04 mai 2010

Un plan d'aide qui ne résout rien

Dormez en paix, brave gens.

Ce week-end a donné lieu à une litanie soporifique de nouvelles allant toutes dans le même sens: la Grèce sera sauvée, l'Europe s'en charge, même Mme Merkel est d'accord, le gouvernement grec prend les problèmes à bras-le-corps, le FMI veille... Tout-va-bien. Ou en tous cas, tout va de mieux en mieux.

C'est facile à faire: d'abord, les paroles ne coûtent rien, et ensuite, pendant le week-end les bourses sont fermées.

Tout le monde s'est penché sur leur réouverture ce lundi, mais le succès n'était pas au rendez-vous. Les taux d'intérêts grecs ont baissé, c'est vrai, mais restent à des niveaux impraticables pour emprunter sur les marchés financiers.

Tout ça pour ça! Tant d'efforts, de fonds mobilisés! 110 milliards d’euros associés à un programme de redressement des finances publiques... Et aucun effet sur la confiance des marchés, ou si peu! Quelle bande d'ingrats!

A dire vrai, les dirigeants européens (et Dominique Strauss-Kahn)85425148_web.jpg pèchent par excès d'optimisme. Le financier n'est pas comme l'électeur moyen: il veut du concret, du mesurable. Quand on brasse des milliards, on essaye de faire un peu attention. Or, le plan d'aide à la Grèce sera insuffisant, comme le démontre aisément le graphique ci-contre.

La Grèce doit encore plus de 16 milliards d'euros d'ici la fin de l'année. Les besoins sont d'ores et déjà couverts par le plan d'aide. Puis viennent 2011, 2012, 2013... avec autant d'emprunts arrivant à maturité. Il faut les rembourser. Une vingtaine de milliards par ci, une trentaine de milliards par là, ça commence à faire de l'argent!

Jetez un oeil sur 2019, il y a déjà 23 milliards d'euros à rembourser à cette date: ce que la Grèce vient d'emprunter l'an dernier, sur dix ans. La boucle est bouclée.

En résumé, le plan d'aide ne suffira jamais à couvrir les emprunts arrivant à échéance. Tout au plus retarde-t-on la cessation de paiement.

La seule chance de la Grèce consiste donc à dégager des excédents budgétaires pour diminuer peu à peu sa dette.

Comment fait-on pour dégager des excédents? Il n'y a que deux façons (pas nécessairement exclusives): l'augmentation des recettes et la diminution des dépenses. La "gestion de père de famille" revient enfin sur le devant de la scène.

De ce côté là, il faut l'avouer, les Grecs ne sont pas restés inactifs. Le Premier Ministre George Papandréou a présenté un plan d'austérité pour gagner la confiance de ses nouveaux créditeurs. Gageons que ce ne sera pas le dernier.

  • Niveau recettes, rien de bien surprenant: nouvelles taxes sur les activités "immorales" (jeu, alcool, tabac), TVA augmentée à 23%, moins d'abattements d'impôts, âge de la retraite repoussé, suppression de certains avantages (retraite à 52 ans...)
  • Niveau dépenses, non-remplacement de la plupart des fonctionnaires partant à la retraite, diminution des pensions des fonctionnaires et retraités (13e et 14e mois de salaire), soit en fait une diminution de salaire de 15%... Mais comme d'habitude, le gouvernement ne peut s'empêcher de lâcher d'une main ce qu'il essaye de retenir de l'autre: fonctionnaires et retraités aux bas revenus recevront une prime à la place de leurs mois de salaires rognés.

A trop augmenter les impôts, on achève une économie moribonde, et le Produit Intérieur Brut de la Grèce se contracte déjà de 4% cette année. A trop diminuer les dépenses, on s'attire les foudres de certaines catégories de la population (qui sont autant d'électeurs) et on augmente l'agitation sociale, entraînant des troubles civils propres à compromettre la saison touristique dont l'économie grecque dépend tellement... La Grèce dérive donc entre Charybde et Scylla, tout en sachant que le courant l'entraîne dans l'abîme.

Bref, certains diront que le plan est courageux, audacieux, créatif. D'autres diront que le plan est inique, anti-social, dicté par les puissances étrangères. Peu importe, car il y a autre chose: il est avant tout insuffisant.

De l'aveu même des autorités grecques, il doit permettre de ramener le déficit public (environ 14 % du PIB en 2009), sous les 3% "d’ici à la fin de 2014". Passons sur l'inévitable louche d'optimisme sur la croissance, la météo et le reste, permettant d'atteindre ces objectifs chiffrés - ils ne seront pas au rendez-vous de toutes façons - pour nous atteler à un détail piquant: 3% du PIB en 2014, cela signifie que la Grèce sera toujours en déficit.

Autrement dit, sa dette continuera à enfler, même en 2014, même si le plan d'austérité est un succès, même si toutes les prévisions gouvernementales s'avèrent exactes!

A ce stade, le lecteur fronce probablement les sourcils. Comment les autorités grecques, les élites européennes et nos brillants médias ont-ils laissé passer un point aussi crucial?

Cela vient, je pense, d'un sérieux malentendu remontant aux origines de la crise grecque elle-même. Elle s'est déclenchée parce que la dette du pays partait en roue libre, laissant planer de sérieux doutes quant à la capacité du pays à respecter ses engagements. Mais, dans les méandres de la pensée étatique, la seule chose qui compte est le rapport des comptes courants de l'Etat avec le PIB; George Papandréou et son gouvernement ont pensé que les marchés s'inquiétaient de ce taux enfonçant toutes les barrières du Pacte de Stabilité. Selon eux, pour "regagner la confiance des marchés", il suffit de revenir dans les clous de 3% de déficit et le tour est joué, la signature grecque est à nouveau solide.

Mais les fameux marchés ne l'entendent pas de cette oreille. Ce qu'ils ont vu, eux, c'est un pays enfilant les milliards de déficits comme d'autres enfilent des perles. On hésite naturellement à confier des sommes de plus en plus folles à un pays si peu capable - même en temps de crise, et même à l'issue d'un programme d'austérité historique - de faire diminuer ses dettes d'un centime. Et quand des établissement financiers sont circonspects, ils s'abstiennent, ou réclament des taux d'intérêts que les quémandeurs trouvent prohibitifs. Y compris en 2014, où les Grecs d'alors se retrouveront encore à se demander pourquoi les marchés se méfient d'eux.

Voilà un quiproquo dont on aura pas fini de parler!

Mais tout cela reste très hypothétique, car bien d'autres choses surviendront entre-temps.

Commentaires

Bien sûr il faut aider la Grèce. MAIS, à mon avis, la Grèce ne peut pas matériellement faire partie de l'Euro. Ni la hiérarchie des pouvoirs dans ce pays, ni la structure de l'économie, ni la pratique généralisée et institutionnalisée à la fraude et à la corruption ne peut se régler dans des délais nécessaires, et toute tentative de les régler ne pourront qu'agraver la crise financière et sociale dans ce pays. AUTREMENT DIT, "Gauche et Droite dépassent leurs clivages pour la Grèce" n'est qu'une erreur, à terme, de la Droite et de la Gauche réunies.

Écrit par : princesse | 04 mai 2010

D'un mal peut sortir un bien: l'euro explose suite à la sortie de l'Allemagne qui en a marre de banquer pour tous les bouffons du club med et en plus d'être insultée en permanence. L'utopie technocratique européenne bruxelloise s'effondre et les peuples des nations d'Europe retrouvent leur souveraineté confisquée, donc leur capacité à influer sur leur destin. Que du bonheur en perspective.

Écrit par : pat | 04 mai 2010

@pat: L'idée d'une "sortie par le haut" de l'Allemagne me paraît intéressante, quoique peu vraisemblable.

Angela Merkel, après avoir tenu un discours de rigueur sur la responsabilités des Grecs dans la crise frappant leur pays, a tourné casaque sous la pression de ses collègues européens. Elle essayait de donner le change jusqu'aux élections régionales allemandes du 9 mai, dont les enjeux sont importants. Le 9 mai, les conservateurs d’Angela Merkel et leurs alliés libéraux (FDP) tenteront de conserver le contrôle de l'Etat régional le plus peuplé du pays, la Rhénanie du nord-Westphalie. En cas de défaite lors de ces élections, Angela Merkel perdrait la majorité au Bundesrat, chambre haute du parlement qui représente les Etats, et devrait composer avec l'opposition sociale-démocrate (SPD) pour faire passer ses lois. Et les sondages ne lui sont pas favorables...

En d'autres termes, Angela Merkel, qui n'a guère brillé jusqu'ici par son courage politique, va en plus se retrouver dans un régime de cohabitation après les élections. Autant dire que les conditions ne sont pas réunies, c'est le moins que l'on puisse dire, pour que l'Allemagne ait l'audace d'abandonner unilatéralement l'euro.

Je pense plutôt qu'ils vont couler avec, comme de bons petits Européens.

@princesse: si vous faites référence à la gauche et la droite françaises, il n'y a rien à attendre d'eux. Quant à déclarer, à posteriori, que la Grèce ne devait pas faire partie de l'Euroland... N'oublions pas que l'euro est une entité politique, non économique. La sélection des pays n'obéit donc pas à des critères comptables. Les économistes libéraux estimaient cette construction non viable dès le départ, mais qui les écoute?

Écrit par : Stéphane Montabert | 05 mai 2010

On ne peut pas commencer par la fin....Sinon cela se saurait et on serait à la retraite avant de travailler! (un peu le modèle grec....)

L'Europe s'est construite comme cela, à l'envers du bon sens! Maintenant le bon sens va reprendre ses droits!

Espérons juste que cela ne dégénère pas en guerre civil européenne!

Car actuellement on oublie fallacieusement "les Nouveaux de l'Est" qui eux n'ont pas pu émerger et qui vont se retrouver à nouveau précipités dans leurs misères dont ils espéraient tant sortir.

Écrit par : Corélande | 05 mai 2010

Bien content de vous retrouver !

Le problème grec, c'est la mentalité grecque, une mentalité "de gauche", d'assistés.

Inutile de dire qu'ils ne sont pas prés de changer !

Écrit par : Nicolas | 05 mai 2010

" L'utopie technocratique européenne bruxelloise s'effondre et les peuples des nations d'Europe retrouvent leur souveraineté confisquée, donc leur capacité à influer sur leur destin. Que du bonheur en perspective"


Hum.. Sans l'Europe, qui sait dans quelle aventure les français seront capable de s'embarquer..
N'oublions pas que si le vieux a arreté ses bêtises en 1983, c'est en grande parti grâce à l'Europe..


La souveraineté n'est pas un problème, ( juste un délire de toute puissance imaginaire contrarié ), c'est la réalité qui est un problème pour les français.

Écrit par : Nicolas | 05 mai 2010

Je voulais dire que europe bruxelloise = mondialisme ( pas mondialisation attention à comprendre la nuance ) = sacrifice des classes moyennes européennes ( voir plus si affinité ). Lire ( et comprendre )Maurice Allais.

Écrit par : pat | 05 mai 2010

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