24 janvier 2012

Grèce: les arbres vaincus par la crise financière

Qui aurait cru que même Mère Nature se mettrait à souffrir à cause du surendettement de l'Etat grec? C'est pourtant exactement ce qui se passe, de façon très logique d'ailleurs, comme nous le relate cette dépèche de l'AFP:

Grèce: la crise et les taxes sur le mazout font tomber les arbres

ATHENES - La coupe sauvage de bois de chauffage est en pleine expansion en Grèce, face à une montée en flèche des prix du mazout et une réduction des crédits publics pour la gestion forestière, a indiqué mardi l'Union panhellénique des ingénieurs forestiers.

Il n'y a pas encore de menace sur les écosystèmes forestiers, mais l'Etat doit agir vite, il faut se souvenir de ce qui s'est passé en Albanie à la chute du régime communiste, quand même les arbres longeant les routes étaient coupés, a affirmé à l'AFP le président de cette Union, Nikos Bokaris.

Après constatation d'abattages illégaux, les services forestiers ont émis 1.500 plaintes en 2011, soit deux fois plus que l'année précédente, dans un pays où 70% des forêts sont publiques, le reste appartenant pour l'essentiel à des institutions religieuses.

La branche grecque de l'ONG environnementale WWF s'est aussi émue du problème. Selon son responsable pour les forêts, Konstantinos Liarikos, il y a selon les régions des cas divers, soit d'actions individuelles, soit d'activités organisées par des réseaux de vente.

Le phénomène n'est pas nouveau dans un pays où le chauffage au bois reste fréquent, et les immeubles récents, même à Athènes, sont souvent équipés de cheminées alors que les coupes encadrés par l'Etat ne suffisent pas à répondre à la demande, surtout couverte par des importations en provenance des Balkans.

Mais selon M. Bokaris, la crise économique a fait la différence, entre la hausse du prix du mazout, quasi-multiplié par deux en 2011, et la baisse des crédits alloués à la gestion publique des forêts, passés de près de 20 millions d'euros ces dernières années à désormais moins de 10 millions, dans le cadre des mesures d'austérité dictées à la Grèce surendettée par l'UE et le FMI.

 

Arbre_Coupe.jpgTout est dit. L'Etat grec est aux abois (sans jeu de mots). Il augmente donc les taxes sur tout ce qu'il voit, démesurément, dont celles sur le mazout - une ressource typique dont l'utilisation passe par des canaux faciles à surveiller: cuves de stockage, entreprises spécialisées, camions-citernes agréés...

Le mazout devient hors de prix pour les Grecs, ce qui n'est pas un problème pour les vaillants membres du gouvernement. Mais voilà l'imprévu. Pour leurs besoins de chauffage, les Grecs se tournent vers le bois de chauffage, une ressource naturelle, accessible, bon marché, et hors du contrôle de l'Etat et de ses taxes. Catastrophe!

La désagrégation de l'Etat grec s'accompagne de nombeux phénomènes sociologiques, dont nous n'avons même pas idée. Toutefois, cette péripétie sur le thème du chauffage m'inspire quelques remarques:

  • Dans une crise économique, les impératifs de survie l'emportent sur les considérations écolo-bobo-générations-futures-développement-durable sur lesquelles on pouvait gloser par beau temps.
  • La Grèce expérimente à l'échelle 1:1 la fameuse décroissance prônée par nos écologistes. La vérification empirique montre que ça ne semble pas faire beaucoup de bien à la nature.
  • Les mêmes écolos qui prêchent le changement de mode de vie à chaque repas protestent contre ce virage 100% renouvelable. Remplacer le pétrole par le bois ne leur fait pas du tout plaisir si le bois en question n'a pas eu leur bénédiction. On dirait même qu'ils préfèreraient qu'on en reste au bon vieux mazout!
  • La dépèche n'en parle pas, mais je doute que les taxes instaurées sur le mazout rapportent beaucoup plus à l'Etat grec qu'avant, fussent-elles doublées. Un nombre toujours plus grand de gens se tourne simplement vers des moyens de chauffage alternatifs. Il faut aussi compter les frais supplémentaires qu'engendrent la surveillance des forêts pillées et la traque des contrevenants. La Courbe de Laffer est probablement respectée une fois de plus.

Seule une société prospère a les moyens de protéger son environnement. Laboratoire de la faillite, la Grèce nous en fait la démonstration.

Commentaires

Les mêmes bobos qui n'en peuvent plus de culpabiliser dans le grand sanglot de l'homme blanc et qui cherchent tellement à nous faire croire que tout ce qui arrive aux Africains est de notre faute...
Toutes les forêts autour des villes sahéliennes sont aujourd'hui rasées et cela MALGRE LES SUBSIDES DES Français pour les bonbonnes de gaz. Nos amies africaines préfèrent cuisiner au feu de bois...
S'il n'y a plus de pluies par là-bas, c'est probablement plus le fait du déboisement et de la sur-pâture qu'autre chose...
Si vous aviez besoin d'exemples pour illustrer la contradiction entre luttes écologiques et pauvreté, il suffisait de se tourner vers ce continent.
Il faut aussi regarder qui ici en Suisse défend la présence du loup : un agglomérat de bobos fonctionnaires, médecins, avocats etc..., qui n'ont pas de problèmes pour acheter de l'agneau néo-zélandais venu par avion (par bateau, ce n'est pas mieux, il est vrai).

Écrit par : Géo | 24 janvier 2012

L'agneau néo-zélandais coûte plus cher en Suisse que l'agneau suisse (si cet animal-là existe...) ? En France, ce serait plutôt le contraire, il me semble (à confirmer).

Écrit par : Robert Marchenoir | 24 janvier 2012

Ces gens-là n'ont que le bilan carbone à la bouche. Produire de l'agneau en Suisse pour les humains serait plus rationnel que pour les loups...

Écrit par : Géo | 24 janvier 2012

" Ces gens-là n'ont que le bilan carbone à la bouche ".

Sauf quand il s'agit d'exporter nos montres, nos fromages et notre chocolat à l'autre bout de la planète. On se demande jamais pourquoi les japonais ne se contenteraient pas que de leurs montres qui sont aussi de très bonne qualité?

D.J

Écrit par : D.J | 25 janvier 2012

On ne parle pas des mêmes personnes, DJ. Je ne connais pas de bobos qui bossent dans l'horlogerie. Ces petits chouchous risqueraient de se salir les mains, pfuiii.
Les bobos, ce sont des médecins, des avocats ou des magistrats, des fonctionnaires dans le domaine de l'urbanisme, des enseignants. Ils ne risquent rien, les parrains socialistes les protègent, eux et leurs gros salaires.
Les horlogers sont des entrepreneurs, des hommes ou des femmes dignes d'admiration pour leur courage. Rien à voir avec les précédents, qui profitent de la protection de leur mafia politique et qui méritent tout notre mépris.

Écrit par : Géo | 25 janvier 2012

@ Géo,

Je voulais dire que ceux qui nous parlent sans cesse de bilan carbone de la part des bobos selon votre description ( description que je remet pas en cause ) n'ont semblent-t-ils pas vraiment compris que le commerce mondial va dans les deux sens. Le jour ou les belges ne voudront plus de nos exportions de chocolats car le voyage est mauvais pour le climat; on entendra les bobos anti-fraises espagnoles genre Isabelle Chevalley crier au scandale contre les belges.

D.J

Écrit par : D.J | 25 janvier 2012

Bravo pour ce très bon article...

Écrit par : Nicolas B. | 26 janvier 2012

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