27 avril 2011

Le salaire minimum, voie rapide vers la pauvreté

Le 15 mai, le peuple vaudois aura l'occasion de démontrer sa maturité économique en acceptant ou en rejetant l'initiative "Pour le droit à un salaire minimum".

Le texte a été déposé en 2008 mais le Grand Conseil vaudois l'a invalidé, estimant qu'il n'était pas conforme au droit civil fédéral. Il a finalement été désavoué par la Cour constitutionnelle du Tribunal cantonal, laquelle a admis que "la non-conformité [de l'initiative] ne s'impose pas (...) avec un degré d'évidence suffisant pour pouvoir priver les électeurs vaudois d'une votation." La question de la compatibilité du projet avec le droit suisse n'est donc pas entièrement levée, ce qui limitera la portée du vote des électeurs si un Oui sort des urnes.

Ces arguties juridiques donnent une petite idée de la tension qui règne autour de la question dans le canton de Vaud. L'initiative, bien que déposée par la gauche - POP & Gauche en mouvement, SolidaritéS, ATTAC, les syndicats SUD, Comedia, L'Autre Syndicat (sic) et le SSP - mine en effet plusieurs fondements du contrat de travail en Suisse:

  • La liberté de contracter, qui veut qu'un employeur et son salarié s'entendent sur le montant d'une rémunération sans intervention d'une tierce partie, l'Etat, qui viendrait décréter quel est le niveau de salaire "adéquat";
  • La paix du travail, qui veut que les accords salariaux soient négociés par branche à l'aide de négociations entre patronat et syndicat (ce qui rend leur soutien pour le moins paradoxal!)

Le salaire minimum a de nombreux effets pervers. Les grandes entreprises sont peu concernées parce qu'elles offrent souvent des rémunérations supérieures à la moyenne. Les PME, principal vecteur d'emploi en Suisse, ne sont pas dans cette situation et se retrouvent à devoir payer certains employés plus qu'elles ne l'auraient voulu. Cela menace une rentabilité parfois fragile. Face à cette impasse, les entreprises se contentent en général de s'abstenir d'embaucher: mieux vaut renoncer à pourvoir un poste dont la rentabilité n'est pas assurée au vu du salaire minimum, que d'embarquer un salarié dont le coût ne sera pas compensé par son travail. Si le carnet de commande est plein, il est toujours plus simple de demander aux employés présents de faire quelques heures supplémentaires plutôt que de risquer de perdre de l'argent avec un nouvel employé.

Le salaire minimum est donc une cause directe de chômage!

Cet effet est bien connu des économistes, tels Gary Becker, prix nobel d'économie, qui explique qu'augmenter le salaire minimum, c'est augmenter le chômage.

chariot_menage.jpgPire encore, ce chômage touche avant tout les couches les plus vulnérables de la population: les demandeurs d'emploi sans expérience ou sans qualification, les jeunes, les femmes.

En fixant un salaire minimum, on empêche un jeune d'accéder au marché du travail, quitte à ce que ce soit à un faible salaire; et ce faisant, on l'empêche également d'acquérir l'expérience professionnelle qui lui permettra de trouver des postes plus lucratifs.

Evidemment, l'instauration du salaire minimum provoquera quelques faillites parmi les entreprises les plus fragiles et diminuera la compétitivité de celles qui restent.

Certes, les initiants clament de nobles desseins: la possibilité de "vivre dignement" ou la lutte contre la sous-enchère salariale dans les secteurs non conventionnés. C'est une erreur à double titre.

D'une part, le phénomène des working poors (sur lequel je reviendrai) n'est pas dû à la maigre différence entre la rémunération actuelle et un hypothétique salaire minimum: les working poors doivent bien davantage leur condition à des causes non-professionnelles (divorce, dettes...) qu'à un niveau de salaire indécent. S'il fallait leur laisser plus d'argent à la fin du mois, les prélèvements sociaux excessifs de l'assurance maladie obligatoire, les coûts de l'énergie ou les prix du logement conséquents à des politiques absurdes seraient de meilleurs candidats pour une remise en question.

D'autre part, le point de vue sur les secteurs non conventionnés est encore plus scandaleux: en proposant de lutter contre les bas salaires par le biais d'une loi, les syndicats baissent les bras. Il ne devrait tenir qu'à eux d'obtenir des adhérents et de faire avancer leur cause dans les secteurs d'activités non conventionnés. Mais c'est tellement plus facile de demander à l'Etat de suppléer à sa propre incompétence!

Je ne bénéficierai pas d'un salaire minimum, je ne dirige pas une entreprise et je n'ai aucun intérêt partisan à pourfendre le salaire minimum, si ce n'est la froide objectivité. Je suis étonné que des gens qui ont à coeur l'intérêt des plus faibles soient prêts à commettre un tel autogoal au nom des personnes qu'ils prétendent défendre. J'espère franchement que les Vaudois seront assez au fait des conséquences pour ne pas se lancer dans une aventure au nom de belles promesses.

Il suffit de traverser la frontière pour apercevoir en France les effets désastreux du SMIC. Dans mon pays d'origine le chômage des jeunes est tel qu'il les pousse à quitter le pays pour trouver un emploi. Est-ce l'objectif souhaité pour la jeunesse vaudoise?

Commentaires

ça, ce sont de belles théories qui ne résistent fort heureusement pas à l'épreuve des faits. Tous les économistes néoclassiques ont tenté de démontrer que le salaire minimum crée du chômage, tous ont échoué. En revanche, une étude de l'université de Berkeley sur les effets du salaire minimum aux USA (étudié sur 16 ans) a montré qu'il n'a pas d'effets négatifs sur l'emploi. Voilà du solide, de réel du concret et pas de simples théories dont la véracité n'a jamais pu être prouvée.
En outre, votre exemple du SMIC français et non seulement archi-éculé (il semble d'ailleurs que les adversaires des salaires décents n'en n'aient pas d'autres), mais il est surtout bancal, car le SMIC ne peut être comparé aux salaires tels qu'ils existent en Suisse: http://schwaab.blog.24heures.ch/archive/2011/04/27/les-adversaires-du-salaire-minimum-ont-ils-un-autre-exemple.html

Auriez-vous par hasard un autre exemple de pays connaissant le salaire minimum et qui en aurait ressenti des effets négatifs? Probablement pas.

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 27 avril 2011

@Jean Christophe Schwaab: je ne vois guère de belles théories dans mon texte - juste une perspective logique du changement de comportement de différents acteurs économiques, une fois soumis à la contrainte d'un salaire minimum imposé par l'Etat.

"Tous les économistes néoclassiques ont tenté de démontrer que le salaire minimum crée du chômage, tous ont échoué."

Je cite cette phrase intégralement parce qu'elle est trop drôle. Des économistes "néoclassiques"? Quelles drôles de bêtes! On croirait voir Lyssenko opposant la biologie capitaliste à la biologie prolétarienne!

Sérieusement, vous invitez le public à croire aveuglément à des "experts" - mais quelle que soit leurs affinités ils sont loin d'être unanimes sur le sujet. Cela met un gros doute sur un quelconque argument d'autorité. Après tout, si Friedrich Hayek est prix Nobel d'économie, Joseph Stiglitz l'est aussi: ça fait une moyenne...

Je préfère quant à moi en appeler à l'intellect des gens. C'est peut-être désuet, c'est vrai, mais c'est ma façon de faire.

J'ai lu votre billet. Vous dénoncez la banalisation de l'utilisation de l'exemple du SMIC français. Je pense pour ma part que s'il est si abondamment cité, c'est parce qu'il est pertinent.

L'économie française est un exemple parlant de pays avec un coût du travail non qualifié élevé. Il n'y a pas que le salaire minimum dans le mélange, c'est vrai, mais le SMIC coûte cher. Il est indéniable qu'il joue un rôle dans l'état de délitement général de l'économie hexagonale - notamment pour tout ce qui touche au chômage des jeunes. C'est un puissant incitatif à renoncer à l'embauche.

L'influence du salaire minimum sur l'économie dépend clairement de son niveau, ce qui rend difficile toute comparaison internationale. Très bas, il ne concerne personne et devient donc parfaitement inutile: connaissez-vous des gens qui travaillent à 1.- CHF de l'heure en Suisse? Trop haut, il tue l'économie, point barre. Tout le monde le sait, vous y compris.

Si le salaire minimum était un atout économique, qu'il rejaillissait sur la consommation et tutti quanti, pourquoi ne pas réclamer qu'on le fixe à 5'000 CHF par mois? à 10'000? Manque d'ambition? Allons!

Si le salaire minimum est nuisible, alors mieux vaut s'en abstenir plutôt que d'essayer de déterminer à quelle dose l'économie y survivra. Dans tous les cas, il fera des victimes.

Après la "solution" du salaire minimum, il faudra une autre "solution" pour régler le chômage des jeunes, une "solution" pour monter ce salaire minimum (car contre toute attente les working poors seront toujours là), une "solution" pour forcer les entreprises à continuer la pratique de l'apprentissage, une "solution" pour renflouer l'AI et les caisses de chômage, et ainsi de suite.

Ah, ça, pour les bricoleurs étatistes, le salaire minimum est une vraie manne!

Écrit par : Stéphane Montabert | 28 avril 2011

je serai moins radical que vous sur la question du salaire minimum.

Il existe des métiers, souvent fatiguants et salissants, dont la valeur ajoutée est extrêmement faible. Comment évaluer le coût du ramassage des feuilles mortes (un exemple au hasard) ? A priori, personne ne voudra payer plus de quelques francs pour ce travail. Pensez-vous trouver quelqu'un prêt à ce travail à faible valeur ajoutée, payé 200 frs par mois ? Je dis 200, car il faut déduire le coût de la benne, avec gazole et assurance pour transporter ces feuilles à la décharge ou à l'usine de recyclage.

Personne ne le fera à ce prix. Ce salaire ne permet pas de vivre, 40 heures à se remuer les reins pour 200 Frs n'intéresse personne. Pourtant, ce travail est nécessaire. Imaginez une personne âgée qui glisse. Son assureur se retourne vers la Mairie (défaut d'entretien de la voirie). Il faut donc effectuer ce service et le sur-payer pour trouver un candidat.

Je peux prendre l'exemple du ramassage quoditien des ordures (obligatoire car nids à microbes, puanteur, mauvaise image de la ville, etc...). Comment évaluer le bénéfice ? Et comment évaluer le salaire, sachant le le matériel coûte sûrement plus cher que ce bénéfice ? On paie 1 fr le salarié ? On le paie à la tonne ramassée (ça rapelle les mines de charbon du XIXe siècle, époque des taudis qui a permi l'expansion des idées marxistes) ?

Si le mot "minimum" vous choque, disons alors "salaire décent". Songez qu'il y a des gens qui refusent des travaux au SMIC français (1100 euros nets). Avec une aide sociale et du travail au noir, ils gagnent plus et sans payer d'impôt. C'est pire dans certaines banlieues, où des personnes (jeunes) ne gagnent rien officiellement, mais ramassent 3 SMICs par du trafic. N'oubliez pas cette règle de base : quand le salaire est trop faible (ou les impôts trop élevés, ce qui revient au même puisque l'impôt réduit le salaire), le trafic se développe. L'état n'y gagne rien, hormi une relative paix sociale. Une paix qui vire à l'émeute quand le trafiquant principal est arrété.

Un salaire mini... je veux dire décent est nécessaire. Le problème est de l'évaluer. L'évaluation ne dépend pas de la valeur ajoutée du travail, mais du bien-être offert :
- au salarié, qui doit toucher suffisament pour vivre
- à la collectivité/entreprise, pour trouver un candidat à ce travail
- à la population, pour que le calme règne
- à l'état/région/canton parce que l'émeute et la pauvreté est synonyme de vote extrêmiste.

Telle est mon opinion et je la partage.

Écrit par : Paul | 28 avril 2011

Mais non, l'exemple du SMIC français n'est pas pertinent. Il n'est pas pertinent de comparer un salaire exonéré de charges sociales (le SMIC) avec un salaire sur lequel elles sont prélevées dès le premier francs (tous les salaires en Suisse dès 2300.--Fr. par an). Il n'est pas pertinent de comparer un salaire minimum réévalué plus souvent et plus vite que tous les autres salaires (le SMIC) avec un salaire qui ne serait réévalué qu'en coordination avec les autres salaires (les salaire minimum tel que le propose l'USS). Si vous souhaitez comparer le salaire minimum tel qu'il est préconisé en Suisse avec un système d'un autre pays, choisissez au moins une comparaison qui tienne la route! D'ailleurs, j'attends toujours un autre exemple de pays où le salaire minimum aurait nuit à l'emploi. Si vous ne vous servez que de l'exemple français, malgré le fait qu'il ne tienne pas la route, c'est que n'avez que celui-là. Mais je me laisse volontiers surprendre.

Concernant le montant du salaire minimum, c'est justement pour éviter un scénario à la française que l'USS préconise, pour les branches sans salaire minimum CCT, un salaire qui corresponde grosso-modo aux 2/3 du salaire médian. Comme vous le constatez, il ne s'agit pas d'un chiffre lancé au hasard, ni de demander un chiffre qui, certes, ferait plaisir aux salariés, mais serait irréaliste.

Quant à votre assertion comme quoi un salaire minimum "tue l'économie" ce que, selon vous "tout le monde sait", il ne s'agit là encore que d'un jugement préconçu jamais démontré par les faits. Mais j'attends avec impatience que vous me montriez, faits à l'appui, pourquoi "toute le monde" est censé le savoir.

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 28 avril 2011

Le SMIC français est l'exemple par excellence des effets désastreux en termes d'emploi d'un salaire minimum obligatoire fixé par l'Etat. Et sa hausse artificielle en période de chômage aboutit à une smicardisation d'une part considérable des salariés.

Écrit par : Libertas | 28 avril 2011

@Paul: vous partagez bien votre point de vue; mais vous mettez dans le même sac des notions très différents de valeur ajoutée, de rémunération, de paix sociale... Difficile de démêler tout ça!

Le salaire décent "objectif" n'existe pas - même pas à l'échelle du modeste canton de Vaud. Mon idée du salaire décent n'est pas la même que la vôtre, et la vôtre est différente de celle de votre voisin. Personne ne peut s'entendre sur des notions comme un salaire "décent", "acceptable", "misérable" ou même "exagéré", tenant compte des conditions de travail propres à chaque poste. Et c'est tant mieux, sinon on postulerait tous pour le même job.

Imaginons le ramassage des feuilles dans un jardin. M. X payera grassement un jardinier pour le faire; M. Y se proposera d'engager un homme à tout faire payé une misère (Que M. Y soit radin ou pauvre, peu importe) et n'aura peut-être aucun candidat, ce qui l'obligera à le faire lui-même; M. Z, enfin, préfèrera laisser les feuilles envahir son jardin et dépenser son argent autrement...

L'équation est infiniment plus complexe dès qu'on touche à de l'emploi "public", justement parce que l'équation valeur ajoutée / coût est diluée sur toute une population. Et là, difficile de voir, si on a 10 cantonniers, si un 11e amène réellement quelque chose de plus! Ce n'est pas pour rien que l'emploi public a tendance à s'accroître sur sa lancée.

La notion de valeur (que ce soit celle du travail ou celle qu'on accorde à la rémunération) n'est pratiquement pas modélisable, parce qu'elle est comportementale et que l'humain n'est pas un robot. C'est l'écueil infranchissable sur lequel les "planistes" se fracassent régulièrement. Si le comportement humain était prévisible avec exactitude, l'URSS règnerait sur le monde.

@Jean Christophe Schwaab: je pense qu'en fin de compte vous ne connaissez pas beaucoup la situation en France, et que vous n'avez visiblement pas abordé le sujet avec des patrons de PME du coin. Si je vous sors des exemples de pays qui "tournent" relativement correctement sans salaire minimum (comme l'Allemagne par exemple) vous m'expliquerez qu'en fin de compte, avec le salaire minimum, ce serait encore vachement plus chouette... A partir de là on peut tourner longtemps autour du pot!

Mais de votre aveu même l'initiative de salaire minimum définit un salaire bas, une réformette si j'ose dire. Ca ne changera pas grand-chose pour ceux qui en "bénéficient" (en attendant que ce salaire minimum soit relevé, bien sûr; si ça se trouve le projet est déjà dans vos cartons) Mais pourquoi avoir visé si bas? Soit c'est la reconnaissance implicite que la mesure est économiquement néfaste et qu'il faut viser très bas pour avoir la moindre chance de lui faire passer la rampe, selon la tactique éprouvée du pied dans la porte, soit c'est un manque d'ambition inexplicable de la part des initiants.

Je penche pour la première hypothèse.

Écrit par : Stéphane Montabert | 28 avril 2011

J-C Schwaab semble semble se tirer une balle dans le pied en défendant le salaire minimum en Suisse en opposant l'exemple français.

Si le SMIC français est déjà un boulet pour l'emploi en France avec exonération de charges sociales. J'imagine pas pour un SMIC généralisé avec les charges sociales en plus.

Le salaire minimum n'est peut-être pas vraiment néfaste à l'emploi lors de bonne conjoncture économique, mais quand la crise arrive ce sont bien les emplois non qualifiés qui sont pénalisés par le salaire minimum.

Salaire minimum ou non c'est quand même les patrons qui décident qui embaucher.

D.J

Écrit par : D.J | 28 avril 2011

Partiellement d'accord avec votre article, cependant il faut aussi reconnaitre que si certains Patrons sont peu scrupuleux ou voir pas très reconnaissant envers leur employé, la droite ne fait pas grand chose non plus.

Peut-être que si la droite trouvais un moyen de sanctionner les patron qui abusent de leur employé (car je ne suis pas naif, même si j'ai des tendance bien plus à droite qu'à gauche), la gauche n'aurait pas à le faire avec ses idées idéalisto-émotionnels qui est de créer plus de nouveau pauvre pour aider les plus démuni.

De l'autre côté, à force de demander des baisses de tarif partout et à travers, il ne faut pas s'attendre à ce que les prix baisses sans qu'il y'ait de repercution à quelque part.

Écrit par : DdDnews | 29 avril 2011

"ATTAC, les syndicats SUD..."

Ho ? Ca existe aussi chez vous, ça ? Désolé pour cette exportation malencontreuse... Vraiment toutes nos excuses hexagonales et tricolores.

Cela dit, que font vos douaniers ? Au lieu de faire la chasse aux camionnettes transportant quelques bidons d'huile de contrebande, ils feraient mieux de défendre les frontières suisses contre le trafic de concepts gauchistes...

Écrit par : Robert Marchenoir | 29 avril 2011

En tant que Français, je suis bien placé pour dire que le salaire minimum est un puissant obstacle à l'emploi.

Il est piquant de prendre l'exemple de la France, qui a à la fois un salaire minimum élevé et un chômage élevé, pour prétendre que le salaire minimum ne serait pas facteur de chômage.

Il serait plus pertinent de prendre l'exemple des pays développés qui n'ont pas de salaire minimum (Allemagne, Finlande, Suède selon Wikipédia, et... Suisse, donc), et d'examiner leur taux de chômage.

Le chômage en Suisse est beaucoup, beaucoup plus bas qu'en France. Les Français se ruent en Suisse pour profiter de son faible taux de chômage et de ses salaires élevés. Quant aux autres pays cités, leur économie se porte mieux que celle de la France, et cela m'étonnerait qu'ils aient autant de chômeurs...

Je veux bien que la simultanéité de deux facteurs ne prouve pas nécessairement une corrélation, mais quand la corrélation apparente est à l'inverse de ce que l'on tente de démontrer, il vaut mieux avoir de solides arguments pour défendre sa thèse...

Or, les arguments de Jean-Christophe Schwaab, concernant la France, étayent la thèse inverse de la sienne !

Il est exact que le salaire minimum, en France, est largement exonéré de charges sociales. Mais c'est parce qu'il est tellement élevé que, s'il y a avait en plus les chartes sociales normales à payer dessus, il dissuaderait encore plus l'embauche ! Pourquoi croyez-vous que l'Etat français, champion des prélèvements obligatoires et amateur de taxes en tout genre, se prive ainsi d'une masse importante de cotisations sociales ?

En France, le salaire standard et effectif, dans de nombreux métiers et secteurs d'activité, est le SMIC. Sans espoir d'être payé au-dessus.

De nombreux Français ont fait le choix suivant : il est plus avantageux de se déclarer chômeur indigent, de profiter au maximum des aides sociales, et de faire un peu de travail au noir de temps à autre, que d'accepter un emploi "normal" au salaire minimum, où l'on gagnera à peine plus en travaillant beaucoup plus.

Inutile de dire qu'une telle politique favorise aussi le travail au noir et l'immigration clandestine, puisque les immigrés clandestins, par nature, sont plus enclins à accepter du travail non déclaré payé en-dessous du salaire minimum.

Le travail au noir des immigrés illégaux devient alors le véritable étalon du salaire minimum, celui qui est économiquement viable, alors que le salaire légal ne l'est pas.

Mais entretemps, vous aurez remplacé une partie de votre population par une population importée illégale, avec tous les inconvénients qui viennent avec : incompatibilité culturelle, poids sur les budgets sociaux, plus grande propension à la délinquance (quelqu'un qui commence par violer la loi en rentrant dans le pays est naturellement enclin à la violer à nouveau ultérieurement -- et cette règle de bon sens se vérifie dans les faits).

Écrit par : Robert Marchenoir | 29 avril 2011

Pour illustrer mon commentaire sur le salaire minimum en vigueur en France : un blogueur vient de faire une recherche rapide parmi les offres d'emploi publiées par l'agence officielle française.

On y trouve, entre autres, une offre pour un ingénieur mécanicien payé 9 euros de l'heure, soit quelques dizaines de centimes au-dessus du salaire minimum. Un ingénieur !...

Vous imaginez ce qu'on propose à une secrétaire bilingue et expérimentée en informatique...

Le salaire minimum et l'immigration de masse, légale et illégale, s'allient pour tirer tous les salaires vers le bas. C'est un paradoxe, mais l'économie fonctionne souvent de manière paradoxale.

Écrit par : Robert Marchenoir | 29 avril 2011

@mes contradicteurs: Désolé, mais je persiste. Le salaires minimum tel qu'il est préconisé par les initiatives suisses, tant cantonales que fédérales n'aurait aucun des défauts du SMIC. Au risque de me répéter, je rappelle qu'en Suisse, les charges sociales doivent être payées dès le premier franc et qu'aucun mécanisme n'est prévu pour que le salaire minimum soit réévalué plus vite que le salaire médian. Si les projets de salaires minimum suisses étaient conçus sur le modèle du SMIC, la comparaison avec ce dernier serait justifiée. Mais comme ce n'est pas le cas, comparer SMIC français et salaires minimaux Suisses n'est pas pertinent. C'est une simple question de bon sens et de logique.
Je suis un peu navré de voir que les adversaires des salaires décents n'ont que l'exemple français pour justifier leurs arguments. Dans les autres pays qui connaissent le salaire minimum, cela fonctionne. Il n'y a pas d'effet négatifs sur l'emploi, ni sur les salaires. Au contraire, un salaire minimum bien conçu permet d'augmenter le salaire médian et d'améliorer considérablement la situation de tous les salariés. J'ai d'ailleurs une question à laquelle personne n'a répondu depuis le début de la campagne: qui pourra me citer un exemple, suisse ou étranger, de salaire minimum qui ne soit pas conçu sur le modèle français (facile à trouver, le SMIC est unique en son genre) et qui ait un effet négatif avéré sur l'économie?

Dernière remarque@Robert Marchenoir: Lorsque vous prétendez que salaire minimum et immigration s'allient pour tirer tous les salaires vers le bas, vous vous trompez. Les mesures d'accompagnement à la libre circulation des personnes prévoient justement la possibilité... de fixer des salaires minimums dans les branches menacées de sous-enchère. C'est déjà le cas pour l'économie domestique au niveau national et dans d'autres branches au niveau cantonal. Un salaire minimum généralisé c'est une garantie supplémentaire contre la sous-enchère. Quant au risque de travail au noir, il n'y a qu'à engager plus de contrôlleurs et à durcir les sanctions. Malheureusement, le parti de M. Montabert s'y oppose pour la simple et bonne raison qu'il a besoin d'un maximum de sous-enchère pour son fonds de commerce. Peut-être aussi parce que bon nombre de ses dirigeants ont été condamnés pour sous-enchère et travail au noir...

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 30 avril 2011

@ Schwaab,

J'arrive mal à comprendre que le SMIC français serait mauvais contrairement à celui que les vaudois doivent voter le 15 mai, parce qu'en France le SMIC est exempt de charges sociales, contrairement au projet vaudois. Il me semble que pour un employeur un salaire sans charges sociales est bien plus bénéfique pour lui qu'un salaire avec charges.

Il me semble que vous vous marchez sur le sac. Si en France c'est déjà un boulet sans charges, je n'imagine pas si cela l'était avec charges.

Quand aux comparaisons internationales, la France c'est plus de 13% des salariés au SMIC, aux Pays-Bas avec peu de chômage c'est un peu plus de 1%. Cherchez l'erreur.

D.J

Écrit par : D.J | 30 avril 2011

Je me suis trompé. C'est plus de 16 % en France contre 2,2% aux Pays-bas. Voir aussi le Danemark ou la Grande Bretagne, où le taux de SMICARS est nettement moins élevé qu'en France, où je le rappelle, on est sans charges sociales ce qui devrat être plus bénéfique pour les employeurs. Schwaab est complètement déconnecté de la réalité.

http://archives.contrepoints.org/Il-faut-baisser-le-SMIC-et-non-l.html

D.J

Écrit par : D.J | 30 avril 2011

JC Schwaab : avant d'être (en partie et sous certaines conditions) exonéré de charges sociales, le SMIC français ne l'était pas. Le chômage endémique en France est bien antérieur à l'allègement des charges sur le salaire minimum, qui est récent. Cet allègement n'a nullement mis fin au chômage massif.

Vous ne prenez toujours pas en compte les pays où il n'y a pas de salaire minimum... dont le vôtre.

Écrit par : Robert Marchenoir | 01 mai 2011

N'ayant pas lu le texte de l'initiative, j'ai une petite question à poser à M. Schwaab : Le salaire miminal sera-t-il le même pour toute la Suisse ?

Écrit par : Pascal D. | 02 mai 2011

@Robert Marchenoir: Quand je fais une comparaison, je fais une comparaison entre deux systèmes en vigueur. Comparer avec un système qui n'est plus en vigueur est inutile. J'ai comparé le SMIC tel qu'il est actuellement en vigueur avec les salaires minimaux tels qu'ils existent actuellement en Suisse. Et force est de constater que cette comparaison n'est pas pertinente.
D'ailleurs, si vous tenez absolument à comparer l'ancien SMIC français, vous parviendrez à la même conclusion: Les réévaluations trop rapides du SMIC en comparaison avec le salaire médian datent... des débuts du SMIC. Or, en Suisse, l'initiative de l'USS prévoit une indexation du salaire minimum en fonction de... l'évolution des autres salaires.
Détrompez-vous, il y a en Suisse de nombreux salaires minimaux: Les salaires minimaux des CCT de force obligatoire, les CTT obligatoires pour lutter contre la sous-enchère (p. ex. dans l'économie domestique), les lois cantonales et fédérales sur le personnel, etc. Aucun de ces salaires ne tirent tous ceux de la branche en question vers le bas. C'est même plutôt le contraire qui se produit et cela démontre que la crainte de voir tous les salaires tirés vers le bas par un salaire minimum légal est injustifiée. L'initiative cantonale sur les salaires minimums en tient compte, car elle se veut subsidiaire aux CCT.
J'en viens à l'initiative de l'USS, pour répondre à la question de Pascal D. Son texte se trouve ici: http://www.salaires-minimums.ch/
Vous y constaterez que le salaire minimum légal sera subsidiaires aux salaires des CCT: s'il n'existe pas de salaire minimum de CCT, il y aura un salaire minimum de 22.--Fr. de l'heure, dont la totalité sera soumise à cotisation des assurances sociales (première différence majeure avec le SMIC français) et qui sera indexé selon "l'indice-mixte AVS", c'est-à-dire en fonction de l'inflation et de l'évolution des autres salaires. Ce salaire minimum ne pourra donc pas croître plus vite que les autres salaires (deuxième différence fondamentale avec le SMIC français). Ces 22.--Fr. de l'heure corresponde à environ les deux-tiers du salaire médian, ce qui est la recommandation de l'OCDE. Cela dit, il serait possible de fixer des suppléments contraignants au salaire minimum national pour les cantons où le coût de la vie est plus élevé (GE, ZH, p. ex.). Et les partenaires sociaux resteraient libre de fixer des salaires plus élevés dans leurs branches.

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 02 mai 2011

Merci pour votre réponse. Mais je ne suis de toute manière pas convaincu par un salaire minimum. C'est comme les 6 semaines de vacances pour tous ou un congé paternité pour les fonctionnaires vaudois. De la démagogie préélectorale.

Écrit par : Pascal D. | 02 mai 2011

" Détrompez-vous, il y a en Suisse de nombreux salaires minimaux: Les salaires minimaux des CCT de force obligatoire, les CTT obligatoires pour lutter contre la sous-enchère (p. ex. dans l'économie domestique), les lois cantonales et fédérales sur le personnel, etc. "

Marchenoir Parlait de salaires minimum imposé par l'état. Il faut aussi lui préciser que CCT veut dire conventions collectives de travail. ce sont des accords entre syndicats et patronats. Vu que c'est un amis français et que les termes ne sont pas toujours les même outre Jura.

D.J

Écrit par : D.J | 02 mai 2011

Mais, D.J., les salaires des CCT sont souvent imposés par l'Etat... aux entreprises et aux salariés non signataires des CCT, grâce à l'extension. Certes, les partenaires sociaux les ont fixé, mais ils sont ensuite imposés par la loi. D'ailleurs, l'initiative de l'USS prévoit expressément la consultation des partenaires sociaux lors de la fixation du salaire minimum national, qui ne s'appliquerait que subsidiairement aux salaires des CCT.
En outre, dans les CTT obligatoires (qui existent à GE, VS, et TI et pour l'économie domestique au niveau national), ce sont aussi des salaires minimaux fixés par l'Etat. Après consultations des partenaires sociaux, certes, mais fixé par l'Etat quand même. Quoi qu'il en soit, ces salaires minimaux (peu importe qui les a fixé) n'ont pas tiré tous les salaires vers le bas. Au contraire!

@Pascal D. Vous savez, en Suisse, il y a des élections tout le temps (heureusement, d'ailleurs!): communales, cantonales, fédérales, élections complémentaires.... Bref, on pourrait taxer tout projet politique d'"électoraliste". D'ailleurs, le fait que l'on discute maintenant des "6 semaines de vacances" ou du salaire minimum est indépendant de la date des élections, car ce sont les chancelleries qui fixent les dates des votations et la date à laquelle un objet est voté dépend de la durée de la procédure parlementaire... D'ailleurs, certains ont manoeuvré pour que le peuple ne vote pas sur les 6 semaines de vacances avant les élections fédérales... On pourrait aussi taxer de telles manoeuvres d'"électoralisme", non?

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 03 mai 2011

" Mais, D.J., les salaires des CCT sont souvent imposés par l'Etat... aux entreprises et aux salariés non signataires des CCT, grâce à l'extension. "

Vous avez raison. Ce que je voulait dire c'est que les CCT ne sont pas rédigé puis imposé par l'état.

Quand à l'indexation du salaire minimum ( si la loi passe ) en référence aux augmentations des salaires conventionnels c'est le genre d'indexations qui serait le moins stupide. Mais cela restera une imposition à certain secteur d'activité ou l'employeur n'aura plus son mot à dire pour les augmentations de salaire. D'où le risque de pénaliser les bas revenu à l'embauche. J'aurai préféré que les syndicats se battent pour élargir les conventions collectives dans les secteurs qui n'en n'ont pas, plutôt que de légiférer encore plus.

D.J

Écrit par : D.J | 03 mai 2011

Les commentaires sont fermés.