17 juin 2011

L'euro, bouc émissaire

L'euro n'a pas bonne presse en ce moment. Attaquée de toute part, la monnaie unique européenne est présentée comme le coupable idéal dans la crise que traversent plusieurs pays, comme la Grèce, le Portugal ou l'Irlande. L'euro serait la source de tous les maux.

Et si, au contraire, la monnaie unique n'y était pour rien?

Et si l'euro n'était que l'excuse commode - populiste, même - lancée à la face d'une opinion publique avide de pointer un responsable?


La position va un peu à contre-courant des opinions admises, j'en conviens. Pourtant, il suffit de lire quelques-unes des innombrables analyses sur la crise grecque ou les arguments des critiques de l'euro pour comprendre que quelque chose ne colle pas.

Prenons par exemple l'éditorial du Monde du 16 juin, un journal peu suspect d'ultralibéralisme. Intitulé "Sauver la Grèce, quoi qu'il en coûte", qu'y lit-on?

lemonde.gifSauver la Grèce, oui. Mais comment? Les divisions européennes sur la stratégie à suivre pour éviter que l'économie grecque ne sombre dans le chaos éclatent désormais au grand jour. L'enjeu de ce débat n'est pas mineur : c'est de l'avenir de l'euro qu'il s'agit et, partant, celui de l'Europe.(...)

Il faut, en réalité, regarder plus loin. Eteindre cet incendie-là ne suffira pas : la crise est profonde, et le foyer repartira au premier coup de vent. Une fois sa dette restructurée, la Grèce aura toujours besoin d'emprunter de l'argent sur les marchés pour boucler ses fins de mois. Qui lui en prêtera, et à quels taux? Créer un tel précédent ne risque-t-il pas d'inciter l'Irlande, l'Espagne ou le Portugal à réclamer le même traitement?

 

Passons sur l'appel larmoyant à la survie-de-l'euro-condition-nécessaire-à-la-survie-de-l'Europe, figure imposée dans tout plaidoyer; il est d'ailleurs totalement fantaisiste. L'Europe s'est crée sans l'euro et lui survivra. Une bonne partie des pays de l'UE traversera cette parenthèse de l'histoire sans avoir été touchée par la grâce de la monnaie unique.

Non, l'intérêt de l'éditorial tient dans la phrase en italique. L'objectif ultime d'une "pacification" de la situation grecque semble juste de lui permettre de retourner emprunter sur les marchés financiers, en rassurant suffisamment les emprunteurs pour les laisser délier les cordons de leur bourse. C'était d'ailleurs le seul but des critères arbitraires posés par le Traité de Maastricht.

Faison un détour du côté de l'Indiscible, c'est-à-dire Marine Le Pen. Chaussons nos bottes, allumons nos compteurs Geiger et lisons son programme en 12 étapes pour sortir de l'euro, dans lequel on trouve la "martingale" suivante:

Grâce à [la politique économique de la France sauce Front National] et à la stabilité monétaire [qu'un retour au Franc devrait] rétablir au niveau domestique, nous serions dans un deuxième temps contraints de pratiquer une dévaluation compétitive maîtrisée (acte politique fort et positif pour le pays), tout comme les USA et la Chine la pratiquent actuellement. Cette dévaluation prévisible de l’ordre de 20 à 25 % du Franc aurait plus d’avantages que d’inconvénients.

 

Une "dévaluation compétitive maîtrisée". Intéressant. A quoi pourrait-elle bien servir? Je vous le donne en mille: à réduire le poids de la dette.

MarineLePen.jpgSi la valeur d'une monnaie diminue, la valeur des dettes libellées dans cette monnaie diminue elle aussi, mécaniquement. On peut poursuivre le raisonnement jusqu'au bout: si une monnaie ne vaut plus rien, les dettes dans cette monnaie ne valent plus rien. Les peuples qui ont expérimenté l'hyperinflation peuvent en témoigner: il leur suffisait, comme au Zimbabwe, de sortir un unique billet de cent mille milliards de dollars pour régler toute ardoise!

A moins que celle-ci ne dépasse cent mille milliards de dollars, bien entendu.

Mais cette victoire des cigales sur les fourmis n'est pas sans conséquences. Jouer de la valeur de la monnaie sur un prêt en cours est une forme d'arnaque, et les prêteurs ne s'y font pas prendre deux fois. Ils refusent rapidement de faire crédit ou réclament des taux d'intérêt délirants. Toute épargne est inenvisageable: plus possible de mettre de l'argent de côté pour assurer ses vieux jours. Corollaire, les banques n'ont plus rien à prêter. Le papier détenu dans les coffres est sans valeur. Et pour couronner le tout, l'ensemble des contribuables se retrouve joyeusement dans la catégorie des "ultras-riches" par la magie des barêmes progressifs d'imposition. Cent mille milliards de revenus hebdomadaires, c'est probablement une catégorie élevée de richesse dans le code local des impôts, même si ça ne permet plus de s'acheter une baguette de pain.

Non, malgré des aspects amusants, l'hyperinflation n'est pas une période sympathique. Rappelons-nous de la République de Weimar et de ce qu'elle a engendré auprès d'un peuple allemand déboussolé... C'est sans doute pour éviter ces quelques effets secondaires que Marine Le Pen évoque une dévaluation "maîtrisée", même si l'idée générale n'est pas sans évoquer un gamin jouant avec des allumettes dans un dépôt de dynamite.

barbier.jpgRajoutons un élément au dossier avec un billet du blog de Christophe Barbier, directeur de la rédaction de l'Express, intitulé Le Problème n'est plus Grec:

La crise financière grecque n’est plus ni grecque ni financière. C’est une crise politique de l’Europe tout entière. Sa solution n’est plus financière. Elle est politique. Elle n’est plus à Athènes. Elle est à Bruxelles. L’enjeu est maintenant franco-allemand.

La Grèce ne pourra jamais rembourser ses dettes.

 

Analyse correcte jusqu'ici, mais, patatras! Les bonnes vieilles "solutions" arrivent un peu plus loin:

Les solutions existent, il est urgent d’avoir le courage politique de les mettre en œuvre:

1. Mettre en place un Ministre des Finances européen ;
2. Lancer un « plan Brady européen » qui consisterait à émettre des bons du trésor européen permettant:

- un financement sur 20 ans des problèmes de dette de la Grèce, du Portugal et de l’Irlande.
- un Grand Emprunt européen pour les investissements d’avenir de l’Union.

3. Ces dettes seraient remboursées par la levée d’un impôt européen, une TVA européenne complémentaire d’assise large et de taux modeste (1%).

 

Ben voyons. Le courage politique de la fuite en avant, effectivement, il fallait oser!

La crise suscite des vocations d'économiste honoris causa. Chacun y vient de sa petite solution, de son bidouillage pour sortir de l'impasse. Éjecter la Grèce de l'euro, faire imprimer de la monnaie par la BCE pour acheter des dettes étatiques pourries, dévaluer l'euro, sortir de l'euro en solitaire, fusionner les déficits dans un nouvel ensemble supra-européen... L'imagination ne manque pas, mais toutes ces solutions sont tournées vers un seul but: pouvoir continuer à emprunter.

C'est le fil rouge de tout raisonnement. Les Etats se retrouvent au bord de la faillite parce qu'ils vivent au-dessus de leurs moyens. On ne remet jamais ce postulat en question, on cherche simplement de nouvelles façons de pouvoir emprunter encore.

Appeler ça une "sortie de crise" tient de l'humour par l'absurde.

Le changement d'attitude envers l'euro se comprend mieux à cette lumière. Il était atout, il est devenu carcan.

La lune de miel a duré environ dix ans. Par la magie de l'union monétaire, les Grecs, les Portugais ou les Italiens étaient tout d'un coup considérés par les investisseurs comme aussi fiables que des Allemands, et bénéficiaient pratiquement des mêmes taux.

10yearsBondSpreadOverGermany.png

De la convergence à la divergence -
Comparaison entre les taux nationaux et le taux
allemand
(par décence, la courbe s'arrête mi-2010)

Les gens au pouvoir un peu partout entre 1999 et 2008 on bien su profiter de l'aubaine, et en bons politiciens, ils se sont contenté d'arroser leurs électeurs avec de l'argent emprunté, sans rien remettre en question.

billets.jpegUne crise des subprimes et un ralentissement économique mondial plus tard, les créanciers ont regardé leurs comptes de plus près. Ils ont réalisé petit à petit que de confier de l'argent à Kostas, Mario ou Helmut ne revenait pas tout à fait au même. Incapables de réduire leur train de vie tant en période de vaches grasses qu'en période de vaches maigres, les pays dépensiers ont laissé s'envoler leurs dettes à un rythme affolant. Le doute s'instaura et avec lui, l'écart des taux.

C'est à ce moment que l'euro a cessé de faire partie de la solution pour faire partie du problème. La solidarité européenne a eu bon dos pour continuer la procrastination, mais on arrive au bout de la patience des uns et des autres. Les vieilles solutions - comme une dévaluation assumée - ne semblent pas envisageables au travers d'une monnaie unique. Il est vrai que les Allemands n'ont pas de raisons particulières de tirer une balle dans le pied de leur économie juste pour payer un tour de manège supplémentaire aux Etats grecs ou portugais.

D'une façon ou d'une autre, sous sa forme actuelle, la zone euro est condamnée. Mais il ne faut pas confondre la cause et le symptôme. Ce sont des dettes publiques en roue libre qui ont provoqué la crise de la zone euro, et non l'inverse.

L'euro est une monnaie unique, rien de plus. Cette monnaie n'est pas idéale pour une politique économique irresponsable, mais elle n'oblige pas pas à une telle politique. Ce n'est pas parce que vous conduisez un véhicule mal adapté aux chocs contre les platanes que vous devez immanquablement en percuter un.

On entend de plus en plus ces derniers jours, par Nouriel Roubini par exemple, l'argument selon lequel l'euro souffrirait d'un défaut de conception originel, une "construction bancale" tentant de mettre sous toit des économies différentes, de l'Allemagne industrialisée au Portugal rural - une faiblesse justifiant les problèmes actuels.

L'hypothèse est séduisante. J'y ai moi-même souscrit un moment. Mais elle est fausse.

L'histoire nous offre une pléthore d'unions monétaires couronnées de succès entre des régions aux santés économiques dramatiquement inégales.

Pensons au Deutsche Mark, qui a survécu avec brio à l'union entre la République Fédérale d'Allemagne développée et la République Démocratique d'Allemagne émergeant difficilement d'un demi-siècle de communisme. Mais les Allemands surveillaient leur déficit budgétaire.

Pmonnaie_or.jpgensons au Dollar Américain, qui a scellé l'union monétaire d'états fédéraux aussi disparates que possibles - le nord-est industrialisé, le sud agricole, le centre et l'ouest en friches. Il a traversé la Guerre Américano-Mexicaine et la Guerre de Sécession pour devenir la première monnaie mondiale. Mais le dollar a longtemps été convertible en or, et les constitutions de la plupart des Etats fédéraux interdisaient toute forme d'endettement.

Pensons au Franc Suisse, monnaie unifiant depuis 1850 des régions de plaine industrialisées à des cantons alpins ruraux bien avant toute forme de péréquation financière. Mais le Franc Suisse était convertible en or et les finances de la Confédération sainement gérées.

En quoi les écarts de développement entre la Grèce et l'Allemagne seraient plus insoutenables avec l'euro que les différences régionales entre le nord riche et industrialisé de l'Italie et le sud rural et pauvre sous le régime de la lire?

Les unions monétaires ont été monnaie courante, si j'ose dire, et fonctionnent parfaitement. Il suffit d'adhérer à des règles simples: une monnaie convertible en or (ce qui interdit en principe tout usage de la planche à billets par des politiciens véreux) et des déficits publics interdits ou sévèrement contrôlés.

Cette description ne colle évidemment pas à la zone euro, où nous avons assisté à tout le contraire. Le problème vient de là, pas de la structure des économies des pays membres.

L'euro est une monnaie formidable: il a repoussé la crise de la dette publique de dix ans. Mais son effet enivrant arrive à terme. Aujourd'hui, la fête est finie. La gueule de bois arrive, et elle est à la hauteur de la fiesta passée.

La Grèce va faire défaut. La zone euro va se désagréger. Mais tout cela ne sera qu'un prétexte pour commettre à nouveau les mêmes forfaits économiques - dépenser trop, emprunter, dévaluer, laisser courir l'inflation - au travers de nouvelles monnaies. Il n'y a pas grand-chose à attendre de la classe politique européenne. Le salut viendra peut-être de créanciers qui cesseront de risquer leur argent en le confiant à tort et à travers à des gouvernements incapables de tenir un budget; sinon, nous irons seulement de crise en crise.

L'euro n'est que le bouc émissaire d'une brochette d'économistes de pacotille et de politiciens incapables.

En attendant, la tempête va être terrible.

Commentaires

"L'histoire nous offre une pléthore d'unions monétaires couronnées de succès entre des régions aux puissances économiques dramatiquement inégales."

Sauf que vous comparez ce qui ne peut pas l'être. La Suisse connaît un ministère des Finances de la Confédération et la péréquation financière entre cantons. Ce qui précisément n'existe pas pour l'Europe. Cela a été dit dès la création de l'euro et on n'a pas fini de le vérifier...

Écrit par : Géo | 17 juin 2011

@Géo: Le système de péréquation financière helvétique n'a de base légale que depuis 1959. Et, évidemment, il ne concerne que la Suisse, ce qui nous permet de l'écarter comme raison fondamentale du succès d'une alliance monétaire.

Écrit par : Stéphane Montabert | 17 juin 2011

Mais il en est de même pour vos autres exemples. Il n'est pas possible de disposer d'une monnaie unique pour des pays à politique financière différente. J'entends et je lis les meilleurs experts le dire et le répéter depuis la création de l'euro et leurs raisons m'ont toujours paru fondées. Cela dit, il paraît évident que l'Europe s'est élargie de façon extrêmement inconséquente. On parle de la Grèce, on a des doutes sur la péninsule ibérique, on regarde de travers l'Italie et on se pose des questions sur la France.
Pour mieux éviter de parler de la Roumanie et de la Bulgarie ?
Peut-être bien que Marine Le Pen a tort. Complétement tort ? Demandez aux Allemands...

Écrit par : Géo | 17 juin 2011

Ils sont vraiment impayables, au Monde. Pleurnicheuses en chef d'un pays déjà délabré. Et le pire, c'est qu'ils continuent ! Sinon, votre article appelle à la réflexion, ce qui est déjà mieux que 90% des articles consacrés à l'Euro de ces derniers jours. Articles martelés, devrais-je ajouter.

Écrit par : Courant alternatif | 17 juin 2011

@Courant alternatif: merci.

@Géo: si par "politique financière différente" vous voulez dire saine pour certains et malsaine pour d'autres, alors nous sommes d'accord.

Mais vous noterez qu'aucun pays de la zone euro n'est pénalisé par les marchés pour avoir eu une politique plus vertueuse que la moyenne!

Les Allemands n'ont pas de problème à emprunter, parce qu'ils maîtrisent leurs dépenses publiques - monnaie commune ou pas. Les Espagnols et les Portugais sont en difficultés parce qu'ils ont laissé filé leurs déficits - monnaie commune ou pas.

La Suisse n'a pas de problème à emprunter, parce qu'elle maîtrise ses dépenses publiques - monnaie commune ou pas. La Hongrie est en difficulté parce qu'elle a laissé filé ses déficits - monnaie commune ou pas.

La multiplication des exemples est un peu lourde mais je crois qu'il faut cela pour remettre l'église au milieu du village.

La crise financière actuelle est un problème de dette publique, pas de monnaie.

L'élargissement n'est pas un problème en soi. Les USA ne se sont pas effondrés en étendant leur dollar à cinquante Etats.

Evidemment, élargir l'union monétaire n'a de sens qu'auprès de pays qui sont au moins au niveau des autres. Ce qui répond immédiatement à l'intérêt qu'a l'UE à voir la Roumanie ou la Bulgarie rejoindre l'euro. Ou la Suisse.

Écrit par : Stéphane Montabert | 17 juin 2011

"L'euro n'est que le bouc émissaire d'une brochette d'économistes de pacotille et de politiciens incapables.
En attendant, la tempête va être terrible."
Mais les Européens en seraient-ils arrivés là s'il n'y avait pas eu l'euro ? Les pays du sud ont paru du coup complétement boostés à partir de sa création (sans que je ne me l'explique vraiment, je ne suis pas économiste. Et d'ailleurs, les économistes...). La monnaie unique n'aurait-elle pas favorisé les flux financiers vers le sud dans une ambiance de manque de contrôle central tel que dans les autres communautés que vous avez citées ? Quant on investit en euro, avouez que ce n'est pas la même chose qu'en lires, pesetas, drachmes et autres monnaies quelque peu simiesques...

Écrit par : Géo | 17 juin 2011

@Géo: les pays du sud ont été boostés, en effet, parce qu'ils ont pu emprunter de l'argent avec la caution économique allemande. Mais c'était quand même leur compte qui était débité...

Avant l'euro, la lire, le drachme et autres escudos inspiraient une méfiance méritée sur les marchés financiers. Cela amenait ces pays à faire preuve de discernement et de prudence dans leur émission de dette, simplement parce qu'ils ne pouvaient pas faire autrement. Ils oscillaient toujours dans un équilibre financier fragile, entre développement économique et faillite, mais au moins ils pouvaient dévaluer leur monnaie de temps en temps (et ruiner les épargnants) pour "redonner une marge de manoeuvre" à leur gouvernement dépensier.

A la place, l'euro leur a donné une incroyable bouffée d'oxygène, une nouvelle virginité. Les investisseurs du monde entier leur ont accordé la même confiance (= le même taux) que des Allemands et leur gestion austère du Deutschmark.

Ils auraient pu profiter de ces emprunts à bas prix pour diminuer progressivement leur exposition, en empruntant au minimum et en allouant prudemment les montants économisés par ces différences de taux d'intérêt à la réduction de la dette nette.

Ils auraient pu au contraire profiter de ces taux d'intérêts bonifiés pour emprunter *deux fois plus* et se taper des fiestas monumentales, inonder leurs électeurs de subventions - pour faire pousser des immeubles que personne n'habite par exemple; mais quand l'immobilier va, tout va, pas vrai? - et se payer des réélections aux petits oignons.

Devinez ce qu'ils ont choisi?

Comme toutes les bonnes fables, on s'approche de la fin, et il y aura une morale. Ca ne va pas être sympa, je vous le garantis.

On peut dire aussi que l'euro n'a pas été une bonne idée pour les pays endettés, puisqu'en repoussant le problème, il l'a aussi fait empirer. Mais comme le montre l'attitude de l'UE sur la Grèce, le premier boulon explosif du cercueil, les politiciens préfèrent toujours la fuite en avant à une remise en question de leur modèle keynesien.

Écrit par : Stéphane Montabert | 17 juin 2011

Cette fois-ci, je suis presque complétement d'accord avec vous. Ce que je ne comprends pas bien, c'est "avec la caution allemande". Quel est finalement le rapport entre la bonne santé économique de l'Allemagne avec les emprunts grecs ? Les pays du sud pensent-ils vraiment que l'Allemagne va payer pour eux ?
Je ne sais pas ce qui va se passer mais je crains que vous n'ayiez raison : "En attendant, la tempête va être terrible."

Écrit par : Géo | 17 juin 2011

Tout le monde n'est pas d'accord avec nos points de vue : http://www.atlantico.fr/decryptage/allemagne-economie-competitivite-pib-123080.html

Écrit par : Géo | 17 juin 2011

Je suis d'accord avec l'essentiel de vos propos, mais il me semble que vous faites une erreur ou que vous passez sous silence le point fondamental.

Il me semble déplacé de raisonner en termes économiques.

En effet, l'Euro était un projet politique : entretenir l'illusion d'une nation européenne et agiter la fiction d'un peuple européen. Mettre les peuples européens (notez le pluriel) devant le fait accompli. Ce projet politique va échouer parce qu'il est mensonger : il n'y a ni de peuple européen ni de nation européenne. Et tout cela ne se décrète pas de Bruxelles.

Écrit par : Franck Boizard | 17 juin 2011

A noter que les economiste, hormis le cas grecs ne sont pas mécontent des cas espagnol, portuguais ou italien du moment que c'est sous contrôle.

Lorsque l'euro est très fort, les entreprises sont beaucoup trop pénalisées.
Cette baisse est donc profitable pour les exportations.
Pour la Suisse le risque est que le franc devient un peu trop une valeur refuge.

Et quand on regarde les USA, c'est peut-être un bien cette crise. L'euro serait peut-être devenu une valeur refuge, ce qui aurait bien entamé la reprise même chez les allemands.

Écrit par : moket | 17 juin 2011

@Géo: l'Allemagne n'a pas pour ambition de dominer l'Europe - pareils sentiments lui sont définitivement interdits. Au contraire, elle se sacrifie financièrement sur l'autel de la solidarité européenne. La survie de l'euro dépendra uniquement de l'intensité du sentiment d'expiation inscrit dans la culture allemande depuis la Seconde Guerre Mondiale.

"Quel est finalement le rapport entre la bonne santé économique de l'Allemagne avec les emprunts grecs ? Les pays du sud pensent-ils vraiment que l'Allemagne va payer pour eux?"

Oui à la deuxième question. Quant à la première, c'est dû au sentiment de convergence: lors de son adoption, l'euro a donné l'illusion aux acteurs économiques que l'Europe était sur la voie d'un nivellement par le haut, sur le modèle allemand. L'illusion aura duré quelques années.

@Franck Boizard: je ne me suis pas lancé sur le thème du "projet politique" parce que c'est un lieu commun. Le deutschmark consécutif à la chute du mur de Berlin était un projet politique, tout comme le dollar, la livre britannique, le franc suisse, la lire lors de la création de l'Italie...
En fait, j'aimerais bien un exemple de monnaie, de moins de deux siècles disons, n'obéissant pas à un projet politique?

Il est vrai que l'euro s'est fait sans (ou contre) l'avis des peuples, bien dans le style antidémocratique de l'Union. Mais cette marque de naissance n'en fait pas ontologiquement une monnaie viable ni vouée à la disparition. Comme la divergence des taux d'intérêt le montre, la survie de l'euro est une question propre à l'état des finances de chaque pays membre. C'est un phénomène *comptable* et *local*.

Si tous ces peuples avaient voté avec enthousiasme pour l'euro, il aurait plus de légitimité, mais cela ne changerait strictement rien à l'accumulation des dettes de certains pays mal gérés.

@moket: j'oubliais, il y a aussi la téorie du complot, c'est vrai. Je suis sûr qu'à un moment, tout cela sera de la faute des vils spéculateurs, du néolibéralisme mangeur d'enfants, des méchants Chinois, ou des juifs. Vous verrez...

Écrit par : Stéphane Montabert | 17 juin 2011

Oui dans une certain façon vous avez raison l'euro est un bouc bien commode.
la preuve mes compatiotes du Pays-Bas n'ont aucun problème et c'est donc bien le comportement des différents pays du clubmed qu'ont profité de cet aberration qu'est l'EURO. Revenir aux monnaies nationales est une urgence et on verra vite si les investisseurs se vont ruer sur des pays cigales.
En 1998 vendredi 22 mai le figaro saumon a écrit "l'euro sera-t-il notre "titanic" monétaire?"
et il est affiché au-dessus mon bureau. Depuis dix ans je dis que c'est également un frankenstein économique. Mais finalement même sans l'euro les piigs resteront pervers et vicieux parce que pas halal, moralité vive le moutontribuable...

Écrit par : wijngaards | 17 juin 2011

Stéphane Montabert : « En quoi les écarts de développement entre la Grèce et l'Allemagne seraient plus insoutenables avec l'euro que les différences régionales entre le nord riche et industrialisé de l'Italie et le sud rural et pauvre sous le régime de la lire? »

Ils sont plus insoutenables en cela que s'il y a - tant bien que mal...- un peuple italien, il n'y a définitivement pas de peuple européen.

Stéphane Montabert : « A la place, l'euro leur a donné une incroyable bouffée d'oxygène, une nouvelle virginité. Les investisseurs du monde entier leur ont accordé la même confiance (= le même taux) que des Allemands et leur gestion austère du Deutschmark (…)l'euro a donné l'illusion aux acteurs économiques que l'Europe était sur la voie d'un nivellement par le haut, sur le modèle allemand. L'illusion aura duré quelques années. »

L'antiracisme est certes la religion à la mode, mais il faudra quand même qu'un jour prochain, on reconnaisse que tous les peuples n'ont pas les mêmes qualités, les mêmes aptitudes ni les mêmes vertus !

Franck Boizard : « …il n'y a ni de peuple européen ni de nation européenne. Et tout cela ne se décrète pas de Bruxelles. »

Autant pour ceux qui prétendent encore que l'Etat-nation était une invention de la bourgeoisie du XIXe siècle et qu'il suffisait de "décréter" l'Europe (Anne-Marie Thiesse) pour que l'Etat-continent existât.

« …l'Allemagne n'a pas pour ambition de dominer l'Europe - pareils sentiments lui sont définitivement interdits. »

Allons, allons ! Le plus efficient a vocation à s'imposer aux moins efficients et le plus vertueux - même si ce n'était qu'en apparence - a vocation à s’imposer aux moins vertueux, surtout lorsqu'il a pleinement conscience de son efficience et de ses vertus, avec ou sans guillemets.

« Au contraire, elle se sacrifie financièrement sur l'autel de la solidarité européenne. »

Ca ne durera plus très longtemps. Il y a quelques années déjà que j’ai écrit qu’il est né dans les années 70-80, le leader politique qui fera un carton en clamant : « Ras le bol des crimes de mon arrière-grand-père, maintenant on paie plus. Ni financièrement ni, qu’on se le dise, moralement ! »
Dans l’intervalle, il y a eu le livre de Thilo Sarrazin, « L‘Allemagne court à sa perte », et surtout son extraordinaire succès, qui semblent me donner raison.

« La survie de l'euro dépendra uniquement de l'intensité du sentiment d'expiation inscrit dans la culture allemande depuis la Seconde Guerre Mondiale. »

Comme déjà dit, je pense que ce sentiment est en voie d’extinction, puisque dans l’intervalle dont je parlais plus haut, il y a aussi eu la redécouverte de la fierté d’être Allemands à l’occasion de la Coupe du Monde de football 2006. La Gazette de Berlin a observé, à ce propos :

« Pendant plus d’un mois, aux yeux du monde ébahi, les supporters allemands n’en finissent plus d’exhiber leur drapeau. Sur la tête, autour de la taille, accroché aux fenêtres et aux balcons, l’étendard rouge, noir et or est omniprésent. Les magasins sont littéralement en rupture de stock. »

Et le bimensuel allemand francophone croyait nécessaire d’ajouter : « Toujours soucieux de ne pas franchir la ligne rouge, les Allemands inventent l’expression de « patriotisme positif »… », mais ce n’était pas une invention « des Allemands », c’était une invention de médiateux !

Écrit par : Scipion | 18 juin 2011

@Stéphane Montabert. Vous avez raison de dire qu'au fond, l'euro ne change rien. Cependant, une monnaie unique a un aspect cruellement révélateur qui rend politiquement beaucoup plus difficile les ajustements économiques.
Avec une monnaie indépendante, on peut toujours dévaluer ('compétitivement' si vous voulez), ce qui rend objectivement tous les citoyens plus pauvres, tous les produits importés devenant plus chers (de plus, avec une monnaie réputée faible, beaucoup de gens, comme en Hongrie par exemple, prennent des emprunts libellés en monnaie forte, alléchés par des taux d'intérêt apparemment plus faibles, et se voient ensuite acculés à la ruine suite à une dévaluation).
Néanmoins, la dévaluation est politiquement facile ; comme vous le dites, les politiciens au pouvoir peuvent toujours accuser les 'spéculateurs néolibéraux', le 'grand capital', etc. Connaissant le niveau d'une presse prête à gober et répéter à l'envi ce genre de salades, ils auraient d'ailleurs tort de s'en priver !
En revanche, avec une monnaie unique, pour obtenir la même chose, vous êtes obligés de baisser explicitement les salaires et les rentes, ce qui est toujours désagréable. Dans ce cas, on cherche en général une victime expiatoire, à savoir le premier politicien suffisamment naïf ou responsable (il en existe quand même) pour annoncer les mauvaises nouvelles. À ce titre, nul besoin de chercher loin ; l'histoire de notre canton dans les années 90 fournit un bel exemple, en la personne de Jean-François Veillon (responsable des finances), acculé à la démission par des collègues trop contents d'avoir trouvé un bouc émissaire pour leur gestion catastrophique de la décennie précédente...

Écrit par : zamm | 18 juin 2011

«Il est vrai que l'euro s'est fait sans (ou contre) l'avis des peuples, bien dans le style antidémocratique de l'Union. Mais cette marque de naissance n'en fait pas ontologiquement une monnaie viable ni vouée à la disparition. Comme la divergence des taux d'intérêt le montre, la survie de l'euro est une question propre à l'état des finances de chaque pays membre. C'est un phénomène *comptable* et *local*.»

C'est sur ce point que nous divergeons. En effet, il y a une solution économique aux problèmes «comptables et locaux» de la zone Euro : partager la misère. Si les Allemands donnaient de l'argent aux Grecs comme nous donnons de l'argent aux Antilles, l'Euro serait sauvé. Or, les peuples n'en veulent pas.

Oui, la dette publique est un problème, mais ce n'est pas celui de l'Euro, c'est celui de chaque Etat, avec ou sans Euro : imaginez que par un coup de baguette magique la dette grecque soit effacée, la Grèce recommencerait aussitôt à creuser ces déficits parce qu'elle souffre d'un problème de compétitivité.

Le problème de l'Euro est qu'il unit des zones de compétitivités différentes sans transferts compensant ce différentiel. Et les peuples refusent ces transferts.

Donc le dilemme auxquels sont confrontés les technocrates européistes est clair : ou sauver l'Euro, ou sauver la démocratie. C'est bien un problème politique.

Toute avancée dans le sauvetage de l'Euro est un recul de la démocratie et vice-versa. C'est pourquoi je souhaite que le sauvetage de l'Euro échoue, et le plus vite possible.

Bien entendu, étant donné que nos technocrates sont confits dans l'idée qu'ils savent mieux que les peuples ce qui est bon pour eux, leur choix est déjà fait : ils sacrifient la démocratie. D'où ces prêts qui sont en réalité des dons, puisqu'ils ne seront jamais remboursés , contournant la volonté des peuples.

Ensuite, dans les «tauques chauds», les oligarques vont prendre une mine contrite pour déplorer «la montée des populismes». Mais ce sont eux qui la provoque en allant sur l'essentiel à contrairement des peuples.

Il suffit d'avoir entendu une fois Alain Duhamel défendre l'Euro pour être la proie d'obsessions massacreuses :-)

Écrit par : Franck Boizard | 18 juin 2011

@Scipion: il existe un sentiment patriotique en Allemagne, il s'exprime d'autant plus fort dans les secteurs autorisés (comme le sport) qu'il est tabou dans les autres secteurs de la vie sociale.

Mais lorsque j'écrivais que l'euro aurait la même durée de vie que la patience allemande, je n'ai jamais affirmé que cette patience serait éternelle. Je crois même qu'elle vit ses dernières heures.

@Zamm: c'est exactement cela. L'euro ne permet pas les manipulations faciles des monnaies qu'il a remplacé. On ne peut plus tricher, ou en tous cas, plus comme avant. Est-ce un avantage ou un inconvénient? Vaste question, n'est-ce pas!

@Franck Boizard: j'aime bien la formule résumée "sauver l'Euro, ou sauver la démocratie". Les élites européennes ont choisi depuis longtemps.

Je ne partage pas complètement l'idée selon laquelle un peuple devrait forcément se refléter dans une monnaie. L'Italie en tant que pays est une construction récente et la monnaie a de loin précédé le peuple, pareil pour des Américains carrément en guerre civile quatre-vingt ans *après* la création d'une monnaie commune. Sans compter d'innombrables devises "arrimées" au dollar par parité fixe durant tout le XXe siècle: la formule "une monnaie = un peuple" souffre décidément de quelques faiblesses.

Mais il est vrai qu'un peuple peut culturellement choisir de se refléter dans une monnaie - et cela devient très actuel dès qu'il s'agit de bonne ou de mauvaise gestion de cette monnaie par des élites portées au pouvoir par le suffrage universel.

A long terme, la gestion de la monnaie par les élus se répercute immanquablement dans son taux de change contre les autres monnaies et contre les matières inertes.

Concernant l'euro, le manque de solidarité est évident, les plans successifs d'aide à la Grèce ne sont motivés que par l'espoir cynique de sauver les banques des autres pays. S'il n'y avait pas l'exposition de Dexia ou du Crédit Agricole à la dette grecque, la Grèce aurait pu crever la gueule ouverte depuis longtemps déjà.

Mais là encore, est-ce vraiment rendre service aux gens que de laisser la situation pourrir et empirer? Si la "solidarité" consiste à donner une dose de came étatique supplémentaire à un junkie des déficits publics, je ne suis pas sûr que ce soit lui rendre service, n'est-ce pas.

Écrit par : Stéphane Montabert | 20 juin 2011

L'attaque contre l'Euro se résume finalement à un argument débile : ils pouvaient emprunter pas cher, donc ils se sont payé de la coke..

Écrit par : Nicolas | 21 juin 2011

« …l'Allemagne n'a pas pour ambition de dominer l'Europe - pareils sentiments lui sont définitivement interdits. »


Hi HI Hi Hi !!

Et dans le même genre, j'ai le premier ministre chinois qui déclare que "les Chinois viennent en Paix" !

Écrit par : Nicolas | 21 juin 2011

Si on ne peux pas dévaluer, suffit d'augmenter massivement la TVA, et de redistribuer cet argent aux entreprises via la suppression de l'impôt sur les sociétés.

Écrit par : Nicolas | 21 juin 2011

"Concernant l'euro, le manque de solidarité est évident, les plans successifs d'aide à la Grèce ne sont motivés que par l'espoir cynique de sauver les banques des autres pays."


Vous parlez bien du manque de solidarité des grecques, c'est bien cela ?

Écrit par : Nicolas | 21 juin 2011

Il faut sans doute rapeller que L'Allemagne principalement a payé pour le developpement de l?espagne, de la grèce et de nombreux aux autre pays européens (surtout dans les années 2000).

Et quand les allemands voient que tout leur pognon a été investit dans "du vent" pour payer que du sociale et de beau projet immobilier ne ramenant rien, on ne peut pas s'étonner que les allemands soient réfractaire à aider ces pays.

D'un autre côté, aider comme certain veulent aider, n'aide en soit véritablement personne. Ca ne fait que retarder certains pays à assumer leur politique.

Et encore une fois, ce sera les mêmes qui devront passer à la caisse... à savoir les peuples dont les pays ont une politique un peu plus rigoureuse sur leur finance et qui se serre la ceinture pour payer les erreures des autres.

Ca n'a rien à voir avec de la solidarité. La solidarité était (plus ou moins) dans les année 90...

Écrit par : DdDnews | 21 juin 2011

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