29 juin 2010

L'immigrant futé

Ca y est, l'Allemagne fait un pas vers l'immigration "choisie" - c'est-à-dire, choisie par les pouvoirs publics.

Dans les colonnes du Bild, Peter Trapp, membre de la CDU, livre un nouveau diagnostic sur l'immigration. "Nous devons poser des critères qui servent vraiment à notre Etat. Outre une bonne formation et une qualification professionnelles, l'intelligence doit entrer en considération. Je suis pour des tests d'intelligence", explique-t-il.

Il n'est pas le seul à penser ainsi. Le porte-parole pour les Affaires intérieures de la branche berlinoise de la CDU annonce la "fin d'un tabou" sur le sujet, alors que Markus Ferber, un responsable de la CSU (l'aile bavaroise de la CDU) met en principe l'idée d'une politique d'immigration harmonisée à l'échelle européenne fonctionnant différemment: "Les raisons humanitaires comme le regroupement familial ne peuvent être à la longue le seul critère d'immigration." Il avance l'exemple du Canada, qui "exige des enfants d'immigrés un quotient intellectuel plus élevé que celui des enfants locaux."

D'autres politicien, membres du gouvernement d'Angela Merkel, ont contredit ces affirmations en expliquant, non sans ironie, qu'elles n'étaient pas très intelligentes.

Il n'empêche: le débat est désormais ouvert en Allemagne.

J'attends avec impatience la767678KJ_examen.jpg moindre étude scientifique tentant de corréler l'intelligence avec quoi que ce soit d'autre - l'intégration dans la vie sociale allemande, par exemple. Bien sûr, il n'y a strictement rien; ce n'est qu'un signe de plus de la propension des politicien de pondre des théories ex nihilo.

Je m'étonne pour ma part du sens de leurs priorités. Quitte à choisir, préféreriez-vous des immigrés honnêtes, des immigrés travailleurs, ou des immigrés intelligents?

L'honnêteté se mesure (hélas!) assez facilement, et n'a rien à voir avec l'intelligence. Je pense au contraire qu'il faut une certaine jugeote pour monter un gang ou se lancer dans le lucratif commerce de drogue... Quant à la capacité de travail, elle relève de l'employeur et non de l'Etat allemand: à la société civile d'employer le plus efficacement la main d'oeuvre à sa disposition, quitte à chercher ponctuellement des ressources supplémentaires à l'étranger quand la perle rare fait défaut. Toujours pas d'intelligence là-dedans.

En réalité, la discussion porte moins sur les immigrés proprement dits que sur les conditions à remplir pour le regroupement familial, c'est-à-dire faire l'arrivée au pays de toute leur famille. Les critères d'emploi ne s'appliquent pas. On imagine le souci des politicien allemands de limiter le poids de ces nouveaux venus sur des systèmes de redistribution à l'agonie... Et voilà comment on en arrive à établir des critères de discrimination totalement arbitraires sur le QI, en attendant la blancheur des dents ou la circonférence de la boîte crânienne.

L'Allemagne impose déjà des tests de langue aux candidats à la nationalité allemande, ainsi que des tests destinés à prouver leurs connaissances de l'ordre social et juridique allemand. Et avant cela, ils doivent participer à des cours d'instruction civique... Mais ce n'est pas encore assez sélectif.

Pas question de demander à l'immigré d'être capable, par son travail, de pourvoir seul aux besoins de sa famille et de s'arrêter là. C'eût été trop simple.

J'ai du mal à imaginer les conséquences à long terme d'une telle politique. Aujourd'hui l'idée fait sourire, mais après? Dans quelques années, quel sera l'effet d'un test de QI obligatoire pour les candidats au passeport allemand? Faire dire que les Allemands naturalisés sont moins bêtes que les Allemands de naissance? Ou amener les immigrés moins futés à tenter leur chance dans des pays européens moins regardants?

Quelle que soit la façon dont on prenne la nouvelle piste de la politique d'immigration en Allemagne, elle ne présage rien de bon.

Commentaires

Votre réaction est surprenante.

Si l'on vous suit, l'intelligence n'aurait aucun intérêt dans une société. Une dégradation notable du niveau d'intelligence moyen de notre société ne serait aucunement une perspective préoccupante. Il serait équivalent, pour nous, de vivre dans une société d'analphabètes, incapable de produire un seul prix Nobel, ou dans une société évoluée, capable de construire des avions et d'écrire des traités de philosophie.

Vous mettez en avant l'honnêteté et l'ardeur au travail, pour affirmer qu'elles sont bien plus importantes que l'intelligence. Mais c'est un sophisme. Il n'y a pas à établir de priorités entre ces trois qualités.

L'intelligence sert certes aussi à commettre le crime, mais cela revient à vouloir interdire les voitures parce que les voleurs s'en servent aussi. Il faut l'intelligence et l'honnêteté, à l'évidence. Aucune loi biologique ou humaine ne postule que l'une est inversement proportionnelle à l'autre.

Ce qui est certain, c'est que la baisse tendancielle du niveau d'intelligence moyen des sociétés occidentales est d'ores et déjà entamée. En ce qui me concerne, je l'observe à l'oeil nu, tout autour de moi, en France.

Et je pourrais vous expliquer très concrètement en quoi cela rend la vie plus pénible, le pays moins prospère et les gens moins heureux. Sur des exemples précis et vécus.

En caricaturant à peine votre position, on pourrait dire que les immigrés sont tout juste bons à fournir des bataillons de bourrins qui vont travailler dur dans des tâches routinières, sans voler le patron.

Pardon de dire que c'est non seulement néo-colonialiste comme vision, mais singulièrement à courte vue. Les hommes ne sont pas des machines. Ils se reproduisent. Et ils transmettent autour d'eux les qualités et les défauts inhérents à leur lignée.

Imaginez une seule seconde que l'esclavage n'ait pas existé aux Etats-Unis. Peut-on douter une seule seconde que l'Amérique, qui hérite du problème noir aujourd'hui, ne s'en sortirait pas considérablement mieux ?

Enfin, il est pour le moins paradoxal de voir dénigrer l'intelligence par quelqu'un d'intelligent.

Écrit par : Robert Marchenoir | 30 juin 2010

L'intelligence sans intérêt pour la société? L'immigré tout juste bon à travailler du dans des tâches routinières? Diable! Je ne pensais pas avoir écrit des âneries pareilles...

D'abord, quitte à dire qu'il y a des gens intelligents et d'autres qui le sont moins (jusqu'ici je ne pense choquer personne) je trouve franchement malsaine l'idée que seuls les premiers puissent avoir accès au passeport Allemand. C'est injuste vis-à-vis de ceux qui seraient de bons citoyens (honnêtes et travailleurs) mais n'ont pas un score de QI suffisant. Et, sans extrapoler sur une interdiction de la voiture pour cause d'accident, pas besoin d'aller loin pour trouver des contre-exemples prouvant qu'on peut être très intelligent et parfaitement néfaste à la société.

Mon propos n'était absolument pas de dire qu'il faudrait que les immigrés soient idiots, corvéables, ou que l'intelligence serait un mal. mais simplement qu'il y a de tout parmi eux et que ce serait un bien mauvais calcul que d'estimer leur contribution à l'avenir d'une nation sur la base d'un score au test de QI.

Ce critère d'obtention de la nationalité me paraît donc, disons, très faiblement corrélé, pour rester poli.

Écrit par : Stéphane Montabert | 30 juin 2010

...et parfaitement débile, pour reprendre les termes de votre collègue Oskar.

Écrit par : Tapioca | 30 juin 2010

"Ce critère d'obtention de la nationalité me paraît donc, disons, très faiblement corrélé, pour rester poli."

Personnellement, je crois que c'est sans doute une erreur de prendre cette proposition au premier degré. Il y a pas mal de choses qu'un homme politique européen n'oserait plus dire de nos jours, et à beaucoup plus forte raison un Allemand, à propos des races et de ce genre de considérations.

Cela posé, on ne peut exclure que Peter Trapp ait eu connaissance, par exemple, de l'étude des Prs Lynn et Vanhanen "IQ and the Wealth of Nations"* et qu'il ait pensé que ce critère permettrait d'écarter 90 à 95 % des immigrés provenant du tiers monde. En douce, c'est-à-dire sans alléguer la couleur de leur peau.

* http://en.wikipedia.org/wiki/IQ_and_the_Wealth_of_Nations#National_IQ_estimates

Écrit par : Scipion | 30 juin 2010

je n'en reviens pas que vous ayiez sucré mon commentaire. La honte ! A quoi jouez-vous donc ?

Écrit par : Géo | 30 juin 2010

Un test de QI ne peut pas être une mauvaise chose, sauf pour les français, qui ont le plus faible d'Europe...
Ce qui est fort pour les gens qui ont inventé le QI, et on donc donné pour base leur propre résultat !


Je signal aussi que le canada vire par famille entière les immigrés ayant le moindre problème de santé (cas d'une famille de 5, ayant un enfant nécessitant 1000 dollars par ans de psy que la famille se proposait de payer : dehors ! Tous)

Écrit par : Nicolas | 30 juin 2010

"...sauf pour les français, qui ont le plus faible d'Europe..."

Vous avez bien fait de suivre le lien que j'ai fourni. Rudement bien fait... :o)

Écrit par : Scipion | 30 juin 2010

@Géo: je n'ai rien sucré du tout :( Je suis notifié des commentaires postés, et votre commentaire ci-dessus est le seul de votre part que j'ai vu passer aujourd'hui.

Désolé pour vous. Je sais à quel point cela peut être énervant de perdre son texte. Un problème de navigateur peut-être?

Écrit par : Stéphane Montabert | 30 juin 2010

Montabert@ mille excuses, j'use de tant de pseudos que parfois je n'arrive plus à suivre. C'est ma faute.

Écrit par : Géo | 30 juin 2010

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