04 mai 2011

Prenons aux pauvres pour donner aux pauvres

A moins d'être aveugle, chaque Vaudois sera tombé sur les affiches de campagne des adversaires du projet de Prestations Complémentaires pour les Familles concocté par les autorités du canton.

ca_suffit.jpgLa campagne est intense et probablement coûteuse; outre les affiches et les publicités dans la presse, j'ai reçu jeudi (comme tous les foyers vaudois je pense) une lettre adressée "aux contribuables du canton" et résumant les reproches au projet. Malgré le déferlement de moyens, qui sera immanquablement érigé en excuse par les partisans de la réforme si jamais elle venait à être repoussée, la partie n'est pas gagnée, loin s'en faut.

Les référendaires avancent à contre-courant face à un projet soutenu par toute la gauche et par le Grand Conseil Vaudois. Et dire qu'il y a encore des gens pour croire que Vaud est à droite!

Honnêtement, cette campagne m'étonne. Sur le papier, le projet de PC Familles est tellement dans l'air du temps socialo-solidaro-redistributif politiquement correct que je n'aurais jamais imaginé qu'il se trouve des citoyens en nombre suffisant pour s'opposer à l'arnaque.

J'ai été le premier surpris que le référendum aboutisse. Bonne nouvelle: il y a dans le canton assez d'électeurs pour protester contre ce grand pas en avant sur le chemin du Bien (vous savez, celui qui est pavé de bonnes intentions.)

Le peuple a finalement le droit de s'exprimer sur la nouvelle tonte.

L'espoir n'est pas perdu.

AfficheCafe.jpgDu côté du Oui, un site www.travail-pauvrete.ch (ça fait envie!) présente tous les avantages du projet: les fameuses rentes-pont pour les chômeurs âgés, que personne ne remet en question, et surtout, une "aide" financière aux travailleurs pauvres... Payée par d'autres travailleurs, y compris les plus pauvres. Voilà ce qui a provoqué la fronde.

C'est tout le sel de cette réforme: taxer des pauvres pour en subventionner d'autres, c'est drôlement futé. On ne manquera jamais de matière première.

Le tout au nom des working poors, nouveaux damnés de la terre de notre temps. Evidemment, la pauvreté des working poors est largement dûe à des circonstances extérieures au monde professionnel - divorce, dettes, loyers élevés, charges sociales en expansion continue, deux ou trois trucs dans lequel l'Etat a parfois quelques responsabilités.

Quand bien même leur situation serait-elle exclusivement dûe à l'emploi, on voit mal en quoi les autres salariés, ces salauds de gens normaux, seraient en quoi que ce soit responsables. Mais peu importe: il y a des victimes par essence, et des innocents aux mains pleines. Il faut prendre l'argent là où il est. Donc, taxe.

Le prélèvement étant indexé sur le salaire, les partisans du projet ramènent cette nouvelle contribution de solidarité obligatoire à peu de choses: le fameux café par mois, proverbiale unité de mesure pour débiles mentaux (le terrain de foot étant son pendant pour les mesures de surface). Café par mois dont les contribuables ont déjà été délestés par la hausse de la TVA, le centime climatique et Dieu sait quels autres inventions étatiques, toujours légères, modestes, fixées une fois pour toute et prélevées dans la douceur. Et les cafetiers de s'étonner de manquer de clients!

Alors, on ne sait à ce stade quel résultat sortira des urnes.

Si le projet est approuvé, ce sera une grande victoire pour les apôtres de la redistribution. Ils auront mis un pied dans la porte. Et quel pied!

Le financement est sous-évalué et les possibilités d'abus innombrables. C'est du pain béni. Lorsque les déficits se creuseront, il faudra trouver d'autres "sources de financement", selon la terminologie en vigueur; nouvelles taxes et hausse des taux seront au menu. Lorsque les abus feront les gros titres, comme des primes reçues par des travailleurs au noir ou versées à des bénéficiaires loin du canton, on mettra en place des procédures d'enquête, de surveillance, de contrôle, avec autant de nouveaux postes de fonctionnaire à la clef.

On aura oublié depuis longtemps de remettre en question le principe de cette redistribution injuste.

Plus personne n'aura les moyens de se payer des cafés et tout le monde s'étonnera de la diminution du pouvoir d'achat. Sic transit gloria mundi.

IMAG0110.jpg
Conclusion de l'affrontement entre pro- et anti-, le slogan qui fait mal:
"Payer le café à ceux qui me regardent travailler?"
Face à une telle agression conceptuelle, l'affiche a été promptement vandalisée.

(photo prise en gare de Renens)

Commentaires

Le prix d'un café, au départ... puis ensuite on augmentera les cotisations comme les primes d'assurances-maladie parce qu'il n'y aura jamais assez de sous dans la caisse. Et puis, je ne saurai plus pourquoi je me lèverai de bonne heure le matin pour aller "gratter" tous les jours et payer mes factures, puisque de toute façon, quoi qu'il advienne, les services sociaux s'occuperont de mon cas.

Écrit par : Catherine | 05 mai 2011

"Prenons aux pauvres pour donner aux pauvres"

Ce slogan est une vraie riche idée.
Mais il y aurait mieux!
Le mouton blanc étant devenu le symbole du "bon" Suisse ou du seul vrai Suisse... Il aurait été possible d'utilisé le slogan suivant:

"Tondre la laine sur le dos des moutons blancs pour le coller sur le dos des moutons noirs"

Écrit par : Baptiste Kapp | 05 mai 2011

Vous avez raison, Catherine.

Chez moi en France, on paie le 1% chômeur (sur le salaire brut) depuis 30 ans. Et naturellement, il y a plus de pauvres et de chômeurs au fil des ans.

Problème 1 :
Sur un salaire médian net de 3200 francs suisses (je convertis), sachant qu'il faut rajouter 20% de charges sociales, calculez le nombre de café qu'un salarié moyen offre par mois.

Problème 2 :
Même question avec un cadre à 500 CHF/mois (net).

Écrit par : Paul | 05 mai 2011

Dommage que les affiches aient été vandalisées, car le slogan est très bon et en dérange plus d'un!

Écrit par : Jean-François Chappuis | 05 mai 2011

"Prenons aux pauvres pour donner aux pauvres"... en enrichissant au passage un certain nombre de fonctionnaires, opérateurs obligatoires de la tuyauterie étatique ainsi créée. Fonctionnaires dont l'entretien est bien souvent la cause réelle (mais inavouée) de cette plomberie funeste.

Autrement dit, non seulement on prend aux pauvres pour donner aux pauvres, mais on appauvrit tout le monde en plus par la même occasion. Afin d'enrichir les "humanistes" qui se livrent à cette savante manoeuvre.

Écrit par : Robert Marchenoir | 06 mai 2011

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