24 août 2011

Dominique Strauss-Kahn: La petite porte

Dominique Strauss-Kahn est libre, pas lavé de tous soupçons.

La fin en queue-de-poisson du procès DSK aura durée moins d'un quart d'heure. Une brève audience durant laquelle l'ex-directeur du FMI aura entendu que les preuves d'une relation sexuelle dans la chambre 2806 ne suffisent plus à le faire poursuivre en justice, les faits étant amoindris par les mensonges et les doutes sur la femme de chambre. DSK devrait revenir en France ces prochains jours.

Ses ennuis judiciaires ne sont pas terminés. Si la procédure pénale s'est éteinte, une procédure civile est toujours en cours. Le Ministère Public contre DSK n'est plus, reste Nafissatou Diallo contre DSK.

fight.jpgLe procès pénal étant annulé, DSK ne saurait être jugé coupable. Il n'est de loin pas innocenté pour autant. De nombreux éléments plaident en faveur d'actes criminels: le dossier médical de la victime, les traces de sperme dans la chambre, l'historique des relations que DSK entretient avec la gent féminine. Mais aussi et surtout, son silence. Un silence obstiné, lourd, dérageant.

Depuis deux mois et demi, pas une phrase de DSK n'a filtré sur ce qui s'est vraiment passé ce jour-là à l'hôtel Sofitel de New-York. Nous n'avons jamais eu la version des faits selon l'accusé. Juste une vague mention d'acte consenti, policée par ses avocats, alors qu'ils travaillaient sans relâche à traîner Nafissatou Diallo dans la boue.

Peut-être que la femme de ménage guinéenne est une prostituée, mais même une prostituée peut être violée. Peut-être que DSK a souhaité une relation tarifée, qu'il y a eu méprise sur la valeur de la prestation, à moins qu'il n'ait carrément décidé de décharger sur elle la frustration de s'être fait éconduire plusieurs fois par d'autres femmes la veille au soir. Notre homme a fort appétit.

Qui peut croire qu'une femme de chambre soit séduite par un homme de soixante-deux ans, parfait inconnu, au point de passer à l'acte en lui faisant une fellation, dans une rencontre durant moins de neuf minutes?

Reste, bien sûr, la possibilité que DSK soit tombé dans un piège. Possible, mais clairement peu crédible. Quitte à pigeonner quelqu'un, DSK ne convenait pas du tout. Compte tenu de sa notoriété, il semblait évident qu'il se défendrait. Les multiples contradictions de la victime ne plaident pas non plus en faveur d'une action préméditée. La version d'un guet-apens tendu depuis l'Elysée, quant à elle, est si faible qu'elle ne semble avoir été conçue que pour démasquer les esprits crédules.

Piège ou pas, toute cette affaire restera une tache indélébile sur le parcours d'un homme qui aspirait à la fonction suprême de l'Etat français. Au-delà des accointances politiques, beaucoup ne s'y sont pas trompés. Citons pour mémoire la réaction de Marie-George Buffet du Parti Communiste Français, rompant avec le choeur de félicitations du cercle des fidèles:

La vérité n'est pas dite, ni pour le présumé innocent ni pour la présumée victime. Le refus de faire juger l'affaire dans laquelle l'ancien directeur du FMI est accusé de viol est une mauvaise nouvelle pour la justice et une mauvaise nouvelle aussi pour les femmes. (...) En montrant le vrai visage de M. Strauss-Kahn, la politique française a été débarrassée d'un individu indigne de toute représentation démocratique.

 

Indigne de toute représentation démocratique? Les mots sont sans doute excessifs, la représentation démocratique revienant en fin de compte au peuple français. Mais, c'est vrai, celui-ci pourrait être moins conciliant que le procureur Cyrus Vance.

Le corps électoral n'a que faire du bénéfice du doute.

En acceptant avec empressement l'annulation du procès, Dominique Strauss-Kahn s'est épargné une épreuve judiciaire, mais aussi l'occasion de faire la démonstration publique de son innocence. Eut-il combattu pour que la vérité éclate au grand jour, il aurait redoré son blason auprès de beaucoup d'indécis et de sympathisants ébranlés, il aurait exposé publiquement sa version des faits, la seule, la vraie.

Au lieu de cela, le silence, la discrétion, les dénégations hautaines, les avocats faisant mur. Son comportement ne correspondait pas à celui d'un innocent bafoué. Et certainement pas au président que les Français recherchent. Les évolutions lancinantes de la procédure civile empêcheront l'affaire de disparaître dans l'oubli. DSK est parti pour traîner l'affaire Diallo comme un boulet. Eternellement.

Cette semaine, DSK a recouvré la liberté, mais pas l'honneur. Politiquement, il vient sans doute de marquer la fin de sa carrière.

Une sortie par la petite porte.

Commentaires

" Une sortie par la petite porte. "

Une porte vraiment petite. Effectivement il n'y a pas de fumée sans feu. Je ne pense pas qu'il doit être en paix avec sa conscience.

D.J

Écrit par : D.J | 24 août 2011

Vous connaissez mal les Français. Ils adorent élire des repris de justice. Cela leur apporte à peu de frais la satisfaction de faire la nique à l'institution judiciaire et à la police.

Écrit par : Franck Boizard | 25 août 2011

[..."toute cette affaire restera une tache indélébile sur le parcours d'un homme qui aspirait à la fonction suprême de l'Etat français."]

Je dirais même plus: une tache indélébile sur la moralité et l'éthique des dirigeants du parti socialiste français.

Rien que pour ça, ils devraient se prendre quelques quéquettes de quinquenats de purgatoire!

Écrit par : petard | 25 août 2011

Ce qui n'en sort pas grandie non plus est la Justice américaine: Ou bien le bonhomme n'a rien à se reprocher, et le sujet est clos. Ou bien il a quelque chose à se reprocher, et il est coupable. Renoncer à un procès pénal pour ensuite rendre possible un procès civil, dans les circonstances: "faut l'faire..."

Écrit par : J.C. Simonin | 26 août 2011

@J.C. Simonin: aux USA, le procès civil et le procès pénal ont chacun leur destin propre. Ils ne sont pas liés.

Le procureur de l'Etat de New-York Cyrus Vance a simplement estimé que ses chances d'obtenir l'unanimité d'un jury, indispensable au pénal, étaient trop faibles pour que le jeu en vaille la chandelle. Essentiellement à cause des faiblesses de la victime. C'est une sortie piteuse, surtout après avoir interdit à M. Strauss-Kahn de quitter le territoire.

Ici, c'est en fin de compte Nafissatou Diallo qui s'est retrouvée jugée.

Les Américains, comme dans le procès O.J. Simpson, se servent parfois du procès civil pour "corriger" la pusillanimité d'une justice pénale. Celle-ci est manipulée par les politiciens, les procureurs étant élus, et préférant un non-lieu que la tâche d'un échec sur leur curriculum.
Le procès civil ne requiert pas l'unanimité du jury, il "suffit" de cinq jurés sur six si mes souvenirs sont exacts. Et surtout, un procureur ne peut pas décider unilatéralement de botter en touche. Quoi qu'on en dise, si le chapitre "pénal" est clos, l'affaire n'est pas terminée.

Écrit par : Stéphane Montabert | 26 août 2011

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