25 mai 2011

Paille, poutre et illusions

L'écologie survivrait-elle en milieu naturel? S'il n'y avait la complicité de politiciens et diverses manipulations aussi économiques que sociales, la question serait ouverte...

 

Homme de paille. En 2007, un groupe issu du milieu "alternatif" lausannois se lança dans la construction d'une hutte de quatre mètres de haut et 35 mètres carrés en plein centre ville, sur un terrain inconstructible en contrebas de "l'espace autogéré". L'opération était entièrement illégale ; mais comme de coutume, le projet fut enrobé d'un sirop de revendications politico-sociales destinées à semer le doute.

straw.jpgLes bâtisseurs se regroupèrent sous le collectif Straw d'la bale (joli sens de la formule) et prétendirent que la construction avait pour but de promouvoir la "construction alternative" avec les bottes de pailles, bien que personne ne leur ait rien demandé, et surtout pas à cet endroit.

La Maison de Paille devint rapidement une buvette altermondialiste où les journalistes locaux purent mettre à l'épreuve leur indépendance rédactionnelle en sirotant un verre...

La Ville de Lausanne oscilla entre la volonté de faire respecter la loi et l'inévitable écho de sympathie que les militants avaient provoqué chez leurs édiles de gauche. On ne saura jamais quelle aurait été la conclusion de cette étrange cirque où les autorités s'appliquaient à reculons à faire respecter la loi. La guerre molle se termina de façon abrupte avec l'incendie accidentel de la bâtisse - un risque domestique pointé par les autorités dès le départ.

C'était sans compter sur les solides amitiés nouées à cette occasion. Aujourd'hui, les autorités de Lausanne décident de reconstruire une Maison de Paille. Quelle subtile idée! Le lien entre la maison détruite et la Maison de Paille 2.0 est assumé, comme l'explique Jean-Christophe Bourquin:

«Cette réalisation, c’est une manière de se racheter pour la Municipalité.» (...) Un mea culpa tardif, allusion à la réaction «trop carrée» des autorités concernant la maison de paille illégale bâtie par les altermondialistes en 2007, puis partie en fumée début 2008. «Nous ne pouvions réagir autrement, même si nous jugions le principe intéressant.»

 

La différence? Cette fois-ci l'addition est à la charge du contribuable. 1.75 millions de francs.

Les délires du collectif Straw d'la bale étaient illégaux et dangereux, mais ils étaient moins cher...

 

manif.jpgChair à canon. 1000 élèves sèchent les cours à Berne pour "dénoncer le nucléaire":

Près d'un millier d'élèves ont fait l'école buissonnière mardi matin à Berne afin de prendre part à une manifestation contre le nucléaire. Ils ont défilé à travers la ville pendant deux heures et demie, bruyamment, mais de manière pacifique. La manifestation les a conduits de la place de la gare jusqu'au siège des FMB - l'exploitant de la centrale de Mühleberg (BE) - en passant par la vieille ville et la fosse aux ours. De nombreux étudiants brandissaient des calicots portant des inscriptions telles que "Stop à l'atome" ou "Pour des énergies renouvelables", tout en scandant "Weg, weg, Mühleberg". Craie en main, les élèves ont aussi griffonné des slogans anti-nucéaire à même le sol et sur les façades de bâtiments. Le cortège, pour lequel aucune autorisation n'a été demandée, a perturbé la circulation au centre-ville.

 

C'est le printemps! Des centaines d'adolescents braillards renonçant à une matinée d'instruction pour servir de faire-valoir à leurs aînés... Manifestation sans autorisation, perturbations, slogans, banderoles politiques standardisées (apparues comme par magie entre leurs mains) et griffonnage sauvage - avec de la craie pour l'instant - tout est en place pour que la relève militante soit assurée.

Bien entendu, les journalistes ne s'inquiètent pas trop de la manipulation inhérente à l'opération. A les en croire, le phénomène serait quasiment spontané, comme la pluie un jour de grisaille. Nous sommes à l'ère Facebook! L'idée qu'un groupe utilise Facebook comme outil de propagande appartient sans doute à la science-fiction. Qui pourrait être à l'origine d'un détournement politique de la jeunesse? On se demande.

Le mouvement a notamment été encouragé sur Facebook, par le biais d'une page intitulée "la jeunesse fait grève". Celle-ci soulignait l'importance pour les élèves de faire entendre leurs voix sur la question nucléaire. Plusieurs partis et organisations soutenaient aussi la manifestation, dont l'Entente verte de la ville de Berne ainsi que les Jeunes socialistes de la ville et du canton.

 

Pur hasard. Ils ont dû découvrir le projet de manifestation le jour même. Et ils passaient par là avec une camionnette de livraison de matériel de propagande, et ils ont décidé sur un coup de tête de le distribuer aux jeunes manifestants...

Bref: les Bernois ont eu mardi le plaisir de voir, depuis les fenêtres des bureaux où ils triment pour gagner leur vie, leurs propres enfants brailler dans une sympathique formation au militantisme grandeur nature. Sans doute une réforme du programme scolaire avant l'heure?

 

photov.jpgLe photovoltaïque, c'est pas automatique. La "filière verte", les énergies renouvelables "profitables" et autres "gisements d'emploi" liés à l'économie écolo-bobo-consciente ont du plomb dans l'aile, en France pour commencer. La faute à la crise financière dans laquelle se trouve l'Etat français, l'obligeant à fermer le robinet de certaines subventions, parmi lesquelles le principal intérêt de la filière photovoltaïque: le rachat de l'électricité produite par ERDF à un prix supérieur au marché. Comme l'explique France-Info, le photovoltaïque est sous le soleil de la crise.

Depuis quelques mois le secteur de l’énergie solaire connaît des difficultés. Des entreprises spécialisées dans les panneaux photovoltaïques ont décidé de se serrer les coudes pour faire face aux nouvelles règles imposée par l’Etat.

Le ciel s’assombrit pour la filière des panneaux des photovoltaïques... Le secteur est entrain de souffrir voire même de mourir à petit feu. En cause: la fin de l’obligation pour l’ ERDF de racheter l’énergie solaire des particuliers.

Lâché par son meilleur allié l’état (sic), des entreprises, fabricants et producteurs se sont réunis au sein d’une association «Touche pas à mon panneau solaire» avec comme objectif de faire valoir une énergie totalement inépuisable et renouvelable à l’infini, celle du soleil.

 

Inépuisable et renouvelable à l'infini - sauf les subventions qui vont avec, et qui sont la seule façon de rendre viable leur activité.

Toute cette histoire est un classique franco-français:

  1. Une filière industrielle se crée et se développe sur une profitabilité artificielle à base d'argent gratuit.
  2. Du jour au lendemain l'Etat change les règles du jeu, faisant vaciller la fragile construction économique.
  3. On assiste ensuite à la formation d'un lobby qui viendra plaider à la cour du roi pour l'extension de ses privilèges, sur le principe du les-temps-sont-durs-mais-notre-secteur-d'activité-devrait-rester-prioritaire-Sire. Mais sur ce créneau la concurrence est rude, et face à la grogne des estomacs et des caisses vides, pas sûr que le photovoltaïque soit en tête de liste.

lestarifsdachatsdellectricitphotovoltaque.gifOn voit en passant les limites du "renouvelable profitable" dont les écologistes nous serinent les oreilles sur tous les tons, passant sous silence que la profitabilité n'existe qu'à travers les poches des contribuables.

Outre le tableau de tarif de rachat ci-contre, mis à mal alors qu'on est encore en 2011 (cliquez pour l'agrandir), je ne résiste pas au plaisir de vous livrer la "formule de réindexation annuelle" de ces tarifs. C'est encore une fausse promesse de l'Etat français - la réindexation annuelle se dirige nettement plus vite vers zéro - mais la formule vaut son pesant de cacahuètes:

Tous ces tarifs sont réindexés à chaque date anniversaire de la prise d’effet du contrat d’achat, par l’application du coefficient L défini ci-après :

L = 0,8 + 0,1 (ICHTrev-TS/ ICHTrev-TS0) + 0,1 (FM0ABE0000/ FM0ABE00000)

ICHTrev-TS est la dernière valeur définitive connue au 1er novembre précédant la date anniversaire de la prise d’effet du contrat d’achat de l’indice du coût horaire du travail révisé (tous salariés) dans les industries mécaniques et électriques ;

FM0ABE0000 est la dernière valeur définitive connue au 1er novembre précédant la date anniversaire de la prise d’effet du contrat d’achat de l’indice des prix à la production de l’industrie française pour le marché français - ensemble de l’industrie - A10 BE - prix départ usine ;

ICHTrev-TS0 et FM0ABE00000 sont les dernières valeurs définitives connues à la date de prise d’effet du contrat d’achat.

 

Simple comme bonjour, non? A défaut d'énergie solaire, il reste les usines à gaz!

Commentaires

Le prix artificiellement élevé de rachat de l'électricité solaire par l'Etat est un bel exemple de paradoxe économique. L'idée est de "favoriser le développement du solaire" en fixant des prix élevés. Mais ça ne favorise rien du tout. C'est exactement le contraire. Cela décourage l'investissement et la recherche, puisqu'il n'y a qu'à tendre la main vers l'Etat pour que l'argent tombe.

Ce qui favoriserait l'investissement et la recherche, ce serait de respecter l'incitation naturelle du marché : celui qui trouverait le moyen de produire de l'électricité solaire moins chère ferait des profits qui rentabiliseraient son investissement, puisque cela abaisserait son coût de revient. Evidemment, c'est plus difficile et plus risqué que de profiter de prix artificiels définis en conseil des ministres.

En attendant, on a (ou on avait), en France, des agriculteurs qui tiraient profit de cet effet d'aubaine : comme ils ont à leur disposition de vastes étendues, ils les "rentabilisent" (par la subvention) en construisant d'énormes hangars surmontés de panneaux solaires. A coups de crédits.

Aucune recherche, aucune innovation : la simple exploitation d'une opportunité fiscale, qui s'exerce au détriment de tous ceux qui payent leurs factures d'électricité, ces derniers se retrouvant à subventionner les agriculteurs en question (qui le sont dejà à 50 % environ pour leur activité principale...).

Evidemment, il suffit que l'Etat débranche la prise des subventions pour que ces gens-là se retrouvent le bec dans l'eau. En cherchant à échapper à "l'arbitraire des marchés" (qui est juste), ils sont victimes de l'arbitraire de l'Etat, beaucoup plus risqué...

Écrit par : Robert Marchenoir | 25 mai 2011

Par ailleurs, cette surréaliste histoire de la maison de paille est bien la preuve que le gauchisme est une religion, fondée sur la pensée magique et tribale.

Les gauchistes n'ont que le principe de précaution à la bouche. Surtout, ne jamais rien faire tant qu'on n'a pas la preuve à 100 % que c'est innoffensif à 100 %.

Et là, ils construisent une maison de paille en pleine ville, alors qu'un enfant de huit ans mettrait le doigt sur l'énorme danger d'incendie que cela représente. A moins d'ignifuger la paille (?), ce qui requerrait, je suppose, moult produits chimiques plus nocifs pour l'environnement les uns que les autres...

Mais en réalité, c'est beaucoup plus simple que ça : les gauchistes ont décrété qu'une maison de paille en plein centre-ville, c'était bien (peu importe la raison). Par conséquent, c'est une maison de gauche. Par conséquent, elle ne peut pas brûler.

On notera que ceci est exactement la structure mentale qui prévaut en Afrique ; continent, par exemple, où aucune mort n'est considérée comme naturelle : si quelqu'un meurt, c'est forcément que quelqu'un d'autre lui a jeté un sort. Si les Blancs sont riches, ce n'est pas dû à leur inventivité, à leur travail, à leur patience, à leurs efforts, à leur épargne ; c'est parce qu'ils possèdent un pouvoir magique, pouvoir qu'ils refusent de transmettre aux Noirs.

Écrit par : Robert Marchenoir | 26 mai 2011

@ Marchenoir,

La maison de paille ne pouvait selon ses concepteurs prendre feux. Un bon quart d'heure et hop! un tas de cendre. C'est ce qu'on appel du durable.

D.J

Écrit par : D.J | 26 mai 2011

Cher Monsieur Marchenoir,

La paille est utilisée dans la construction depuis 5000 ans. C'est un matériel a fait ses preuves comme isolant. Certes, les amateurs qui ont sévit de Lausanne l'ont utilisée stupidement. Toutefois, l'utilisation de la paille dans la construction a et est la norme dans de nombreuses contrées. Par exemple dans certaines régions en France.

Écrit par : pensif | 04 juin 2011

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