29 novembre 2011

Renens opte pour la dette XXL

Ayant l'insigne honneur d'être membre de la Commission des Finances de la ville, j'ai assisté à la séance concernant le plafond d'endettement de la Municipalité pour la législature 2011-2016 fixé à 200 millions.

Le spectacle était hallucinant.

Je l'ai découvert en avance; la première aura lieu lors de la séance du conseil communal de décembre. Les représentations se poursuivront sur les trente prochaines années, le temps de payer les traites.

L'ambiance risque d'être plus maussade.

Le plafond d'endettement correspond aux sommes que la Municipalité marquée à gauche prévoit de d'emprunter pour mener à bien ses différents projets. Et en la matière, c'est une véritable boulimie. Comptons entre autres une ligne de tram, une nouvelle gare, une ligne de Bus à Haut Niveau de Service, un musée, une participation dans une société de chauffage à distance... L'imagination des élus n'a pas de limite!

Certes, le plafond d'endettement est un maximum. Rien ne force la Municipalité à le dépenser dans son intégralité, comme lors de la législature 2006-2011. Mais cette fois-ci l'espoir est maigre. L'ambition en matière de dépenses est clairement affichée, la Municipalité refusant de reconduire le plafond de 140 millions de la législature précédente - trop modeste, sans doute. Après tout, ce n'est pas parce qu'un type prend son pistolet, glisse une balle dans la chambre, arme, enlève la sécurité et met en joue sa cible qu'il va forcément tirer, n'est-ce pas? Pour le plafond d'endettement, il nous reste le même genre d'espoir...

La planification d'endettement proprement dite permet de dégager quelques chiffres:

TABLEAU SYNTHETIQUE (en milliers de CHF)
  2011 2012 2013 2014 2015 2016
Investissements 12'790 9'474 22'476 28'725 18'410 18'730
Marges d'autofinancement 145 573 300 -1'000 -1'500 -2'000
Emprunts à long terme 60'200 69'100 91'300 121'000 140'900 161'600
Endettement net
par habitant (en CHF)
1'630 2'063 3'147 4'592 5'432 6'286
 
RATIOS
Indicateurs 2011 2012 2013 2014 2015 2016
Quotité de la
dette brute
82.01% 89.95% 116.06% 151.17% 172.91% 195.30%
  Bon Bon Acceptable Mauvais Mauvais Mauvais
Quotité de la
charge d'intérêts
-0.39% -0.87% -0.24% 0.84% 1.77% 2.57%
  Pas de charge Pas de charge Pas de charge Faible charge Charge moyenne Charge moyenne
Endettement net
par habitant
Moyen Moyen Elevé Elevé Très élevé Très élevé

Ce tableau est une fidèle reproduction de la page 7 du préavis n° 5-2011 - Plafond d'Endettement de la législature, agrémenté de quelques couleurs. Les qualificatifs "mauvais", "très élevé" et autres ne sortent pas de l'imagination fébrile de votre humble serviteur, mais des échelles cantonales d'évaluation de l'endettement définies dans l'annexe n° 2 - Indicateurs financiers du dit préavis.

La quotité de la dette brute représente le rapport entre la dette et le budget. Pour reprendre des termes très en vogue ces temps-ci à l'échelle internationale, c'est l'endettement rapporté au PIB de la commune. Les chiffres parlent d'eux-mêmes.

La marge d'autofinancement représente le résultat net annuel de Renens. S'il est positif, cela signifie que la commune gagne de l'argent; s'il est négatif, la commune s'endette mécaniquement, par la simple hémorragie de la balance de ses comptes courants. Nous y arriverons dès 2014 en perdant un million de francs, la somme passant à deux millions en 2016. Renens se sera enferrée dans la situation inextricable d'emprunter pour payer ses dépenses courantes, sans compter l'entretien de tout ce qui aura été construit.

Difficile à croire, mais les chiffres du tableau pèchent par optimisme; ils ne tiennent compte ni de l'accroissement continu des charges de fonctionnement de la ville, ni de la réduction des recettes à cause du ralentissement de la conjoncture.

Si le plafond d'endettement est atteint, la situation de Renens sera gravissime.  Ce n'est pas là encore une vue de l'esprit, mais les risques très réels de défaut de paiement énoncés devant la Commission des Finances par le boursier communal. En effet, non seulement les niveaux d'endettement atteints par la ville la rapprocheront dangereusement de la mise sous tutelle d'office, mais Renens aura aussi le plus grand mal à renouveler ses prêts en cours de législature.

Dans le climat économique actuel, est-on certain que les banques ouvriront leurs bourses en grand pour financer les projets pharaoniques d'une ville socialo-communiste endettée à mort?

C'est en tous cas le pari effrayant de la Municipalité.

Bien sûr, je ne prône pas le rejet de toute dépense. Mais refuser l'abstinence n'oblige pas à renoncer à toute prudence. Nous traversons une période de grande incertitude; la moindre des choses serait de faire la liste des projets par ordre de priorité et de ne lancer que ceux que la ville peut s'offrir, en suivant les règles de bonne gestion sans cesse répétées par le boursier communal: au moins 50% des coûts d'un investissement, quel qu'il soit, devraient être couvert par l'autofinancement.

Comme pour tout un chacun, quand on n'a pas les moyens, on retarde, on renonce ou on essaye une alternative plus abordable.

Mais ce serait demander trop de bon sens à une Municipalité assoiffée de prix d'architecture. La facture sera pour ses successeurs, ainsi que pour les habitants de Renens, naturellement.

Les forces politiques de Renens étant ce qu'elles sont, l'adoption de ce plafond d'endettement au Conseil Communal par la majorité rouge-rose-verte tient de la formalité. Si quelqu'un a la patience de suivre les débats, je parie que les arguments fallacieux suivants fuseront:

  • "Renens est une ville et il lui faut des équipements en rapport" - non sequitur par excellence. Aux dernières nouvelles, le taux d'occupation était aussi tendu que pour n'importe quelle commune de l'arc lémanique. Renens est parvenue à dépasser vingt mille habitants sans avoir de tram ou de chauffage à distance. Et c'est maintenant qu'il faudrait ces équipements dispendieux pour faire grandir la ville?
  • "Lausanne fait pire" - c'est indéniablement vrai, mais en quoi est-ce une excuse ou même une justification? La dette de Lausanne dépasse celle du canton de Vaud. La Municipalité viserait-elle la palme de la commune la plus mal gérée de Suisse?
  • "Ces investissements sont nécessaires" - je mets au défi quiconque d'en faire la démonstration. Un besoin vital d'un Bus à Haut Niveau de Service? D'un musée de la photographie? Je demande à voir!

Je ne sais pas si la syndique de Renens Marianne Huguenin envisage de se lancer dans un nouveau mandat en 2016, mais au vu de la situation de la commune prévue à cette date, j'en doute. Qui souhaiterait diriger une ville percluse de dettes, à deux doigts de la mise sous tutelle et avec une marge de manoeuvre financière réduite à zéro? C'est la tactique de la terre brûlée d'une gauche en perte de vitesse.

Rendons-lui tout de même hommage, Mme Huguenin aura réussi sa sortie - un véritable feu d'artifice de dépenses dont l'ardoise se payera sur des décennies.

Et tout le monde le sait.

Comme le résuma un conseiller communal amer:

"On sait qu'on va droit dans le mur, on discute juste de la date."

 

Vous seriez surpris de la couleur politique du monsieur.

Commentaires

On croirait que les responsables politiques de Renens ( en tout cas ceux qui soutiennent ces dépenses pour leurs projets mammouths ) vivent dans une bulles coupée du monde. L'Europe s'écroule pour surendettement sous leurs yeux et ils veulent faire pareil.

D.J

Écrit par : D.J | 29 novembre 2011

Je ne vous imagine pas de faire des dettes pour acquérir une maison ou je me trompe ?!

Écrit par : Roket | 29 novembre 2011

@Roket: des constructions de logement prévues dans les projets 2011-2016? Vous ne devez pas suivre de très près les projets de législature - ni les débats au Conseil Communal, d'ailleurs, où lors de la dernière séance par exemple les socialistes ont proposé de "réaffecter" une modeste maison d'habitation possédée par la commune en local d'accueil pour diverses associations altercomprenantes.

30 millions pour le musée de Mme la syndique, 30 millions pour le BHNS, 25-30 millions pour le projet "rayon vert" futuriste de réfection de la gare, ça en fait des maisons... Qui ne verront pas le jour.

Mais j'aime bien votre parallèle: si Renens subissait une comptabilité aussi stricte que les futurs propriétaires, les banques lui claqueraient la porte au nez à cause de son endettement. Sa dette de 2011, ne parlons pas de celle de 2016!

Écrit par : Stéphane Montabert | 29 novembre 2011

" Je ne vous imagine pas de faire des dettes pour acquérir une maison ou je me trompe ?! "

Il va réfléchir à deux fois avant de s'endetter pour acquérir une maison s'il n'a pas les moyens de la payer. La ville de Renens va s'endetter pour des projets dont elle sait que les liquidités disponibles pour rembourser la dette seront insuffisantes. Mais les responsables politiques de Renens s'en foutent puisqu'il espèrent compter sur la vache à lait nommée contribuable.

D.J

Écrit par : D.J | 29 novembre 2011

De Margaret Thatcher :
"Le socialisme ne dure que jusqu’à ce que l’argent des autres soit épuisé."
Renens a choisi d'écourter ...

Écrit par : Jacky Brouze | 30 novembre 2011

la coalition dirigeant à Renens aime le luxe et le prestige. Elle fait entrer ses milliers de personnes pour atteindre le chiffre d'habitants requis pour pouvoir s'appeler une "Ville". Et maintenant elle a contractée la même fièvre qui a conduit au collapsus du système financier mondial .. mais comme toujours avec un peu de retard et à un échelle moindre... je ne serais même pas surpris, si à la fin de leurs mandats respectifs, ils s'accorderaient un parachute doré pour bon services rendus.. tel est le détachement de la réalité dont notre élite au pouvoir à renens souffre... et nous fait / fera encore plus souffrir

Écrit par : r100 | 30 novembre 2011

Ne vous en faites pas. A l'aide de la péréquation, on extorquera l'argent nécessaire au sauvetage de Renens - et de Lausanne - des communes plus responsables. Donc, à moyen terme, pas de panique! D'ailleurs, cette extorsion se produit déjà!
A plus longue échéance, quand toutes les communes auront compris qu'il est "rentable" de concourir avec Renens et Lausanne dans le championnat de la collectivité publique la plus mal gérée, on peut en revanche se faire des soucis...

Écrit par : zamm | 30 novembre 2011

Tout finit par arriver Sieur Montabert, je partage une partie de vos doutes concernant l'endettement.

Volet transports;

Il me semble que dans le volet transports (tram et bus a aux niveau de service) Renens est pris dans un projet d'ensemble. Il est par conséquent difficile de prendre le risque de faire capoter l'ensemble du projet comme Renens a failli le faire avec le m1 (ex TSOL). Bon il est vrai qu'a l'époque le financement était différent.

Il ne fait aucun doute par contre, le tram va fortement amélioré la qualité de transport entre Renens et Lausanne par rapport à la situation actuelle qui est a saturation depuis des années.

Selon moi, Le tram est un choix discutable pour les raisons suivantes:

Un énième outils de transport diffèrent (trolleybus, autobus, m1 et m2 et maintenant le tram), les coûts pour gérer l'ensemble sont élevé pour un petite agglomération. Rien d'étonnant que le prix des billet couvre la moitié moins de tous les frais qu'a Zurich. Donc à la charge des collectivités.

Autre problème, se sont les accidents de personnes. Le tram provoque en moyenne 5 morts par année en Suisse (1 pour chaque ville desservie par ce moyen de transport). Statistiquement ce n'est pas beaucoup. Il en va différemment si l'accident nous concerne. Contrairement aux morts provoqué par le m2 (1 suicide en 2008) ou le m1 début 2011 (personne passe sous les barrières), la population l'accepte car ces personnes ont eu un comportement hors norme.

Il va en être différemment avec les trams. Dès le premier accident, la population va se rendre compte que la moindre inattention avec le tram peut leur être fatale. C'est particulièrement vrai avec les enfants. Des points comme les escaliers du complexe Migros ou les escaliers de Bel-Air devrait être accidentogènes.

Evidement, la tecnologie moderne des trams est conçue pour chasser les corps vers l'extérieur. Néanmoins, un corps coupé en deux cela fait de l'effet. Visiblement je deviens trop sensible.

Écrit par : Pensif | 03 décembre 2011

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