31 mai 2010

Le Bon Suisse

Comment définir un "bon" candidat à la naturalisation? Qu'est-ce qu'un "futur bon" Suisse?

Non sans malice, Antonio Hodgers, Conseiller National vert, a posé la question au Conseil Fédéral. La réponse de ce dernier est assez embarrassante pour justifier un article au ton moqueur dans Le Matin. En effet, selon le gouvernement, un bon candidat à la naturalisation remplirait les quatre critères suivants:

  1. Posséder un compte en banque.
  2. Avoir une mobilité autonome.
  3. Appartenir à une association.
  4. Connaître sa région.

On le voit - et M. Hodgers y parvient sans peine - ces quatre critères n'ont pas grand sens: il est trop facile de trouver des contre-exemples de personnes à naturaliser ne correspondant pas à cette liste, voire des Suisses contrevenant à un ou plusieurs de ces critères, même si à la louche 95% de la population doit les remplir. Jamais avare d'une polémique facile, M. Hodgers ne cherchait en fait qu'à critiquer le gouvernement bon compte. Il se garde bien, par exemple, de donner en réponse la moindre définition de ce qui devrait être un bon candidat à la naturalisation helvétique selon lui. J'imagine qu'une sensibilité écologico-socialo-gauchiste à fleur de peau devrait jouer un certain rôle, même si seule une minorité de la population correspond à ce critère...

Les questions philosophiques sur la définition de l'humanité occupent les grands penseurs depuis des millénaires. La portée sémantique semble plus humble lorsqu'il s'agit de définir ce qu'est un "bon Suisse", mais le débat n'est pas plus simple pour autant. Pas plus que de définir formellement ce qu'est un "militant de gauche" ou même un "écologiste", d'ailleurs.

564dfw3_passport.jpgC'est en réalité un faux débat. Une définition formelle, qu'un ordinateur sans âme pourrait traiter, est tout bonnement impossible.

Critiqué sur la portée de son test de QI et sommé de définir ce que signifiait cette valeur, un scientifique répondit dans une pirouette: "Le QI, c'est ce que mesure mon test." Il en va de même dans un débat sur les critères légaux sur le passeport helvétique. Du point de vue purement administratif, la nationalité Suisse se résume à la possibilité d'obtenir un passeport rouge à croix blanche par les services de l'Etat.

Par opposition à cette nationalité administrative, la nationalité "de coeur" peut être fort différente. Il y a en Suisse probablement nombre de gens qui se sentent suisses sans en avoir le passeport. Et aussi, malheureusement, nombre d'individus officiellement suisses sans partager le moins du monde les valeurs de leur pays d'accueil.

Serait-il possible d'inventer un meilleur système qu'une liste arbitraire de critères à remplir?

Etant naturalisé moi-même, je suis fasciné par les gens qui choisissent une nouvelle nationalité. C'est un acte politique fort. La réponse du Conseil Fédéral à la question de M. Hodgers m'a donc ramené à ma propre naturalisation, en terre Vaudoise.

De façon étonnante, je ne correspondais pas aux critères édictés par le Conseil Fédéral. A l'époque, je ne faisais partie d'aucune association. J'avais également un regard assez critique sur les connaissances historiques et géographiques exigées lors de mon passage face à la Commission de naturalisation, car elles n'impliquaient que d'étudier quelques livres d'histoire suisse disponibles partout dans le monde. J'aurais tout aussi bien pu connaître la guerre de Souabe en lisant le même livre depuis une yourte en Mongolie.

Il y avait pourtant une condition qui ouvrait, selon moi, une perspective radicalement différente de la naturalisation: le parrainage.

Le candidat vaudois à la naturalisation devait mentionner deux parrains prêts à témoigner de son intégration. Ces personnes devaient être Suisses et domiciliées dans le canton de Vaud.

Le parrainage est une piste prometteuse dans l'obtention de la nationalité. Il témoigne de l'engagement personnel du candidat dans la société helvétique. En mettant quelques garde-fous (comme un entretien du parrain avec les autorités, une limitation du nombre de parrainage à un par an et/ou une responsabilité éventuelle du parrain dans le comportement du candidat une fois naturalisé) on éviterait facilement tout parrainage de complaisance.

Le parrainage seul ne suffit pas; toutefois, il me semble plus porteur de réelles marques d'intégration que l'apprentissage scolaire d'informations historiques et géographiques sur son canton d'adoption ou la possession d'un compte en banque.

Selon cette piste, un bon candidat à l'intégration serait quelqu'un d'assez impliqué auprès de la population pour avoir des Suisses témoignant en sa faveur. Cette définition du processus de naturalisation ne me paraît pas absurde.

Commentaires

Dans la mesure où la nationalité a des répercussions sur la possibilité de présence sur le territoire, et les actions sur le territoire (travail), je pense que les critères doivent être minimaux.

Le seul critère devrait être de comprendre et s'engager à respecter les lois du pays (avec une période de probation de x années par exemple).

Je parle ici du niveau national, on peut ensuite imaginer d'autres règles plus strictes localement.

Écrit par : Simon | 31 mai 2010

@Simon: vos règles sont tout à fait pertinentes... Pour un permis de travail ou un permis touristique. Une naturalisation, c'est-à-dire l'acte de devenir citoyen, de participer à la défense du pays, de voter, et ainsi de suite, implique un niveau d'intégration un tout petit peu supérieur. :)
Après tout, participer à la démocratie helvétique quand - c'est un exemple - on n'en connaît pas le fonctionnement et qu'on n'en parle aucune des langues me semble tenir de la gageure. Même si on respecte toutes les lois du pays.

Écrit par : Stéphane Montabert | 01 juin 2010

Je ne me souviens plus quel site suisse d'information proposait, récemment, un sondage-express sur le thème : "Je suis un vrai Suisse parce que...". Le premier choix possible comportait le critère suivant : "Je repasse mes T-shirts".

C'est évidemment moins con que ça n'en a l'air.

Écrit par : Robert Marchenoir | 06 juin 2010

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