30 mai 2011

Euro: l'heure de vérité approche...

On se résigne lentement à une restructuration de la dette, mentionnais-je il y a quelques jours. Le rythme s'est accéléré.

L'évolution est si rapide, en fait, que le FMI pourrait ne pas verser son aide à la Grèce dès le mois de juin. Les inquiétudes du commissaire européen aux affaires économiques Olli Rehn, dans l'hebdomadaire Der Spiegel, n'ont rien de la petite phrase lâchée par inadvertance; elles ont été partagées par Jean-Claude Junker, président de l'Eurogroupe.

Pourquoi?

privatisation-non.jpgLa faute est bien sûr attribuée à Athènes, coupable de ne pas privatiser assez vite certaines infrastructures ou certains services publics pour retrouver de l'argent frais. A la décharge du gouvernement grec, ce n'est pas facile de vendre au mieux des actifs du jour au lendemain dans un climat de quasi-insurrection... Mais de toutes façons, ces explications conçues comme des avertissements ne sont destinées qu'à garder la face.

La raison réelle est nettement plus simple: sous sa forme actuelle, la dette grecque est insoutenable.

Les divers plans de rigueur et de restructuration proposés par le gouvernement grec jouaient sur plusieurs tableaux: moins de dépenses, plus de rentrées fiscales, mais surtout deux aspects essentiels:

  • le retour progressif au marché pour le financement des emprunts de l'Etat grec.

Avec des taux toujours aussi prohibitifs sur le marché de la dette, le deuxième point est inenvisageable. Les marchés ne croient tout simplement pas que la situation grecque va se stabiliser. Les taux grecs restent délirants.

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Taux grecs à deux ans. Cours du jour. Entre 24 et 26%...

Si certains ajustements étaient attendus dans la durée (les gouvernements faisant souvent preuve d'un optimisme exacerbé sur les questions de croissance) l'impossibilité pour l'Etat grec de revenir sur le marché de l'emprunt sonne le glas de tout espoir de sortie de crise. On n'est pas dans une divergence sur quelques réglages annexes. C'est à peu près la moitié du plan qui tombe à l'eau!

La Grèce va restructurer sa dette. C'est inévitable à brève échéance.

Le FMI et l'Europe se retrouvent donc au pied du mur.

Faut-il continuer à faire comme si de rien n'était? Verser les fonds prévus à la Grèce en proclamant que tout va bien, alors que personne n'est dupe, et finalement ne jamais revoir cet argent? On dirait une répétition du scénario de la banque la plus stupide du monde. Mis à part le maigre espoir de passer des vacances d'été dans une tranquilité relative, on ne voit pas très bien quel serait le but de l'opération. Mais cela ne les empêche pas d'essayer:

Les pays de la zone euro ont commencé à préparer en secret une extension de la maturité de la dette grecque, a rapporté il y a deux jours un quotidien néerlandais, même si dirigeants européens et agences de notation ont répété qu'une restructuration ne ferait qu'empirer les choses.

 

Il y a encore des divergences en coulisse sur la conduite à tenir. L'acharnement à maintenir les apparences d'une situation maîtrisée ne s'explique que par la peur panique qu'un défaut grec ne fasse exploser quelques banques - comme Dexia, très exposée.

Lorsque la restructuration de la dette grecque sera annoncée, on assistera à nouveau à une crise interbancaire où chaque établissement réévaluera prudemment la solvabilité du moindre interlocuteur à qui il confie de l'argent, exactement comme aux pires heures de la crise des subprimes. Et là, les Etats européens, exsangues, ne pourront pas généreusement se présenter comme prêteurs de dernier recours.

Les notes des Etats et des banques seront abaissées, entraînant une nouvelle cascade de hausse des taux d'intérêts sur des économies pas vraiment au beau fixe.

Finalement, le défaut grec - même présenté comme une solution "douce" et "raisonnable" - sonnera le glas de la cohésion et de la solidarité inhérentes à la construction de l'union monétaire européenne. Des pays de la zone euro auront abandonné un des leurs, balayant les dernières illusions de ceux qui voyaient la zone monétaire comme une entité unique. Les suites seront dramatiques pour les pays les plus exposés, comme l'Espagne, le Portugal, l'Irlande, eux aussi susceptibles d'une sortie à la grecque. Au bout du compte, l'interrogation est lourde de conséquences:

A partir du moment où la zone euro se débarrasse des poids morts, où s'arrêtera-t-elle?

Si vous pensiez que les points forts de l'actualité de 2011 se résumeraient à Fukushima ou à la mort de Ben Laden, attendez de voir ce qui va se passer d'ici la fin de l'année.

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26 mai 2011

Sortie du nucléaire: l'esbroufe

Hier, en annonçant "une sortie ordonnée du nucléaire", le Conseil Fédéral s'est couvert de ridicule avec les félicitations du jury.

leuthard.jpgLa déclaration a plu: les divers lobbys anti-nucléaire et mouvements écologistes boivent du petit lait. Divers campeurs "résistants" ont même levé le camp, c'est dire. Les médias saluent la décision de concert - il suffit de lire les éditoriaux d'aujourd'hui. Les quotidiens romands applaudissent la sortie du nucléaire, titre d'ailleurs Le Matin.

Attendez. Les quotidiens romands? Quel nombrilisme! Voyons plutôt ce qu'en dit la presse internationale, forcément médusée par un engagement aussi audacieux! Quoique... Pas un écho sur la page d'accueil du Figaro. Rien sur Libération. Le Monde? Nada. Sur Le Point ou de l'Express, silence radio. Bon, c'était un tour d'horizon de la presse française; par acquis de conscience, allons voir ailleurs... Eh bien, c'est pareil. Rien sur le Times, le Corriere della Serra, le Washington Post ou le New York Times. Bigre!

C'est vrai, l'information a été annoncée hier. La Suisse est si loin: il faudra peut-être du temps pour que les rédactions étrangères ne rendent compte de ce qui se passe. Mais tout de même, on ne m'enlèvera pas l'impression tenace que tout le monde s'en fiche.

Pourtant, il y aurait matière à un article. Dans la rubrique insolite, par exemple: comment, en Suisse, un Conseil Fédéral dont le mandat expire dans six mois prétend engager le pays sur une trajectoire portant sur vingt-trois ans après sa dissolution.

Peu probable que les Suisses de 2034 se sentent très liés par des "engagements" pris en 2011 (fussent-ils applaudis par les quotidiens romands), de même qu'aujourd'hui nous nous sentons assez peu liés par les déclarations solennelles du Conseil Fédéral de 1988 - à supposer que quelqu'un s'en souvienne.

nucleaire.jpgAutre angle d'attaque, les médias étrangers auraient pu saluer l'historique décision suisse les protégeant d'une catastrophe nucléaire apocalyptique. Les particules radioactives ne s'arrêtent pas aux frontières, n'est-ce pas? Grâce à Doris Leuthard, entre 2019 et 2034, les voisins de la Suisse seront progressivement libérés du terrible risque d'une fusion de réacteur de Beznau II ou de Leibstadt, consécutive à un tremblement de terre de niveau 8 sur l'échelle de Richter, à un tsunami, et à l'échec généralisé des procédures d'alerte mises en oeuvre par les secours pendant quelques jours ("croisons les doigts pour que ça n'arrive pas d'ici 2019", disent les anti-nucléaires en claquant des dents.)

Mais là encore, peut-être que le retrait du modeste parc nucléaire helvétique de 5 réacteurs ne pèse pas lourd face à la terreur muette qu'inspirent les 7 réacteurs belges, les 9 réacteurs Espagnols, les 10 réacteurs Suédois, les 19 réacteurs anglais ou les... 58 réacteurs français (et d'autres encore.) Des pays qui ne semblent pas trop remettre leur capital de production énergétique en question. Bon sang, c'est à croire qu'ils ne craignent pas un tremblement de terre suivi d'un tsunami! Et pourtant, l'Angleterre est une île, non? La Belgique a des côtes! Ne comprennent-ils pas les risques? Si même Fukushima ne les incite pas à tout balancer par-dessus bord sur un coup de tête, c'est à désespérer!

Remarquez, il ne faut pas trop cracher sur le nucléaire étranger. La Suisse va en avoir sacrément besoin.

Aujourd'hui, deux kilowatt-heures sur cinq produits en Suisse sont d'origine nucléaire; cela n'empêche pas la Suisse d'importer jusqu'à 20% de son électricité à l'étranger, en hiver, lorsque la demande est la plus forte. Je vous le donne en mille: cette électricité n'est pas produite par des éoliennes.

Les pieuses déclarations de Mme Leuthard sur de prétendues économies d'énergie ou une croissance soudaine de la part du "renouvelable" dans le mélange énergétique suisse pour remplacer les 40% promis à disparaître tiennent des gesticulations infantiles. Ce scénario n'a pas le moindre sens. Mais nous sommes en 2011, année électorale. La logique n'a plus court.

En réalité, le Conseil Fédéral n'a guère annoncé que le gel ou le retrait des plans de remplacement des centrales existantes. La "mise hors service à partir de 2019" des centrales helvétiques pourrait être repoussée de 10 ans, pour chaque centrale. Peut-être que certains des réacteurs les plus anciens, comme Beznau I, seront effectivement arrêtés; des centrales à gaz combleront le déficit de production.

atomkraft-nein-danke.jpgBref, le Conseil Fédéral a simplement annoncé que peut-être, dans un horizon lointain, à partir de 2019 ou plus tard encore, si par inadvertance certains labos de recherche sauce développement durable réussissent à développer des processus de production d'énergie applicables à l'échelle industrielle et à peu près viables économiquement, la Suisse pourrait lentement arrêter certains réacteurs nucléaires anciens et les centrales à gaz construites pour leur succéder.

Si le déroulement prévu prend du retard, la Suisse se contentera d'importer davantage d'électricité nucléaire de l'étranger.

La décision est susceptible de changer un nombre indéfini de fois d'ici et après sa mise en application, au gré des majorités au sein du gouvernement et dans les chambres fédérales. Et dans les urnes en votation.

Hum.

A la réflexion, je comprends pourquoi la presse étrangère n'a pas plus mis en valeur l'annonce du Conseil Fédéral; cela ne méritait guère qu'un entrefilet dans les pages économiques. Quelque chose comme: "A partir de 2019, la Suisse pourrait augmenter ses achat d'électricité sur le marché international de l'énergie." Et encore.

En guise de révolution ça tombe un peu juste, en effet.

Mais, tout de même, les militants anti-nucléaire ont gobé le morceau. Et ça, ça méritait une première page.

25 mai 2011

Paille, poutre et illusions

L'écologie survivrait-elle en milieu naturel? S'il n'y avait la complicité de politiciens et diverses manipulations aussi économiques que sociales, la question serait ouverte...

 

Homme de paille. En 2007, un groupe issu du milieu "alternatif" lausannois se lança dans la construction d'une hutte de quatre mètres de haut et 35 mètres carrés en plein centre ville, sur un terrain inconstructible en contrebas de "l'espace autogéré". L'opération était entièrement illégale ; mais comme de coutume, le projet fut enrobé d'un sirop de revendications politico-sociales destinées à semer le doute.

straw.jpgLes bâtisseurs se regroupèrent sous le collectif Straw d'la bale (joli sens de la formule) et prétendirent que la construction avait pour but de promouvoir la "construction alternative" avec les bottes de pailles, bien que personne ne leur ait rien demandé, et surtout pas à cet endroit.

La Maison de Paille devint rapidement une buvette altermondialiste où les journalistes locaux purent mettre à l'épreuve leur indépendance rédactionnelle en sirotant un verre...

La Ville de Lausanne oscilla entre la volonté de faire respecter la loi et l'inévitable écho de sympathie que les militants avaient provoqué chez leurs édiles de gauche. On ne saura jamais quelle aurait été la conclusion de cette étrange cirque où les autorités s'appliquaient à reculons à faire respecter la loi. La guerre molle se termina de façon abrupte avec l'incendie accidentel de la bâtisse - un risque domestique pointé par les autorités dès le départ.

C'était sans compter sur les solides amitiés nouées à cette occasion. Aujourd'hui, les autorités de Lausanne décident de reconstruire une Maison de Paille. Quelle subtile idée! Le lien entre la maison détruite et la Maison de Paille 2.0 est assumé, comme l'explique Jean-Christophe Bourquin:

«Cette réalisation, c’est une manière de se racheter pour la Municipalité.» (...) Un mea culpa tardif, allusion à la réaction «trop carrée» des autorités concernant la maison de paille illégale bâtie par les altermondialistes en 2007, puis partie en fumée début 2008. «Nous ne pouvions réagir autrement, même si nous jugions le principe intéressant.»

 

La différence? Cette fois-ci l'addition est à la charge du contribuable. 1.75 millions de francs.

Les délires du collectif Straw d'la bale étaient illégaux et dangereux, mais ils étaient moins cher...

 

manif.jpgChair à canon. 1000 élèves sèchent les cours à Berne pour "dénoncer le nucléaire":

Près d'un millier d'élèves ont fait l'école buissonnière mardi matin à Berne afin de prendre part à une manifestation contre le nucléaire. Ils ont défilé à travers la ville pendant deux heures et demie, bruyamment, mais de manière pacifique. La manifestation les a conduits de la place de la gare jusqu'au siège des FMB - l'exploitant de la centrale de Mühleberg (BE) - en passant par la vieille ville et la fosse aux ours. De nombreux étudiants brandissaient des calicots portant des inscriptions telles que "Stop à l'atome" ou "Pour des énergies renouvelables", tout en scandant "Weg, weg, Mühleberg". Craie en main, les élèves ont aussi griffonné des slogans anti-nucéaire à même le sol et sur les façades de bâtiments. Le cortège, pour lequel aucune autorisation n'a été demandée, a perturbé la circulation au centre-ville.

 

C'est le printemps! Des centaines d'adolescents braillards renonçant à une matinée d'instruction pour servir de faire-valoir à leurs aînés... Manifestation sans autorisation, perturbations, slogans, banderoles politiques standardisées (apparues comme par magie entre leurs mains) et griffonnage sauvage - avec de la craie pour l'instant - tout est en place pour que la relève militante soit assurée.

Bien entendu, les journalistes ne s'inquiètent pas trop de la manipulation inhérente à l'opération. A les en croire, le phénomène serait quasiment spontané, comme la pluie un jour de grisaille. Nous sommes à l'ère Facebook! L'idée qu'un groupe utilise Facebook comme outil de propagande appartient sans doute à la science-fiction. Qui pourrait être à l'origine d'un détournement politique de la jeunesse? On se demande.

Le mouvement a notamment été encouragé sur Facebook, par le biais d'une page intitulée "la jeunesse fait grève". Celle-ci soulignait l'importance pour les élèves de faire entendre leurs voix sur la question nucléaire. Plusieurs partis et organisations soutenaient aussi la manifestation, dont l'Entente verte de la ville de Berne ainsi que les Jeunes socialistes de la ville et du canton.

 

Pur hasard. Ils ont dû découvrir le projet de manifestation le jour même. Et ils passaient par là avec une camionnette de livraison de matériel de propagande, et ils ont décidé sur un coup de tête de le distribuer aux jeunes manifestants...

Bref: les Bernois ont eu mardi le plaisir de voir, depuis les fenêtres des bureaux où ils triment pour gagner leur vie, leurs propres enfants brailler dans une sympathique formation au militantisme grandeur nature. Sans doute une réforme du programme scolaire avant l'heure?

 

photov.jpgLe photovoltaïque, c'est pas automatique. La "filière verte", les énergies renouvelables "profitables" et autres "gisements d'emploi" liés à l'économie écolo-bobo-consciente ont du plomb dans l'aile, en France pour commencer. La faute à la crise financière dans laquelle se trouve l'Etat français, l'obligeant à fermer le robinet de certaines subventions, parmi lesquelles le principal intérêt de la filière photovoltaïque: le rachat de l'électricité produite par ERDF à un prix supérieur au marché. Comme l'explique France-Info, le photovoltaïque est sous le soleil de la crise.

Depuis quelques mois le secteur de l’énergie solaire connaît des difficultés. Des entreprises spécialisées dans les panneaux photovoltaïques ont décidé de se serrer les coudes pour faire face aux nouvelles règles imposée par l’Etat.

Le ciel s’assombrit pour la filière des panneaux des photovoltaïques... Le secteur est entrain de souffrir voire même de mourir à petit feu. En cause: la fin de l’obligation pour l’ ERDF de racheter l’énergie solaire des particuliers.

Lâché par son meilleur allié l’état (sic), des entreprises, fabricants et producteurs se sont réunis au sein d’une association «Touche pas à mon panneau solaire» avec comme objectif de faire valoir une énergie totalement inépuisable et renouvelable à l’infini, celle du soleil.

 

Inépuisable et renouvelable à l'infini - sauf les subventions qui vont avec, et qui sont la seule façon de rendre viable leur activité.

Toute cette histoire est un classique franco-français:

  1. Une filière industrielle se crée et se développe sur une profitabilité artificielle à base d'argent gratuit.
  2. Du jour au lendemain l'Etat change les règles du jeu, faisant vaciller la fragile construction économique.
  3. On assiste ensuite à la formation d'un lobby qui viendra plaider à la cour du roi pour l'extension de ses privilèges, sur le principe du les-temps-sont-durs-mais-notre-secteur-d'activité-devrait-rester-prioritaire-Sire. Mais sur ce créneau la concurrence est rude, et face à la grogne des estomacs et des caisses vides, pas sûr que le photovoltaïque soit en tête de liste.

lestarifsdachatsdellectricitphotovoltaque.gifOn voit en passant les limites du "renouvelable profitable" dont les écologistes nous serinent les oreilles sur tous les tons, passant sous silence que la profitabilité n'existe qu'à travers les poches des contribuables.

Outre le tableau de tarif de rachat ci-contre, mis à mal alors qu'on est encore en 2011 (cliquez pour l'agrandir), je ne résiste pas au plaisir de vous livrer la "formule de réindexation annuelle" de ces tarifs. C'est encore une fausse promesse de l'Etat français - la réindexation annuelle se dirige nettement plus vite vers zéro - mais la formule vaut son pesant de cacahuètes:

Tous ces tarifs sont réindexés à chaque date anniversaire de la prise d’effet du contrat d’achat, par l’application du coefficient L défini ci-après :

L = 0,8 + 0,1 (ICHTrev-TS/ ICHTrev-TS0) + 0,1 (FM0ABE0000/ FM0ABE00000)

ICHTrev-TS est la dernière valeur définitive connue au 1er novembre précédant la date anniversaire de la prise d’effet du contrat d’achat de l’indice du coût horaire du travail révisé (tous salariés) dans les industries mécaniques et électriques ;

FM0ABE0000 est la dernière valeur définitive connue au 1er novembre précédant la date anniversaire de la prise d’effet du contrat d’achat de l’indice des prix à la production de l’industrie française pour le marché français - ensemble de l’industrie - A10 BE - prix départ usine ;

ICHTrev-TS0 et FM0ABE00000 sont les dernières valeurs définitives connues à la date de prise d’effet du contrat d’achat.

 

Simple comme bonjour, non? A défaut d'énergie solaire, il reste les usines à gaz!

21 mai 2011

La Grèce face au principe de réalité

Lentement mais sûrement, la froide vérité s'impose. Tant et si bien que je n'ai même pas besoin de commenter cette dépêche, elle parle d'elle-même.

Zone euro/Grèce: on se résigne lentement à une restructuration de dette

Bruxelles (awp/afp) - Comme jadis en Amérique latine, le tabou de la restructuration de la dette est en train de tomber en zone euro, ce scénario étant désormais ouvertement envisagé en Grèce sous une forme limitée en dépit des fortes divisions qu'il suscite.

Après l'avoir catégoriquement exclue pendant des mois, plusieurs responsables européens sont sortis du bois cette semaine pour évoquer l'impensable. Le chef de file des ministres des Finances de l'Union monétaire, Jean-Claude Juncker, l'a qualifiée de "restructuration douce" passant par une forme de rééchelonnement.

Ce n'est plus en Argentine ou au Mexique que la question se pose mais dans la zone euro, pourtant l'une des régions les plus opulentes de la planète mais qui a financé une partie excessive de sa richesse à crédit.

Pourquoi le vent a-t-il tourné pour la Grèce?

Le pays, malgré un gros effort de réduction de déficit l'an dernier, reste en situation budgétaire critique. Son déficit public 2010 a été revu en hausse à 10,5% du PIB, ce qui l'oblige à partir de plus loin pour assainir ses comptes. Dans le même temps, la récession économique est plus forte qu'attendu, du coup les impôts ne rentrent pas suffisamment dans les caisses de l'Etat.

Au final, la Grèce ne pourra retourner comme prévu sur les marchés en 2012 pour emprunter près de 30 milliards d'euros afin de refinancer sa dette.

La sortie du pays de l'Union monétaire n'étant une option pour personne, car elle appauvrirait terriblement la Grèce et menacerait la zone euro toute entière, l'idée de donner plus de temps au pays pour rembourser fait son chemin.

Une restructuration radicale de la dette, qui verrait la Grèce renoncer à en payer une partie, est pour le moment exclue officiellement, même si les marchés sont persuadés qu'il n'y aura à terme d'autre issue: la dette atteint 150% de la richesse nationale.

Les Européens songent plutôt à un "reprofilage" des emprunts contractés auprès des créanciers publics et privés. Les échéances de remboursement seraient repoussées, dans le cadre d'un arrangement négocié avec les créanciers pour éviter un défaut de paiement créant la panique. Avec sans doute en complément de nouveaux prêts européens et du FMI, en plus des 110 milliards d'euros promis l'an dernier.

Une autre option, voisine, serait que les banques créancières acceptent de renouveler leurs lignes de crédit au terme des échéances en cours. Cette solution a été utilisée déjà dans certains pays d'Europe de l'Est lors du pic de la crise financière mondiale.

Quel serait l'intérêt des banques privées' "Si l'alternative est de perdre leur mise au bout du compte parce que la Grèce n'aura pas les moyens de rembourser, elles n'auront pas d'autre choix", parie Ferdinand Fichtner, économiste de l'institut allemand DIW.

Pour en arriver là toutefois, la Grèce va devoir redoubler d'efforts pour assainir son budget malgré la grogne sociale. Ses partenaires exigent plus de privatisations, et vite.

Il reste surtout à vaincre l'opposition de la Banque centrale européenne à toute idée de restructuration, dure ou douce, susceptible, selon elle, de faire paniquer les marchés et de créer un dangereux précédent. La France, en porte-à-faux avec l'Allemagne sur le sujet, est aussi très réticente.

Ces clivages se retrouvent dans les négociations difficiles en cours entre Européens sur les contours de leur futur Fonds de secours, le Mécanisme européen de stabilité financière (MES), appelé à fonctionner mi-2013.

Berlin insiste pour que les banques participent sur une base volontaire à des plans de restructuration en cas de grave crise de la dette, mais doit batailler avec la plupart de ses partenaires et surtout la BCE, opposée à inscrire cela dans le marbre.

 

Voilà. La dette grecque va être restructurée. C'est l'instant critique: si des banques sont trop exposées à la dette grecque, elles sauteront, en provoquant une nouvelle crise bancaire qui dévastera l'Europe financière. Mais au train où vont les choses, nous saurons vite si ça passe ou ça casse...

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19 mai 2011

Justice d'exception contre l'homophobie?

Mardi 17 mai, c'était la journée mondiale contre l'homophobie et la transphobie. Pas de chance, l'affaire DSK, qui aurait mieux convenu à des dates comme le 8 mars ou le 25 novembre, monopolisait l'actualié; mais il restait un peu de place au téléjournal de la TSR pour évoquer le sujet sous un angle original, la sous-estimation des agressions contre les homosexuels.

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(cliquez sur l'image pour voir le reportage)

Malheureusement, Aline Inhofer monta son reportage pour en faire ressortir une thèse correspondant à des opinions sans grand rapport avec le thème initial, la volonté de légiférer pour créer une justice d'exception contre l'homophobie. Les commentaires en voix off de la journaliste ne laissent aucun doute:

Il y a une loi contre le racisme, il y a une loi contre l'antisémitisme, par contre il n'y a aucune protection contre l'homophobie. (...) Et pour les victimes, cette absence de législation est également ressentie comme un manque de reconnaissance.

 

Manque de reconnaissance? A voir. Un examen minutieux de la construction du reportage montre que la journaliste oriente ses interlocuteurs (et les téléspectateurs) pour faire ressortir sa thèse, alors que le problème réel est tout autre, et bien réel: les homosexuels hésitent à porter plainte quand ils se font agresser.

Monica Bonfanti, cheffe de la police genevoise: "Nous savons que le chiffre noir pour ce type d'infraction est très élevé et aujourd'hui, on compte, on estime que seulement 10 à 15% des actes à caractère homophobes sont portés à la connaissance de la police."

Michaël Häusermann, association Dialogai: "Porter plainte, ça veut dire aller à la police ou à la justice que je suis homosexuel, que la nuit je vais peut-être dans un parc pour rencontrer d'autres hommes, donc il y a encore beaucoup beaucoup de gens aujourd'hui qui n'osent pas faire ce pas parce qu'ils ont honte."

 

Le problème est avant tout d'ordre psychologique. Les homosexuels vivent - ou subissent - leur orientation sexuelle comme une transgression; il en va parfois aussi de leur mode de vie tout entier. Ils se retrouvent tout aussi démunis face aux agressions qu'un drogué arnaqué ou d'une prostituée violentée. Lorsqu'on estime vivre en marge des normes sociales, difficile de pousser la porte d'un poste de police pour porter plainte.

On voit mal en quoi une législation criminalisant spécifiquement les agressions anti-gays pousserait tout d'un coup les victimes à plus de combativité. Un homosexuel violenté ne porterait pas plainte parce que son agresseur encourrait trois ans de prison, mais il prendrait la peine de surmonter sa réticence à porter plainte si l'agresseur risquait le double?

Poursuivons notre exemple et supposons qu'un fait de lésions corporelles simples, valant jusqu'à trois ans dans un cas habituel, soit portée à six ans dans le cas d'une victime homosexuelle. Un individu cogne: ça vaut jusqu'à trois ans. La victime est gay; l'agresseur le sait-il? L'agresse-t-il à cause de cela? Et s'il crie "sale pédé" au milieu d'un pugilat avec un hétérosexuel? Et s'il essaye de "casser la gueule d'un gay" mais qu'il se trompe sur l'orientation sexuelle de sa victime? Et si la victime est bisexuelle? Indécise? N'est jamais passée à l'acte? C'est inextricable. Comme l'explique Stefan, barman dans un club gay, la limite est d'ailleurs difficile à tracer entre le vol simple et l'attaque anti-homosexuelle:

C'est toujours les mêmes choses, ils se font tabasser, ils se font agresser verbalement, mais, avant tout et pour tout, c'est pour leur prendre leur carte bleue, leur argent, leurs espèces, ou leurs bijoux.

 

Les législations spécifiques sont dangereuses et contre-productives. En érigeant les gays - ou d'autres - en minorité spécialement protégées par la loi, on dévalorise la majorité. On fait passer l'acte criminel au second plan face à l'appartenance culturelle, ethnique, religieuse ou sexuelle de la victime. On instaure progressivement une justice différenciée où qui vous êtes est plus déterminant sur la peine du coupable que ce qu'on vous a fait.

Une agression violente doit être punie parce que c'est un acte violent, une atteinte aux comportements civilisés; pas parce que la victime a des orientations sexuelles sortant de la norme. Devrait-il être plus "acceptable", aux yeux de la loi, de démolir à coup de pieds le visage d'un bon père de famille traditionnel, plutôt que celui d'un homosexuel?

Ce n'est pas rendre service aux gays que de les singulariser à travers une disposition particulière du code pénal. Si on veut les aider, ce serait plutôt en les encourageant à exercer leurs droits, au lieu de les laisser imaginer qu'ils ne sont pas dignes d'une enquête de police.

16 mai 2011

Dominique Strauss-Kahn: les dix minutes fatales

Il y a toujours eu quelque chose de très aristocratique dans la haute bourgeoisie incarnée par Dominique Strauss-Kahn - jusque dans sa façon de rejouer une version moderne (et nettement plus improvisée) de la fuite de Louis XVI par Varennes.

DSK.jpgPensez donc: à dix minutes près, le vol retour du Paris / New-York d'Air France décollait avec Dominique Strauss-Kahn à son bord. Le politicien socialiste serait confortablement installé en première classe en sirotant un champagne. Il aurait jeté un dernier regard sur la nuit illuminée par les gratte-ciels de Manhattan avant de rejoindre en Europe le cercle des puissants - rencontrant Angela Merkel le lendemain, et d'autres chefs d'Etat tentant d'endiguer la crise de la dette publique. Il se serait présenté aux primaires du PS, qu'il aurait brillamment remportées. Il se serait opposé à Nicolas Sarkozy lors de l'élection présidentielle avec de bonnes chances d'être élu.

A dix minutes près, DSK aurait eu toutes les cartes en main et un avenir présidentiel. Il aurait nié en bloc - comme il le fait aujourd'hui, bien sûr - mais en position de force: avec assurance, dans son costume impeccable, il aurait expliqué que le témoignage d'agression sexuelle dont l'accuse une femme de chambre du Sofitel de New-York n'était que pure invention, voire quelque manoeuvre machiavélique pour le salir. Il aurait été hors de la sphère d'influence de la justice américaine. Il aurait eu des centaines d'amis haut placés pour prendre fait et cause contre des "allégations", sans compter les immunités dont il aurait pu se prévaloir.

Qui sait, il aurait peut-être même tourné l'affaire à son avantage en dénonçant des machinations exploitant ses faiblesses ou un acharnement judiciaire. Il aurait été soutenu par sa femme et ses proches, et même par une bonne partie du peuple français pour qui les histoires de fesses sont rarement à prendre au sérieux (en tous cas certainement pas comme ces Américains qui font "tout un drame" de la moindre incartade...)

Au pire, il aurait pu - avec l'assentiment bienveillant du monde entier - se contenter d'éviter ces fous d'Américains si ceux-ci s'étaient mis en tête de le poursuivre à l'étranger; pour ses dernières semaines à la tête du FMI, il aurait délégué les quelques rencontres prévues avec le gouvernement fédéral ou fait en sorte qu'elles aient lieu hors de sa juridiction.

A dix minutes près, DSK aurait pu avoir un destin à la Polanski.

Mais voilà, l'histoire se joue parfois sur des questions de timing. Dix minutes suffisent à changer la face du monde et le destin d'un homme. Du jour au lendemain, la question la plus brûlante de l'actualité, la volonté de Dominique Strauss-Kahn de se présenter aux présidentielles françaises, n'a plus la moindre pertinence. Obsolète. Périmée. Balayée.

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DSK, la tête des mauvais jours: la police de New-York vient de lui retirer son triple-A.

Comme d'habitude, l'affaire vaut moins par les faits sordides dont elle est issue que par les réactions qu'elle provoque. Chacun y va de son "je-n'aurais-jamais-cru-ça-de-lui-c'est-pas-possible-ce-n'est-pas-le-DSK-que-je-connais" dégoulinant d'hypocrisie, quand on sait que le bestiau trimballe depuis longtemps une certaine réputation. Dans un parcours typique de récidiviste, le faux-pas final a été précédé de nombreux coups de semonce.

En riche et puissant, DSK se livrait à des penchants dont il était peut-être coutumier à travers ses divers déplacements professionnels. Peu de chances d'être inquiété en agressant une soubrette à Lahore ou à Buenos Aires. Mais à New-York, USA, la justice ne fait pas la même distinction entre les gens du peuple et les VIP. A quel moment s'en est-il souvenu? Etait-ce pendant qu'il violentait sa victime? Lorsqu'il lui imposait une fellation? Ou lorsqu'il l'a vu s'enfuir, terrifiée, dans les couloirs de l'hôtel? Quoi qu'il en soit, c'est sans doute à ce moment qu'il a réalisé le danger et s'est enfui de sa suite, en oubliant effets personnels et téléphone portable - impensable pour un directeur du FMI - pour s'engouffrer dans le prochain avion.

Relations sexuelles illégales, tentative de viol, séquestration, c'est pas joli-joli. Il risque quinze ans de prison. Les charges sont sérieuses et l'enquête avancera sans peine, mais d'autres jouent l'air du "voyons-pas-de-précipitation-laissons-l'enquête-suivre-son-cours-présomption-d'innocence", mélopée entraînante mais rarement jouée. Par exemple, dans l'affaire de Berlusconi et du Rubygate: présomption d'innocence? Allons. Bush qui aurait prétendument menti sur les Armes de Destruction Massive en Irak: présomption d'innocence? Voyons, vous n'y pensez pas! Non, la présomption d'innocence est un concept trop généreux pour en accorder le bénéfice à des adversaires politiques...

Mais foin des postures - elles ne sont là que pour les caméras. En coulisse, maintenant que l'éléphant s'est fait choper pour avoir trop joué de sa trompe, chacun a ressorti sa petite calculette pour actualiser les nouveaux rapports de force au sein du PS. Le calendrier est toujours là, et avec lui les primaires socialistes.

Décidément, au train où vont les choses, il est de plus en plus difficile de prédire qui, en 2012, sera au second tour de l'élection présidentielle française.