26 mai 2011

Sortie du nucléaire: l'esbroufe

Hier, en annonçant "une sortie ordonnée du nucléaire", le Conseil Fédéral s'est couvert de ridicule avec les félicitations du jury.

leuthard.jpgLa déclaration a plu: les divers lobbys anti-nucléaire et mouvements écologistes boivent du petit lait. Divers campeurs "résistants" ont même levé le camp, c'est dire. Les médias saluent la décision de concert - il suffit de lire les éditoriaux d'aujourd'hui. Les quotidiens romands applaudissent la sortie du nucléaire, titre d'ailleurs Le Matin.

Attendez. Les quotidiens romands? Quel nombrilisme! Voyons plutôt ce qu'en dit la presse internationale, forcément médusée par un engagement aussi audacieux! Quoique... Pas un écho sur la page d'accueil du Figaro. Rien sur Libération. Le Monde? Nada. Sur Le Point ou de l'Express, silence radio. Bon, c'était un tour d'horizon de la presse française; par acquis de conscience, allons voir ailleurs... Eh bien, c'est pareil. Rien sur le Times, le Corriere della Serra, le Washington Post ou le New York Times. Bigre!

C'est vrai, l'information a été annoncée hier. La Suisse est si loin: il faudra peut-être du temps pour que les rédactions étrangères ne rendent compte de ce qui se passe. Mais tout de même, on ne m'enlèvera pas l'impression tenace que tout le monde s'en fiche.

Pourtant, il y aurait matière à un article. Dans la rubrique insolite, par exemple: comment, en Suisse, un Conseil Fédéral dont le mandat expire dans six mois prétend engager le pays sur une trajectoire portant sur vingt-trois ans après sa dissolution.

Peu probable que les Suisses de 2034 se sentent très liés par des "engagements" pris en 2011 (fussent-ils applaudis par les quotidiens romands), de même qu'aujourd'hui nous nous sentons assez peu liés par les déclarations solennelles du Conseil Fédéral de 1988 - à supposer que quelqu'un s'en souvienne.

nucleaire.jpgAutre angle d'attaque, les médias étrangers auraient pu saluer l'historique décision suisse les protégeant d'une catastrophe nucléaire apocalyptique. Les particules radioactives ne s'arrêtent pas aux frontières, n'est-ce pas? Grâce à Doris Leuthard, entre 2019 et 2034, les voisins de la Suisse seront progressivement libérés du terrible risque d'une fusion de réacteur de Beznau II ou de Leibstadt, consécutive à un tremblement de terre de niveau 8 sur l'échelle de Richter, à un tsunami, et à l'échec généralisé des procédures d'alerte mises en oeuvre par les secours pendant quelques jours ("croisons les doigts pour que ça n'arrive pas d'ici 2019", disent les anti-nucléaires en claquant des dents.)

Mais là encore, peut-être que le retrait du modeste parc nucléaire helvétique de 5 réacteurs ne pèse pas lourd face à la terreur muette qu'inspirent les 7 réacteurs belges, les 9 réacteurs Espagnols, les 10 réacteurs Suédois, les 19 réacteurs anglais ou les... 58 réacteurs français (et d'autres encore.) Des pays qui ne semblent pas trop remettre leur capital de production énergétique en question. Bon sang, c'est à croire qu'ils ne craignent pas un tremblement de terre suivi d'un tsunami! Et pourtant, l'Angleterre est une île, non? La Belgique a des côtes! Ne comprennent-ils pas les risques? Si même Fukushima ne les incite pas à tout balancer par-dessus bord sur un coup de tête, c'est à désespérer!

Remarquez, il ne faut pas trop cracher sur le nucléaire étranger. La Suisse va en avoir sacrément besoin.

Aujourd'hui, deux kilowatt-heures sur cinq produits en Suisse sont d'origine nucléaire; cela n'empêche pas la Suisse d'importer jusqu'à 20% de son électricité à l'étranger, en hiver, lorsque la demande est la plus forte. Je vous le donne en mille: cette électricité n'est pas produite par des éoliennes.

Les pieuses déclarations de Mme Leuthard sur de prétendues économies d'énergie ou une croissance soudaine de la part du "renouvelable" dans le mélange énergétique suisse pour remplacer les 40% promis à disparaître tiennent des gesticulations infantiles. Ce scénario n'a pas le moindre sens. Mais nous sommes en 2011, année électorale. La logique n'a plus court.

En réalité, le Conseil Fédéral n'a guère annoncé que le gel ou le retrait des plans de remplacement des centrales existantes. La "mise hors service à partir de 2019" des centrales helvétiques pourrait être repoussée de 10 ans, pour chaque centrale. Peut-être que certains des réacteurs les plus anciens, comme Beznau I, seront effectivement arrêtés; des centrales à gaz combleront le déficit de production.

atomkraft-nein-danke.jpgBref, le Conseil Fédéral a simplement annoncé que peut-être, dans un horizon lointain, à partir de 2019 ou plus tard encore, si par inadvertance certains labos de recherche sauce développement durable réussissent à développer des processus de production d'énergie applicables à l'échelle industrielle et à peu près viables économiquement, la Suisse pourrait lentement arrêter certains réacteurs nucléaires anciens et les centrales à gaz construites pour leur succéder.

Si le déroulement prévu prend du retard, la Suisse se contentera d'importer davantage d'électricité nucléaire de l'étranger.

La décision est susceptible de changer un nombre indéfini de fois d'ici et après sa mise en application, au gré des majorités au sein du gouvernement et dans les chambres fédérales. Et dans les urnes en votation.

Hum.

A la réflexion, je comprends pourquoi la presse étrangère n'a pas plus mis en valeur l'annonce du Conseil Fédéral; cela ne méritait guère qu'un entrefilet dans les pages économiques. Quelque chose comme: "A partir de 2019, la Suisse pourrait augmenter ses achat d'électricité sur le marché international de l'énergie." Et encore.

En guise de révolution ça tombe un peu juste, en effet.

Mais, tout de même, les militants anti-nucléaire ont gobé le morceau. Et ça, ça méritait une première page.

Commentaires

Supprimons les bourses d'études ou autres gâteries à ces anti nucléaires vous verrez leur marche arrière,c'est ce qui arrive quand on dit oui en montrant sa peur aux jeunes n'ayant jamais travaillé dans leur vie et souvent nantis de parents riches,sans oublier qu'à l'arrière se trouve bien dissimulé un groupe dont je tairai le nom mais qui causa beaucoup de tort à la psychiatrie,y'a danger Messieur Mesdames les politiciens et nous somme très nombreux à le dire haut et clair!

Écrit par : caramel | 26 mai 2011

"A partir de 2019, la Suisse pourrait augmenter ses achat d'électricité sur le marché international de l'énergie." Et surtout de l'énergie d'origine nucléaire française.
Cela dit, le nucléaire n'est pas une solution qui a beaucoup d'avenir. Ou alors les phosphates. Explication : vous trouvez les phosphates ou l'Uranium en paragenèse. si vous exploitez l'U, vous ne pourrez pas retirer les phosphates, et vice-versa. Avec la décolonisation des états et des esprits, les Occidentaux sont de plus en plus chassés des zones de production de ces minerais, qui se trouvent, pas de chance, une fois de plus au Sud. A ce que j'en ai vu des phosphates, les ingénieurs chinois dans le domaine de l'exloitation et transformation semblent particulièrement aussi nuls que les ingénieurs japonais du nucléaire. Et les maîtres d'oeuvre arabes continuent pour des raisons financières à très court terme de leur attribuer les concessions.
Moralité : nous allons manquer d'Uranium. On verra si Poncet méprise toujours autant l'agriculture quand nous manquerons de phosphates...

Écrit par : Géo | 26 mai 2011

Abandonner le nucléaire classique sur 30 ans n'est pas forcement une mauvaise idée.

Déjà, cela favorisera l'isolation thermique des batiments et le développement de produits basse consommation. Quelques panneaux photovoltaiques ne feraient pas de mal sur votre toit, surtout si le gel coupe les lignes haute tension. Demandez aux canadiens ce qu'ils en pensent...

L'abandon vous permettra, dans 30 ans, de passer à l'étape suivante : la fusion de l'hydrogène. C'est encore expérimental, mais prometteur. Et là, zéro radioactivité. Le rayonnement gamma se piège avec 1 mêtre d'eau, et les neutrinos sont sans danger (plusieurs millions vous ont traversé le corps pendant que vous lisiez ceci). A court d'énergie, la Suisse pourrait être pionnière dans ce domaine en 2040.

Pour une fois, l'obsession de l'interdiction de vos khmers verts pourrait s'avérer utile.

Écrit par : Paul | 26 mai 2011

@Paul: raisonnement fallacieux. Ne tombez pas dans le panneau. Si je vous suivais, les endroits qui sont les plus taxés de la planète seraient des oasis de recherche et de technologie avancée, puisque, suivant votre logique, les gens sont amenés à trouver des alternatives.

A Cuba par exemple, je vous garantis que ça fait plus de 30 ans que a dure. Bizarrement, par un étrange manque d'inventivité, les Cubains semblent plus enclin à trouver des moyens de fuir l'île sur le moindre objet gonflable qu'à terminer un prototype de voiture solaire. Pourtant, ils ont une sacrée expérience dans la privation.

J'imagine que vous allez ensuite me sortir qu'il y a de bonnes taxes ("incitatives") et de mauvaises taxes ("punitives"), pas comme si tout ça ne se ramenait simplement à des transfers d'argent vers l'Etat! Ca me fait penser aux Inconnus et leur sketch du bon et du mauvais chasseur...

Mais appliquez donc votre propre recette à vous même ou à des proches partageant le même point de vue: doublez volontairement le prix de votre électricité (donnez ce montant à des oeuvres caritative ou à la recherche fondamentale) et dites nous dans quelques mois ou quelques années, en obéissant strictement à ce régime, quelles nouvelles technologies vous avez expérimenté au-dela de la simple privation. Soyez un précurseur!

Si vous vous en sortez trop bien avec un multiplicateur de x2, que vos habitudes ne "changent pas assez", rien ne vous empêche de viser plus haut. Jusqu'à ce que vous soyez totalement incapable de vous payer le moindre Kilowatt-Heure et que, poussé à bout par ces taxes "incitatives", vous (ou les chercheurs bénéficiant de toute cette manne) ne découvriez la téléportation et le voyage dans le temps.

Écrit par : Stéphane Montabert | 26 mai 2011

Cette idée me réjouit parce qu'on ne pourra plus continuer à jouer au jeu de l'avion avec la démographie. Il n'y aura pas assez de "jus" pour tout le monde.

À moins que:

Téléphonie: Limitation drastique du temps de conversation avec les téléphones portables. Pas plus de 3 minutes par appel et pas plus de 3 appels/jours au même destinataire.

Télévision: Téléviseurs limités à 4 heures de fonctionnement par 24 heures (largement suffisant pour voir un téléjournal, une série de merde et un infrarouge).

Eclairage: Interdiction de tous les systèmes d'éclairage non LED. Campagne de promotion massive pour les dîners aux chandelles (pour le bonheur des romantiques et des compagnies d'assurance incendie qui pourront augmenter leurs primes).

Cuisson: Obligation de manger des assiettes froides deux fois par semaine, etc., etc.

Écrit par : petard | 27 mai 2011

@Stéphane:

- vous me sortez le mauvais exemple : Cuba, une dictature, sans argent et qui bloque l'esprit d'entreprise. La Suisse est un pays libre, riche et qui favorise l'initiative. Comparons ce qui est comparable.

- je ne parle pas de taxe punitive, mais d'incitation. Et nous avons donné l'exemple (modeste je l'avoue). Il y a 15 ans, j'ai fait isoler par double-vitrage un appartement : j'ai pu déduire 50% du coût de mes impôts, car je permettais d'économiser de l'énergie.
Les panneaux solaires ont offet le même avantage, supprimé cette année parce que l'Etat cherche de l'argent en urgence. Les voitures électriques ont offert aussi cet avantage (pour la bimotorisation électrique/essence, je ne sais plus). INCITATIF, pas punitif.

- C'est la pénurie ou la crainte de pénurie qui pousse à l'innovation. La flambée des cours du pétrole à débouché sur les carburants "verts". Ca fait d'ailleurs 30 ans que le Brésil utilise l'éthanol, l'Europe vient de le découvrir... dès que les prix du pétrole ont flambé. Hasard ?

- Je suis pour ma part favorable à ce développement. D'abord pour l'indépendance énergétique (on n'achête pas le soleil), ensuite pour l'inovation. L'homme veut toujours perfectionner ce qu'il a, cela débouche sur des innovations. Prenez un micro-ordinateur Altaïr de 1975 (ça sert à quoi, ce gros truc bleu ?) : 30 ans plus tard, c'est bureautique maison, Internet et hifi numérique. Sans l'inventeur de l'Altaïr - qu'on prenait pour un doux dingue à l'époque, je ne vous lirai pas aujourd'hui :)

Écrit par : paul | 27 mai 2011

C'est amusant comme on retrouve, sur votre blog, tout les réactionnaires. C'est toujours un régale à lire.
Vous parliez du sketch des inconnus, mais pourquoi donc, vous êtes en plein sketch, avec vos suiveurs...
A quand la représentation?

Écrit par : lefredo | 27 mai 2011

Excellent ! Le plus sidérant est l'attitude de la nomenklatura des partis de gauche et des syndicats, par exemple :
http://www.sgb.ch/newsletter-texte/0711_Zimmermann_Sortie-nucleaire.pdf
http://www.roger-nordmann.ch/
http://www.ursulawyss.ch/fr/home.html
http://www.sp-ps.ch/

C'est clairement le triomphe de la caste des bobos bureaucrates sur les authentiques travailleurs, qui vont être les premières victimes de cette politique énergétique, et qui se font donc magistralement escroquer par les organisations sensées les défendre.
Bref, en matière économique (et écologique, vu qu'on va en brûler, du gaz et du charbon), la "sortie de l'atome" s'apparente à du base jump sans parachute, avec espoir d'en bricoler en pendant le vol !

Écrit par : zamm | 27 mai 2011

@Paul: une taxe punitive détruit le pouvoir d'achat. Une taxe incitative détruit le pouvoir d'achat. La seconde s'accompagne théoriquement de subvenbtions, c'est-à.dire une prime de bon élève pour se contorsionner à des réglementations gouvernementales sans intérêt dans un marché libre (car si elles elles en avaient un, alors taxe incitative et subventions deviendraient inutiles.)

Mais comme le grand public semble prêt à gober ces prétextes, on peut s'attendre à une explosion des "taxes incitatives" ces prochaines années. La propagande a de beaux jours devant elle.

Pensez-vous que les pays avec le plus de brevets soient ceux avec le plus de redistribution?

@Petard: comme beaucoup vous percevez uniquement la consommation d'électricité domestique, mais ce n'est qu'une petite partie du total. Pensez à votre abonnement général, qui prendra l'ascenseur bien plus vite qu'actuellement (parce que les CFF sont de gros consommateurs d'énergie.) Pensez à toutes les entreprises sur le carreau ou délocalisant à cause du manque de compétitivité helvétique. A la Migros les produits seront plus chers parce que la livraison aura coûté plus et que les frais de fonctionnement du magasin auront augmenté, etc.

Chômage et perte de pouvoir d'achat sont les deux conséquences d'une énergie chère.

Donner le baiser de la mort à la politique énergétique est un moyen comme un autre de tuer la prospérité helvétique, contre laquelle la socialistes et écologistes sont en guerre. Et maintenant le PDC aussi semble-t-il... C'est une tactique: ils regardent le créneau le plus susceptible de voter "comme il faut", les working poors par exemple, et ensuite ils prennent les décisions nécessaires pour étendre cette catégorie de population.

@zamm: certains se plaignaient de souffrir avec leur assurance maladie, ils n'ont pas encore vu leur nouvelle facture énergétique. Sale temps pour la classe moyenne.

J'aime bien votre parallèle avec le base jump, ça colle assez justement au discours du Conseil Fédéral pour la période transitoire. De grands visionnaires, assurément!

Écrit par : Stéphane Montabert | 27 mai 2011

@Stéphane

M'auriez-vous mal lu ? Je n'ai pas parlé de TAXE, mais d'un crédit d'impôt. Autrement dit, l'Etat m'a donné de l'argent pour payer une partie de mon installation. J'ai donc gagné du pouvoir d'achat (car j'aurai isolé de toute façon mon logement, j'en avais les moyens). Pour l'avenir, je consomme moins d'énergie pour le chauffage en hiver et le refroidissement en été. Là encore, je gagne du pouvoir d'achat.

Je pense aussi au "salarié pauvre", qui à son petit pavillon pas cher, mais pas un centime pour faire des travaux. Un chauffe eau (pour une simple douche) par panneau solaire coûte 6000 euros. Pour du photovoltaique, c'est 25000 euros (plus de panneaux, sans compter les batteries pour la nuit). Ils ne pourront jamais se l'offrir et pourtant, ce sont eux qui en ont le plus besoin. Ils n'aurait plus à payer leur électricité 6 mois par an. Quand on est pauvre, ca compte !

En revanche, puisque vous avez la phobie des taxes, je serai favorable à une taxe (lourde) pour ceux qui gardent de vieux appareils électriques consommant énormément ou des voitures crachant un nuage noir au démarrage, alors qu'il existe une incitation (détaxe) pour un modèle neuf et moins polluant. Un voleur doit rembourser et payer une ammende, un pollueur doit faire de même (sauf s'il n'a pas les moyens de faire autrement que de polluer, évidemment).

Écrit par : Paul | 27 mai 2011

J'oubliais le sujet initial. Nous sommes sorti du charbon par le pétrole, puis du pétrole par le nucléaire. C'est déjà vieillot, le nucléaire : 40 ans au compteur. Il est temps que nos ingénieurs améliorent leur cellule photvoltaique, trouvent comment bien entretenir la fusion de l'hydrogène, fabrique des piles à liquide électrolite pour voiture. Ca fait 40 ans qu'on roupille, en se contentant d'améliorer un peu ce qui existe. Cela me fait penser à ces avions à hélice qu'on essayait d'accélérer en vain à plus de 700 km/H. La solution existait : le réacteur.

Il est temps de faire ce "saut technologique" pour les centrales, les voitures, et d'autres poduits. Si la matière grise ne sert qu'à économiser 2 litres au 100 km en 20 ans, c'est du gachis de neurone.

Écrit par : Paul | 27 mai 2011

L'article concerne moins la sortie de l'énergie nuclaire que la critique une fois de plus du CF.
Concernant les prévisions, il faut être stupide pour prévoir quoi que ce soit sans qu'aucune étude sérieuse ne soit faîte. Est-ce utopique ou réaliste ?

D'abord des études indépendantes rigoureuse et ensuite on peut/doit faire un débat sur la marche à suivre.
Quant au fond, du point de vue de l'indépendance de l'énergie qui est stratégique pour un pays, et des conséquences écologiques pour les générations futures, il n'y pas de doutes qu'il faudrait en sortir.

Cette décision de 2034 est aussi politique. L'UDC étant la parti d'une certaine économie libérale et ultra libérale, se voit de défendre une sortie contre l'avis de la majorité de citoyens pour la satisfaction des autres parti.

Écrit par : poket | 27 mai 2011

@Paul: hélas Paul, je vous ai bien lu - jusqu'au dernier paragraphe de votre premier commentaire, qui s'apparente à un "Salauds de pauvres!" bien senti, juste atténué par une remarque "sauf s'il n'a pas les moyens de faire autrement que de polluer, évidemment".

A vous lire, on croirait que les gens polluent par méchanceté. C'est peut-être une thèse défendue dans certains milieux, mais méfiez-vous: le mieux est l'ennemi du bien. Vous pourriez être le méchant pollueur d'un autre plus jusqu'au-boutiste encore.

Combien d'utopies sont bâties sur le principe du "Si j'y arrive, tout le monde devrait y arriver", n'est-ce pas!

La solution du crédit d'impôt est moins nuisible que le couple taxe + subventions (bien que vous admettiez vous-même que vous auriez isolé votre logement de toutes façons) mais si tout cela sert simplement à expliquer que l'économie d'énergie est souvent rentable, on enfonce les portes ouvertes...

Votre 2e commentaire lance une discussion plus intéressante.

Les centrales nucléaires sont des usines de "basse technologie". La plupart des centrales actuelles ont été construites à une époque où les ingénieurs établissaient encore leurs plans avec des règles à calculs. En 1950, 60, 70, on était très loin des capacités d'optimisation qu'offre l'ingénierie actuelle.

Je vous laisse imaginer les progrès incroyables dont la filière pourrait bénéficier en terme de rendement énergétique, de réduction (voire d'incinération) des déchets, si elle n'était enfermée dans un carcan par idéologie.

Quelle consommation de carburant, quelle production de gaz d'échappements aurait-on aujourd'hui si les voitures devaient encore être équipées de moteurs dont les plans remontent aux années 70?

Les "sauts technologiques" existent mais ils ne se décrètent pas, vous pensez bien!

@Poket: c'est utopique, évidemment. Partant du principe que l'énergie est loin d'être gratuite aujourd'hui - même si c'est l'impression qu'on aura, rétrospectivement, dans quelques années - les gens gâchent peu. Les économies faciles ont été réalisées depuis longtemps. Il ne reste donc à accomplir que des gains à la marge, fort coûteux.

Les gains technologiques à espérer des énergies renouvelables sont extrêmement faibles. Seul le photovoltaïque garde une certaine marge de progression, mais il est à craindre que les gains d'efficacité s'acquièrent à coup de matériaux rares renchérissant le coût des panneaux (y compris leur coût écologique.) Et comme pour les éoliennes, le problème de l'irrégularité de la production reste entier.

Comme il est totalement irréaliste d'imaginer que la Suisse puisse survivre avec une réduction de son approvisionnement de 40% et que les renouvelables ne suffiront jamais à les remplacer, la Suisse augmentera sa dépendance d'avec l'étranger, que ce soit par importation d'électricité nucléaire ou de gaz pour les centrales qu'elle devra construire.

L'UDC prônant une économie forte et l'indépendance de la Suisse (y compris énergétiquement) il est normal qu'elle s'oppose à la décision du CF.

L'anonce du retrait progressif de l'énergie nucléaire est politique, assurément, mais j'irai plus loin: c'est du marketing en vue des élections de décembre.

Écrit par : Stéphane Montabert | 27 mai 2011

En vérité, tout ce débat me rend perplexe. Il y a chez les "pro" et les "anti" trop de mensonges et d'exagérations. Cependant, il faut admettre et se mettre ça bien profond dans le crâne, le nucléaire fissile n'a plus d'avenir et est l'énergie du passé. Ressources en uranium, dangers, déchets, etc.
À partir de là, imaginer une sortie à l'horizon 2030, est-ce raisonnable ? Peut-être que oui, si l'on met les bouchées doubles ou triples pour encourager et développer des alternatives. Peut-être que non, si l'on continue à raisonner comme des "tabourets", ce que les politiques font en ce moment.
S'agissant des CFF, je crois savoir qu'ils disposent de leurs propres ressources hydroélectriques (Emosson), qu'ils sont en train de doubler la capacité avec le projet Nant de Dranse. Il est donc malhonnête de brandir d'alibi CFF et le coût du demi tarif pour fustiger la sortie du nucléaire.
En ce qui concerne les industries, faut pas exagérer non plus. Qu'est-ce qu'il nous reste comme industries bouffeuses d'électricité? Les banques, les assurances, les bureaux de conseil en engénierie, les consultants en ceci ou celà ? Ah je vois, les montres et l'industrie des machines, les pharma et l'aluminium... Mais bon sang, ces industries qui proposent de la très forte valeur ajoutée, ne justifient pas leurs prix sur la base du coût de l'électricité.
Enfin, la Migros et les autres distributeurs... Ils n'ont pas attendu la sortie du nucléaire pour mettre la pression sur les agriculteurs et autres producteurs. Exemple: 1 tête de bétail de 300 kg est achetée entre 3 et 4 francs le kilo au producteur, rendement 50% = 150 kg de viande à env. 7 Fr. le kg. Prix du kg de filet à la boucherie Fr. 90.- Cherchez l'erreur !

Comme dit plus haut, cette sortie du nucléaire sera l'occasion de remettre pas mal de pendules à l'heure... Pour moi ce n'est que de la régulation positive.

Écrit par : petard | 27 mai 2011

@Petard: L'humanité n'est de loin pas sortie du nucléaire. En Suisse ce n'est pas acquis, en Europe on fait un peu du sur-place et dans le monde c'est carrément le contraire. Du Brésil à l'Inde en passant par la Chine, la construction de nouvelles centrales est en plein essor.

Ne faites pas de moi un hystérique pro-nucléaire; rien n'est plus faux. Je suis pragmatique. Je pèse le pour et le contre. La Suisse PEUT se passer de nucléaire, je n'ai jamais clamé le contraire. Elle PEUT payer son énergie plus cher, importer de l'électricité nucléaire de l'étranger, souffrir d'un taux de chômage plus élevé, d'une compétitivité internationale moindre, d'une croissance plus faible, d'un pouvoir d'achat réduit. Si elle le veut. Ce sont des options. Des choix.

Des choix intelligents exigent d'être informé en toute honnêteté, notamment au niveau des conséquences exactes. La première règle des économistes compétents est d'aller au devant des conséquences, dans le détail, pour réaliser ce qu'on voit mais aussi ce qu'on ne voit pas. Ce qu'on voit par un abandon de la filière (l'absence de nouveaux déchets, plus de risque nucléaire en Suisse) et ce qu'on ne voit pas (la dépendance énergétique, l'accroissement des coûts et la baisse générale du niveau de vie.)

Clamer qu'on se passera de nucléaire sans conséquences - sans conséquences économiques graves - est une posture aussi mensongère que malhonnête.

Mon exemple des CFF ne vous a pas plu? Lisez donc ce texte alors:
http://www.20min.ch/ro/news/suisse/story/30596695

Je cite:

La demande croissante en énergie, les limites techniques des centrales existantes et l'incertitude quant aux concessions font qu'un abandon de l'atome n'est actuellement guère envisageable pour les CFF, rappelle M.Bisaz [responsable de l'énergie à CFF Infrastructure]
Mais l'entreprise ne peut pas rester à l'écart des grandes tendances: «Si certains pays décident de sortir du nucléaire, les conséquences sur les CFF seront considérables».

Fin de citation.

Considérable, dit-il.

Pensez-vous que la décision n'aura aucune incidence sur le prix de votre abonnement général, vraiment? Si c'est le cas, je regrette de vous l'apprendre, vous êtes naïf.

Et c'est ainsi pour une myriade de phénomènes économiques dont on ne commencera à saisir l'ampleur que lorsqu'ils se révèleront au grand jour, avec la hausse du prix de l'énergie. Tout ce qui est livré, fabriqué, entretenu en Suisse sera grevé de nouveaux coûts - soit à cause du renchérissement de l'électricité, soit par les "mesures incitatives" qui l'accompagnent.

Ce ne sont pas les banques qui souffriront, non. Mais tout le monde ne travaille pas dans une banque. Il y a des entreprises industrielles en Suisse, et elles souffrent déjà d'un coût de main-d'oeuvre très élevé. Il ne faut pas être grand clerc pour deviner que certaines feront faillite et d'autres jetteront l'éponge en délocalisant leur production.

Là encore, les cols blancs s'en sortiront pendant que les employés peu qualifiés se prendront la vision écologiste de plein fouet.

Mais ce sont des choix, dis-je. Des paris sur l'avenir.

Peut-être les Suisses sont-ils joueurs, finalement.

Sur ce coup-là, ils jouent gros.

Écrit par : Stéphane Montabert | 27 mai 2011

"150 kg de viande à env. 7 Fr. le kg. Prix du kg de filet à la boucherie Fr. 90"

Il y a combien de kilos de filet dans une vache ? Réponse : entre pas beaucoup et très peu.

Écrit par : Robert Marchenoir | 28 mai 2011

@Stéphane Montabert
Le 8 mai 2011, dans 20 minutes on a pu lire ceci:

«Les CFF viennent d’approuver une nouvelle stratégie en matière d’acquisition de leur énergie. Selon Andreas Meyer, le patron de l’ex-régie fédérale, cité dans «Der Sonntag», «cette nouvelle politique consiste à réduire de façon continue notre dépendance à l’égard de l’électricité produite par les centrales nucléaires, qui est actuellement de 25%». Il poursuit en déclarant que l’objectif des CFF est clairement de sortir du nucléaire. «Aujourd’hui, nous consommons 75% d’énergie renouvelable, ce qui est considérable.»

Plus loin M. Meyer précise:

«D’ici à 2015, nous voulons réduire de 10% la consommation d’énergie que nous prévoyons pour cette année». L’année dernière, les CFF avaient déjà réussi à économiser 119 GW grâce à leur programme d’optimalisation. «Ce chiffre correspond à la consommation annuelle de 30000 ménages.»

Il y a deux possibilités:
- Soit 20 Minutes se prend les pieds dans le tapis, interprète et écrit n'importe quoi;
- soit à la tête des CFF on a un sérieux problème de communication.

En tous les cas où ils ne cafouillent pas, c'est quand il s'agit d'augmenter les prix, avec ou sans nucléaire.

Écrit par : petard | 28 mai 2011

«La première règle des économistes compétents est d'aller au devant des conséquences, dans le détail, pour réaliser ce qu'on voit mais aussi ce qu'on ne voit pas.»

«Peut-être les Suisses sont-ils joueurs, finalement.»

Bien vu!

Sauf qu'il y a des Suisses qui ne partagent pas du tout, mais pas du tout les mêmes théories s'agissant des règles de jeu.

Il y en a par exemple qui pensent comme-ça:

«une augmentation des actifs ne donnera que provisoirement un peu d’air aux assurances sociales: dès qu’ils atteindront eux-mêmes l’âge de la retraite, seule une immigration encore plus massive permettra de payer les retraites de tous (...)» (extrait de la motion Brändli où il explique les règles du jeu de l'avion...)

Et d'autres joueurs comme les élus du PLR, qui voient dans l'immigration massive une aubaine pour la croissance é-co-no-mique...

Mon oeil, ouais!
surtout pour le pouvoir économique des petits copains qui, en mettant la pression sur les salaires, pourront se mettre à l'abri quand tout ira dans le mur. À ce moment-là ça sera: circulez, y'a rien à voir, tirons-nous aux Bahamas jouons au golf et démerdez-vous!

On s'en souvient trop bien des petits et grands génies de l'économie lors de la crise de l'UBS et de celle du CS embourbé avec des fonds de placement foireux. Vous y pensez à tous ces petits épargnants qui ont paumé leurs économies? À toutes ces "petites" personnes qui ont joué réglo et qui se sont fait plumer par ces grands cerveaux.

Alors Stop avec les prévisions de ces génies en encravatés, "natelisés", "bonus-isés" et profiteurs de l'argent des autres.

Écrit par : petard | 28 mai 2011

@petard: "Il y a deux possibilités:
- Soit 20 Minutes se prend les pieds dans le tapis, interprète et écrit n'importe quoi;
- soit à la tête des CFF on a un sérieux problème de communication."

J'en vois une troisième: les CFF sont une régie publique obéissant docilement aux positions changeantes du Conseil Fédéral.

Lorsque le nucléaire est envisageable, il est indispensable; et lorsqu'il devient interdit, eh bien, on se débrouillera autrement. Pour les CFF comme pour le reste, ils peuvent sortir du nucléaire _autochtone_ demain si vous voulez...

...Mais pas d'inquiétude, le résultat se retrouvera sur la facture des clients.

Écrit par : Stéphane Montabert | 28 mai 2011

Il y a dans Le Matin Dimanche de ce week-end, en page 9, les explications sur les coûts de la sortie du nucléaire et pourquoi à court terme (même avec le nucléaire opérationnel) l'addition prendra l'ascenseur.

Rien que l'effet d'annonce, le spectre du manque et autres inquiétudes ont pour corollaire des risques de flambée des prix.

Si demain des farfelus arrivaient à répandre une psychose générale quant à un risque majeur de rupture de la Grande Dixence, nul doute que très rapidement les électriciens profiteraient du créneau pour faire grimper les prix.

C'est p'être un peu caricatural, mais c'est la manière de fonctionner des types d'économies dont les clients sont les captifs.

Il me semble que c'est ici que la politique a son rôle à jouer en matière de régulation. C'est valable pour les chemins de fer, le gaz, l'électricité, les câblo-opérateurs et les assurances obligatoires.

Écrit par : petard | 29 mai 2011

" On s'en souvient trop bien des petits et grands génies de l'économie lors de la crise de l'UBS et de celle du CS embourbé avec des fonds de placement foireux. Vous y pensez à tous ces petits épargnants qui ont paumé leurs économies? "

Sauf en cas de placements de leur économies, je ne voit pas ce qu'ont pu perdre les petit épargnants qui avaient économisés 5 ou 10'000 francs sur un compte épargne à l'UBS. Et en plus, il y avait un fond de garantie étatique de 50'000 francs par épargnant qui auraient tout perdu en cas de faillite. ( je crois même qu'il fut augmenté à 100'000, mais j'en suis moins sur ) Ce sont bien les petits épargnants qui n'auraient rien perdu.

D.J

Écrit par : D.J | 31 mai 2011

En cas de faillite de la banque, les dépôts étaient garantis à hauteur de 30'000 CHF (Depuis augmentée à 100000.-, ce n'est pas encore définitif). Cette somme est versée immédiatement après le jugement de faillite par l'Association suisse des banquiers. En effet, par la convention interbancaire sur la protection des déposants, les banques suisses se sont engagées solidairement à mettre immédiatement à disposition les fonds nécessaires.

Seuls les dépôts effectués auprès de Postfinance (compte postal suisse) bénéficient d'une garantie à 100% de la Confédération helvétique.

Ne sont pas concernés les petit épargnants qui ont investit leur avoir dans d'autres produits bancaires. Par exemple des actions.

Écrit par : pensif | 06 juin 2011

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