11 mars 2011

Quelques nouvelles des frontaliers

Le Matin, sur la base de dépêches d'agences de presse, livre quelques statistiques intéressantes sur les frontaliers - dans un article où les commentaires ont été prudemment désactivés.

Selon une enquête de l’Office fédéral de la statistique, l'effectif des frontaliers étrangers travaillant en Suisse continue de progresser. Entre 2005 et 2010, il aurait bondit de plus de 30%.

L'effectif des frontaliers étrangers travaillant en Suisse continue de progresser. L'an passé, il y en avait 231'800, soit une hausse de 4,6% en un an. La croissance s'élève à 30,4% sur la période 2005-2010, a indiqué l'Office fédéral de la statistique (OFS).

Près d'un tiers de cette main d'oeuvre frontalière travaille dans la Région lémanique et représente 9% des actifs occupés dans cette zone, indique l'OFS lundi à Neuchâtel. Les autres se répartissent principalement dans le Nord-Ouest de la Suisse et au Tessin. Des 231'800 travailleurs frontaliers recensés, un tiers sont des femmes.

Plus de la moitié de cette main-d'oeuvre frontalière provient de France (52,6%). Les autres arrivent d'Italie (22,8%) et d'Allemagne (21,4%). En revanche, seule une petite partie résident en Autriche (3,2%) et une partie infime (0,1%) dans d'autres pays.

 

Notons que le texte évoque la statistique pour toute la Suisse; la pratique semble donc bien plus fréquente en Suisse romande qu'outre-Sarine, puisque les Français sont surreprésentés dans cette catégorie.

Les frontaliers occupent-ils des postes à haute valeur ajoutée ou non? Difficile de conclure: si le niveau d'instruction plaide pour des emplois simples, il ne sont que 0.7% à travailler dans le secteur agricole.

L'an passé, près de 59% des frontaliers étrangers oeuvraient dans les services tandis que 40% travaillaient dans l'industrie. Le secteur agricole n'en employait que 0,7%, soit 1600 personnes. Les statistiques indiquent en outre que les frontaliers étrangers en Suisse exercent en moyenne des activités requérant un faible niveau de qualification.

 

L'augmentation des frontaliers au cours des cinq dernières années est étonnante par son ampleur. On peut comprendre l'exaspération de beaucoup de Genevois au chômage face à ce qu'ils considèrent comme une sous-enchère salariale. Lorsque l'OFS écrit qu'un tiers des frontaliers travaille dans la région lémanique, pensent-ils que ces gens se répartissent équitablement de Genève à Villeneuve? Evidemment pas. Les frontaliers genevois étaient 53'866 en 2009. Ils sont passés à 57'002 en 2010.

douane.jpgLa question des frontaliers ne fait pas consensus à l'intérieur de l'UDC. Les travailleurs frontaliers - à ne pas confondre avec les touristes criminels - ne sont pas des gens malhonnêtes, et contribuent à l'activité économique. Leur démarche est tout à fait compréhensible: un Savoyard serait parfaitement stupide de ne pas chercher à travailler en Suisse tant les salaires y sont plus élevés et les perspectives d'emploi meilleures!

Chaque médaille a aussi son revers, malheureusement. N'étant pas soumis au coûts prévalant en Suisse (le logement par exemple) les frontaliers peuvent accepter des salaires moins élevés et contribuent à une sous-enchère salariale. Une partie d'entre eux vient prendre des emplois autrement occupés par des Suisses. Le chômage est presque deux fois plus élevé dans le canton de Genève qu'ailleurs, et on ne peut pas tout ramener à la dispendieuse politique locale de l'emploi. Les frontaliers y contribuent largement.

Les questions de fiscalité ou d'assurance rendent le chiffrage de l'activité frontalière compliquée si on veut savoir si elle est "profitable" à la Suisse ou non. Un frontalier gagne son salaire en Suisse, mais scolarisera ses enfants dans son pays de résidence et s'y fera sans doute également soigner. Les impôts à la source des travailleurs avec un permis G donnent lieu à des rétrocessions plus ou moins bien négociées selon les cantons.

Bien que le volet économique soit difficile à estimer, comme beaucoup de gens je pense que l'emploi frontalier est plutôt défavorable à la Suisse. La meilleure preuve nous en est fournie par les frontaliers eux-mêmes. Ils ne cherchent absolument pas à s'établir sur le territoire de la Confédération, parce qu'ils y perdraient!

Profitant de la proximité d'une frontière, tout comme les Suisses trouvant logement en France d'ailleurs, ils piochent le meilleur de chaque pays en terme de confort de vie et d'emploi; un opportunisme compréhensible, mais qui fâche à travers quasiment tout le spectre politique.

Pourtant, il ne me viendrait pas à l'idée d'interdire cette liberté.

Crier haro sur les frontaliers n'a guère de sens, car ils ne sont pas une cause mais un effet: le résultat d'une différence de plus en plus criante entre la santé économique de la Suisse et celle des pays limitrophes. La comparaison entre l'afflux des Français et les modestes chiffres des Allemands est édifiante. Elle révèle la situation réelle de leurs pays respectifs mieux que n'importe quel graphique. Il est vrai que les paramètres du logement influent sur la question différemment à Genève qu'à Zurich, mais n'expliquent pas tout.

Si ces pays avaient des économies comparables, les "travailleurs frontaliers" ne seraient même pas un sujet de conversation - comme entre la Suisse et l'Autriche par exemple. Sur cette frontière-là, le problème n'existe pas.

Au fur et à mesure que l'économie française décroche et s'enfonce dans les méandres de la crise financière, les Genevois doivent s'attendre à voir grossir le trafic pendulaire aux postes de douane. Jusqu'à quel point? Aux électeurs d'en décider; mais s'ils peuvent rendre la traversée de la frontière plus difficile pour le travailleur étranger, la véritable solution - remettre l'économie française sur les rails - est hors de leur portée.

Commentaires

Il semblerait que la Suisse découvre le problème que connait la France depuis 30 ans, à un détail : vous n'importez pas des chômeurs nourris aux allocations tout en disant "nique la Suisse !". Patience, vous êtes sur la bonne voie. L'étape suivante serait la hausse drastique des impôts pour payer les feignasses. Enfin, tant que vous restez hors-UE, ca peut tenir...

Toutefois, je ne comprends pas pourquoi vos salaires sont plus élevés alors que vous avez des chômeurs. En général, le sous-emploi exerce une pression à la baisse sur les salaires. Vu le prix du logemen suisse(et là je serai en désaccord avec vous), je vous conseille d'établir la "préférence nationale à l'emploi" si vous ne voulez pas que vos ouvriers/employés dorment entassés dans des deux pièces comme nous dans les années 50. Pour mémoire, cette explosion des prix du logement a conduit aux HLM, devenus depuis "zones de non-droit"...

Ne faites pas comme nous. Prévention vaut mieux qu'invasion !

Écrit par : Paul | 11 mars 2011

J'aime le "vous" du commentaire de Paul lorsqu'il s'addresse à un compatriote...

Écrit par : MXX | 11 mars 2011

Une trop grande proportion d'immigrés est toujours facteur de graves déséquilibres sociaux. C'est la même chose pour les frontaliers. La Suisse doit prendre garde à ne pas gâcher, par l'immigration, même diurne, les avantages qui attirent les immigrés chez elle.

Écrit par : Robert Marchenoir | 11 mars 2011

@ MXX

pour moi, une personne ne peut pas avoir 2 nationalités dans son coeur. En cas de conflit, c'est ingérable.

Je considère Stéphane comme Suisse et pas comme Français, car il a choisi d'être Suisse. Ce n'est d'ailleurs pas un reproche, juste un constat.

Écrit par : Paul | 11 mars 2011

" Le chômage est presque deux fois plus élevé dans le canton de Genève qu'ailleurs, et on ne peut pas tout ramener à la dispendieuse politique locale de l'emploi. Les frontaliers y contribuent largement. "

Lors de la dernière crise; il semblerais selon les études, que les frontaliers furent les premiers touché par les licenciements pour raison économique.

D.J

Écrit par : D.J | 11 mars 2011

C'est assez drôle que vous ayez besoin de préciser qu'il ne faut pas confondre travailleurs frontaliers et touristes criminels.
Mais bon, une fois n'est pas coutume, votre constat est plutôt juste, c'est assez rare pour le préciser.
L'économie Suisse a besoin des travailleurs étrangers, et les frontaliers exercent une pression à la baisse des salaires qui est minime, voire inexistante dans beaucoup de secteurs, comme la santé par exemple.

Écrit par : jeff | 11 mars 2011

@jeff: "C'est assez drôle que vous ayez besoin de préciser qu'il ne faut pas confondre travailleurs frontaliers et touristes criminels."

Je fais ce petit distinguo pour les gens comme vous - persuadés que l'UDC est contre les étrangers, alors que rien n'est plus faux.

Écrit par : Stéphane Montabert | 14 mars 2011

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