07 août 2011

Le début des choses sérieuses

Pas de trève estivale pour la crise.

Quasiment au lendemain de mon dernier billet sur la question, les politiciens européens décidaient d'une nouvelle politique interventionniste sur le domaine de la dette - la dette grecque pourrait ainsi être directement rachetée par les différents organismes publics pan-européens - au lendemain de la décision, les bourses s'envolaient. L'Euro était sauvé! La prompte action politique avait enfin éteint l'incendie! Alléluia!

eurpean debt crisis.jpgLa rémission aura été de courte durée.

Le CAC40, l'indice des valeurs françaises, a battu un record depuis en enchaînant dix séances de baisse consécutives. Sur une semaine, la bourse a perdu plus de 10%.

Avec la perte du triple-A américain ce vendredi, les bourses du monde se voient offrir un magnifique boulevard à la baisse. A première vue, on pourrait affirmer que les Européens ne sont pour rien dans la mélasse américaine, mais c'est aller un peu vite en besogne. Le déficit américain est pour l'essentiel dû à des politiques socio-démocrates, qu'il s'agisse de dispendieux mécanismes de redistribution sous l'égide du gouvernement ou de plans de relance dilapidant l'argent des contribuables au bénéfice de quelques-uns - soit exactement les mêmes stratégies qui ont court en Europe, où Obama est tant aimé. D'autre part, on ne saurait justifier les baisses boursières de ces derniers temps par les seuls affrontements politiques d'outre-atlantique sur le plafond de la dette, d'autant plus qu'un compromis a été trouvé.

Finalement la perte du AAA américain infligée par Standard & Poor's, alors que l'oncle Sam en bénéficiait depuis la création de l'agence dans les années 40, est un coup de semonce sérieux en direction de tous ceux qui se croyaient intouchables. Le message est clair. Il n'y a plus de tabou.

(Vivement que tombe celui de la France d'ailleurs, parce que, honnêtement, prétendre que Washington serait moins capable de rembourser sa dette que Paris ne fait pas très sérieux. Les USA sont dans une mauvaise passe, mais ils sauront se réformer. La France, elle, est absolument irréformable - nous en aurons un aperçu lorsque M. Sarkozy (ou son successeur) tentera d'imposer la rigueur. Prévoyez des extincteurs, des vitres de rechange et ne garez pas votre voiture dans la rue!)

Les records sont faits pour être battus: la série boursière à la baisse n'est pas terminée. Tel-Aviv, ouverte le dimanche, vient de dévisser d'un bon petit 7% en clôture. L'effondrement boursier généralisé vient d'ailleurs éclairer d'un jour peu flatteur la compétence de divers professionnels du domaine, qui conseillaient il y a peu de temps encore de préférer les actions aux obligations! Ils clamaient que le bilan des entreprises est bon, qu'elles ont du cash, et que lorsque tout va mal et qu'on ne fait plus confiance aux obligations d'Etat réputées sûres, mieux valait se rabattre sur les actions... Ceux qui ont suivi leurs conseils doivent leur dire merci!

Pour ma part, je n'ai jamais conseillé autre chose que de miser sur l'or et je le conseille encore.

Nous rentrons dans la zone de turbulences. La voix de la raison se fait entendre - il faut laisser les acteurs défaillants faire faillite, une responsabilité à la base même du capitalisme - mais ce n'est encore qu'un murmure dans la cacophonie. Ailleurs, les comportements les plus irrationnels commencent à se faire jour. Ainsi, en Italie, les locaux des agences de notation S&P et Moody'sont été... Perquisitionnés. Le motif? Leurs mauvaises nouvelles font baisser le cours de la bourse.

Le parquet de Trani a ouvert deux enquêtes, une pour chaque agence, après le dépôt d'une plainte par deux organisations de consommateurs qui s'inquiétaient des conséquences des rapports de S&P et Moody's sur les cours de la Bourse de Milan. Une première procédure a été ouverte en mai 2010 après la publication par Moody's d'un rapport mettant en garde contre les risques de contagion de la crise de la dette grecque aux banques italiennes. Une autre plainte a été déposée en mai lorsque S&P a menacé d'abaisser la note de la dette souveraine italienne en raison de l'ampleur de sa dette publique. Les enquêteurs se demandent enfin si des malversations ont été commises les 8 et 11 juillet, deux jours lors desquels la Bourse de Milan a accusé de lourdes pertes alors que beaucoup craignaient que l'Italie soit happée à son tour par la crise de la dette souveraine. L'une des deux organisations de consommateurs explique que sa plainte vise à déterminer si le plongeon soudain des marchés répondait à un "plan précis mis en place par des fonds spéculatifs ou par d'autres acteurs non identifiés qui pourraient être liés aux propos négatifs tenus à l'encontre des finances publiques italiennes par les agences de notation".

 

Finissons avec les propositions de Ségolène Royal, digne représentante d'une gauche française toujours aussi douée en économie:

Ségolène Royal, candidate à la primaire socialiste pour 2012, a réagi samedi à la dégradation de la note des Etats-Unis par Standard and Poor's, s'ajoutant à la crise de la dette dans la zone euro, en dénonçant le "manque de courage" des Etats pour mener certaines réformes.

"L'urgence en Europe comme aux Etats-Unis, c'est la relance de l'activité économique", fait valoir dans un communiqué la présidente de Poitou-Charentes.

Pour cela, ajoute-t-elle, les Etats doivent enfin "imposer au système financier des règles maintes fois annoncées mais jamais réalisées par manque de courage et en raison d'une idéologie libérale dramatique pour l'avenir de nos peuples". (...)

Ainsi "la taxation des mouvements de capitaux, la réforme du système bancaire, l'interdiction de spéculer sur les dettes des Etats (sic) ne sont toujours pas en vigueur", dénonce-t-elle.

 

Avec des élites comme celle-là, on n'est pas sortis de l'auberge!

Commentaires

"Le déficit américain est pour l'essentiel dû à des politiques socio-démocrates, qu'il s'agisse de dispendieux mécanismes de redistribution sous l'égide du gouvernement ou de plans de relance dilapidant l'argent des contribuables au bénéfice de quelques-uns " !!

C'est afligeant de voir des afirmations pareil. Vous poussez le bouchon du populisme un peu loin. Entre avoir des conviction et affirmer des idioties, il y'a une marge. Il faudrait peut-être détailler vos théories qui je l'espère tienne un peu plus la route qu'avec l'or.

Je peux aussi affirmer des choses. Partout ou l'ultralibéralisme fait son apparition avec un Etat faible comme vous le souhaitez, la corruption, et la mafia sont apparu. C'est une conséquence inévitable. Et je ne parle même pas de la misère créé.

Quand on ne maitrise pas un sujet, on évite les affirmations.

Ce qui me rassure, est que l'UDC sera toujours minoritaire, pour le bien de l'économie suisse.


C'est hors sujet, mais ça m'a frappé
Dans les blog UDC, même si le sujet ne s'y prête pas, vous tous, arrivez toujours a caser un de ces terme : social démocratie, égalitarise, gauchiste, ...
Ces termes connus aussi dans d'autres groupes populistes ou extrémiste.
Je vois une similitude avec le parti communiste au 20eme siecle qui avait aussi des termes propre à eux, décalé pour les non communistes.
On vous encourage a glisser ces termes ou c'est juste une déformation à force de balancer des slogans ?

Écrit par : roket | 08 août 2011

Bonne analyse dans l'ensemble, mais avec quelques bémols.

1) Ne comparez pas France et USA. Les seconds ont une dette publique de 100% et un taux d'épargne négatif. La France est à 82% avec 15% d'épargne. Pour les banques, c'est un "matelas" de 300 milliards d'euros. Il est normal que la France reste AAA. La Suisse aussi, il me semble.

2) Attention à l'or. Mon propre fond à perdu 5% cette semaine, uniquement pour raison technique. Si vous préférez stocker des lingots dans votre cave, sachez qu'ils ne sont qu'une protection de capital, pas une consitution. Les marchés actions font généralement 8 ou 10% par an sur longue période, les obligations d'état environ 4%, l'or peut faire moins que l'inflation. C'est juste une planque pour grosse fortune.

3) La baisse des marchés est technique. Un pays est attaqué, la valeur de ses bonds baisse, je couvre ma perte en vendant des actions ou d'autres bonds... qui vont entraîner une baisse. C'est purement technique et souvent géré par ordinateur, avec des achats/ventes automatiques.

J'ai vécu un moment curieux il y a 10 ans avec la "bulle internet". J'avais des titres de la grande distribution (entreprise solide, bénéfices constants, aucun investissement dans le web). Ils ont quadruplé en deux ans, puis divisé par 8 en 6 mois, avant de revenir à leur état "normal". Il n'y avait aucune logique économique à la variation de ce titre, sauf le principe des achats/ventes automatiques pour couvrir les pertes des statups du web. En fait, votre seule sécurité est votre maison si vous n'envisager pas de la vendre :)

Pour le reste du billet, je suis d'accord. Mais je vous rappelais ces exemples pour vous faire comprendre que certaines baisses sont absurdes, basées sur un mélange de rumeur/spéculation (je joue à la baisse en criant au loup, ca finira bien par baisser et je palperai mon gros bénéf). La belgique est plus endetté que les USA, mais personne ne l'attaque. Demandez vous pourquoi. Je vous laisse y réfléchir.

Bonne journée.

Écrit par : Paul | 08 août 2011

"Dans les blog UDC, même si le sujet ne s'y prête pas, vous tous, arrivez toujours a caser un de ces terme : social démocratie, égalitarise, gauchiste, ..."

Il y a aussi bobos et bisounours

Écrit par : Belphegor | 08 août 2011

@roket: "Je peux aussi affirmer des choses. (...) Quand on ne maitrise pas un sujet, on évite les affirmations." Eh bien voilà votre commentaire élégamment résumé. Maîtrisez donc votre sujet, allez prendre des infos chez deux ou trois économistes non-marxistes et non-keynésiens (il doit en rester une poignée dans les coins sombres) et revenez nous voir.

Et si vous continuez à accorder crédit et confiance aux clowns à roulette qui nous ont amené jusqu'ici - ce qui est votre droit le plus strict - je vous en prie, misez donc vos économies sur les obligations portugaises ou grecques, des taux de rémunération pareils ça ne se refuse pas!!

Allez, pour vous, un petit bêtisier écrit par H16:
http://h16free.com/2011/08/08/9427-noel-avant-lheure-le-betisier-des-politocards

@Paul: il y a un monde de différence entre France et USA, mais pas dans le sens que vous pensez. Par exemple, le taux d'endettement français est trafiqué de plusieurs centaines de milliards d'euros, la comptabilité de l'Etat français "oubliant" de porter certains engagements comptables au bilan, comme les provisions pour les retraites des fonctionnaires. Bon an mal an, l'endettement réel de l'Etat français serait selon certains analystes plus près des 150% du PIB si je me rappelle bien... Quant aux USA, je crois définitivement à leur capacité de rebond. Celle de la France évoque plus le fromage blanc tombé sur le carrelage de la cuisine. Quand on voit la capacité d'analyse des politiciens français (qu'il s'agisse des socialistes de gauche ou des socialistes de droite) on se dit que la rentrée sociale sera chaude.

Tenez un petit article sur la situation réelle des uns et des autres:
http://www.objectifeco.com/economie/anticipations-tendances/article/loic-abadie-rating-s-initie-la-notation-des-usa-a-ccc-et-de-la-france-a-b-perspective-negative

Je ne vois pas de raison de me méfier de l'or. Tiens, je découvre que les 1700$ l'once viennent d'être atteint. La bourse gagne effectivement plus qu'une matière inerte sur le long terme, mais cette vérité depuis longtemps établie n'empêche pas de se retirer du marché financier en cas de crise grave, comme aujourd'hui. La bourse, nul n'est obligé d'y rester coincé. Dans quelques années, il sera temps de vendre ses piécettes pour revenir sur les actions. Dans quelques années.

Finalement, vos remarques sur l'informatisation des bourses a une part de vérité, mais depuis les krash boursier du passé divers mécanismes de temporisation ont été mis en place pour empêcher les variations excessives dûes à des raisons techniques. De tels excès ne pourraient de toutes façons pas se reproduire des semaines durant, car entre deux séances boursières les hommes reprennent la main et discutent des stratégies pour le lendemain.

En tous cas, je suis satisfait de voir que ceux qui annonçaient que la crise était devant nous ne sont plus pris pour des olibrius. Quant aux autres, Internet recèlera pour des années un vaste témoignage de leur incompétence. Il n'y a qu'à prendre les déclarations des uns et des autres il y a six mois pour rire jaune... Gouverner, c'est prévoir, n'est-ce pas!

Écrit par : Stéphane Montabert | 08 août 2011

@Stéphane

Puisque vous m'avez fait l'honneur d'une longue réponse, la politesse m'impose de vous répondre à mon tour.

- Ne vous inquiétez pas sur les retraites non provisionnées des fonctionnaires. Tout se règle au dernier moment au ministère des finances. Il va manquer 20% de masse salariale pour les retraites des fonctionnaires dans 5 ans ? Pas de problème.
1) j'augmente les cotisation des fonctionnaires de 3% (étalé sur 10 ans pour ne pas trop cogner sur les petits fonctionnaires à 1000 euros). Je crée même une nouvelle cotisation de 1% (ça s'appelle la RAFP : retraite additionnelle fonction publique, en 2009).
2) je rallonge la durée de cotisation. 37,5 ans il y a 10 ans, 40 ans en 2003, 41 en 2008, 41,6 aujourd'hui. Rien n'interdit d'aller jusqu'à 45 ans. Les hauts fonctionnaires écrivent le projet, la majorité parlementaire vote au garde-à-vous (et à l'unanimité, donc), et voilà, c'est pas plus compliqué !
3) pour que les "gros" salaires paient aussi, je repousse l'âge de départ. 60 ans en 2008, 62 ans aujourd'hui, peut-être 65 ans demain. Là encore un simple projet de loi voté à l'unanimité.
4) Comme la durée de cotisation est rallongé (avec pénalité de 3% par année manquante), les fonctionnaires travaillent jusqu'à la limite légale. Mes collèges sont partis à 65 ans (au lieu de 60), les actuels envisagent 67 et moi, je pense travailler jusqu'à 70 ans (65+5). Et encore, je ne suis pas e plus mal payé !
Donc et ispo facto, oubliez les provisions, l'Etat veille sur nous avec un gros gourdin et aucune opposition sérieuse.

- Concernant le rebond économique, il est certain que les USA ont une souplesse que nous n'avons plus. Mais cela marche dans les deux sens. Pour réduire sa dette californienne, Shwarzy à dû licencier en masse des enseignant et sabrer dans les pensions. Si je vous dis que les gangs de L.A. se portent de mieux en mieux, cela ne vous étonnera pas. Quand les poches sont vides, on deale. Avez vous vu nos banlieues et les centres villes (bien pires) des megapoles américaines ? Al Capone était un petit joueur en comparaison !

- Dernier point sur l'or : vous pouvez sortir les lingots de votre cave. Les bourses (marchés actions, s'entend) ont dévissé de 15 % sans aucune justification (hormi les ventes pour couverture de risque). Ca vous dirait, un petit +15% avant la Noël ? Le lendemain, vous liquiderez en revenant sur l'or. C'est le conseil financier de tonton Paul, qui ne prendra pas sa com' sur votre bénéfice :)

Écrit par : Paul | 08 août 2011

Petit ajout. Je viens de lire l'article de H16 : effectivement, nos dirigeants sont complètement à la masse. Mais il y a une raison. Le président, son premier sinistre et son sinistre des finances, Mme Aubry et Royale, les sieurs Hollande, Fabius et Strauss-Khan sont tous membres du Siècle !
(http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Si%C3%A8cle). Leur devise pourrait être : "On a beaucoup de pouvoir et énormément d'argent, on en veut plus encore !". Vous pouvez les comparer à des marquis festoyant à la Cour du Roy, regardant avec mépris les gueux qui doivent travailler, payer, se serrer la ceinture, se taire et dire "merci Messeigneurs (mes saigneurs ?)" en prime.

Comme dit Alain Soral (http://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_soral), balancez un missile sur l'Automobile Club où ils se réunissent une fois par mois et vous règlerez 80% des problèmes de la France !

Écrit par : Paul | 08 août 2011

@S. Montabert. Votre commentaire est trop unilatéral. Bien que le laxisme financier soit souvent de gauche, la vertu et les turpitudes en matière de finances sont largement réparties à travers le spectre politique. On peut d'ailleurs facilement trouver quelques contre-exemples.
L'explosion de la dette publique des États-Unis (1) a été initiée par... Ronald Reagan ! Son argument que tout allait s'arranger dans sa politique de déficits grâce à la croissance économique résultante ne s'est que très partiellement vérifié, et, ladite croissance (à crédit) n'a pas empêché une énorme casse sociale. Le cas de Reagan illustre d'ailleurs l'avènement d'une droite néolibérale dont la rigidité idéologique n'a rien à envier à celle du Komintern ; beaucoup de critiques venaient d'ailleurs de la droite classique, par exemple Bush (senior), qui avait qualifié les théories de Reagan du délicieux "voodoo economics" (2) - et a ensuite stabilisé la dette pendant sa présidence.
Dans le classement des dettes publiques par pays (3), que dites-vous des pays scandinaves†, qui allient TOUS un état social assez développé avec de faibles dettes ?
Bref, rien de nouveau sous le soleil - une politique économique raisonnable doit assurer à l'État des revenus suffisants pour les investissements nécessaires (infrastructures, éducation*,...) et une couverture sociale, sans devenir confiscatoire (4), tout en mettant l'équilibre budgétaire à long terme en première priorité. À ces conditions, il y a apparemment pas mal de marge de manoeuvre sur l'équilibre entre liberté économique et social - peut-être un peu moins maintenant à cause de la mondialisation. Pour le reste, je suis d'accord avec vous : les gesticulations consistant à mettre en cause les agences de notation, les "spéculateurs"#, les banques, etc. sont parfaitement ridicules.

† Souvent mentionnés dans l'ancien bloc de l'Est comme les pays "où le socialisme a réussi" !
* Salaires des instituteurs, sans la charge parasitaire ("pédagogues", gratte-papier, ...) prédominante dans notre canton.
# C'est fou comme ils épargnent les pays bien gérés, allez savoir pourquoi...

(1) http://en.wikipedia.org/wiki/United_States_public_debt
(2) http://en.wikipedia.org/wiki/Reaganomics
(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_pays_par_dette_publique
(4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Courbe_de_Laffer

Écrit par : zamm | 09 août 2011

@Zamm: merci pour votre contribution. Effectivement, la mauvaise gestion de l'argent des contribuables n'est l'apanage exclusif de la gauche, celle-ci est même d'ailleurs capable de mettre en place des plans d'austérité quand elle est au pied du mur. Mais il y a des keynésiens et autres adeptes de l'inteventionnisme étatique dans tout le spectre politique, c'est pourquoi je parle de socialistes de droite comme de gauche: des gens qui, encore, toujours et partout, pensent que la croissance vient de l'Etat alors que la prospérité ne vient au contraire QUE de la société civile.

Reagan avait compris cela et il est entré dans l'histoire pour avoir lâché les brides à la croissance par des baisses d'impôt plutôt que des "plans de relance" qui creusent la dette sans rien amener. Vous avez vu comme les USA sont en bonne posture après avoir brûlé au travers du "stimulus plan" d'Obama plus de 500 milliards de dollars en emplois publics et en redistribution? En suivant la logique Keynésienne, plus les pays s'endettent, plus ils consomment et plus ils devraient être en grande forme! On voit ce qu'il en est...

Evidemment, réduire les recettes et libérer la croissance n'est pas tout, il faut aussi réduire le périmètre de l'Etat pour éviter le dérapage des dettes. Mais même les socialistes les plus épais ont généralement compris qu'il faut de la croissance et de la richesse pour financer des programmes sociaux ambitieux.

La croissance ne vient que de la société civile et l'Etat ne peut que l'entraver ou, au mieux, s'abstenir de lui nuire. Hayek l'avait bien compris.

Ce que vous appelez "casse sociale" n'est que la fin des prébendes clientélistes accordées par des politiciens à un électorat captif accro aux subventions - dont des aides sociales que la société civile peut tout aussi bien accorder à ceux qui en ont besoin, et avec bien plus d'efficacité que les iniques services des Etats...

Un magistral résumé des deux théories, et en musique s'il vous plaît:
http://www.dailymotion.com/video/xiiva5_hayek-vs-keynes-le-combat-du-siecle_news

Quant à imputer "l'explosion de la dette publique" à Ronald Reagan, laissez-moi rire. J'ai à ce sujet une citation bien imagée:

George W. Bush, qui était un président dépensier, a plus creusé la dette sous ses deux mandats que tous les présidents américains *réunis* depuis la fondation des Etats-Unis.

Quant à Barack Obama, rien que dans les deux premières années de son mandat, il a plus creusé la dette américaine que tous les présidents américains précédents réunis. Y compris George W. Bush.

Je crois qu'en termes d'explosion de la dette publique on sait à quoi s'en tenir.

Écrit par : Stéphane Montabert | 09 août 2011

Le devoir d'un élu régional c'est de s'occuper de sa politique intérieur. En ce moment il y a assez à faire à quelques mois des élections fédérales.

Heureusement que d'autres, compétents, prennent le temps de réfléchir et de trouver des solutions pour notre pays face aux désastres mondiaux qui sont aussi la conséquences de décisions politiques d'au moins 2 décennies.

Cet automne il faudra bien à la tête de notre Etat des courageux, compétents, fins stratèges pour contrer les remous de la vague UE lors de son plongeon.

Écrit par : Corélande | 09 août 2011

@Stéphane Montabert
Hayek est un bon exemple. Lui qui avait eu envie de retirer sa compagnie de la bourse.
Si la dette est un problème, ce n'est pas le plus dur à résoudre, même si la voie entre diminution de la dette et éviter la récession qui agraverait la dette est étroite pour certain pays. Contrairement à 2008, il y a une visibilité sur le problème et il s'agit plus d'une estimation à pouvoir régler le problème.
En 2008 c'était le chaos, et personne était capable de prévoir quoi que ce soit.

Et malheureusement on est toujours à la merci de bulles spéculatives, d'opacité financière et donc de véritable crash boursier.
Il serait intéressant de connaître la position de l'UDC concernant ce monde de la finances, des traders. Plus de contrôle, de régulations ?
Les banques doivent elles séparé le trading du reste ?

Écrit par : J-Ch Binggeli | 09 août 2011

@Stéphane Montabert. Il semble qu'il y a confusion sur les Bush - je me référais à G.B senior (ou George H.W. Bush, 1989-1993), qui a bel et bien contribué à stabiliser les déséquilibres que Reagan avait créés. Je n'invente rien - regardez juste le 1er lien de mon post (dette publique USA) : avant (-1981) vs Reagan (1981-1989) vs GHWB & 1er mandat de Clinton (1989-1997).
Les baisses d'impôt de Reagan n'étaient pas sans mérite : 70% sur les tranches supérieures de revenu était clairement contre-productif, mais symétriquement, en poussant l'idéologie inverse, on finit par arriver à de faibles gains et une grosse casse, à un point que les gens finissent par économiser sur la nourriture - on est largement au-delà de la suppression de "privilèges clientélistes". Résultat : les plus grosses dépenses médicales au monde SANS couverture universelle (avant les réformes d'Obama).
La dichotomie Hayek/Keynes est un peu réductrice ; un problème avec l'approche libérale est sa mauvaise adéquation avec les infrastructures, qui sont par essence des "monopoles naturels" (à moins de mettre plusieurs autoroutes, lignes de chemin de fer et haute tension en parallèle...). Une privatisation totale de celles-ci est une véritable "incitation à la débauche" - le privé encaisse (beaucoup), fournit un (mauvais) service, tout en arrosant (passablement) les politiciens nécessaires pour conserver une concession si rentable : d'origine française, vous devriez en savoir quelque chose (eau, autoroutes, ...).
Donc, je mettrais quelques bémols à votre enthousiasme libéral, même si je partage largement votre avis sur les autres secteurs de l'économie.

Écrit par : zamm | 09 août 2011

Question peut-être stupide mais essayons...
Est-ce en fait le franc suisse qui monte et monte, ou sont-ce toutes les autres monnaies qui foutent le camp?
Pour autant que je me souvienne, le U.S.$ valait 5 CHF en 1938, 2.5 CHF en 1978. La £ sterling valait 21 CHF en 1938, 12 CHF en 1956. Il ötait une fois que le franc français était en parité avec le CHF. Mais il y a longtemps de cela. Les seules monnaies qui me soient connues qui aient tenu le coup sont le Deutschmark et le yen. L'or exprimé en francs suisse ne s'est pas apprécié depuis Nouvel-An.
Alors reste la question de savoir ce que font, ou sont, ou ont les Suisses pour garder une telle stabilité. Quelqu'un aurait-il une réponse ?

Écrit par : J.C. Simonin | 09 août 2011

"Quelqu'un aurait-il une réponse ?"

Vous n'êtes pas sans savoir qu'il y a eu une guerre entre 1938 et 1956 ? L'Europe a dû s'endetter pour se reconstruire, ce qui fait chuter la valeur de la monnaie. Les USA ont dû s'endetter pour construire massivement avions, chars et bâteaux. Il se sont aussi endettés pour la guerre du Viet-Nam, à tel point que l'étalon-lingot d'or (gold bullion standard) a été abandonné en 1971.

Où se réfugiaient les fortunes menacées ? En Suisse, ce qui suppose l'achat de FS, donc sa force.

Écrit par : Paul | 10 août 2011

Visiblement, le sujet inspire les commentateurs!

@J-Ch Binggeli: "Il serait intéressant de connaître la position de l'UDC concernant ce monde de la finances, des traders. Plus de contrôle, de régulations? Les banques doivent elles séparé le trading du reste?"

Je ne saurais être le porte-parole de l'UDC sur ce sujet; je peux juste vous donner mon point de vue en espérant que vous vous en contenterez.

Selon moi, le chemin de la régulation et du contrôle a montré qu'il avait atteint ses limites. Non seulement l'autorité de surveillance est faillible et corruptible, mais elle est aussi inefficace. Bien avant la crise de 2008, les banques étaient déjà l'activité humaine la plus encadrée qui soit par le pouvoir politique. Quant à la crise de la dette, elle est directement la conséquence de l'incurie des politiciens en matière budgétaire. Qui peut peut encore naïvement leur faire confiance?

Il serait à mon sens plus sain et plus simple de laisser les acteurs subir les conséquences de leurs erreurs, c'est-à-dire faire faillite. L'Etat a toujours un rôle à jouer dans le processus, notamment pour éviter les conséquences auprès de tiers innocents, mais les actionnaires et les acteurs responsables de la débâcle ne doivent absolument pas être sauvés. La responsabilité est à la base d'une gestion saine du risque. Otez ce paramètre et tout le processus de gestion est faussé.

De même, il me paraît indispensable de restaurer une séparation claire et nette entre la banque "traditionnelle" de dépôt et de prêt, et la "banque d'affaire" spéculant en bourse. Depuis la disparition du Glass Seagall Act aux Etats-Unis sous Clinton et la disparition en cascade de cette séparation dans tous les pays, ces deux modèles ne sont plus séparés. Si bien que les banques de dépôt peuvent jouer en bourse avec l'argent confié par leurs clients.

Résumons: les banquiers jouent le compte courant de Madame Trucmuche en bourse et touchent des fortunes en bonus lorsque les affaires marchent, et viennent pleurer auprès des politiques lorsqu'ils sont ruinés. Mme Trucmuche risque ses propres économies, à son insu, subissant des pertes s'il y en a - comme cliente ou comme contribuable - et sans toucher de gains s'il y en a. Je trouve cela inacceptable et scandaleux.

@Zamm: je n'ai pas mélangé les Bush, juste relativisé votre déclaration comme quoi Reagan avait "beaucoup endetté" l'Etat US. Succédant à Reagan, George Bush père corrigea le déséquilibre en augmentant les impôts plutôt qu'en diminuant le train de vie de l'Etat, ce qui est toujours une erreur et lui coûta sa réélection, bien fait pour lui.

Je pense que vous avez également une version très réductrice de la capacité du marché à fournir des biens et des services de qualité supérieure à celle d'un monopole d'Etat. Les concessions de service public sont un boulevard pour la corruption, en effet, mais est-ce la faute des acteurs privés, ou du législateur mettant aux enchères un monopole?

@J.C. Simonin: "que font, ou sont, ou ont les Suisses pour garder une telle stabilité. Quelqu'un aurait-il une réponse ?"

Les Suisses ont gardé bien plus longtemps que les autres une monnaie convertible-or. La force de la monnaie ne demande rien de plus. Mais j'en parlerai dans un autre billet.

"Passant un jour à Saint-Malo, Louis XIV réunit les armateurs et leur demanda s'il pouvait faire quelque chose pour les aider dans leur concurrence avec les Anglais. Il s'entendit répondre :
« Non, Sire. Surtout, ne faites rien ! » "

Écrit par : Stéphane Montabert | 10 août 2011

@Paul: "vous pouvez sortir les lingots de votre cave. Les bourses (marchés actions, s'entend) ont dévissé de 15 % sans aucune justification (hormi les ventes pour couverture de risque). Ca vous dirait, un petit +15% avant la Noël ? Le lendemain, vous liquiderez en revenant sur l'or. C'est le conseil financier de tonton Paul, qui ne prendra pas sa com' sur votre bénéfice :)"

Oui oui, si vous le dites... En attendant, l'once a atteint 1814,50/1815,50 dollars sur le marché à Hong Kong jeudi en début de matinée, après la nouvelle chute des bourses américaines et européennes la veille.

Il me semble que le meilleur moyen de faire +15% avant Noël revient à garder ses lingots. D'autant plus qu'avec la récente décision de la BNS de flinguer le Franc Suisse (avec la bénédiction du lobby des exportateurs) je pense que le CHF va décrocher de l'or pour de bon.

Mais vous faites bien ce que vous voulez avec vos sous à vous, hein ;)

Écrit par : Stéphane Montabert | 11 août 2011

" L'explosion de la dette publique des États-Unis (1) a été initiée par... Ronald Reagan ! Son argument que tout allait s'arranger dans sa politique de déficits grâce à la croissance économique résultante ne s'est que très partiellement vérifié, et, ladite croissance (à crédit) n'a pas empêché une énorme casse sociale. "

La casse sociale c'est Carter qui l'a créé. En plongeant l'Amérique dans le chômage et la létargie économique. Reagan a remis l'Amérique sur les rail et a redonné du travail aux Américains avec le plein emploi. Et il a rendu l'Amérique leadership mondiale en économie, dans le militaire et dans la recherche et la technologie. Quand au montant de la dette elle fut en partie du à la guerre froide qui a permis de mettre au tapis l'URSS.

Sous Reagan la dette était raisonnable. Elle était à peu près celle de la Suisse actuellement. Reagan n'est pas responsable de la politique des administrations suivantes. Le pire est Obama qui a fait monté la dette de plus de 20 points en 2 ans. Pire que Bush en 8 ans.

D.J

Écrit par : D.J | 12 août 2011

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