19 novembre 2010

Le Cas Rappaz

Après la décision prise hier par le Parlement du Valais de rejeter le recours en grâce de Bernard Rappaz, le chanvrier valaisan condamné à cinq ans et huit mois de prison a déclaré, par l'entremise de son avocat, qu'il continuerait sa grève de la faim. Ce recours n'aura donc été qu'un épisode de plus dans la saga; le bras de fer entre le prisonnier et les autorités ressemble chaque jour un peu plus à une impasse.

Ecartons au préalable les faux prétextes donnés par les processionnels de l'empathie et les partisans d'une libération du commerce des drogues; ces gens détournent la sympathie que peut encore inspirer Rappaz pour s'offrir une tribune politique à peu de frais. Non, Bernard Rappaz n'est pas victime d'une erreur judiciaire, d'un procès inique ou de lois injustes; le droit helvétique a été totalement respecté d'un bout à l'autre dans la condamnation du chanvrier. S'il en est pour penser que le code pénal actuel ne convient pas, il existe des voies respectueuses du droit pour le changer. Le chantage à la grève de la faim n'en fait pas partie.

886842_rappaz.pngReste donc l'affrontement symbolique entre Bernard Rappaz et les autorités. L'histoire passionne les foules - ou tout au moins, les médias - parce qu'elle se ramène à un conflit entre deux écoles de pensées, nous dit-on; on y opposerait l'éthique au droit. C'est encore sous cet intitulé que la TSR y consacrait un reportage hier soir.

Est-on vraiment face à un cas impérieux de conflt éthique, ou à quelque chose de nettement plus politique?

La vie de M. Rappaz est menacée, par son obstination personnelle dans la grève de la faim d'une part, et par le refus des médecins des Hôpitaux Universitaires de Genève de l'alimenter d'autre part. Ceux-ci motivent leur refus par le "libre arbitre" dont disposerait l'individu, hébergé pour cause de faiblesse aux HUG. Les médecins genevois invoqueraient le caractère sacré et absolu de leur éthique, qui leur interdirait de nourrir un patient "capable de discernement et de libre-arbitre" contre son gré.

La posture, défendue notamment par Jacques de Haller sur le plateau du journal télévisé, ne résiste pas à l'analyse. Selon le président de la FMH, Bernard Rappaz est un prisonnier, certes, mais resterait "maître de son corps" et donc de sa propre vie.

Les contre-exemples venant du milieu médical même sautent aux yeux. Des patients sont nourris de force quotidiennement en milieu hospitalier, des gens dépressifs ou anorexiques par exemple. Quelle différence avec le cas Rappaz? Selon M. de Haller, eux ne seraient pas "dans leur état normal" ni "capables de discernement". En gros, ils ne seraient pas sains d'esprit, eux. Un point de vue étonnant comparé au cas de M. Rappaz, au comportement suicidaire, mais qui serait, lui, et en dépit de ses agissements, un parangon de rationalité et de santé mentale!

En réalité, le problème n'est même pas là, car M. Rappaz n'est pas un patient lambda. C'est un prisonnier en détention, et un prisonnier ne dispose pas de sa propre vie. Il est privé de cette liberté par sa condition même, pendant le temps de son incarcération.

C'est cette disposition qui fait que l'on retire leur ceintures, lacets, soutiens-gorges le cas échéant, aux gens placés en garde-à-vue, de peur qu'ils ne s'improvisent une corde pour se pendre sans procès.

C'est cette disposition qui fait qu'un détenu condamné à la peine capitale dans un Etat de Droit qui inflige cette peine, comme les Etats-Unis, sera soigné et empêché de se suicider, même s'il est dans le couloir de la mort en attente de son exécution.

563432_justice.jpegC'est cette disposition, ou plutôt son échec à la faire respecter, qui explique le tollé lorsqu'un détenu comme Skander Vogt choisit de mettre le feu à un matelas de sa cellule et en meurt.

Certes, la frontière est floue entre la volonté de mourir et celle de mettre sa vie en jeu dans une revendication, mais dans le doute, l'administration pénitentiaire ne peut laisser des détenus se livrer à l'un ou l'autre, car c'est elle qui a charge de veiller à la survie des détenus, à leur place, pendant le temps que dure leur privation de liberté. L'arrêt du Tribunal Fédéral forçant les médecins des HUG à nourrir M. Rappaz de force si nécessaire est frappé du coin du bon sens: faire autrement reviendrait à autoriser n'importe quel détenu à se suicider. La grève de la faim n'est qu'une façon très lente et très médiatique d'y parvenir. M. Rappaz pourra mettre fin à ses jours tant qu'il voudra lorsqu'il aura purgé sa peine.

Il est regrettable que les délires de M. Rappaz soient exploités par une clique médicale décidée à montrer au monde entier que sa conception très particulière de l'éthique l'emporte sur les jugements du Tribunal Fédéral.

Le discernement dont on crédite Bernard Rappaz a trouvé ses limites; il est désormais instrumentalisé par ses médecins. Ils ont eux aussi un message à faire passer.

Pas de chance pour le chanvrier valaisan, eux ne risquent pas leur vie.

Commentaires

"une clique médicale", cher Monsieur, vous aurez sans doute un jour ou l'autre, recours à une corps médical pour vous soigner.
Claire Marie

Écrit par : cmj | 19 novembre 2010

Ca y est c’est les médecins genevois les coupables maintenant !
On peut certes décider, comme l’on fait les députés valaisans, qu’il n’y a aucune raison que B. Rappaz profite d’un traitement particulier et que par conséquent sa tentative de chantage émotionnel ne mérite que silence et mépris. Ce n’est pas forcément mon avis, mais je peux comprendre qu’on pense ainsi. Quoi qu’il en soit, à partir du moment où on s’en tient à cette manière de voir les choses, il faut en assumer les conséquences. Et si B. Rappaz meurt dans les prochains jours, il faudra vivre avec une décision prises par ailleurs démocratiquement.
Sauf qu’à lire S.Montabert, il faut s’attendre, le cas échéant, à une attaque en règle contre des autorités médicales genevoises, les pauvres. Non seulement, ces dernières se retrouvent avec un dossier qu’elles n’ont pas désiré et qui « quelque part » ne les regarde pas mais, en plus, elles voient tout à coup leur éthique (basée sur le respect des volontés des personnes - quelque soit leur statut juridique - qui leur sont confiées) remise en cause et même montrée du doigt.
Certes cette attaque ô combien démagogique provient d’un membre de l’UDC... vaudoise (!!?) mais quand même. Cette position laisse entrevoir vers qui pourrait bien se retourner celles et ceux qui immanquablement chercheront des responsables dans la mort annoncée et aujourd’hui probable de B. Rappaz.
Autant dire que ça augure mal….

Écrit par : Vincent | 19 novembre 2010

@Claire Marie: aucun rapport. La moindre intervention médicale n'oblige pas à des remises en question éthiques, Dieu merci.

@Vincent: Si M. Rappaz meurt dans les prochains jours, les médecins des HUG en porteront l'entière responsabilité, puisqu'ils auront refusé l'injonction du TF les obligeant à nourrir le détenu. Comment pourrait-il en être autrement?

Si M. Rappaz avait été une adolescente anorexique - qui ne cherche pas à mettre sa vie en jeu délibérément, à l'inverse du chanvrier valaisan - il aurait eu sa sonde gastrique depuis longtemps et personne n'en aurait fait un fromage.

Si vous en êtes à décréter que le Haut Conseil Valaisan doit avoir la mort de M. Rappaz sur la conscience pour avoir refusé sa grâce, vous pourriez tout autant clamer que c'est le peuple suisse le coupable de sa mort, salauds de citoyens ayant refusé la légalisation du Cannabis en 2008. La boucle est bouclée.

Écrit par : Stéphane Montabert | 19 novembre 2010

"Si M. Rappaz meurt dans les prochains jours, les médecins des HUG en porteront l'entière responsabilité"

L'entière !? Rien que ça ! Aucune responsabilité pour les autorités valaisannes donc ! Extra !

C'est qui n'est pas "parfaitement rationnel" exactement ?

Quoi qu'il en soit, la prochaine fois qu'un canton demandera à l'état de Genève d'héberger un détenu dans l'unité carcérale des HUG, il vaudra mieux répondre que c'est complet.... Ca suffit là !!

Écrit par : Vincent | 19 novembre 2010

Vous vous mettez une fois de plus le doigt dans l'oeil jusqu'au coude, Montabert. Vous n'avez pas la carrure pour traiter un tel sujet. Il n'y a qu'une porte de sortie à cette situation, et ce n'est pas d'attaquer les médecins, qui ont bien raison d'envoyer péter les petits juges. On pourrait d'ailleurs s'attendre à plus d'esprit critique de la part d'un UDC au sujet de cette caste particulièrement anti-populaire. La solution est celle du "chat et de la souris", adoptée par les Anglais il y a déjà bien longtemps, et basée sur l'art.92 du Code pénal. Je l'ai déjà assez cité in extenso quelques fois en ces blogs, à vous d'aller chercher.

Écrit par : Géo | 19 novembre 2010

@Géo: heureusement que vous êtes là, tout en carrure. Laissez tomber les invectives; soyez efficace. Je vous conseille d'écrire au TF en leur rappelant cet article 92 du code pénal ( http://www.admin.ch/ch/f/rs/311_0/a92.html ). Je suis sûr que vous saurez les convaincre de leur erreur, cette bande de blaireaux - pardon, de "petits juges" - qui connaît le droit moins bien que vous...

A moins qu'ils n'aient pensé à cet article, et estimé qu'un chantage à la grève de la faim n'était pas un motif grave. Mais c'est impensable, n'est-ce pas?

Écrit par : Stéphane Montabert | 19 novembre 2010

Vous intervenez sur ce sujet avec 10 jours de retard et vous venez nous réinventer l'eau chaude. Ce n'est pas dans vos cordes. La conclusion de Marc Bonnant:
"Le respect de la liberté et de la dignité de l'homme, c'est la loi d'Antigone. la décision du Tribunal Fédéral n'est que la loi de Créon.
Le Tribunal Fédéral n'est que la loi de Créon."
Le Tribunal Fédéral a raison parce qu'il est le Tribunal Fédéral. Exclusivement."
Le blème, c'est que vous ne savez pas qui sont Marc Bonnant, Antigone et Créon. Et c'est la raison pour laquelle moi et ceux qui me ressemblent ne peuvent pas voter UDC.

Écrit par : Géo | 19 novembre 2010

Laissons une chose : vous avez les couilles de laisser paraître mes commentaires, et cela, ce n'est pas rien. Bravo.

Écrit par : Géo | 19 novembre 2010

@Géo: Vous ne vous prenez pas pour la queue de la poire ; mais quitte à citer Me Bonnant, citez-le entièrement ou faites un lien vers son raisonnement, que l'on ait droit à l'exposé complet. Là c'est un peu court, et certainement insuffisant pour me faire remettre en question mon point de vue.

Écrit par : Stéphane Montabert | 19 novembre 2010

"Le respect de la liberté et de la dignité de l'homme, c'est la loi d'Antigone..."

La dignité d'un type qui est en train de bousiller la vie d'une gosse de douze ans - sa propre fille - par stupidité et obstination pathologique, je la sens mal. Très mal.

Écrit par : Scipion | 19 novembre 2010

Barnard Rappaz a trop fumé de joints, il a peut-être même fumé le tissu de ses coussins. Normal que ça lui a bousillé les neurones. Entendu un de ses commentaires l'autre soir à la télé: «Je suis un prisonnier politique...» Ben voyons ! Et moi je suis le major Davel !
Il est timbré ce type, complètement dans un autre monde... Alors qu'est-ce qu'on fait normalement avec ces gens-là? On les «fou» où l'on fout les timbrés... et pour commencer on les empêche de faire joujou avec des grèves de la faim et autres singeries.
Qu'il ait été jugé coupable, ok, il doit s'amender. Mais auparavant il aurait fallu le «neutraliser» pour l'empêcher de commettre l'irréparable. Et l'irréparable, ici, c'est pas le jeu de sa vie à la roulette, c'est l'avenir de sa gamine. Il a indirectement déjà bousillé la vie de son fils (mort tragiquement en tombant du tracteur). Qu'est-ce qu'il avait à faire sur ce tracteur ce gamin à côté d'un père complètement pété?
Oui, B. Rappaz est fou. Reconnaissez-lui ce statut de malade. Et sauvez-lui la vie !

Écrit par : petard | 20 novembre 2010

L'on voit à votre discours Monsieur Montabert que vous n'avez jamais mis les pieds en prison...
Vous y auriez vite remarqué que le détenu dispose non seulement de sa vie, mais parfois aussi de celle de l'autre...
Là-bas, interdire équivaut parfois à mourir...
Connaissez-vous ce petit adage ?

Le Pouvoir ne se donne pas. Il se prend !

Écrit par : absolom | 20 novembre 2010

Scipion@ petard a répondu à ma place. Je n'ai rien à rajouter de significatif. Ce type ne devrait pas être en situation de faire ce qu'il fait, mais il est coincé dans sa logique. Personne ne sera vraiment très satisfait de le voir mener sa grève jusqu'au bout, et ceux qui auraient eu le pouvoir d'y changer qqch encore moins.

Écrit par : Géo | 20 novembre 2010

"Personne ne sera vraiment très satisfait de le voir mener sa grève jusqu'au bout..."

Je ne partage pas ce point de vue. Il a exaspéré énormément de monde - je ne sais pas si ça a été dit, s'il avait accepté sa condamnation, il aurait déjà étà libéré -, et il continue puisque personne ne sait si sa grève de la faim est bidon ou pas...

Mais il y a autre chose qui plaide en faveur d'une issue fatale, c'est la logique dans laquelle le bonhomme s'est lui-même coincé. S'il s'en sort, d'une manière ou d'une autre, dès qu'il en aura la force, il se remettra à la culture du chanvre à usage ensuquant.

A ce moment-là, on ne pourra pas le condamner à mort et l'exécuter pour foutage de la gueule du monde. Alors qu'il mette donc lui-même un terme au cirque dont il est le Monsieur Déloyal.

Écrit par : Scipion | 21 novembre 2010

Scipion@ Si notre société se paie le luxe de garder en vie des gens tel que Michel Peyry, dit le sadique de Romont, qui a violé, assassiné et brûlé 5 ou 6 ou plus jeunes gens, luxe qui se calcule assez aisèment sachant qu'un jour de détention de ce monstre doit coûter entre 1000 et 2000 francs par jour, la cour de jeunes et jolies psychologues qui lui tourne autour comprise, notre société disais-je pourrait se payer le luxe de sortir BR de prison quelques temps pour qu'il se refasse une santé, quitte à le renvoyer en taule dès qu'il dépasse les 80 kg. Et ainsi de suite jusqu'à la fin de sa peine, si cela lui chante.

Écrit par : Géo | 21 novembre 2010

Ayant eu moi-même passablement ä faire avec le système judiciaire de différents Cantons - BE, BL, SO et VD - et ces systèmes avec moi, tant sur le plan civil que sur le plan pénal, je me dois de relever l'incapacité de ces sytèmes judiciaires de comprendre quoi que ce soit à une quelconque situation, de résoudre le moindre problème dans des délais utiles et de savoir en somme à qui ou à quoi ils ont à faire.
Selon mon expérience, des affaires qui pourraient être réglées en quelques JOURS mettent des mois et des années pour ne pas se régler. Le citoyen lambda est aux yeux des représentants de Leurs Excellences tout au plus un stupide emmerdeur, totalement incapable de discernement.
La meilleure preuve se trouve dans les statistiques de l'activité du TF: environ 80% des requêtes présentées à cette auguste instance sont rejetées, ce qui revient à dire qu'un tel pourcentage de requérants sont des imbéciles ou des emmerdeurs, ou un mélange des deux. Qu'il existe des emmerdeurs, des mauvais perdants, des gens de mauvaise foi, bien sûr, mais autant...?
le TF traitait dans les années 60 environ 1.500 cas par an. Maintenant, environ 5.000, tendance à la hausse. Ce qui revient à dire que les gens en principe croient de moins en moins à la "sagesse" de nos instances judiciaires.
la Cour européenne de "Justice" déboute environ 98% des requêtes présentées. Cette "Cour" est une farce cynique, qui ne représente rien d'autre qu'elle même.
Et c'est dans cette optique que l'on doit envisager l'affaire Rappaz: les gens qui l'on "jugé" ne sont pas capables de résoudre le problème, ni humainement, ni socialement, ils ne savent pas à qui ils ont à faire.
À ces gens, je pourrais recommander la lecture de l'excellent ouvrage: "Die Wiederentdeckung der Nutzpflanze HANF" de Jack Herer et Mathias Bröcker, Wilhelm Heyne Verlag, München. Et, avant de prononcer une condamnation du haut de leur estrade, et en se basant sur les faits décrits dans ce bouquin, d'avoir une conversation avec Rappaz, non pas en tant que représentants de LL EE avec un quelconque manant, mais plutôt d'homme à homme. Mais ils n'en sont pas capables, selon mes propres expériences, ils sont des juristes, pas des êtres humains.
"Il est plus facile d'inculquer des notions de Loi à un homme de bon sens, que des notions de bon sens à un homme de Loi."

Écrit par : J.C. Simonin | 21 novembre 2010

Elle est bien bonne...

Écrit par : Géo | 21 novembre 2010

C'est sa vie, il en fait ce qu'il en veut.

Vous n'arrivez pas à comprendre la différence entre un suicide violent et une une grève de la faim pour une cause ? C'est pourtant très clair.

En fait ce qui vous gène c'est qu'il veuille supprimer la prohibition des drogues. Pour vous c'est négligeable que ces réglementations violent le droit qu'à chacun de disposer de lui-même, et qu'elles n'aient comme conséquence que la criminalisation de la société (et en bonus le coût de la guerre anti drohue pour le contribuable).

Vous préférez imposer votre perception que "la drogue c'est mal" en l'interdisant par la force à l'ensemble de la population.

Je vous cite: "un prisonnier ne dispose pas de sa propre vie"

... là vous commencez franchement à faire peur. La prison = enfermement. point. La prison n'est PAS un endroit où l'on est en privation complète de liberté, le détenu n'est pas l'esclave en libre service pour l'administration judiciaire.

Écrit par : Simon | 21 novembre 2010

@Simon: la prison = enfermement = interdiction diverses, notamment, celle de se déplacer librement ou de se suicider. D'ailleurs, quand un détenu parvient à s'octroyer cette liberté malgré l'enfermement (cas Skander Vogt) tout le monde est au front pour dénoncer le suicide réussi.

Si vous confondez la prison avec l'esclavage, je ne peux rien pour vous.

Écrit par : Stéphane Montabert | 21 novembre 2010

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