07 octobre 2011

Pierre-Yves Rapaz au Conseil d'Etat!

La vie n'attend pas la politique. Le décès inattendu de Jean-Claude Mermoud a bouleversé le paysage vaudois.

Conseiller d'Etat UDC très apprécié, Jean-Claude Mermoud s'était porté au côté de Guy Parmelin pour se lancer au Conseil des Etats lors des élections fédérales. Sa disparition subite il y a un mois a provoqué des remous politiques insoupçonnés, son décès survenant avant la fin de son mandat au Conseil d'Etat vaudois. L'UDC a non seulement été privée d'un excellent candidat pour le Conseil des Etats, mais aussi d'un Conseiller d'Etat vaudois en exercice, disparition forçant, à quelques jours près, la tenue d'une élection complémentaire.

Cette élection complémentaire aura lieu mi-novembre, avec un éventuel second tour en décembre, le tout pour un mandat courant jusqu'en mars 2012. Autant dire que l'élu ne siègera pas longtemps avant d'affronter un nouveau scrutin.

Théoriquement, le siège vacant devrait revenir à l'UDC au nom de la concordance; mais il semble vain de demander à l'ensemble de la classe politique vaudoise de réfréner son appétit. Le timing de cette élection complémentaire aiguise la convoitise: elle survient au beau milieu des fédérales et à quelques mois des cantonales. En outre, certains partis verraient d'un bon oeil la possibilité d'infliger un camouflet cinglant à l'UDC en s'emparant de son siège au nez et à sa barbe, juste avant les élections cantonales, en plus du prestige rejaillissant évidemment sur le vainqueur. Les Verts ont ainsi lancé Béatrice Métraux à l'assaut du siège du défunt Conseiller d'Etat, vraisemblablement soutenue par les socialistes.

Finalement, la disparition de Jean-Claude Mermoud a laissé un vide politique que l'UDC se doit de combler en trouvant dans ses rangs un poulain capable de lui succéder.

C'est avec ce mélange de contraintes internes et externe que l'UDC a tenu un congrès extraordinaire le soir du 6 octobre à la Grande Salle de Bussigny.

L'ambiance était beaucoup moins tendue que celle du congrès du 8 avril. Il faut dire que l'ambition de la soirée était modeste, les délégués n'ayant qu'à décider d'un candidat pour le Conseil d'Etat. Rien à voir avec le Congrès précédent, où l'attribution des places de candidats pour sur la liste pour le Conseil National donna lieu à quelques belles empoignes.

Au début de la soirée, l'UDC vaudoise commença par accepter une modification du mode de scrutin. Plutôt que d'avoir un scrutin majoritaire à un tour (permettant au mieux classé de l'emporter du premier coup, quasiment par surprise) il fut décidé à une écrasante majorité de procéder par élimination progressive des candidats, à moins que l'un d'eux n'obtienne la majorité absolue.

Les quatres candidats se présentèrent tour à tour: Fabienne Despot, l'égérie antinucléaire d'Ecole 2010; Pierre-Yves Rapaz, chef du groupe UDC au Grand Conseil et municipal de Bex; Pascal Dessauges, futur préfet de Morges cherchant à dépasser son poste avant même d'en prendre possession; et Jacques Nicolet, député de Lignerolle dont je n'avais guère entendu parler jusqu'ici mais qui fit fier étalage de ses liens avec le monde paysan.

congrès.jpgChacun des candidats avait ses mérites. Il n'y avait aucune raison d'être difficile, puisque même leurs faiblesses aux yeux des délégués UDC présents pouvaient se révéler finalement un avantage... Une élection au Conseil d'Etat implique de séduire les électeurs au-delà des rangs traditionnels du parti: on peut dire que l'UDC sortirait gagnante du scrutin soit au sortir de la désignation, soit le jour de l'élection en novembre, l'objectif étant bien sûr de réussir les deux.

Toutefois, le premier tour du scrutin cacha une sacrée surprise - une surprise qui n'est mentionnée ni dans Le Matin, ni sur Swissinfo, ni sur la Tribune de Genève, ni semble-t-il sur aucun des sites "d'information" romands que j'ai pris la peine d'examiner. Et pourtant, les journalistes ne manquaient pas dans la salle.

Je vous livre donc ici les résultats du premier tour de scrutin où 151 bulletins de vote furent exprimés :

  1. Pierre-Yves Rapaz, 54 voix ;
  2. Pascal Dessauges, 34 voix ;
  3. Fabienne Despot, 27 voix ;
  4. Claude-Alain Voiblet, 22 voix ;
  5. Jacques Nicolet, 14 voix.

Le secrétaire général de l'UDC Vaud parvint à se hisser à une quatrième place tout à fait honorable sans même être candidat! Il y a visiblement plus qu'une poignée des délégués qui ont estimé que Claude-Alain serait le meilleur candidat au Conseil d'Etat. Je me demande quel aurait été son score s'il avait été officiellement en lice.

L'intéressé prit néanmoins la parole pour rappeler qu'il n'était pas candidat et qu'il ne tenait pas à l'être, les campagnes fédérales et cantonale monopolisant terriblement son calendrier jusqu'en mars 2012. On veut bien le croire.

Après cette surprise, le reste du scrutin se déroula sans heurts, Pierre-Yves Rapaz faisant la course en tête et finissant par obtenir la majorité absolue sans que l'ordre des candidats ne soit modifié.

p-yrapaz.jpgVisiblement ému, le municipal de Bex exprima ses remerciements à l'assemblée. Il aura la lourde tâche de reprendre le fauteuil laissé par Jean-Claude Mermoud et ce ne sera pas facile. Je ne le connais pas encore très bien mais la plupart des vieux routards présent au congrès semblaient en avoir la plus haute estime; si parfois tel ou tel portait davantage un autre candidat dans son coeur, je n'entendis personne pour reprocher quoi que ce soit à son parcours politique. Les vaincus du soir témoignèrent sans réserve leur soutien et leur désir d'unité à notre nouveau candidat.

L'assemblée des délégués se dispersa une fois l'élection accomplie, emportant du matériel électoral mis à disposition au cours de la soirée. Car la route est longue jusqu'à la dernière salve d'élections au printemps prochain.

Bonne chance donc à Pierre-Yves Rapaz. J'espère que j'aurai le plaisir de le rencontrer - peut-être à l'occasion d'un passage au marché de Renens où nous tenons notre stand de campagne?

Commentaires

Comme par hasard, L'UDC joue perdant. Toute la gauche derrière Métraux, quelques UDC tendance blochérienne pour Rapaz...
Vous avez un peu vite oublié que Blocher s'est fait sortir du CF, me semble-t-il. Je bouffe mon chapeau si Rapaz est élu...

Écrit par : Géo | 08 octobre 2011

@Géo, rien n'est joué d'avance. Il ne faut surtout pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué, dit le proverbe.
J'ai comme l'impression, que ce sera le candidat qui représentera le centre droit et la droite, qui l'emportera au second tour!
Préparez-vous à bouffer votre chapeau, comme vous le dites si bien. A moins que vous ne révisiez votre position entre les deux tours...

Écrit par : Jean-François Chappuis | 10 octobre 2011

Rap à droite...
Monsieur Rapaz serait-il issu ni de l'aile blochérienne, ni de l'aile agrarienne de l'UDC, mais d'une nouvelle tendance hip-hop dans le parti. Un parti où, d'habitude, c'est plutôt la musique folklorique qui tient le haut du pavé?

Écrit par : Baptiste Kapp | 13 octobre 2011

Le pire de la politique est à nouveau démontrer en terre vaudoise.
Alors que l'UDC devait simplement reprendre ce siège, laissé vacant par
un départ voulu par le cycle de vie de chacun, non, il faut faire des frais
à charge du contribuable, parce que certains, trouvent-là, une petite faille pour essayer de s'installer et de tirer le bénéfice d'un siège qui ne leur appartient pas....en tout cas pas avant l'élection officielle du printemps 2012.

Faut donc que les vaudois se manifestent le 23 octobre afin de faire comprendre que les règles de jeu respectées, sont aussi un critère sur lequel les électeurs évaluent leurs politiques afin d'avoir un "remplaçant responsable" des deniers publics, avant ses propres intérêts personnels.

Écrit par : Corélande | 13 octobre 2011

@Corélande
"remplaçant responsable" des deniers publics"
Un paysan UDC réclame toujours plus d'argent de l'Etat. Pas bon argument de votre part.

A part ça, qu'un UDC remplace un autre UDC au vu des circonstance est un argument légitime, mais avec l'approbation de la population. Si l'UDC choisit librement son successeur, la population, elle, a le droit et le devoir de donner son avis. A travers la votation, c'est la liberté de choisir et d'accepter et donc de légitimer un élu.

Écrit par : roket | 15 octobre 2011

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