27 avril 2010

La politique de la BNS

Comment la Banque Nationale Suisse gère sa monnaie?, me demande Vincent Bénard (que je salue au passage!)

Mal, bien entendu!

Bon, c'était facile, d'autant plus qu'il y a pire dans le registre des banques centrales.

Une petite requête sur les archives en ligne des journaux suffit à éclairer visiblement le ton de la politique de la Banque Nationale Suisse (BNS): la manipulation des taux d'intérêt comme levier pour "accélérer" ou "freiner" l'activité économique et ménager l'inflation, dans la droite ligne d'une logique que je qualifierai de "Greenspanienne". Les dirigeants de la BNS évoquent facilement les manipulations de taux pour atteindre leurs objectifs, mais ne disent pas un mot sur le volume de la masse monétaire en circulation, ce qui est bien dommage.

A ceci s'ajoute un objectif secondaire, «résolument s’opposer à une revalorisation excessive du franc face à l’euro», dixit la BNS. Nous sommes en plein volontarisme sur les parités de monnaies. Selon cette vision quasiment mercantiliste, le franc suisse fort favorise les importations et défavorise les exportations, alors qu'un franc suisse faible fait l'inverse. La BNS estimant que la Suisse est un pays exportateur, elle "lutte" donc par tous les moyens possible pour faire "baisser" le franc suisse.

Il faudra encore quelques générations d'économistes pour que l'on réalise que la Suisse importe en réalité l'essentiel des matériaux nécessaires à ses exportations, et que la variation franc suisse fort / franc suisse faible joue seulement sur la valeur ajoutée réellement produite dans le pays. Et il faudra encore quelques autres générations pour que les banques centrales cessent de de tenter de manipuler les taux de change...  Et quand comprenda-t-on que l'inflation, c'est-à-dire l'augmentation de la masse monétaire, correspond simplement à la création implicite de monnaie conséquente aux déficit de l'Etat?

Mais bon, ce rapide tableau sur la BNS n'est pas tout noir. La BNS a ainsi imposé aux établissements bancaires "d’importance systémique", selon ses termes, de disposer à l’avenir de suffisamment de moyens liquides de bonne qualité, afin de pouvoir couvrir des retraits inhabituels de capitaux pendant au moins 30 jours. Selon les déclarations du vice-président, Thomas Jordan, ces nouvelles mesures devraient entrer en vigueur en juin. Dans ces temps d'exposition bancaire excessive et de glapissement de Too Big to Fail permettant de justifier que les contribuables épongent les dettes bancaires, demander aux banquiers de prendre un minimum de couvertures en capital ne peut pas être entièrement mauvais. Et puis, même s'ils s'y prennent d'une façon discutable, ils essayent de lutter contre l'inflation.

En ce moment, les taux d'intérêts suisse sont très bas et le franc assez haut, jouant comme d'habitude son rôle de valeur refuge face à la tempête de mauvaises nouvelles frappant la zone euro (sans compter que les Etats-Unis ne vont pas au mieux non plus). Hors de question de relever les taux, puisque cela ferait encore monter la valeur du franc suisse. La BNS en est donc réduite à imprimer des francs suisses pour acheter des Euros.

Ce n'est pas très malin, dans quelques temps ils ne vaudront plus rien.

13:05 Publié dans Economie, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bns, monnaie |  Facebook

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