21 mai 2011

La Grèce face au principe de réalité

Lentement mais sûrement, la froide vérité s'impose. Tant et si bien que je n'ai même pas besoin de commenter cette dépêche, elle parle d'elle-même.

Zone euro/Grèce: on se résigne lentement à une restructuration de dette

Bruxelles (awp/afp) - Comme jadis en Amérique latine, le tabou de la restructuration de la dette est en train de tomber en zone euro, ce scénario étant désormais ouvertement envisagé en Grèce sous une forme limitée en dépit des fortes divisions qu'il suscite.

Après l'avoir catégoriquement exclue pendant des mois, plusieurs responsables européens sont sortis du bois cette semaine pour évoquer l'impensable. Le chef de file des ministres des Finances de l'Union monétaire, Jean-Claude Juncker, l'a qualifiée de "restructuration douce" passant par une forme de rééchelonnement.

Ce n'est plus en Argentine ou au Mexique que la question se pose mais dans la zone euro, pourtant l'une des régions les plus opulentes de la planète mais qui a financé une partie excessive de sa richesse à crédit.

Pourquoi le vent a-t-il tourné pour la Grèce?

Le pays, malgré un gros effort de réduction de déficit l'an dernier, reste en situation budgétaire critique. Son déficit public 2010 a été revu en hausse à 10,5% du PIB, ce qui l'oblige à partir de plus loin pour assainir ses comptes. Dans le même temps, la récession économique est plus forte qu'attendu, du coup les impôts ne rentrent pas suffisamment dans les caisses de l'Etat.

Au final, la Grèce ne pourra retourner comme prévu sur les marchés en 2012 pour emprunter près de 30 milliards d'euros afin de refinancer sa dette.

La sortie du pays de l'Union monétaire n'étant une option pour personne, car elle appauvrirait terriblement la Grèce et menacerait la zone euro toute entière, l'idée de donner plus de temps au pays pour rembourser fait son chemin.

Une restructuration radicale de la dette, qui verrait la Grèce renoncer à en payer une partie, est pour le moment exclue officiellement, même si les marchés sont persuadés qu'il n'y aura à terme d'autre issue: la dette atteint 150% de la richesse nationale.

Les Européens songent plutôt à un "reprofilage" des emprunts contractés auprès des créanciers publics et privés. Les échéances de remboursement seraient repoussées, dans le cadre d'un arrangement négocié avec les créanciers pour éviter un défaut de paiement créant la panique. Avec sans doute en complément de nouveaux prêts européens et du FMI, en plus des 110 milliards d'euros promis l'an dernier.

Une autre option, voisine, serait que les banques créancières acceptent de renouveler leurs lignes de crédit au terme des échéances en cours. Cette solution a été utilisée déjà dans certains pays d'Europe de l'Est lors du pic de la crise financière mondiale.

Quel serait l'intérêt des banques privées' "Si l'alternative est de perdre leur mise au bout du compte parce que la Grèce n'aura pas les moyens de rembourser, elles n'auront pas d'autre choix", parie Ferdinand Fichtner, économiste de l'institut allemand DIW.

Pour en arriver là toutefois, la Grèce va devoir redoubler d'efforts pour assainir son budget malgré la grogne sociale. Ses partenaires exigent plus de privatisations, et vite.

Il reste surtout à vaincre l'opposition de la Banque centrale européenne à toute idée de restructuration, dure ou douce, susceptible, selon elle, de faire paniquer les marchés et de créer un dangereux précédent. La France, en porte-à-faux avec l'Allemagne sur le sujet, est aussi très réticente.

Ces clivages se retrouvent dans les négociations difficiles en cours entre Européens sur les contours de leur futur Fonds de secours, le Mécanisme européen de stabilité financière (MES), appelé à fonctionner mi-2013.

Berlin insiste pour que les banques participent sur une base volontaire à des plans de restructuration en cas de grave crise de la dette, mais doit batailler avec la plupart de ses partenaires et surtout la BCE, opposée à inscrire cela dans le marbre.

 

Voilà. La dette grecque va être restructurée. C'est l'instant critique: si des banques sont trop exposées à la dette grecque, elles sauteront, en provoquant une nouvelle crise bancaire qui dévastera l'Europe financière. Mais au train où vont les choses, nous saurons vite si ça passe ou ça casse...

grece.jpg

Commentaires

Ne serait-il pas intéressant de comparer l'introduction de l'euro en Europe avec l'introduction du franc en Suisse ?
Le nouveau Conseil fédéral a décidé en 1852 - sauf erreur - d'introduire une monnaie nationale. Excellente idée bien sûr. Mais il aura fallu à la PETITE Suisse, avec 3,5 millions d'habitants, plus ou moins au même degré de développement, plus de 50 ans, de 1852 à 1907, date de la fondation de la Banque Nationale, pour définitivement imposer cette monnaie. Et le développement industriel et social en Appenzell, au Tessin ou à Neuchâtel étaient sensiblement au même niveau.
Or donc, quelques grands prêtres de la politiques, bien installés sur leur petit nuage, décident souverainement d'imposer un peu plus vite que ça une monnaie artificielle à des nations de rang mondial en même temps qu'à des bleds tout juste sortis du Moyen-Âge. Et s'étonnent d'avoir des problèmes. Quelque 500 millions de gus, répartis sur 5 ou 6 million de km2.
Vanitas, vanitastis...

Écrit par : J.C. Simonin | 21 mai 2011

@J.C. Simonin: la lenteur de l'unification du franc suisse était dûe aux disparités cantonales en matière de poids et mesures, et aussi parce que les monnaies étrangères étaient largement employées à l'intérieur du pays. Il n'y avait pas "besoin" d'un Franc Suisse. Pourquoi en aurait-il fallu? Par nationalisme?

En fait, à partir du moment où seul le grammage d'or comptait dans la valeur d'une pièce, sa gravure n'avait pas grande importance, hormis pour la rendre reconnaissable.

L'intégration de différentes monnaies équivalentes-or a toujours été de la plus grande simplicité, bien plus naturelle que l'Euro, qui est une construction politique et non une monnaie. L'illusion n'aura pas duré longtemps.

Écrit par : Stéphane Montabert | 23 mai 2011

Sans aucun doute, mais ä l'heure actuelle, je ne me vois pas changer de monnaie toutes les fois que je me rends de Bienne ä Neuchâtel ou ä Yverdon...
Le même raisonnement s'applique ä l'euro, mais de tels changements ne peuvent s'effectuer dans un contexte de spéculation bancaire effrénée, de bureaucraties nationales ou nationalistes plus ou moins corrompues et inefficaces et de clivages économiques à peu près insurmontables. L'Allemagne n'est pas la Grèce et la Hollande n'est pas l'Espagne. Ni dans le P.I.B. par personne, ni dans la mentalité.
Le franc suisse a mis plus de 50 ans pour s'imposer. C'est un facteur capital de cohésion nationale, ainsi qu'une monnaie parfaitement solide. Peut-on en dire autant de l'euro ...?

Écrit par : J.C. Simonin | 26 mai 2011

Il y'a l'adage qui dit que "plus on rembourse ses dette, plus on s'enrichit".
A parti de là, quand on voit que des pays ont bine plus de 100% de dette par appors à leur richesse, on peut se dire que l'Europe ne fait peut-être pas parti des zones "riches".

A l'inverse de ce qui se passe entre le franc suisse et l'Euro, il faut rappeller (comme le dit J.C. Simonin) qu'il a mis 50 ans pour s'imposer. C'est à dire que c'est une monnaie qui s'est contruite avec le temps pour s'imposer.

Pour l'Euro, on a fait l'inverse, on a imposé l'euro sur une très courte période en espérant qu'il continue comme si de rien. D'ailleurs la baisse de l'euro signifie peut-être simplement, que ca valeur a été sur-évaluée dès le début.

Quand des pays comme l'Allemagne ont financé un grande partie de développement des pays comme l'Espagne et que l'on voit le résultat (financier), on devait quand même s'attendre à ce que l'Euro agisse comme un souflé...

Écrit par : DdDnews | 26 mai 2011

Les commentaires sont fermés.