11 novembre 2011

Flagrant délit de vérité

Panique hier: Standard & Poor's, la plus grande agence de notation mondiale, a envoyé à ses clients une note comme quoi la France avait perdu son triple-A.

En fait non, c'était une bourde:

"Suite à une erreur technique, un message a été automatiquement diffusé à certains abonnés au portail de S&P Global Crédit indiquant que la note de crédit de la France avait été changée", indique le communiqué de l'agence. "Ce n'est pas le cas: la note de la République française est inchangée à "AAA"", ajoute-t-il.

 

L'Autorité des marchés financiers (AMF) a annoncé jeudi soir avoir ouvert une enquête après cette diffusion. Le sujet est tellement sensible que les politiciens français ne se calmeront pas sans avoir trouvé des têtes à planter au bout d'une pique.

Ils devraient pourtant éviter de faire trop de scandale autour de cette affaire, parce que dans les faits la France n'est plus AAA - et depuis longtemps. La France paye un taux d'intérêt 1.60% supérieur à l'Allemagne pour emprunter à dix ans, alors que les investisseurs cherchent à placer leur argent en souscrivant aux emprunts de pays réellement sûrs. Les taux allemands ont ainsi baissé de 40% en six mois. Les taux français, eux, sont plus... Divergents.

L'écart entre les deux pays est parlant:

 

Françallemagne.png
Il y a triple-A et triple-A...
(cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Aujourd'hui, l'Allemagne emprunte à 10 ans avec un taux de 1.79% alors que la France emprunte à 3.39% pour la même durée - soit environ le double.

Les marchés financiers ne considèrent plus la France comme un pays triple-A.

Les investisseurs ne considèrent plus la France comme un pays triple-A.

Mais il ne faut pas le dire - pas tant que Nicolas Sarkozy est au pouvoir, en tous cas. Parce que les agences de notation sont corrompues jusqu'à la moëlle pour surestimer leurs clients.

S'il fallait une dernière preuve que le non-triple-A de la France est un secret de Polichinelle, c'est que les marchés n'ont même pas réagi face à la vraie-fausse annonce de dégradation de la note. Pas de vent de panique, de bruissements de rumeurs, rien. Business as usual. Il est vrai qu'enfoncer une porte ouverte provoque rarement un effondrement!

Résumons tout cela dans une dépêche telle qu'elle aurait dû apparaître:

PARIS - L'agence de notation Standard and Poor's (S&P) a été prise la main dans le sac en flagrant délit de vérité hier. Elle a ainsi transmis à certains de ses abonnés un message faisant état d'une dégradation de la note de la France.

Les autorités françaises et l'Autorité des marchés financiers ont vigoureusement protesté: cette diffusion n'aurait pas dû survenir avant les élections présidentielles françaises de 2012.

L'information est d'autant plus dommageable pour la France que l'Elysée a mis en place une propagande intensive sur le thème de la rigueur afin de justifier la stabilité de la note auprès des agences, malgré l'inadéquation flagrante entre l'endettement du pays et les critères AAA.

De fait, les marchés n'ont pas réagi à l'annonce, pas plus qu'à son démenti.

L'erreur de communication, compréhensible, intervient alors que l'écart entre le taux des obligations à 10 ans de l'Allemagne et de la France sur le marché de la dette a atteint un nouveau record historique jeudi, au-delà des 170 points de base. Malgré le prétendu plan d'économie annoncé par le gouvernement, le déficit courant de l'Etat est prévu autour de 100 milliards d'euros cette année. Ce montant s'ajoutera à une dette estimée à 1'646 milliards d'euros.

L'agence de notation a promis de faire la lumière sur cette diffusion inopportune. Dans un communiqué, elle rappelle que même une information factuelle se doit d'être annoncée avec tact.

 

Ca colle mieux à la réalité de la situation.

Commentaires

Désolé, mais je ne vois pas le problème.

Dans les années 2000, la France empruntait à 4% avec une inflation à 2/2.5%. L'inflation actuelle oscille entre 1.5 et 2.0 . Le différentiel taux d'intérêt/inflation reste le même.

Si l'Allemagne est plus bas, ce n'est pas un gage de perfection. Le Japon est quasiment à 0% (sur les taux) depuis la crise de 1990. Et il est en crise quand même.

Un taux d'intérêt bas est souvent synomyme de récession. Pour éviter une croissance négative, on fait chûter les taux pour favoriser l'emprunt, donc la relance de l'activité. C'est quand le tax est très faible ou très haut qu'il faut s'inquiéter ! Le bon tx dans une économie de services est entre 3 et 5. Au-delà, c'est soit une récession (inférieur à 3), soit une inflation non maitrisée (supérieur à 5). Si cela se conjugue à une croissance quasi-nulle, c'est la déflation. Le pire scénario !

[Message édité à la demande de son auteur]

Écrit par : Paul | 11 novembre 2011

Charles Gave explique très bien ce cercle vicieux :

> l'Etat euthanasie la croissance.

> la croissance étant euthanasiée par l'Etat, le capital se réfugie dans les dettes étatiques : les taux d'intérêt baissent.

> les taux d'intérêt baissant, l'Etat peut continuer à emprunter pour grossir et euthanasier encore plus la croissance.

> et ainsi de suite.

Jusqu'au jour où les taux d'intérêts sont nuls et la croissance négative. L'Etat ne peut alors plus rembourser ses emprunts (taux > croissance), les taux d'intérêt remontent légèrement, puis de plus en plus vite, et l'Etat fait banqueroute.

La baisse concomitante des taux d'intérêt et de la croissance n'est donc pas un paradoxe. C'est juste la période d'incubation du défaut souverain.

Il y a un remède simple : l'Etat n'a pas besoin d'emprunter pour assurer ses missions régaliennes (sauf périodes de guerre). Si l'Etat emprunte, c'est le signe qu'il se mêle de domaines où il n'a rien à faire. Qu'il se retire de ces domaines et l'horizon s'éclaircira.

Écrit par : Franck Boizard | 11 novembre 2011

C'est comme les nécrologies rédigées à l'avance par les agences de presse : des fois, elles se gourent, et envoient la dépêche avant que le bonhomme ne soit tout à fait mort.

Écrit par : Robert Marchenoir | 11 novembre 2011

Cela fait 30 ans que la France aurait du perdre son triple A

D.J

Écrit par : D.J | 11 novembre 2011

Bonjour,
Bien que d'accord avec le fait que la France ne mérite sans doute plus le AAA, la comparaison des rendements sur lesquels se traitent les obligations gouvernementales sur les marchés ne reflètent pas forcément les taux auxquels les dits gouvernements pourraient se refinancer sur les mêmes marchés. Pour preuve, le dernier emprunt de la confédération a été lancé avec un taux de 2,25%, pour 20 ans il est vrai, alors que l'emprunt 10 ans se traite en dessous de 1% de rendement.......Le dernier emprunt comparable date de septembre 2011, pour une année supplémentaire, soit 11 ans, le taux était de 2%.
Il faut donc vraiment être très attentif à ces aspects. De plus, les obligations sur le marchés peuvent être l'objet de ventes à découverts et donc artificiellement faire monter les rendements...

Écrit par : salegueule | 12 novembre 2011

Pas strictement le sujet, bien que ....

Bruxelles place ses pions : Papademos à Athènes, (ex BCE), Monti à Rome (ex. commissaire).
Bien sûr pour former des gouvernements de "techniciens" ... non élus!

Bientôt Delors à Paris ?
... Et Barroso à Lisbonne ?

Tout çà ressemble fort à un coup d'état.

Écrit par : Pablito | 14 novembre 2011

Politiquement en tout cas, mieux vaut faire croire que nous nous battons pour le triple A. Car sinon, que dira le peuple ? Finalement, c'était pas important : inutile de faire des réformes, on peut très bien vivre avec un AA-..

Écrit par : Nicolas | 15 novembre 2011

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