18 février 2011

Petites polémiques

C'est la faute au bulletin
urne-vote_01.jpg

Le succès de l'initiative sur le Renvoi des Criminels Etrangers ne passe décidément pas. Revenir sur cette votation démocratique au résultat déplaisant pour nos édiles semble être un exercice de style. C'est au tour d'Etienne Grisel, professeur honoraire de l'Université de Lausanne, de s'y coller dans les colonnes du Temps.

L'argument du jour: la votation n'aurait pas respecté le choix de la majorité puisque - tout est dans le puisque - le contre-projet l'a emporté contre l'initiative... Dans la question subsidiaire!

Aveugle à la notion de subsidiarité rendant toute son argumentation caduque, Etienne Grisel soutient mordicus que la minorité l'a emporté sur la majorité:

Ces inconvénients (sic) sont apparus au grand jour lors du scrutin du 28 novembre. A la question subsidiaire une majorité a répondu en faveur du contre-projet contre l'initiative, mais ce vote était privé de toute portée, le contre-projet ayant été refusé dans la votation principale. Ainsi, c'est le texte qui n'a pas la préférence de la pluralité (re-sic) qui est proclamé accepté. Il est vrai que cette issue est aussi due aux tactiques intéressées des extrêmes, qui parviennent à supprimer le rôle normalement attribué au contre-projet.

 

Tant l'approbation de l'initiative que le refus du contre-projet par le corps électoral semblent tout à fait secondaires. Détails, détails, s'ils permettent de fustiger les "extrêmes" à peu de frais! Le professeur Grisel ne va tout de même pas jusqu'à demander un nouveau vote. A la place, il élabore péniblement un mode de scrutin alternatif dont on se demande en quoi il serait plus compréhensible que le procédé actuel, lequel remonte à 1987 et n'a guère mené à une foison d'initiatives approuvées. Autant dire que le problème n'existe pas.

Derrière un titre à l'accroche tapageuse - "Le résultat du vote sur le renvoi a été faussé par le mode de scrutin" - l'article sent un peu le combat d'arrière-garde, finalement.

 

Les absents sont toujours morts

Une fois n'est pas coutume, Le Matin se distingue aujourd'hui en n'abordant pas la question de la peine de mort. Le quotidien romand nous avait pourtant habitué à un compte-rendu tout à fait occasionnel des exécutions judiciaires aux Etats-Unis (ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici ou encore , et je dois en oublier...) permettant de lever des polémiques faciles en mêlant débat sur la peine de mort et vociférations anti-américaines. On cherchera en vain, par exemple, une couverture similaire des exécutions dans des pays respectant infiniment moins l'Etat de Droit! Mais l'exécution de Frank Spisak dans l'Ohio hier, rapportée par le 20 minutes d'aujourd'hui, n'a pas donné lieu à un article dans le Matin.

Le détenu de 59 ans était reconnu coupable de trois meurtres.

Il est vrai aussi que cet ancien sympathisant néonazi avait commis son crime en 1982, sur un campus, lors d'une "partie de chasse" destinée à tuer le plus de Noirs possibles... Ces détails auraient-ils fait hésiter la rédaction?

Dommage que le Matin ait renoncé. Il aurait été intéressant de mesurer l'intensité des protestations anti-peine-de-mort sur un cas pareil.

 

A exception, exception et demie
rehausseur.jpg

Le Conseil Fédéral a rejeté une motion de la conseillère nationale bernoise Margret Kiener Nellen sur les sièges pour enfant.

La réglementation d'avril 2010 impose des réhausseurs jusqu'à douze ans pour des enfants de moins de 150 cm. Trouvant la législation disproportionnée, notamment lors de transport vers les écoles et les installations sportives, la socialiste demandait une dérogation pour les trajets de ce type.

La réponse du CF? Il reconnaît le problème mais n'entend rien changer du tout! Beau volontarisme. Explication du CF: Si un accident grave devait se produire, personne ne comprendrait que des dérogations aient été accordées.

Prenant acte de la décision, je m'interroge pour ma part sur la curieuse dérogation dont bénéficient ces véhicules où nul enfant n'est attaché, où les passagers peuvent se tenir debout, voire carrément se déplacer pendant que l'engin roule - je veux parler de nos transports en commun, bien sûr. Ils pèsent des tonnes, se déplacent en ville tout aussi vite que des voitures (parfois plus lorsqu'ils ont des voies réservées) et aussi sur les routes de campagne. Et là, pas de siège, pas de ceintures, pas de réhausseurs-pour-les-enfants-de-moins-de-150-cm-et-de-moins-de-douze-ans, rien.

Qu'attend le CF pour remédier à ces inadmissibles compromissions sur la sécurité?

Commentaires

"...je veux parler de nos transports en commun, bien sûr..."

Pour ma part, c'est pour ca que je ne les prends pas.

On ne peut pas s'attacher et je deteste etre dans un véhicule en mouvement sans être attaché (excepté pour le vélo mais je porte un casque (je suis d'ailleurs à deux doigt de mettre un casque en voiture pour dire vrai...)).

Écrit par : DdDnews | 18 février 2011

Lorsque vos opposants menacent de revenir sur un vote, voilà que vous devenez soudain suspicieux envers la sacro-sainte démocratie directe. Le peuple a voté, certes, mais cela n'empêche personne dans notre système de remettre l'ouvrage sur le métier, aussi longtemps et aussi souvent que possible. La stratégie UDC conduit à un épuisement total de nos institutions qui, discréditées, se révèleront alors pour vous un grossier obstacle sur le chemin du pouvoir absolu. La vox populi n'est pas la vox dei que lorsque vous êtes le deus. Vos manipulations vous conduiront très bientôt à vous mordre les doigts.

Écrit par : Michel B | 18 février 2011

@Michel B.
Vous oubliez un point essentiel, historiquement c'est grâce à la gauche que l'UDC existe. Et ce, exactement pour les même raison que vous reprochez à l'UDC.

Et bien que n'étant pas UDC, il faut reconnaitre que c'est la gauche qui se mord les doigts en regardant les 30% d'UDC...

Écrit par : DdDNews | 18 février 2011

DdDNews@ Les 20% incompressible du PS comme ceux du centre droit depuis 40 ans sont certes effrayés par l'émergence d'une extrême-droite si puissante en Suisse mais ces 30% annoncé de l'udc ne durera pas. Et le retour vers un réel débat politique modéré et réaliste aura raison de ce triste spéctacle qu'offre l'udc et son repli identitaire.
L'udc est contrainte au double-discours. Elle doit voter pour l'eurocompatibilité de notre pays par mesure de survie, cela de la main gauche pendant qu'avec celle de droite elle agite devant le peuple toutes sortes de polichinelles, prêchant la foi en l'Isolationisme. Comment voulez-vous que ça dure? Mêmes leurs millions de francs suisses ne servira à rien.

Écrit par : Polo | 18 février 2011

Réaction très démocratique (et très révélatrice de Michel) : le peuple a "mal" voté, on va lui reposer la question, encore et encore, jusqu'à ce qu'il vote "correctement". Et après, pas question de reposer la question, ce serait antidémocratique :)

Je suggère à Michel et ses amis une simplification de votre loi : désormais, tous les projets seront soumis à un petit cercle, disons "Le Club des gens biens", et les projets approuvés seront déclarés "votés par le peuple avec enthousiasme et à l'unanimité".

Ca fait un peu république populaire, mais qui veut la fin veut les moyens !

Écrit par : Paul | 18 février 2011

"L'udc est contrainte au double-discours. Elle doit voter pour l'eurocompatibilité de notre pays par mesure de survie, cela de la main gauche pendant qu'avec celle de droite elle agite devant le peuple toutes sortes de polichinelles, prêchant la foi en l'Isolationisme. Comment voulez-vous que ça dure?"

Ils sont extraordinaires nos adversaires, ils ont leur logique à eux et ils s'imaginent qu'elle est imparable, alors qu'ils se condamnent aux égarements par leur psychorigidité.

Deux exemples :

1. ils sont incapables de comprendre qu'on puisse associer une burqa à une campagne pour l'interdiction de construire des minarets, parce qu'ils sont incapables aussi de concevoir qu'un vote sur les minarets puisse prendre en compte la problématique générale de l'islamisation de l'Europe occidentale

2. ils sont donc incapables de comprendre que les électeurs ont souvent cette vision élargie des objets qui leur sont soumis. Ainsi lors du vote sur le renvoi des criminels étrangers, les tenants du NON ont-ils axé une partie de leur campagne sur le fait que le projet de l'UDC ne serait pas applicable, ou partiellement pas applicable, etc.

Ils ont donc accusé l'UDC de mentir - vieille tarte à la crème de chez eux - aux électeurs. Or l'analyse VOX effectuée par l'Université de Berne a révélé "qu'une partie importante des partisans de l'initiative ont perçu ses faiblesses mais l'ont approuvée malgré tout." (tsr.ch)

Pour des gens de gauche, une telle attitude est complètement incompréhensible. Pour eux, les gens votent, à la virgule près, le projet qui leur est soumis sur la base de la brochure fournie par les services du gouvernement.

Que des gens puissent se prononcer sur l’expulsion pour signifier aux pouvoirs politiques qu'au-delà de l’objet précis, ils exigent un durcissement de la répression de la délinquance étrangère est une attitude qui sidèrent nos "progressistes". Donc, ils disent aux électeurs qu’on cherche à les tromper. Et au final ça foire…

Tout simplement parce qu'ils n'entendent rien à la psychologie des individus et encore moins à celle des peuples. La tirade sur le double discours du pauvre Polo s'inscrit dans cette logique "premier degré" qui obère complètement les virtuelles facultés d’analyse de nos malheureux adversaires.

Dans le même schéma de « réflexion », il y a ceux qui s’ébaubissent parce qu’on interdit la construction de minarets dans un pays qui n’en compte que trois ou quatre – on ne sait pas s’ils trouveraient logique de réagir au moment du franchissement du cap des deux mille ; il y a ceux qui sont abasourdis qu’on vote Front national dans un village où il n’y a pas d’immigrés allogènes ; il y a ceux qui croient qu’en publiant des statistiques de la délinquance à la baisse, on fait reculer le sentiment d’insécurité dans l’opinion…

Il y a donc aussi Polo qui voit un double discours, là où il n’y a qu’un indispensable pragmatisme entraînant un sacrifice sur du collatéral pour sauver ce qui doit l’être absolument sur l’essentiel, en attendant que l’U.E. s’aligne toujours davantage sur les positions des droites nationales en matière de politique migratoire. L’exode annoncé au départ d’Afrique du Nord*, devrait déjà l’aider à évoluer un petit bout dans le bon sens.

Le moins cocasse n'est pas qu'on puisse indiquer très explicitement leurs faiblesses à nos adversaires, tout en sachant qu'ils ne changeront rien à leurs schémas de réflexion. Et qu'ils continueront à se planter dans leurs rapports avec le peuple.

* Antoine Sfeir**, un des meilleurs spécialistes français du monde arabo-musulman, ne se fait aucune illusion quant au potentiel de développement des populations du Maghreb : « Les cent millions de Maghrébins ont comme vocation de venir en Europe » - C’dans l’air – « Le Mai 68 du Maghreb » - Mardi 11 janvier 2010

** Directeur des Cahiers de l'Orient, président du Centre d'études et de réflexions sur le Proche-Orient et professeur en relations internationales à l’École des hautes études en sciences de l'information et de la communication, rattachée à l’Université Paris IV-Sorbonne.

Écrit par : Scipion | 19 février 2011

@Polo

"d'une extrême-droite si puissante en Suisse mais ces 30% annoncé de l'udc ne durera pas."

VOus avez raison Polo, ca ne durera pas. Mais ca durera aussi longtemp que la gauche ne respectera pas la démocratie et ne tolérera pas les gens qui ne pensent pas comme elle.

Mais un jour viendra, vous avez raison. Il faut juste laisser le temps de comprendre à la gauche quel impacte ses discours ont vraiment.
Par l'interval de l'UDC, la société recherche simplement son équilibre.

Et tout comme vous, je me réjouis de la disparition de l'UDC, ce qui impliquera aussi la disparition de l'arrogance de la gauche.

Écrit par : DdDNews | 19 février 2011

Etienne Grisel ? Il relevait à propos de Rappaz qu'on pouvait sans problème passer par-dessus l'avis des médecins et le nourrir de force, parce qu'un prisonnier est sous l'entière responsabilité des Autorités. Quelques semaines plus tard, la justice vaudoise n'entre même pas en matière sur la mort de Skander Vogt.
Très grand et très respecté ancien professeur de droit constitutionnel dans le premier cas, juste une merde dans le 2ème...
Vous avez envie d'avoir affaire à la justice vaudoise ?

Écrit par : Géo | 19 février 2011

Les commentaires sont fermés.