19 mai 2010

La nouvelle ruée vers l'or

Ce n'est pas le Klondike mais ça y ressemble: Les cours de l'or s'envolent!

«En ces temps d’incertitudes persistantes, l’or devrait continuer à bénéficier d’une grande demande et les prix devraient être bien soutenus, tandis que des investisseurs supplémentaires devraient être attirés par la barre psychologique importante des 1000 euros», notaient les économistes de Commerzbank vendredi.

Une petite courbe vaut mieux qu'un long discours:

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Un tel graphique évoque immanquablement "l'exubérance irrationnelle des marchés" chère à Alan Greenspan. Mais cela colle peu avec l'or, dont il n'y a rien à attendre. L'or n'offre pas de perspective de gains liés à la technologie et ne verse pas de dividendes. L'or est inerte, amorphe, sans surprise. Avec l'or, pas de bulle possible.

Alors, pourquoi cet engouement?

Bizarrement, on trouve peu d'explications sur les raisons profondes de cette envolée. Les analystes financiers travaillent à partir des courbes et évoquent des "seuils psychologiques" qui seraient enfoncés les uns après les autres, ouvrant ainsi la porte à de nouvelles hausses. L'explication semble bien peu convaincante. L'or joue à fond son rôle de valeur-refuge, dit-on, mais rares sont les journalistes à tourner leur regard vers la tempête dont les investisseurs cherchent à se prémunir.

En réalité, la courbe ci-dessus ne peut dire qu'une chose: la crise est devant nous.

La zone Euro va mal. Ca ne concerne pas que les finances publiques. Certains économistes ont commencé à s'émouvoir de l'effet des plans de rigueur annoncés ici et là sur l'activité économique. Leur point de vue est exprimé d'une façon étrange, mais il n'est pas entièrement faux: le retrait des Etats de l'activité économique laisse des traces auprès de leurs innombrables clients et fournisseurs. En outre, tous les plans de rigueur introduisent de nouvelles ponctions fiscales et contribuent donc à écraser la croissance. Les politiciens ont jusqu'ici montré très peu d'empressement à s'attaquer aux vraies racines du problème, les dépenses. Gageons que la réalité se chargera de le leur rappeler.

En attendant, les pouvoirs publics essayent encore de faire croire qu'ils peuvent s'en sortir en faisant payer les autres, et les perspectives de croissance des acteurs économiques privés s'en ressentent.

Si les actions sont promises à baisser parce que l'activité économique pâtit, mieux vaut rester à l'écart du marché des actions. Mais où placer ses économies alors? Emprunts d'Etat? Les rendements sont lamentables et les risques pas si minimes que ça. Garder du cash? Certainement pas, à une époque où tant les USA que l'Europe font tourner la planche à billets. Reste les métaux précieux.

L'or est une valeur-refuge parce que la matière première échappe à toute manipulation. Avec l'or, on ne peut pas tricher.

5151584_lingot.jpgSous la pression des politiques, la BCE a renoncé à tous ses principes et à son indépendance. Elle imprime désormais des euros par milliards pour les prêter à des pays en cessation de paiement, comme la Grèce. L'inflation pointe déjà son nez et je parie qu'elle va aller en s'intensifiant.

L'or est hors d'atteinte des astuces comptables des pouvoirs publics et des banques centrales. Les Alchimistes ont bien essayé, mais jusqu'à présent personne n'a trouvé comment créer de l'or à volonté. La perte de valeur des principales monnaies du monde (qu'il s'agisse du Dollar, de l'Euro ou de la Livre Sterling) va donc contribuer à une hausse mécanique de la valeur fiduciaire de l'or, simplement parce que les monnaies contre lesquelles il est mesuré s'affaiblissent.

La crise est loin d'appartenir au passé. Les politiciens européens semblent bien peu enclins à réaliser l'énormité de l'enjeu - une crise dont ils ne comprennent pas l'essence et qui s'apprête à les frapper de plein fouet.

Dans les colonnes du Temps, Emmanuel Garressus explique brillamment que le retour à la rationalité (c'est-à-dire: comprendre qu'il faut créer des richesses avant de penser à les extorquer, que cette création vient des entrepreneurs et non de l'Etat, etc. - des vérités simples oubliées par des populations étourdies par des non-sens économiques martelés à longueur d'année) prendra une génération. Je partage son point de vue. N'allez pas croire pour autant que nous serons sortis d'affaire, par la magie du temps qui passe, exactement en 2030. Ce n'est pas qu'il faille plus longtemps - selon moi l'ordre de grandeur avancé est correct - mais, simplement, que cette longue et nécessaire désintoxication n'a pas encore commencé. Voilà ce que j'entends en disant que la crise est devant nous.

Les choses sérieuses débuteront lorsque l'Euro se désintègrera, lorsque les banques semi-publiques sauteront, lorsque les social-démocraties européennes épuisées seront au bout de leur incohérence fondamentale. C'est pour bientôt. Cela va être très douloureux et très violent. Tous ceux qui se précipitent sur les placements en métaux précieux l'ont bien compris. Voilà pourquoi l'or monte - et pourquoi il n'a pas fini de monter.

Commentaires

"Dans les colonnes du Temps, Emmanuel Garressus explique brillamment que le retour à la rationalité (c'est-à-dire: comprendre qu'il faut créer des richesses avant de penser à les extorquer, que cette création vient des entrepreneurs et non de l'Etat, etc. - des vérités simples oubliées par des populations étourdies par des non-sens économiques martelés à longueur d'année) prendra une génération."

Je n'ai pas pu lire, mais c'est ce qu'on dit aussi de la population de l'ex RDA pour qu'elle atteigne un jour le niveau de la "RFA".


Bref : nous sommes foutu.


Et en plus, ça ne fait pas une publicité très bonne pour la démocratie..

Écrit par : Nicolas | 28 mai 2010

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