28 février 2012

La Dinde de Fer

La cérémonie des Oscars s'est achevée. Bien qu'au second plan face à l'agitation autour de l'Artiste Jean Dujardin, Meryl Streep a réussi à décrocher une statuette pour son interprétation de Margaret Thatcher - ou plutôt, pour une adaptation de la vie de Margaret Thatcher jugée plaisante auprès du jury d'Hollywood. La formulation est un peu ampoulée mais nettement plus proche de la vérité.

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Pour incarner Margaret Thatcher, le brushing ne fait pas tout.

Comme le dit Norman Tebbit, qui fut un des plus fervents supporters de Margaret Thatcher et un membre du cabinet entre 1981 et 1987:

Elle était toujours ouverte à la persuasion, mais seulement par des arguments et des faits convenablement rassemblés et présentés, et elle pouvait être rude - parfois même exagérément - envers des collègues qui n'atteignaient pas son niveau d'exigence. Mais, de ma propre expérience, elle n'a jamais été la femme à moitié hystérique, trop émotive et surjouant son rôle qu'incarne Meryl Streep.

 

Sans surprise, ni le réalisateur du film Phyllida Lloyd ni son scénariste Abi Morgan ne firent appel à lui pour le moindre conseil:

Vous auriez pu penser que si vous étiez en train de mettre en place un de ces "biopic" au sujet d'une figure politique dominante de la fin du 20e siècle, vos biographes auraient cherché à contacter ceux qui étaient le plus proche d'elle en ces années-là et leur demander. Je ne sais pas à qui ceux qui ont fait le film ont fait appel. (...) Certainement pas à moi.

 

L'ancien porte-parole de Margaret Thatcher Tim Bell défaussa lui aussi le film, le qualifiant de "non-événement". Il est vrai que pour quelqu'un cherchant à comprendre pourquoi Margaret Thatcher est passée à la postérité au point qu'on lui érige une statue au Parlement britannique, le film ne répond guère à la demande.

Les deux tiers du long-métrage s'appesantissent péniblement sur la période post-2003 (après la mort de son mari Dennis), longtemps après que la Dame de Fer a quitté le pouvoir. Elle traîne dans son appartement, parle à sa fille, souffre d'hallucinations...  Le spectateur est affligé de l'histoire ennuyeuse et pathétique d'une vieille femme à la santé mentale sur le déclin, ponctuée de flashbacks sur quelques événements qui ont donné forme à sa carrière. Que la vieille femme en question soit Margaret Thatcher semble presque un détail.

Les moments clés de son ministère à la tête de l'Etat anglais sont soit passés sous silence, soit réduits à leur plus simple expression. L'épisode de la poll tax résume cinq minutes du film, l'attentat de l'hôtel Brighton tout autant ; la grève des mineurs, moins de cinq ; le siège de l'Ambassade d'Iran n'est pas mentionné du tout; la Guerre des Malouines a droit à un quart d'heure et autant de répliques grotesques, alors qu'elle est si symbolique; la politique de privatisation est réduite à sa plus simple expression, et rien n'est dit de l'impact de sa personnalité sur l'état d'esprit du pays et la fierté qu'elle rendit à l'Angleterre... Et ne parlons même pas de son accession au pouvoir ou de ses années à l'université.

Les producteurs de cinéma ont apparemment décidé de faire un film sur la vieillesse plutôt que sur la vie de Margaret Thatcher. Bon choix pour ne pas rentrer dans les eaux mouvantes du film polémique - quoi que cela réussisse pour d'autres... - car certains positionnements passent mieux auprès des critiques professionnels, dira-t-on. Elle est ainsi passée à la moulinette du politiquement correct de gauche, réduite à une icône du féminisme (ce qu'elle n'a jamais voulu être), dépendante des autres, faible, vulnérable, et sur sa fin. A moins qu'il ne s'agisse d'une métaphore de son héritage politique?

Il y avait pourtant tellement à dire sur Margaret Thatcher! Les épisodes et les événements qui émaillèrent son passage au pouvoir furent si nombreux et si marquants qu'un seul film ne suffirait pas à tous les raconter. Mais sans tenter le récit exhaustif de son existence, il aurait été possible de se concentrer sur un ou deux instants cruciaux du personnage - un peu comme pour George VI - et insister sur le mode de pensée de celle qui reçut le surnom de Dame de Fer, une inflexibilité admirable qui, loin d'être inhumaine, se référait simplement à des principes moraux avec lesquels elle refusait de transiger. Comme le dit encore Norman Tebbit:

Je compris qu'il y avait deux fils dans ses pensées, le premier étant un patriotisme romantique profondément enraciné dans son passé loin des villes. Elle détestait le cynisme urbain envers son pays et son peuple, et cette attitude était renforcée par une croyance religieuse passée de mode et non-conformiste sur ce qui était bien et ce qui était mal. L'autre fil venait de son éducation scientifique et de sa vie professionnelle, non au sein d'une académie mais dans le laboratoire d'une société alimentaire. (...)

Je la trouvais sûre d'elle-même sur les principes de sa politique, mais ouverte quant aux tactiques (...) Jamais, cependant, elle ne sacrifia ses principes pour des motifs tactiques, pas plus qu'elle n'accepta d'aller le long de routes qu'elles qualifiait de façon méprisante de "trop malignes".

 

Même la version française (!) de Wikipedia arrive à résumer ses accomplissements en quelques phrases:

Attachée à ses convictions chrétiennes méthodistes, conservatrices et libérales, invoquant la souveraineté britannique, la protection de l'intérêt de ses administrés et les principes de droit, elle mena une politique étrangère marquée par l'opposition à l'URSS, la promotion de l'atlantisme, la guerre des Malouines en 1982 ou la promotion d'une Europe libre-échangiste au sein de la Communauté économique européenne. Sa politique économique, fortement influencée par les idées issues du libéralisme économique, fut marquée par d'importantes privatisations, par la baisse de la pression fiscale, la maîtrise de l'inflation et du déficit et l'affaiblissement des syndicats.

 

Margaret Thatcher se retrouva à la tête d'un pays ruiné et sclérosé. En 1976, le gouvernement travailliste fut contraint de solliciter l'aide du FMI à hauteur de 4 milliards de dollars, une somme colossale pour l'époque. En 1979, année de son accession au pouvoir, l'Angleterre perdit 30 millions de journées de travail en grèves. Toutes les embauches devaient recevoir l'aval des syndicats. La fiscalité était délirante: la tranche marginale d'imposition sur les revenus du capital atteignait alors 98%, celle sur les revenus de 83% (on est loin des modestes 75% proposés par le candidat Hollande!)

Elle brisa le pouvoir des oligopoles légaux, permis aux plus démunis d'acheter leur logement social, libéralisa l'emploi, réduisit le périmètre de l'Etat, donna à la City la liberté financière pour prendre son envol, restaura la crédibilité internationale du Royaume-Uni et sa place dans le concert des nations... Simplement en refusant de transiger sur ses valeurs et ce qu'elle trouvait juste - des valeurs si pertinentes qu'on baptisa de son nom sa doctrine politique. Et son héritage est encore salué aujourd'hui.

C'était peut-être un peu trop ambitieux pour Hollywood, finalement; mieux valait un film superficiel sur la déchéance mentale due à la vieillesse appliquée à une personnalité connue -  et un oscar à la clef pour Meryl Streep.

Commentaires

Je n'ai pas vu le film, mais j'ai découvert récemment sur Internet des vidéos avec des extraits de ses discours. On comprend pourquoi il s'agit d'un personnage historique.

Thatcher se prépare à donner un coup de balai au socialisme :
http://www.youtube.com/watch?v=o1W1hAho4mQ&feature=relmfu

"There is no such thing as public money" :
http://www.youtube.com/watch?v=xvz8tg4MVpA&feature=related

"We're all unequal, thanks heaven" :
http://www.youtube.com/watch?v=v2Vp1moqTKs&feature=related

Thatcher explique pourquoi les "inégalités sociales" n'ont pas d'importance :
http://www.youtube.com/watch?v=rv5t6rC6yvg&feature=related

"You turn if you want to" :
http://www.youtube.com/watch?v=rQ-M0KEFm9I&feature=related

Ce que le bruit médiatique a réussi à effacer, en répercutant la propagande socialiste, est que la politique "inhumaine" de Thatcher a été une immense réussite : effondrement du chômage, effondrement de l'inflation, baisse des taux d'intérêt, hausse de la productivité.

Le bruit de fond gauchiste a aussi réussi à faire oublier que Thatcher n'était pas une espèce de dictateur proto-fasciste : elle a été élue trois fois de suite, et avec nettement plus de voix la dernière fois que la première !

Depuis, hélas, le socialisme a repris le pouvoir en Grande-Bretagne.

Écrit par : Robert Marchenoir | 28 février 2012

" est que la politique "inhumaine" de Thatcher a été une immense réussite : effondrement du chômage ",

certain rétorqueront que le chômage a augmenté lors des ses premières actions sur la libéralisation de l'économie. Ce qui était vrai; mais il s'agit d'une augmentation de chômage qui était du par le fait que les entrepreneurs des grands groupes privés et des services publiques n'étaient plus étranglés par les syndicats qui empêchaient les licenciements nécessaires au bon fonctionnement des entreprises et de l'économie. Mais à terme la GB a retrouvé le plein emploi. Il faut dire qu'elle a remis sur les rails un pays qui était mort économiquement et était devenue une cause perdue tel la Grèce aujourd'hui.

" Le bruit de fond gauchiste a aussi réussi à faire oublier que Thatcher n'était pas une espèce de dictateur proto-fasciste "

Cela me fait toujours marrer d'entendre les gauchistes traiter les libéraux comme Thatcher de fasciste. Les fascisme c'était toujours plus d'état pour diriger l'économie. Alors que Thatcher faisait le contraire. On le répétera jamais assez que le fascisme tout comme le nazisme sont des idéologies socialistes et que les gauchistes détestent finalement ce qu'ils leur ressemble le plus.

D.J

Écrit par : D.J | 28 février 2012

@Robert Marchenoir

Ah, ca fait du bien !

Merci :-)))))

Écrit par : Nicolas | 29 février 2012

Finalement, je crois que les gens de gauche sont juste des cons...

On a beau se dire que s'ils sont arriérés, c'est à cause de leur éducation défectueuse et que si on leur explique, nous pourront les éclairer. Mais rien n'y fait. Ils sont toute haine et complètement mégalomaniaques.. Plus ils sabotent l'économie (comme ils le font activement depuis au moins Mai 68), plus évidement ils vivent mal, plus ils en conclu qu'il faut saboter l'économie.. Cercle infernal. De vrais robots incapable du moindre esprit critique et de penser par eux même..
Enfin, si pour trouver des boucs émissaires, là, ils sont assez créatifs !

Écrit par : Nicolas | 02 mars 2012

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