27 août 2011

Prochaine crise en vue

Divers analystes s'essayent avec un talent variable à l'art de la prédiction, alors autant m'y frotter à mon tour. La prochaine crise boursière aura lieu vers la mi-septembre.

Bon, déjà, rajoutons quelques mises en garde. Je ne garantis pas une précision chronométrique sur le déclenchement - pas forcément le le vendredi 16 à 14:57. Au train où vont les choses, nous pourrions même assister entre temps à une ou deux phases d'effondrement comme ce paisible mois d'août nous en a offert. Mais quelque chose de gros et lourd va indéniablement se passer sur les places financières au début de l'automne.

Le contexte, on le connaît. La récession se présente gentiment, l'euro glisse, la BCE imprime, etc. Tous les voyants sont au rouge, et ce ne sont que les péripéties judiciaires de DSK ou les affrontements à Tripoli qui ont permis aux journalistes de se mettre autre chose sous la dent. Temporairement.

Mais en septembre, c'est la rentrée. Les affaires reprennent. La bonne humeur estivale s'est envolée. La prochaine bouffée d'optimisme, généralement vers Noël, semble encore très loin.

Et la Grèce va mal.

Le ministre grec des Finances, Evangélos Vénizélos, a évoqué vendredi le risque d'un nouveau dérapage budgétaire pour cause de récession, indiquant qu'il en discutera la semaine prochaine avec la délégation tripartite de l'UE et du FMI surveillant les comptes grecs.

"Nous ne voulons pas renégocier" le plan d'austérité dicté au pays jusqu'en 2015 par ses bailleurs de fonds, la zone euro et le Fonds monétaire international, mais "nous voulons estimer en commun avec la troïka les données macroéconomiques (...) et évaluer les objectifs budgétaires", au vu de la récession pire que prévue, a affirmé le ministre.

S'exprimant lors d'une séance de questions parlementaires, il a réaffirmé tabler désormais pour 2011 sur une contraction du PIB "supérieure à 4,5%", contre une projection de départ de -3,5%, avalisée par l'UE et le FMI mais plombée par la cure d'austérité administrée au pays sous leur tutelle.

 

Très mal.

Les taux grecs à 10 ans ont atteint un nouveau record jeudi, les investisseurs craignant que les garanties exigées par la Finlande en contrepartie de son aide financière à Athènes fragilisent la mise en oeuvre du second plan d'aide mis en place pour la Grèce.

grece_2_ans.jpgA 15H35, les rendements grecs à 10 ans s'inscrivaient à 18,548% contre 17,892% mercredi à la clôture. Les taux à deux ans montaient à 45,892% contre 44,025% la veille. [oui oui, il n'y a pas de faute de virgule. Cf. graphique à droite.]

"L'idée d'un défaut de la Grèce fait de plus en plus son chemin auprès des investisseurs", a souligné René Defossez, stratégiste obligataire chez Natixis.

 

L'idée fait son chemin, en effet. Avec des chiffres pareils, qui peut s'attendre à ce que la Grèce reprenne pied?

Il y a deux raisons à ce soudain sursaut de réalisme. D'abord, les engueulades entre pays européens:

Les garanties exigées par la Finlande pour sa participation au prêt international octroyé à ce pays "fragilisent la mise en oeuvre de ce plan", a-t-il expliqué.

La semaine dernière, Helsinki a annoncé être parvenu à un accord avec Athènes au sujet de ces garanties, soulevant de vives tensions dans la zone euro. L'Autriche, les Pays-Bas, la Slovaquie et la Slovénie ont laissé entendre qu'ils souhaitaient le même traitement de faveur. L'Allemagne reste de son côté fermement opposée au versement de toute garantie.

 

Alors que tant d'efforts sont déployés pour maintenir une belle unité de façade, les disputes de chiffonniers en coulisses font mauvais effet. Les désaccords gagneront en intensité alors que la Grèce se rapproche toujours plus de la cessation de paiement, permettant à chacun de voir à quel point le bel accord d'ensemble entre Européens est illusoire. Il suffit que la Finlande réclame de faire des prêts plutôt que des dons à la Grèce - qui croit encore sincèrement qu'Athènes remboursera? - pour que les disputes s'embrasent. Et voilà l'Autriche, les Pays-Bas et d'autres de réclamer eux aussi le droit d'être plus égaux que d'autres, pendant qu'Angela Merkel fait les gros yeux... Mais personne ne la croit plus capable de garder un cap, quel qu'il soit.

merkel_decue.jpgLes disputes publiques aux plus hauts sommets de l'Union ne sont que des péripéties, au demeurant parfaitement prévisibles. L'autre inquiétude vient de la participation du secteur privé au plan de sauvetage. Et là c'est du sérieux.

Rappelez-vous: avant de partir en vacances, tous les dirigeants de l'Europe s'accordaient à dire que les créanciers privés, ces salauds, devaient mettre eux aussi la main au porte-monnaie pour sauver la Grèce. Seulement, il n'était pas question de leur tordre le bras: les agences de notation auraient tôt fait de prononcer un défaut, même partiel. L'annonce aurait démoli la valorisation des emprunts grecs dans le bilan des banques françaises et allemandes, les forçant à être recapitalisées ou à faire faillite.

Pour éviter à ce scénario catastrophe (auquel nous n'échapperons probablement pas de toutes façons) les têtes pensantes de l'UE décidèrent d'une participation "volontaire" du secteur privé. Quoi de plus facile, entre gens de bonne compagnie, de décider de faire payer quelqu'un d'autre! Comme toute forme de contrainte était toutefois interdite, on demanda aux banques de proposer elles-mêmes les modalités de leur participation "volontaire". Etalage sur 30 ans des prêts grecs, provision à 20% des sommes empruntées en cas de reconduction d'une obligation arrivant à échéance, quelques propositions astucieuses furent avancées... Et c'est tout.

Alors que la période de foisonnement intellectuel arrive à terme, les volontaires ne se bousculent pas au portillon.

Le plan de sauvetage du 21 juillet prévoit une participation, sur une base volontaire, des créanciers privés d'un montant total de 158 milliards d'euros.

Or, pour l'instant, "une quarantaine de banques en Europe se sont dites intéressées, ce qui est très peu", a souligné [un expert du marché obligataire].

Athènes a donné aux établissements bancaires jusqu'au 9 septembre pour se déterminer sur la forme de leur participation.

 

Bien que le 9 septembre ne soit pas sur le plan strictement comptable une échéance cruciale pour la dette de la Grèce, le manque d'enthousiasme du secteur privé sera indiscutable ce jour-là. Il fera clairement sentir le roussi à toutes les places boursières du monde. 158 milliards d'euros à refinancer et si peu de monde pour profiter de l'aubaine, c'est ballot.

On assistera probablement à une réunion d'urgence de tels ou tels politiciens, mais pour décider quoi? Le Fonds Européen de Stabilité Financière et la Banque Centrale Européenne vont, comme d'habitude, être appelés à la rescousse, mais leur capacité financière est insuffisante - précisément la raison pour laquelle le secteur privé était amené à mettre la main au porte-monnaie. Sans compter que l'actualité a déjà amenés BCE et FESF à engager des moyens pour sauver Chypre, l'Espagne et l'Italie, ce qui n'était pas prévu à l'origine. Peut-être que ces Finlandais n'étaient pas si bêtes de se montrer prudent, finalement...

Le mois d'août était chaud, attendez donc de voir septembre.

Commentaires

Attention avec les prédictions, c'est une science qui demande beaucoup de subtilité.
J'ai entendu l'année dernière sur les ondes de la RSR, un analyste économique réputé dire clairement : "Les prédictions c'est toujours difficile, SURTOUT QUAND ELLES CONCERNENT L'AVENIR.

Écrit par : gamine | 27 août 2011

A force d'y croire l'auto persuasion est souvent pire que le mal surtout en ce domaine c'est tout l'art du catastrophisme ambiant car tout comme dans l'histoire Pierre et le Loup le jour ou une vraie crise arrivera ceux qui s'amusaient à des prévisions saugrenues seront les plus mal lottis!tout le monde connait l'effet boomerang!
et l'on voudrait des jeunes heureux sans drogue mazette faut être vraiment courageux pour oser espérer ne serait-ce que 5 minute un pareil miracle mais peut-être est-ce le but ,pousser au suicide collectif qui sait!ou redonner envie aux gens de retourner à l'église qui elle aussi a passé des décennies à faire craindre l'enfer pour empécher l'évolution féminine ,il serait temps de redonner courage aux plus jeunes sans l'éternelle ritournelle de cette crise qui au demeurant a vraiment touché l'église de plein fouet c'était peut-être un avertissement aussi afin de faire comprendre aux édiles que l'édit de Nantes appartient au passé et qu'il eut son nombre de victimes mortes semble-t'il pour rien

Écrit par : lovsmeralda | 27 août 2011

"Le mois d'août était chaud, attendez donc de voir septembre."

Pas besoin d'aller voir Mme Soleil pour se faire prédire que l'automne sera "torride". D'abord c'est chaque année pareil chez nos voisins: grèves, manifs, émeutes, etc. Le plan d'austérité annoncé est aussi la cerise sur le gâteau pour attiser le feu.
Et nous là-dedans? On verra cruellement que toutes les mesurettes de la BNS et du CF feront un flop magistral.
Les perdants? Tous ceux qui attendent désespérément le 30 du mois pour recharger leur frigo et congélateur... et ceux qui redoutent les deux coups de sonnette du facteur...
Et les gagnants? Ceux qui ont suffisamment de fraîche à convertir en euros ou en dollars pour se payer des vacances et des résidences secondaires à l'étranger. C'est-à-dire presque les mêmes qui chialent de ne plus rien vendre parce que les salaires sont trop élevés.

Écrit par : petard | 27 août 2011

«Les prédictions c'est toujours difficile, surtout lorsqu'elles concernent l'avenir» est généralement attribué à Pierre Dac.

Les pays européens souffrent des folies des politiciens qu'ils ont régulièrement porté à leur tête depuis trente ans.

Écrit par : Franck Boizard | 28 août 2011

"Les pays européens souffrent des folies des politiciens qu'ils ont régulièrement porté à leur tête depuis trente ans."

Grâce au culte illusoire du "changement"...
 l'horizon de chaque échéance, c'est la même rengaine: "faut que ça change", "suivez-nous pour le changement", "assez de cette majorité qui ne tient pas ses promesses", tralala et tralala...
Chez nos voisins c'est assez comique: raz-le-bol du mitterrandisme, vive le chiraquisme. Raz-le-bol-du chiraquisme, vive le sarkozisme. Raz-le-bol du sarkozisme, vive le quoi? Le "royalisme"? Pfft! pas bien dans ses mocassins la mijaurée... Le "hollandisme"? Ohé! pas de scène de ménage au Conseil des ministres. Le "dsk-quéquettisme"? Houps! la moquette de l'Elysée deviendrait la banque du sperme... L'"aubryisme" Glups! risque de rupture de stock en Cheval Blanc 1982...
Au fait, nos voisins ont-ils vraiment les politiciens qu'ils méritent? Ne seraient-ils pas victimes d'un/de complot(s)?
Même si presque tous les jours j'ai de quoi pester contre nos marionnettes de Berne, on peut être rassuré qu'avec nos Fathi Derder, Pierre Keller et autres Ted Robert, le changement pour l'"inchangement" n'est pas dans leur vocabulaire.

Écrit par : petard | 28 août 2011

Si ça interesse du monde :

GEAB N°56-Spécial Eté 2011 est disponible! Crise systémique globale - Dernière alerte avant le choc de l'Automne 2011 : Quand 15.000 milliards USD d'actifs financiers partiront en fumée

Lien:

http://www.leap2020.eu/GEAB-N-56-Special-Ete-2011-est-disponible-Crise-systemique-globale-Derniere-alerte-avant-le-choc-de-l-Automne-2011_a6658.html

Écrit par : roket | 29 août 2011

faudrait en profiter pour augmenter les salaires de 10% donc brutalement reduire les profits des boites en moyenne de 20%. c est pas politiquement correct en periode normale car ça ferait plonger les bourses et ce serait inflationiste mais au lendemain d'un krach boursier deflationiste faudra pas se géner allez les gars c est ma tournee

Écrit par : pat | 03 septembre 2011

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