30 mars 2011

Pendant ce temps, la crise...

En ce moment, Fukushima et Kadhafi tiennent à eux deux l'essentiel du pavé médiatique. Ces nouvelles exotiques sont bienvenues; elles permettent d'éviter aux journalistes de présenter au bon peuple européen le troisième acte de la crise financière européenne qui se joue en ce moment au Portugal, et qui aura des retombées bien plus significatives pour lui que les péripéties libyennes ou les déboires nucléaires japonais.

José_Socrates_na_OIT.jpgPendant ce temps, au Portugal...

Que s'est-il passé au Portugal, au fait? Eh bien, le Premier ministre portugais José Socrates a démissionné mercredi dernier, après le rejet au parlement d'un nouveau plan d'austérité - le quatrième - censé "garantir" la réduction du déficit public et éviter le recours à un plan de sauvetage de l'Union européenne et du FMI.

Ecrit autrement, les politiciens portugais ont refusé de se serrer une nouvelle fois la ceinture.

Bien qu'il soit possible de créer un nouveau gouvernement avec les élus en place, on semble se diriger vers de nouvelles élections. Elles auront lieu 55 jours au moins après la dissolution de l'assemblée, selon la Constitution portugaise. L'heure tourne. Cela nous projette quelque part au mois de mai. Or, le Portugal doit rembourser 4,3 milliards d’euros de dette en avril puis 4,9 milliards en juin. Pour le renouvellement de la première tranche, le pays sera privé de gouvernement et en pleine campagne électorale; on peut donc s'attendre à ce qu'aucune décision politique forte ne soit prise à ce stade, ce qui laisse penser que le Portugal empruntera sur les marchés.

Jetons un petit coup d'oeil aux taux portugais à 10 ans:

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Taux portugais à 10 ans

Comme on voit, ça ne va pas passer comme une lettre à la poste: 8% d'intérêt, c'est énorme - bien plus que ce le Portugal réussit à économiser avec ses multiples plans d'austérité.

Compte tenu de son absence de leadership, les options du Portugal sont limitées. Il pourrait peut-être renouveler sa dette avec des échéances plus courtes, permettant de diminuer le coût global du crédit; cela ne changerait pas grand-chose, mais permettrait au moins de repousser le problème le temps qu'une nouvelle équipe dirigeante prenne les commandes, n'est-ce pas? Hélas, c'est peine perdue, comme en témoignent les taux portugais à deux ans:

portugal_2y.jpg
Taux portugais à 2 ans

Oui, vous voyez bien la même chose que moi: les taux à 2 ans et les taux à 10 ans sont dans le même ordre de grandeur, autour de 8%. Pour les malheureux Portugais, emprunter à deux ans est aussi cher que d'emprunter à dix!

(Dans le B-A-BA de l'emprunt, les taux d'intérêts sont liés à la durée. Plus la durée est longue, plus on prive le créditeur de son bien - que ce soit une voiture ou une somme d'argent - pendant longtemps. L'emprunteur jouissant du bien à la place du propriétaire pendant une durée plus longue, il paye comparativement plus cher et c'est bien normal. Cela se traduit par un taux, c'est-à-dire un coût du crédit, plus élevé. Ici, les taux courts à même échelle que des taux longs envoient un message différent: ils traduisent le risque de défaut à court terme du Portugal. Il est tout à fait possible que les taux courts soient plus élevés que les taux longs; on peut imaginer de gros soucis temporaires - et des taux extrêmement élevés - à court terme, alors que les taux à quinze ou vingt ans sont plus détendus parce qu'on pense que les problèmes auront été résolus d'ici là.
Voilà l'interprétation que je fais de la situation. Fin de la parenthèse!)

Le Portugal va donc probablement contracter un dernier emprunt - ruineux - sur les marchés au mois d'avril, avant que le nouveau Premier Ministre portugais n'entre en fonction. Ses options ne sont pas légions:

  1. Laisser filer les déficits;
  2. Présenter un nouveau plan d'austérité;
  3. Renégocier la dette;
  4. Laisser chuter le Portugal dans le coton confortable du Fond européen de stabilisation financière (FESF), puis du Mécanisme de Stabilité (MES) de 500 milliards d'euros destiné à prendre son relais en 2013.

Au vu de la situation financière portugaise, l'option 1 ne paraît pas crédible - si quelqu'un voulait tenter l'aventure, les prêteurs se feraient rares, quel que soit le taux d'intérêt offert. L'option 2 semble aussi peu probable, puisque c'est l'opposition à un plan d'austérité qui a fait chuter M. Socrates. On peut imaginer que les adversaires du plan l'ont refusé parce qu'ils en avaient un autre en tête, mais aucune information n'est remontée en ce sens.

Choisir de renégocier ou de rééchelonner la dette déclencherait un coup de tonnerre dans le marché européen des souscriptions publiques, et replongerait instantanément le continent dans une nouvelle crise bancaire. Ce ne serait pas la possibilité la plus idiote, mais elle réclamerait une compréhension des enjeux et un courage dont la classe politique portugaise ne semble pas disposer. En plus, elle serait aux antipodes des solutions choisies jusqu'ici.

En réalité, chacun s'attend à ce que le Portugal, bon gré mal gré, se retire à son tour du marché ouvert de la dette pour s'abriter derrière le mécanisme d'entraide européen. A l'instar de la Grèce et de l'Irlande, après avoir tant clamé qu'il s'en sortirait tout seul, le Portugal disparaîtra du devant de la scène pour lécher ses plaies (financières) à l'abri des regards (du marché). Ce qui nous amène au domino suivant, l'Espagne.

Pendant ce temps, en Espagne...

Eh bien, l'Espagne ne va pas si mal - enfin, façon de parler! Taux de chômage de 20.33% fin 2010, avec une jolie embellie à 19.3% attendue fin 2011... Selon la Banque d'Espagne, la croissance sera de 0.8% en 2011, le pays affichera un déficit public de 6.2% du PIB et 5.2% l'année suivante (là où le gouvernement espère 6% et 4.4% respectivement, mais tous les gouvernements du monde s'y entendent très bien lorsqu'il s'agit d'embellir une situation.)

Le 10 mars, l'agence de notation financière Moody's a abaissé d'un cran la note souveraine du pays, à "Aa2" avec perspective négative. La note va encore baisser.

Le marché est dans l'expectative, comme les taux le montrent:

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Taux espagnols à 10 ans

L'expectative donc, mais avec une grosse louche de méfiance par-dessus, la stabilisation étant à un niveau élevé.

Est-ce que des taux à 10 ans à plus de 5% sont soutenables pour un pays lourdement endetté, à la croissance en berne et au chômage atteignant un cinquième de la population active?

Personnellement, j'aurais tendance à penser que non, mais il vaut mieux que je me trompe parce que ni le Fond Européen de Stabilisation Financière ni le Mécanisme de Stabilité ne devraient suffire à éponger le renouvellement de la dette espagnole si le marché devient trop cher. Sans compter qu'au train où vont les choses, l'Europe pourrait être au pied du mur avant 2013, donc sans que son nouveau Mécanisme de Stabilité ne soit opérationnel.

L'Espagne peut tenir quelques temps sur sa lancée; son endettement n'est "que" de 63.5% du PIB. Mais le Portugal coule avec un petit 81.3% du PIB en dettes. Et l'Italie est à 118%... Est-on réellement sûr que l'Espagne est le prochain domino?

Pendant ce temps, ailleurs...

Quel temps fait-il à Berlin? Un peu de grisaille...

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Taux allemands à 10 ans

Ca monte gentiment.

Malgré la santé insolente des exportations allemandes (une compétitivité à laquelle le renchérissement du coût de l'énergie va probablement mettre un terme, suite à la percée électorale écologiste) les investisseurs semblent se méfier. Mettons-nous à leur place: sous le couvert du FESF, du MES ou de n'importe quel autre acronyme, ils comprennent très bien que l'Allemagne est en train de reprendre à son compte, peu à peu, toutes les dettes des maillons faibles de l'Euroland.

Tous ces engagements, ces fonds, ces garanties, ça finit par peser sur un bilan, voyez-vous.

Angela_Merkel_(2008)_v3.jpgMme Merkel a déclaré que les Allemands avaient le devoir historique de ne pas "passer pour les méchants" dans la longue crise que traverse l'Euro; apparemment, elle opte plutôt pour être le dindon de la farce. Personne ne sait jusqu'où les électeurs allemands accepteront d'expier  les fautes des générations passées, et même ainsi, les épaules (fort larges) de l'Allemagne économique risquent de ne pas suffire.

Ah, aussi, le taux d'inflation est resté stable en Allemagne en mars - à 2,1%. Le chiffre, élevé, est compréhensible au vu des tombereaux de billets créés ex nihilo par la Banque Centrale Européenne pour ses petits coups d'éponge à droite et à gauche. A inonder le marché de liquidités, vous créez de l'inflation, c'est bête comme chou.

Du coup, la BCE  laisse entendre qu'elle montera ses  taux la semaine prochaine.

Ce qui aura un effet immédiat sur les taux d'intérêt de la dette de tous les pays de la zone Euro.

Aïe.

Quelque chose me dit que les Européens vont bientôt avoir une actualité locale à se mettre sous la dent.

28 mars 2011

D'une guerre à l'autre

Vendredi dernier, Ueli Maurer, conseiller fédéral en charge de l'armée, s'est livré à dans les colonnes du Tages-Anzeiger à quelques critiques sur les opérations internationales en cours en Libye. Par sa franchise et son bon sens, il s'est immédiatement attiré une volée de bois vert de la part des éditorialistes et des bien-pensants: mettre en doute une offensive contre Kadhafi, comment ose-t-il!

L'unanimité médiatique contre Kadhafi n'est pas sans me rappeler l'unanimité diamétralement opposée à l'intervention militaire en Irak en 2003, dans les médias francophones en tous cas. Mettons en perspective les deux situations.

L'intervention contre la Libye n'est ni plus ni moins légitime que celle contre l'Irak de Saddam Hussein. Pour chacune, l'ONU a voté des résolutions (la 1441 dans un cas, la 1973 dans l'autre) laissant entrevoir un recours à la force aux contours mal définis. La teneur exacte des textes votés était si floue que les réticences ont été immédiates sur le périmètre d'un recours à la force, seul un conglomérat de "pays coalisés" entrant en action.

kadhafi-et-sarkozy.jpgEn réalité, la justification légale d'une action contre Kadhafi est bien plus faible que celle qui a eu lieu en son temps contre Saddam Hussein. Le leader libyen n'est pas coupable de crimes contre l'humanité comme le despote de Bagdad l'a été; en fait, jusqu'à la mi-février, les puissants du monde considéraient Kadhafi comme quelqu'un de respectable, passant outre ses liens (passés?) avec le terrorisme et la violence de sa dictature. Rien à voir donc avec le Raïs irakien, infréquentable depuis son invasion du Koweit en 1990.

Kadhafi est sans conteste un fou paranoïaque et calculateur; mais pour imprévisible soit-il, il avait apparemment renoncé au terrorisme et même à la recherche d'armes de destruction massive en 2003 - on a beau être fou, paranoïaque et calculateur, le destin de Saddam Hussein a fait réfléchir plus d'un dictateur. Pour nuisible qu'il soit, Kadhafi ne représentait pas une menace contre un pays voisin ni aucun membre de la communauté internationale.

Précisons enfin que, malgré toute la sympathie qu'elle peut susciter, la rébellion libyenne n'a aucune légitimité particulière. La charte de l'ONU empêche de s'immiscer dans les affaires intérieures d'un pays souverain, fut-ce une dictature (comme nombre de membres de l'organisation). Il n'est absolument pas dans les missions de l'ONU de favoriser une insurrection, même contre un tyran. La résolution 1973 évoque explicitement la protection des civils, interdit l'usage de troupes au sol, et exclut toute action visant à renverser le régime.

On pourrait se réjouir de la "distance" prise par les coalisés; elle n'est pas sans conséquences. L'offensive au sol est laissée aux chebabs libyens, à l'armement léger et aux compétences martiales discutables. Renoncer à envoyer des soldats professionnels sur le terrain et laisser faire le sale boulot à civils mal dégrossis sur des pick-up Toyota, est-ce vraiment le meilleur choix lorsqu'il s'agit de préserver des vies humaines?

En utilisant la résolution 1973 comme prétexte, les pays coalisés - France, Etats-Unis et Angleterre en tête, ont largement "interprété" le texte, au point de déclencher les protestations de la Ligue Arabe et même de certains de leurs partenaires de l'OTAN, peu enclins à les suivre dans une aventure militaire aux conditions de sortie indéfinissables.

Barack Obama a déclenché une guerre d'autant plus unilatérale qu'il n'a même pas l'aval du Congrès, à l'inverse de George W. Bush pour l'Irak en 2003. Et, qu'on ne se leurre pas, malgré l'omniprésence médiatique française, ce sont les Etats-Unis, et non la France, qui fournissent l'essentiel de l'effort militaire.

Vu d'ici, l'offensive contre la Libye ressemble moins à de la géopolitique qu'à un conflit de personnes entre Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi, Angela Merkel, Barack Obama, David Cameron, Silvio Berlusconi et d'autres. Comme si une dispute de cour d'école se réglait avec des missiles et des avions parce que les protagonistes sont les leaders de leurs pays respectifs... D'ailleurs, personne ne s'attend à voir la communauté internationale réagir avec une telle diligence sur le Yémen ou la Syrie, où les mouvements d'opposition sont eux aussi descendus à balles réelles.

Je ne défends Kadhafi en aucune manière, loin de là. S'il finissait pendu au bout d'une corde ou écrasé dans l'effondrement de son bunker, cela égayerait agréablement ma journée. Mais en formulant cette opinion je suis cohérent avec la position que je tenais en 2003 face à l'intervention militaire contre Saddam Hussein: quelque part, même si une offensive militaire est lancée pour des raisons douteuses, la chute d'un dictateur est oeuvre de salubrité publique.

On ne peut pas en dire autant de toutes les voix qui protestaient en leur temps contre la guerre en Irak.

Où sont passés les manifestants de 2003 scandant que "la guerre n'est jamais la solution"?

Pourquoi cet assourdissant silence contre les opérations en cours aujourd'hui en Libye? J'ai peine à voir en quoi les deux situations n'auraient strictement aucun rapport. Et quand elles diffèrent, c'est largement en défaveur de la Libye. Par quel bout qu'on la prenne, l'opération "Aube de l'Odyssée" ressemble à une mauvaise copie de l'opération "Liberté en Irak": moins de légitimé internationale, moins de vision à long terme, moins d'union entre les alliés, moins de prise de risque des pays participants, laissant rebelles et civils en première ligne face aux ripostes du régime.

Six-Years-of-War-in-Iraq.jpg

Rétrospectivement, le silence de 2011 renvoie une bien piètre image des protestations de 2003.

Se pourait-il que l'opposition à la guerre contre Saddam Hussein n'ait jamais été qu'un prétexte visant à salir le président George W. Bush et son équipe républicaine? Prétendre cela, c'est sans doute médire, n'est-ce pas! Difficile pourtant, aujourd'hui, d'interpréter différemment l'étonnant silence des "pacifistes" face aux bombes et aux missiles qui déferlent sur le territoire libyen.

A ce qu'il semble, la guerre n'est jamais une solution - sauf quand elle est décidée par un président démocrate et soutenue par la France.

18 mars 2011

Nucléaire: il faut raison garder

La terre avait à peine cessé de trembler au Japon que les écologistes étaient déjà sur les rangs pour exploiter politiquement les retombées, si j'ose dire, des problèmes de la centrale nucléaire de Fukushima. Je ne leur ferai pas le procès de l'indécence: chacun a le droit d'exploiter l'actualité comme il l'entend.

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14 mars 2011

10 sièges pour l'UDC Renens!

Voilà, les résultats sont tombés: l'UDC entre de façon spectaculaire au conseil communal de Renens avec 10 sièges d'un coup!

Municipales 2011 004.jpgLe long dépouillement des scrutins a occupé des dizaines de personnes pendant toute la journée de dimanche à la Salle de Spectacle, dépouillement rendu difficile à cause du grand nombre de listes modifiées, voire entièrement manuscrites! Alors que les bulletins de vote décomptés s'empilaient sur l'estrade les résultats semblaient de plus en plus clairs: l'UDC Renens allait percer. Pendant la plus grande partie de la journée, on pouvait même penser que la nouvelle formation était en tête devant les Verts... Et au final c'est ce qui s'est passé.

Les 10 sièges de l'UDC Renens correspondent à 11.97% des suffrages valables exprimés. Voilà la répartition des résultats:

  1. Fourmi Rouge (POP et Gauche en mouvement), 65'420 voix, 23 sièges (+3)
  2. Parti Libéral Radical, 54'823 voix, 19 sièges (-4)
  3. Parti Socialiste, 51'317 voix, 18 sièges (-3)
  4. UDC, 28'540 voix, 10 sièges (+10)
  5. Les Verts, 26'878 voix, 10 sièges (-1)

Que ceux que ces chiffes impressionnent se rassurent: rappelons que pour l'élection au conseil communal chaque citoyen dispose de 80 voix!

Les deux listes Zone Libre et Union Démocratique Fédérale n'ont pas obtenu le quorum de 5% des suffrages et n'ont donc droit à aucun siège. Le groupe Arc-En-Ciel de la précédente législature a décidé de ne pas se représenter cette fois-ci, ses 5 sièges se sont donc répartis sur les autres formations.

L'UDC Renens est une jeune section locale de l'UDC, fondée en 2009, et sans présence dans les instances communales. Jusqu'ici, sa présence politique dans les scrutins s'est limitée à une candidature d'outsider dans une modeste élection complémentaire opposant le socialiste Daniel Rohrbach au Fourmi Rouge Jean-Pierre Rouyet la même année, et à laquelle la participation avait été extrêmement faible. Notre candidat Jérôme Tendon avait obtenu un score de 11.9%, à la surprise des observateurs.

Compte tenu de la fraîcheur de l'UDC Renens, nos ambitions étaient limitées; nous n'avions que cinq candidats au Conseil Communal - dont une femme et trois candidats d'origine étrangère. Les sections locales de l'UDC dans l'ouest lausannois ont d'habitude fait entre 5 et 8% lors de leur premier passage devant le peuple. Les électeurs renanais en ont décidé autrement en nous créditant de 10 sièges à notre première participation, une situation rare dans l'histoire communale. Cela va nous amener à recruter de nouveaux conseillers communaux dans les plus brefs délais!

Il faut croire que notre notre message a convaincu et que notre présence sur la place du marché au fil des votations a fini par payer.

La gauche présentait un rouleau-compresseur à la municipalité, avec un ticket vert-fourmi-rouge-socialiste dont les cinq représentants furent élus au premier tour. Malgré tout, avec 484 voix pour M. Tendon et 504 voix pour votre serviteur, l'UDC Renens a fait un score tout à fait honorable face à des concurrents largement mieux établis dans le landerneau politique.

Voilà qui augure d'un bon début. Avec un groupe solide de 10 élus, le travail de législature va pouvoir commencer.

12 mars 2011

Elu, donc intelligent

Dans un article du Matin sur la volonté gouvernementale de réduire les émissions de CO2, un dénommé Accis - probablement très sensible envers les thèses écologistes - s'évertue avec beaucoup d'opiniâtreté à répondre à chaque commentaire pour expliquer que oui, il faut réduire les émissions de CO2, fusse dans la douleur de la contrainte. Un de ses commentaires nous livre au passage une précieuse illustration d'une façon de penser typique, à la base de tous les aveuglements: si ça vient d'en haut, c'est forcément vrai.

Ainsi, aux grognements désabusés d'un internaute maugréant que les gouvernements semblent avides de toujours plus taxer au nom de tel ou tel prétexte à la mode, notre héros lâche cette tirade d'une désarmante sincérité:

C'est bien parce que le peuple n'a pas la volonté de changer par lui-même que l'Etat doit faire bouger les choses: la populace est trop idiote pour prendre conscience du problème et faire ce qu'il faut. Et ce qui peut être considéré comme idiot, à votre échelle, ne l'est pas forcément au niveau d'un Etat... N'oubliez pas que ceux qui nous gouvernent ne réfléchissent pas à la même échelle que vous!

 

Brillant résumé d'une pensée hélas répandue. Stupidité du prolétariat, supériorité des élites, volontarisme visionnaire des politiciens, grâce divine touchant les membres d'un gouvernement... C'est magnifique. Merci au Matin et à ses commentaires limités à 500 caractères permettant ces joyaux de concision!

...Ce qui me fait penser que demain, si tout va bien, je serai élu Conseiller Municipal à Renens.

Je vais donc acquérir une vision plus perçante et une compréhension plus vaste que celle du commun des mortels. Demain, je monte la première marche de l'escalier dont le Kwisatz Haderach est l'aboutissement.

Je me réjouis autant du nouveau respect que je vais désormais inspirer à mes commentateurs critiques que des points de QI supplémentaires glanés grâce à ma nouvelle fonction. Ah, je me hâte de pouvoir lancer du "voyons monsieur, je ne réfléchis pas à la même échelle que vous" à un de mes détracteurs!

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Des conseillers fédéraux?

Sur un thème proche, on lira avec plaisir la prose acerbe de H16. Ca se passe en France mais c'est du même tonneau.

11 mars 2011

Quelques nouvelles des frontaliers

Le Matin, sur la base de dépêches d'agences de presse, livre quelques statistiques intéressantes sur les frontaliers - dans un article où les commentaires ont été prudemment désactivés.

Selon une enquête de l’Office fédéral de la statistique, l'effectif des frontaliers étrangers travaillant en Suisse continue de progresser. Entre 2005 et 2010, il aurait bondit de plus de 30%.

L'effectif des frontaliers étrangers travaillant en Suisse continue de progresser. L'an passé, il y en avait 231'800, soit une hausse de 4,6% en un an. La croissance s'élève à 30,4% sur la période 2005-2010, a indiqué l'Office fédéral de la statistique (OFS).

Près d'un tiers de cette main d'oeuvre frontalière travaille dans la Région lémanique et représente 9% des actifs occupés dans cette zone, indique l'OFS lundi à Neuchâtel. Les autres se répartissent principalement dans le Nord-Ouest de la Suisse et au Tessin. Des 231'800 travailleurs frontaliers recensés, un tiers sont des femmes.

Plus de la moitié de cette main-d'oeuvre frontalière provient de France (52,6%). Les autres arrivent d'Italie (22,8%) et d'Allemagne (21,4%). En revanche, seule une petite partie résident en Autriche (3,2%) et une partie infime (0,1%) dans d'autres pays.

 

Notons que le texte évoque la statistique pour toute la Suisse; la pratique semble donc bien plus fréquente en Suisse romande qu'outre-Sarine, puisque les Français sont surreprésentés dans cette catégorie.

Les frontaliers occupent-ils des postes à haute valeur ajoutée ou non? Difficile de conclure: si le niveau d'instruction plaide pour des emplois simples, il ne sont que 0.7% à travailler dans le secteur agricole.

L'an passé, près de 59% des frontaliers étrangers oeuvraient dans les services tandis que 40% travaillaient dans l'industrie. Le secteur agricole n'en employait que 0,7%, soit 1600 personnes. Les statistiques indiquent en outre que les frontaliers étrangers en Suisse exercent en moyenne des activités requérant un faible niveau de qualification.

 

L'augmentation des frontaliers au cours des cinq dernières années est étonnante par son ampleur. On peut comprendre l'exaspération de beaucoup de Genevois au chômage face à ce qu'ils considèrent comme une sous-enchère salariale. Lorsque l'OFS écrit qu'un tiers des frontaliers travaille dans la région lémanique, pensent-ils que ces gens se répartissent équitablement de Genève à Villeneuve? Evidemment pas. Les frontaliers genevois étaient 53'866 en 2009. Ils sont passés à 57'002 en 2010.

douane.jpgLa question des frontaliers ne fait pas consensus à l'intérieur de l'UDC. Les travailleurs frontaliers - à ne pas confondre avec les touristes criminels - ne sont pas des gens malhonnêtes, et contribuent à l'activité économique. Leur démarche est tout à fait compréhensible: un Savoyard serait parfaitement stupide de ne pas chercher à travailler en Suisse tant les salaires y sont plus élevés et les perspectives d'emploi meilleures!

Chaque médaille a aussi son revers, malheureusement. N'étant pas soumis au coûts prévalant en Suisse (le logement par exemple) les frontaliers peuvent accepter des salaires moins élevés et contribuent à une sous-enchère salariale. Une partie d'entre eux vient prendre des emplois autrement occupés par des Suisses. Le chômage est presque deux fois plus élevé dans le canton de Genève qu'ailleurs, et on ne peut pas tout ramener à la dispendieuse politique locale de l'emploi. Les frontaliers y contribuent largement.

Les questions de fiscalité ou d'assurance rendent le chiffrage de l'activité frontalière compliquée si on veut savoir si elle est "profitable" à la Suisse ou non. Un frontalier gagne son salaire en Suisse, mais scolarisera ses enfants dans son pays de résidence et s'y fera sans doute également soigner. Les impôts à la source des travailleurs avec un permis G donnent lieu à des rétrocessions plus ou moins bien négociées selon les cantons.

Bien que le volet économique soit difficile à estimer, comme beaucoup de gens je pense que l'emploi frontalier est plutôt défavorable à la Suisse. La meilleure preuve nous en est fournie par les frontaliers eux-mêmes. Ils ne cherchent absolument pas à s'établir sur le territoire de la Confédération, parce qu'ils y perdraient!

Profitant de la proximité d'une frontière, tout comme les Suisses trouvant logement en France d'ailleurs, ils piochent le meilleur de chaque pays en terme de confort de vie et d'emploi; un opportunisme compréhensible, mais qui fâche à travers quasiment tout le spectre politique.

Pourtant, il ne me viendrait pas à l'idée d'interdire cette liberté.

Crier haro sur les frontaliers n'a guère de sens, car ils ne sont pas une cause mais un effet: le résultat d'une différence de plus en plus criante entre la santé économique de la Suisse et celle des pays limitrophes. La comparaison entre l'afflux des Français et les modestes chiffres des Allemands est édifiante. Elle révèle la situation réelle de leurs pays respectifs mieux que n'importe quel graphique. Il est vrai que les paramètres du logement influent sur la question différemment à Genève qu'à Zurich, mais n'expliquent pas tout.

Si ces pays avaient des économies comparables, les "travailleurs frontaliers" ne seraient même pas un sujet de conversation - comme entre la Suisse et l'Autriche par exemple. Sur cette frontière-là, le problème n'existe pas.

Au fur et à mesure que l'économie française décroche et s'enfonce dans les méandres de la crise financière, les Genevois doivent s'attendre à voir grossir le trafic pendulaire aux postes de douane. Jusqu'à quel point? Aux électeurs d'en décider; mais s'ils peuvent rendre la traversée de la frontière plus difficile pour le travailleur étranger, la véritable solution - remettre l'économie française sur les rails - est hors de leur portée.