30 mai 2011

Euro: l'heure de vérité approche...

On se résigne lentement à une restructuration de la dette, mentionnais-je il y a quelques jours. Le rythme s'est accéléré.

L'évolution est si rapide, en fait, que le FMI pourrait ne pas verser son aide à la Grèce dès le mois de juin. Les inquiétudes du commissaire européen aux affaires économiques Olli Rehn, dans l'hebdomadaire Der Spiegel, n'ont rien de la petite phrase lâchée par inadvertance; elles ont été partagées par Jean-Claude Junker, président de l'Eurogroupe.

Pourquoi?

privatisation-non.jpgLa faute est bien sûr attribuée à Athènes, coupable de ne pas privatiser assez vite certaines infrastructures ou certains services publics pour retrouver de l'argent frais. A la décharge du gouvernement grec, ce n'est pas facile de vendre au mieux des actifs du jour au lendemain dans un climat de quasi-insurrection... Mais de toutes façons, ces explications conçues comme des avertissements ne sont destinées qu'à garder la face.

La raison réelle est nettement plus simple: sous sa forme actuelle, la dette grecque est insoutenable.

Les divers plans de rigueur et de restructuration proposés par le gouvernement grec jouaient sur plusieurs tableaux: moins de dépenses, plus de rentrées fiscales, mais surtout deux aspects essentiels:

  • le retour progressif au marché pour le financement des emprunts de l'Etat grec.

Avec des taux toujours aussi prohibitifs sur le marché de la dette, le deuxième point est inenvisageable. Les marchés ne croient tout simplement pas que la situation grecque va se stabiliser. Les taux grecs restent délirants.

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Taux grecs à deux ans. Cours du jour. Entre 24 et 26%...

Si certains ajustements étaient attendus dans la durée (les gouvernements faisant souvent preuve d'un optimisme exacerbé sur les questions de croissance) l'impossibilité pour l'Etat grec de revenir sur le marché de l'emprunt sonne le glas de tout espoir de sortie de crise. On n'est pas dans une divergence sur quelques réglages annexes. C'est à peu près la moitié du plan qui tombe à l'eau!

La Grèce va restructurer sa dette. C'est inévitable à brève échéance.

Le FMI et l'Europe se retrouvent donc au pied du mur.

Faut-il continuer à faire comme si de rien n'était? Verser les fonds prévus à la Grèce en proclamant que tout va bien, alors que personne n'est dupe, et finalement ne jamais revoir cet argent? On dirait une répétition du scénario de la banque la plus stupide du monde. Mis à part le maigre espoir de passer des vacances d'été dans une tranquilité relative, on ne voit pas très bien quel serait le but de l'opération. Mais cela ne les empêche pas d'essayer:

Les pays de la zone euro ont commencé à préparer en secret une extension de la maturité de la dette grecque, a rapporté il y a deux jours un quotidien néerlandais, même si dirigeants européens et agences de notation ont répété qu'une restructuration ne ferait qu'empirer les choses.

 

Il y a encore des divergences en coulisse sur la conduite à tenir. L'acharnement à maintenir les apparences d'une situation maîtrisée ne s'explique que par la peur panique qu'un défaut grec ne fasse exploser quelques banques - comme Dexia, très exposée.

Lorsque la restructuration de la dette grecque sera annoncée, on assistera à nouveau à une crise interbancaire où chaque établissement réévaluera prudemment la solvabilité du moindre interlocuteur à qui il confie de l'argent, exactement comme aux pires heures de la crise des subprimes. Et là, les Etats européens, exsangues, ne pourront pas généreusement se présenter comme prêteurs de dernier recours.

Les notes des Etats et des banques seront abaissées, entraînant une nouvelle cascade de hausse des taux d'intérêts sur des économies pas vraiment au beau fixe.

Finalement, le défaut grec - même présenté comme une solution "douce" et "raisonnable" - sonnera le glas de la cohésion et de la solidarité inhérentes à la construction de l'union monétaire européenne. Des pays de la zone euro auront abandonné un des leurs, balayant les dernières illusions de ceux qui voyaient la zone monétaire comme une entité unique. Les suites seront dramatiques pour les pays les plus exposés, comme l'Espagne, le Portugal, l'Irlande, eux aussi susceptibles d'une sortie à la grecque. Au bout du compte, l'interrogation est lourde de conséquences:

A partir du moment où la zone euro se débarrasse des poids morts, où s'arrêtera-t-elle?

Si vous pensiez que les points forts de l'actualité de 2011 se résumeraient à Fukushima ou à la mort de Ben Laden, attendez de voir ce qui va se passer d'ici la fin de l'année.

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Commentaires

Au fond, qu'est-ce que les banques, quelles qu'elles soient, ont encore ä faire avec l'économie réelle ? Et qu'est-ce que la soit-disant "élite" nationale ou mondiale a encore à faire avec la "racaille" que nous sommes ?
En quoi un peuple quelconque devrait-il se sentir solidaire des conneries commises par ses dirigeants ? De quoi est-il question ici ? D'un Berlusconi qui passe plus de temps avec ses gonzesses qu'avec les problèmes de voirie à Naples, ou d'un Sarko qui reçoit un Gadhafi en grandes pompes avant de lui envoyer ses hélcoptères, ou d'un Obama qui a besoin du meurtre d'un Osama pour se faire réélire et qui paie ses dettes en monnaie de singe ? Ou d'un DSK qui se conduit comme un gros porc ?
Nous devons tous témoigner le plus grand respect pour le peuple islandais, qui a le cran d'envoyer toute cette mafia au diable. Ces gens méritent tout notre soutien moral et matériel. Et j'espère que cet exemple fera tache en Europe et de par le monde.

Écrit par : J.C. Simonin | 31 mai 2011

@J.C. Simonin: l'opposition entre économie financière vs. économie réelle est une escroquerie intellectuelle inventée par des éditorialistes et des politiciens de piètre compétence, pour vilipender des mécanismes financiers auxquels ils ne comprennent rien (à mon humble avis).

Votre mépris affiché pour des élites qui n'ont jamais aussi peu mérité leur nom a quelque chose de sympathique, mais ne règle en rien les problèmes en cours.

La crise financière grecque aura des effets très réels sur tous les Grecs, qu'ils aient voté pour ou contre les gouvernements successifs, et même s'ils ont choisi l'abstention. Et elle aura aussi des effets sur les Portugais, les Espagnols, les Français et même les Suisses, qui ne sont encore moins responsables de la gestion du gouvernement héllène.

C'est lorsque la crise grecque va vraiment "dérouler" que chacun saisira l'ampleur des ramifications économiques du phènomène; et la frontière entre économie financière et économie réelle semblera plus illusoire que jamais.

Finalement, vous donnez une interprétation toute personnelle au vote islandais - c'est votre droit le plus strict - mais je vous invite à en lire une petite analyse de M. Bénard sur le sujet:
http://www.objectifliberte.fr/2010/03/islande-vote-non-a-93-pct.html

Écrit par : Stéphane Montabert | 31 mai 2011

"En quoi un peuple quelconque devrait-il se sentir solidaire des conneries commises par ses dirigeants ? "

C'est le peuple entre autre qui profite des dépenses publiques. Comme les retraites à 60 ans voire moins, les aides sociales trop généreuses versées sous forme d'arrosoir ou encore une fonction publique trop obèse par un nombres inutiles de fonctionnaire.

J'ai rarement vu une population manifester en disant à son gouvernement de stopper les dépenses publiques avant que cela soit trop tard.

il est vrai que le gouvernement grec à truqué les comptes publiques. Mais cela ne change rien au fait qu'ils ont de toute façon dépensé sans compter.

Pour la petite histoire, ce sont les spéculateurs qui ont fait découvrir la supercherie du gouvernement grec, le jour ou ces derniers se sont aperçus que l'Euro grec n'avait plus la même valeur sur les marchés financiers des changes que l'Euro allemand ou Hollandais.

D.J

Écrit par : D.J | 31 mai 2011

"Et qu'est-ce que la soit-disant "élite" nationale ou mondiale a encore à faire avec la "racaille" que nous sommes ?
En quoi un peuple quelconque devrait-il se sentir solidaire des conneries commises par ses dirigeants ? "

Au dernières nouvelles, en tout cas pour la France, le peuple se goinfre depuis Mai 68.. Tout a une fin.
L'étrange, c'est que malgré ces milliers de milliards claqué, nos français n'ont pas du tout eut l'optimisme et la joie de vivre des Anglais (par ex).
Si ça se trouve, le socialisme, ca marche pas, tout simplement.................................................

Écrit par : Nicolas | 31 mai 2011

Ne serait-il pas en ce moment de crise mondiale - crise de société autant que crise financière - l'occasion de se demander où va le monde et de se poser quelques questions d'ordre fondamental ? Par exemple: Pourquoi bosse-t-on en premier lieu ?
On bosse pour payer un loyer fixé sur la base d'une monstueuse spéculation foncière. Le remède consiste en une nationalisation du sol, le sol appartenant à l'Etat, qui percevrait une taxe foncière remplaçant largement l'impôt sur le revenu, la TVA et toute une bureaucratie aussi coûteuse qu'incompétente.
On bosse pour financer un système de santé qui serait largement superflu, si l'on donnait à la racaille dont je fais partie une chance de vivre vraiment sainement, sans se tuer au boulot. A témoin ces suicides dans les usnes françaises,mais aussi le terrible burn -out chez beaucoup de travailleurs en Suisse et ailleurs.
On bosse pour financer une système de "défense" gigantesquement coûteux et qui ne sert strictement à rien: une définition de la Guerre Froide : la confrontaton de deux blocs, de plus en plus semblables, défendus par des armées sans motivation, avec des armes qui ne peuvent être employées sans risquer la fin de l'humanité, contre un danger qui n'a jamais existé.
On bosse pour assurer la "Croissance". La Croissance - majuscule s.v.p. - a remplacé le culte de Jésus, du Buddha, de Mohammed etc... la Croissane - majuscuole s.v.p. - est notre religion, le rapport trimestriel des entreprises est le Credo. Or, il est avéré qu'à lexception de quelques algues dans les fonds marins,et les crocodiles, la seule chose qui croît indéfiniment est le cancer, qui finit tôt ou tard par détruire son hôte. Et l'humanité se comporte de plus en plus sur cette Terre comme un cancer. Une personne qui a besoin de 2.500 calories par jour en moyenne pour bein fonctionner physiquement et mentalement est exactement aussi mal nourrie avec 2.800 calories qu'avec 2.200.
Du temps de Jésus, il y avait quelque 600 millions d'êtres humains sur Terre. En 1850 environ, on est arrivé au premier milliard. A l'école, dans les années 40, j'ai appris qu'on était deus milliards et quart. Maintenant, 60 ans plus tard...
Alors, qu'est ce que Berlu, Sarko, OBSama, DSK et les autres guignols viennent faire là-dedans ? Ils n'apportent aucune solution, ils font partie intégrante du problème.
La Grèce est un symptome. Les rassemblements en Espagne et ailleurs sont une saine réaction à la politique de ces guignols. le moment est venu pour les peuples de prendre leurs destins en main

Écrit par : J.C. Simonin | 31 mai 2011

La dictature du peuple par le peuple, il me semble que cela me dit vaguement quelques chose.

Écrit par : pensif | 07 juin 2011

Tiens, les Allemands ont lâché le gros mot: RESTRUCTURATION.

http://www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?num=1dfd8e2e0a616ead15d58310fae3ac7d

Pardon, allonger les délais de sept ans (!) sans changer les taux d'intérêt:

"Le ministre allemand des Finances a conditionné mercredi une aide financière supplémentaire à la Grèce à une participation accrue des créanciers privés à l'effort, par le biais d'une restructuration de la dette.

Dans une lettre aux plus hauts responsables s'occupant de la crise de la dette, dont l'Associated Press a obtenu une copie, Wolfgang Schäuble propose d'allonger de sept ans les délais de remboursement de la dette afin de donner plus de temps à la Grèce pour réformer son économie.

La Banque centrale européenne (BCE) s'est opposée par le passé à une telle mesure, estimant que cela pourrait ébranler le système financier européen. Les agences de notation ont prévenu que cela pourrait être considéré comme un défaut de paiement. [Meuuuuuh non, c'est une simple question de vocabulaire tout ça!]

M. Schäuble a notamment adressé sa lettre au président de la BCE, Jean-Claude Trichet, et au directeur général par intérim du Fonds monétaire international (FMI), John Lipsky. Il y propose d'échanger les obligations grecques existantes contre de nouvelles obligations arrivant à échéance sept ans plus tard.

Menacée de faillite du fait d'une dette abyssale, la Grèce a bénéficié d'un plan de sauvetage de 110 milliards d'euros de l'Union européenne et du FMI l'an dernier mais a toujours du mal à emprunter de l'argent sur les marchés privés qui trouvent le risque trop élevé."

Je devrais proposer ça à mon banquier pour mon hypothèque, je suis sûr qu'il approuverait avec joie ce petit amendement à mon contrat!

Écrit par : Stéphane Montabert | 08 juin 2011

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