyage n'est pas fait par des miséreux. Les gens pauvres n'ont pas les moyens de se payer les services des passeurs.

Les meilleurs qui s'en vont. L'énorme somme d'argent réunie par nos deux immigrés pour venir en Europe aura intégralement servi à remplir les poches de passeurs, esclavagistes des temps modernes. En Guinée, cette somme aurait largement pu suffire à rassembler le capital d'une petite entreprise, des locaux et des machines-outils par exemple, et à payer les salaires des premiers employés.

Comme une proportion écrasante des immigrés économiques, Daouda et Diallo sont jeunes, dynamiques, en bonne santé, débrouillards, et même courageux. N'en déplaise à leurs détracteurs, il faut des tripes pour oser se lancer à l'assaut de l'Europe. Pour de nombreux jeunes candidats au voyage, c'est la première aventure de leur existence.

On comprend donc le drame des populations dont ils sont issus: l'immigration leur fait perdre les individus les plus capables, les plus prometteurs, les plus talentueux, en un mot leurs forces vives. Ironie du sort qui fait venir en Europe les gens qui seraient les plus à même de sortir l'Afrique de la misère...

Troisième mensonge donc: les candidats à l'Europe ne sont de loin pas des individus sans importance dans leur société d'origine.

Réfugiés de guerre. Si nos Guinéens ne prétendent pas fuir la guerre, l'antienne est si banale que nous devons nous y frotter. Le mythe du réfugié de guerre est abondamment répété par les médias mais les images les contredisent sans cesse: ce sont des noirs d'Afrique qui débarquent par navires entiers, pas des Syriens. L'abondance d'hommes jeunes par rapport aux femmes, enfants et familles contredit elle aussi l'hypothèse de civils fuyant un conflit.

Considérons l'Ukraine, un pays européen en proie depuis plus d'un an à une guerre civile. Les chiffres de l'ONU affirment que celle-ci a provoqué plus de 5000 victimes. Si pareil conflit était survenu en Afrique ou au Moyen-Orient, d'après les explications habituelles de nos éditorialistes, toute la population locale chercherait asile en Europe pour échapper aux violences et nous aurions l'obligation morale de les accueillir. Mais alors, selon cette logique, où sont les Ukrainiens? Où sont les colonnes de réfugiés venus de Donetsk ou même de Kiev? Où sont ces milliers de pauvres hères inondant les services diplomatiques occidentaux de demandes d'asile? Alors qu'ils n'ont même pas à traverser la Méditerranée sur une coquille de noix!

Les hordes de réfugiés ukrainiens brillent par leur absence. Malgré un conflit dur et un hiver rude, les Ukrainiens ne se sont pas déplacés. La crise du Donbass nous enseigne que les populations malmenées restent tout bêtement chez elles quand elles le peuvent, terrées dans leurs habitations ; si elles doivent partir, elles vont chez des proches moins menacés ou encore dans des zones calmes du même pays, car il est rare qu'il soit tout entier embrasé par la guerre.

Lors de la crise libyenne, les Libyens fuirent en Tunisie et en Égypte. Même dans le cas de la Syrie, le schéma est identique: les civils syriens fuient en Jordanie, en Turquie et au Liban. Parmi tous les immigrés économiques qui mentent sur leur pays d'origine, il y a certainement quelques individus sincères qui ont fui une zone de guerre authentique, mais en allant jusqu'en Europe ils cherchent bien autre chose qu'échapper à la mort - ce premier objectif de survie ayant été atteint bien longtemps auparavant, simplement en traversant une frontière.

Quatrième mensonge donc: pour fuir la guerre, nul besoin d'aller aussi loin qu'en Europe.

Un monde différent du discours

Si pour une fois le récit de deux immigrés clandestins n'est pas instrumentalisé pour dénoncer le sempiternel racisme des Européens, nous avons un aperçu de la façon dont les étrangers sont considérés dans d'autres régions:

«J’étais soudeur, je faisais des portes-fenêtres en aluminium pour un policier libyen que je connaissais et qui avait une petite entreprise. Il m’a annoncé un matin qu’il fallait partir. Que ça allait chauffer pour les étrangers si on restait.»


Les Libyens ont encore a être charmés par les vertus du métissage et autre vivre-ensemble, apparemment. Est-ce du racisme, de la xénophobie ou autre chose? Le lecteur sera seul juge. Le fait est que la tolérance est un concept rare hors de l'Occident ; l'Afrique nous en donne un aperçu régulier, de l'Afrique du nord comme ci-dessus jusqu'à l'Afrique du Sud. Et il ne s'agit pas simplement d'un regard de travers dans la rue ou d'une difficulté à entrer en boîte de nuit - les différends se règlent avec des pneus enflammés autour du cou, des lynchages, ou même une extermination systématique des voisins à coups de machette.

Diallo le Guinéen avait trouvé en Libye sa fameuse vie meilleure ; il avait un travail qui lui permettait d'épargner assez pour payer la suite de son périple. Une fois les tensions devenues trop vives, il aurait pu retourner en Guinée avec un bon pécule et bâtir à partir de là ; mais il rêvait d'Europe. Il finit par embarquer sur un navire surchargé pour finir au chômage ici. Cet exemple - et des milliers d'autres - ne suffira pas à changer le discours officiel selon lequel l'immigration est une chance ou des thèses encore plus absurdes selon laquelle ces gens-là assureraient le futur des régimes de retraite par répartition.

Même si elle ne s'était pas enfermée dans l'idéologie universaliste de la libre-circulation des personnes, l'Europe reste incompétente, impuissante et divisée. Empêtrée dans un dogme égalitariste absurde, elle ne veut pas entendre parler de contrôle des frontières, de reconduite dans le pays d'origine, ni même d'immigration choisie où ceux qui seraient plus compatibles avec les valeurs européennes - par exemple des chrétiens persécutés - seraient favorisés, car pareille attitude fermerait la porte à trop de musulmans. Il n'est pas plus possible de remettre en question les systèmes sociaux redistributifs qui exercent tant d'attrait auprès des immigrés et permettent d'arroser des villages entiers dans leur pays d'origine, alors qu'ils n'ont à l'évidence pas été conçus dans ce but.

N'est pas Australien qui veut. La traque contre les passeurs ne donnera rien puisqu'ils sont une conséquence, et non la cause, des politiques intérieures européennes en matière d'asile. Les solutions pragmatiques et efficaces ne seront employées que quand tout le reste aura échoué, c'est-à-dire jamais ou seulement lorsqu'il sera beaucoup trop tard. Quel sera le portrait de l'Europe alors? Peut-être un continent entier ruiné et en proie à des violences ethniques sporadiques, devenant la copie conforme des fameux "enfers" que tant d'immigrés cherchent si ardemment à abandonner?

asile,immigration,racisme,médias,méditerranée

Vision pessimiste? Sans aucun doute, mais les chiffres parlent d'eux-mêmes. Si les morts en Méditerranée sont une catastrophe, les hordes d'immigrés elles-mêmes en sont une autre.

Combien de millions en faudra-t-il annuellement pour que l'on comprenne que les périls de la mer ne sont pas le seul problème?

20 avril 2015

Les casseroles d'Hillary

En annonçant sa candidature à la présidence des Etats-Unis, Hillary Clinton mit fin au suspense le plus faible de toute l'histoire politique américaine.

usa,hillary clintonChoisie cinq fois par le Time pour figurer sur la liste des cent personnes les plus influentes au monde, elle ne fait face à aucune concurrence dans son propre camp. Personne dans le camp démocrate ne semble prêt à en découdre face à elle - ce qui donne un aperçu de sa mainmise sur le parti de gauche. Cependant, la victoire devant les électeurs ne sera pas forcément acquise, Hillary Clinton traînant derrière elle un certain nombre d'affaires gênantes. Revenons sur trois d'entre elles.

Whitewater Development Corporation

Les médias sont prompts à ramener sur la table l'épisode Clinton-Lewinski, mais cette affaire n'en est pas une ; Hillary Clinton était la victime trompée - et en joua avec talent dans les médias - alors que son mari était poursuivi pour avoir menti sous serment. En évoquant l'affaire Lewinski comme un des épisodes négatifs émaillant l'histoire d'Hillary, les médias lui rendent en fait service, mêlant un faux scandale à d'autres, bien vrai ceux-là, pour affaiblir la crédibilité de l'ensemble.

Le plus ancien scandale sérieux porté à notre connaissance est celui de la Whitewater Development Corporation, un projet de développement immobilier dans lequel le couple Clinton s'était associé avec Susan et Jim McDougal dans les années 70. Selon un certain témoignage, Bill Clinton, alors gouverneur de l'Arkansas, aurait fait pression sur un investisseur afin qu'il accorde un prêt illicite (car adossé à des fonds fédéraux) de 300'000 dollars à Susan McDougal.

Des enquêtes mirent en cause plusieurs proches collaborateurs des Clinton, dont Jim Guy Tucker, le successeur de Bill Clinton comme gouverneur de l'Arkansas. Il fut reconnu coupable et emprisonné pour fraude.

Bien qu'une quinzaine de personnes soient concernées et malgré les soupçons planant sur les Clinton, les enquêteurs ne parvinrent pas à les mettre en cause directement. La façon dont ils furent protégés était des plus étranges. Ainsi, Susan McDougal accepta d'aller en prison essentiellement pour avoir refusé de témoigner devant la cour face à des questions sous serment sur l'implication des Clinton. Ils ne furent blanchis que grâce à des silence de ce genre. Les Clinton surent toutefois démontrer leur gratitude quelques années plus tard ; ainsi Bill gracia Susan McDougal dans les tous derniers jours de sa présidence.

Encore voilée de mystère quarante ans après, l'affaire Whitewater est symbolique de l'opacité dans laquelle les Clinton maintiennent leurs affaires.

L'attaque anti-américaine de Benghazi

Le 11 septembre 2012, la représentation américaine à Benghazi, en Libye, fut attaquée par des terroristes islamistes. La responsabilité de la protection du personnel incombait à la secrétaire d'Etat en charge des affaires étrangères d'alors, c'est-à-dire Hillary Clinton. L'assaut, en deux endroits différents et à plusieurs heures d'intervalle, se solda par la mort de l'ambassadeur Christopher Stevens, du chef du renseignement Sean Smith et de deux agents de la CIA, tous deux anciens navy SEALs, ainsi que d'une dizaine de blessés. La mort d'un ambassadeur à l'étranger était la première depuis plus de trente ans. Un mois plus tôt, il s'était inquiété du faible niveau de protection de la mission américaine dans la ville...

La gestion de la protection de l'ambassade, de l'attaque puis de la crise politique qui s'ensuivit fut un échec à tous les niveaux.

usa,hillary clintonL'attaque commença le 11 septembre à 21h (3h de l'après-midi à Washington). Entre 125 et 150 assaillants, "certains portant les tuniques de style afghan prisées par les militants islamistes", d'autres équipés de masques et de gilets pare-balles, lancèrent l'attaque avec des lance-roquettes, des grenades à main, des AK-47, des fusils d'assaut de l'OTAN, des mortiers et des mitrailleuses lourdes montées sur des pick-ups. L'ambassadeur trouva la mort dans cette première attaque qui montra des défenseurs fort peu préparés, un système d'alerte défaillant, une chaîne de commandement désorganisée et une force de réaction inexistante.

Une seconde attaque eut lieu un peu plus tard, à 4h du matin heure locale, contre une annexe de la CIA située à moins de deux kilomètres de là. De nouveau, les défenseurs durent faire face à des tirs nourris, dont des tirs de mortier. L'un d'eux dévasta le sommet du bâtiment, tuant deux Américains.

De façon stupéfiante, et alors même que la veille le chef d'al-Qaeda Ayman al-Zawahiri annonçait pour l'anniversaire du 11 septembre une vague d'attaque contre les Américains en Libye, la première réaction américaine officielle fut de lier ces événements à une obscure vidéo de bande-annonce d'un film improbable,  "l'innocence des musulmans" dont l'existence fut évoquée pour la première fois le jour même de l'assaut. Aussi absurde soit-elle, la manœuvre - relayée par quatre médias - visait sans aucun doute à couvrir les innombrables manquements du fiasco de Benghazi.

Le mensonge dura quelques temps, appuyé par toute la force de persuasion de l'administration Obama et empoisonna même le débat de l'élection présidentielle: l'attaque de Benghazi était une manifestation qui avait "dégénéré". Mais le récit fut de plus en plus difficile à tenir face aux témoignages et à l'étalage d'armes lourdes employées contre les Américains. La thèse finit par s'effondrer complètement, le rapport d'enquête officiel ne laissant planer aucun doute sur le ridicule de la version d'une manifestation anti-américaine improvisée ayant basculé dans la violence.

Sans aller jusqu'à les qualifier de négligences criminelles, les conclusions de la commission d'enquête pointèrent directement l'incompétence de la secrétaire d'Etat Hillary Clinton en termes de leadership et de gestion de crise.

Le scandale des emails

La plus récente affaire en date concerne les emails de la politicienne. Le quotidien Libération donne avec sa complaisance habituelle un aperçu du sujet:

Pendant ses quatre années passées au département d’Etat, lors du premier mandat de Barack Obama, Hillary Clinton n’a jamais disposé d’une adresse électronique du gouvernement fédéral. L’ancienne secrétaire d’Etat (...) utilisait sa boîte personnelle, moins protégée des risques de piratage. Une adresse mail personnelle ne peut être utilisée qu’en cas d’urgence lorsque l’on travaille pour les services de l’Etat fédéral, rappelle le New York Times.


"Moins protégée des piratages?" En effet. C'est d'ailleurs par le biais d'un hacker roumain prenant le contrôle du compte mail d'un proche des Clinton que l'on appris l'existence de l'email particulier d'Hillary - employé dans son rôle de Secrétaire d'Etat.

Hillary avait bien une adresse email gouvernementale mais choisit délibérément de ne pas s'en servir. Pendant quatre ans, elle utilisa expressément un email privé, non encrypté et sans supervision, pour traiter d'affaires d’État officielles. Elle savait exactement ce qu'elle faisait puisque c'était précisément ce qui avait été reproché à des responsables de l’administration Bush en 2007, surpris à utiliser leurs boîtes mail personnelles pour ne pas avoir à livrer des échanges compromettants. A l'époque, Hillary était sénatrice, mais dans l'opposition.

Une fois dans le rôle de Secrétaire d'Etat, elle céda elle-même à la facilité d'un mail "officieux", bien pratique pour entretenir une correspondance parallèle sans rendre de compte à personne. Quelle excellente façon d'éviter d'avoir à divulguer quoi que ce soit à une éventuelle commission d'enquête!

Il est assez ironique de rappeler qu'en 2012 un ambassadeur fut sévèrement réprimandé et ensuite licencié pour avoir utilisé un email privé dans des affaires professionnelles. Histoire de lever le doute sur une éventuelle naïveté, Hillary Clinton signa elle-même, en 2011, un message enjoignant tous les ambassadeurs à ne pas utiliser des adresses privées dans le cadre de leurs activités professionnelles...

Prise la main dans le sac, Hillary prétendit que tout cela était en fait très transparent et livra des milliers de pages d'échanges comme preuve de sa bonne foi. Les enquêteurs eurent donc un aperçu de ce qu'Hillary voulait bien leur livrer, mais évidemment pas de ce qu'elle avait omis. Ensuite, par le plus grand des hasards, le serveur mail des Clinton clintonemail.com fut purement et simplement... Formaté.

Nous ne saurons peut-être jamais les secrets que Mme Clinton a décidé d'effacer, mais elle n'est pas sortie d'affaire pour autant. Écrits dans le cadre de son travail de Secrétaire d’État, ces messages étaient propriété du gouvernement américain ; elle est donc susceptible d'être accusée de destruction de biens de l’État. En outre, selon la date du formatage "accidentel" du serveur mail, elle pourrait également être poursuivie pour destruction de preuves. Enfin, tout son comportement est une violation flagrante des lois fédérales américaines sur l'archivage et la transparence.

L'affaire suit son cours.

Faire table rase du passé, un exercice difficile

D'une certaine façon, les auspices sont favorables à la candidature d'Hillary. D'une part, les médias acquis à sa cause veilleront à la présenter sous le jour le plus favorable possible, tout en dénigrant sans vergogne les candidats républicains. D'autre part, une proportion importante des électeurs démocrates votent en faveur d'un système et non d'une personne ; ils soutiendront simplement le candidat officiel qu'on leur désignera.

Cependant, Hillary Clinton ne pourra pas profiter de l'engouement qui avait porté Barack Obama avant son premier mandat. Présente dans le panier de crabes politique depuis l'université, première dame sous Bill Clinton, sénatrice de l'Etat de New-York sous la présidence Bush fils, secrétaire d'Etat dans le gouvernement d'Obama, elle est l'incarnation parfaite de la politicienne professionnelle, voguant au sein des arcanes du pouvoir comme un poisson dans l'eau, allant se cacher sous un rocher si les courants sont défavorables.

La promesse du Hope and Change de Barack Obama avait beau être creuse, elle amenait les foules à se mobiliser ; Hillary représente tout le contraire de ce message. Elle illustre à merveille les élites de Washington corrompues et éloignées des réalités, repoussant les gens normaux. Coupée du commun des mortels, voguant de congrès en sommets internationaux, considérant les allées du pouvoir comme son jardin, Hillary Clinton ne fait pas partie du sérail - elle incarne le sérail.

Les "affaires" suffiront-elles à ternir son éclat? Cela dépend de la curiosité des électeurs à aller au-delà des médias mainstream et de leur hagiographie permanente. Mais, surtout aux Etats-Unis, qu'on ne prenne pas à la légère la menace des sites alternatifs sur Internet ; ce sont eux, par exemple, qui contraignirent le président en exercice Barack Obama à éclaircir la controverse de son lieu de naissance.

Le premier adversaire d'Hillary ne viendra pas du camp républicain mais de son propre passé. Les médias parviendront-ils à le faire oublier pour la présenter comme une candidate toute neuve? Son succès repose sur le maintien de cette illusion.