22 avril 2012

Réaction à chaud

Ca y est, après une aprèEstimations.pngs-midi de tergiversations, les estimations sont tombées.

Le 2e tour devrait voir s'affronter, sans surprise, Nicolas Sarkozy contre François Hollande. Pour le reste, pas une estimation clé correctement livrée par les instituts de sondage: le score de Jean-Luc Mélenchon est décevant (comme je l'avais prédit ici même) et Marine Le Pen occupe sans doute possible la troisième place. Finalement, contre toute attente, la participation est très élevée, plus de 80%.

Et des gens payent ces sociétés pour fournir des estimations?!

La campagne pour le deuxième tour va être très amusante. En effet, en 2007, François Bayrou avait été le troisième homme: les deux candidats avaient multiplié les avances vers le centre pour séduire l'électorat du Béarnais.

Ici, le fléchissement vers le centre n'est plus possible, ou en tous cas, il ne suffira pas: avec près d'un électeur sur cinq, Marine Le Pen vient d'entrer dans la vie politique française par la grande porte - alors même que la participation est très élevée, ce qui coupe court à toute théorie "d'accident". Non seulement elle dépasse le meilleur score de son père, mais ce résultat n'a rien d'inespéré, ni même de surprenant.

Il fallait être un politicien du sérail (ou l'employé d'un institut de sondage) pour croire que le ras-le-bol se concrétiserait du côté de Jean-Luc Mélenchon plutôt que de Marine Le Pen.

Piquant d'entendre ce soir Jean-François Copé faire quelques additions rapides sur le plateau de TF1 juste après les premières estimations: finalement tout ne va pas si mal, tant de pour-cents pour la droite, tant de pour-cents pour la gauche, et l'indéchiffrable François Bayrou au centre. Pardon? Désormais, l'UMP additionne les voix du Front National aux siennes? Voilà une sacrée nouveauté!

La gauche a une longue tradition d'alliance et d'unité. Même si on se déteste cordialement, lors des grandes échéances on répond présent. François Hollande n'aura qu'à jouer la carte de la modération pour emporter une bonne partie de l'électorat centriste.

A droite, avec le cas particulier du Front National français, l'exercice est plus difficile - une division entre droite fréquentable et droite infréquentable dans laquelle l'UMP n'a pas hésité à renchérir. Le président sortant paye ses pots cassés. Nicolas Sarkozy, qui affichait quelques jours encore son mépris souverain pour Marine Le Pen, devra convaincre l'électorat frontiste que ses préoccupations sont respectables et qu'elles seront défendues dans un second quinquennat (alors même que Marine Le Pen continue d'être le diable incarné, bien entendu.)

Pas facile de faire passer un tel message en deux semaines!

Certes, Nicolas Sarkozy a ponctuellement tenté des "ouvertures à droite", mais celles-ci étaient tellement cousues de gros fil qu'il faut être un indécrottable naïf pour y avoir cru - et nous voyons ce soir que ceux-là ne sont pas nombreux à s'y être laissés prendre. A l'inverse de 2007, les électeurs du Front National ont choisi le vote Front National.

Tout n'est pas joué pour autant, bien entendu. Entre les deux tours, le président sortant brossera un portrait apocalyptique du destin qui attend la France en cas de victoire de François Hollande ; si l'homme du PS est aussi borné et aveuglé par l'idéologie qu'on peut le craindre, le tableau pourrait refléter la vérité. Mais il y en a d'autres qui font le pari du pragmatisme de la part du candidat socialiste - sachant de toutes façons que la marge de manoeuvre de la France est extrêmement étroite.

Personne n'est à l'abri d'une bourde mémorable, évidemment. Mais toutes choses étant égales, la trajectoire est favorable à François Hollande. Quand Nicolas Sarkozy se présentera comme le président des défis à relever, il ne pourra pas empêcher une bonne partie de l'électorat de se demander en son for intérieur "pourquoi avoir gardé ces réformes si essentielles pour un second mandat?"

Qu'avez-vous donc fait de votre premier mandat, M. Sarkozy? La timidité de vos réformes, vous la payez ce soir.

Commentaires

Celui qui voulait nous "faire les poches" a déjà averti qu'il allait mobiliser les militants pour semer la crème le premier mai et que ce pourrait être le début d'une longue saga...

Lorsqu'il dit détenir les clefs du second tour, c'est peut-être à l'arme du désordre public qu'il fait allusion le finaud. Vu sous cet angle là, on peut craindre en effet la menace de graves troubles de l'ordre public à répétition au cas où Sarkozy serait réélu.

Le pire est à venir et en dehors des urnes. Aussi, l'élection de Hollande - bien que catastrophique -, pourrait être considérée pour un temps comme un rempart chaos. Le prétexte pour éviter montagne de bris de glace, de voitures incendiées, ou plus grave encore, des actions à caractère terroriste.

Ce n'est pas Marine Le Pen qui mettra la France à feu et à sang. Mélenchon, oui, c'est un type dangereux: «I’M DANGEROUS», on peut le croire.

Écrit par : petard | 23 avril 2012

Celà montre surtout la limite de la République et de manière générale, la problématique d'un président (ou premier ministre) fort.
L'humain écoutant plus facilement ce qu'il a envie d'entendre ou comprenant les choses à travers le prisme de l'idéologie (de droite comme de gauche), l'"épreuve" électorale est d'abord une affaire de marketing et non pas une élections sur des directions à prendre que ce soit par exemple dans l'économie ou le sociale.

Faute de bon candidats, le risque est grand de voir la France stagner.
Q'un pays dépende à ce point de la qualité des hommes au pouvoir montre les limites du système.

La république est un vieux machin qui n'est plus de son temps.

Écrit par : roket | 23 avril 2012

1. Roket a raison : la constitution de la Vème est bon pour les primates inférieurs amateurs de bananes en temps de guerre. Il serait temps d'en changer...
2. Sarkozy et les siens avaient raison. la vraie campagne commence maintenant: D'un côté Sarko, avec ses faiblesses bien mises à nu, merci à MM.Fillon et Juppé, etc, d'en tenir compte...
De l'autre, l'ennemi de la finance qui veut ouvrir grandes les portes de la France aux frères de Mohammed Merah.

Alors, ou les Français correspondent à l'image que se font d'eux les Suisses, c-à-d des tarés toujours en grève et incapables de voir économiquement plus loin que le bout de leur nez.
Ou ils votent Sarkozy. A défaut de grives, on mange des merles. Proverbe français.

Écrit par : Géo | 23 avril 2012

"Alors, ou les Français correspondent à l'image que se font d'eux les Suisses, c-à-d des tarés incapables de voir économiquement plus loin que le bout de leur nez..." (Géo)

Un peu comme les banques suisses et les autorités suisses, qui, incapables d'anticiper la fin du secret bancaire, ont été obligées de l'improviser sous la pression des événements de façon précipitée, désordonnée, en capitulant complètement devant les puissances étrangères, mettant ainsi en péril un secteur fondamental de leur économie, et reniant en quelques mois ce qu'elles présentaient auparavant comme les valeurs ancestrales et immuables du pays ?

Un peu comme ces minuscules banques suisses tout à fait marginales qui, lorsque le secret bancaire existait encore, l'ont mis en péril en se livrant à des opérations de racolage actif en vue de fraude fiscale sur le territoire des Etats-Unis, sans penser une seule seconde aux conséquences possibles, non seulement pour leurs entreprises, mais aussi pour leur pays tout entier ?...

Écrit par : Robert Marchenoir | 23 avril 2012

...Un peu comme l'ex-président de la Banque nationale suisse, incapable de voir économiquement plus loin que le bout de son nez, lorsqu'il a réalisé une opération de spéculation sur les devises pour son compte propre (ou laissé sa femme le faire), au moment même où le sort de la monnaie suisse et de la Suisse en général reposait pour une bonne part sur sa personne, sur sa parole, sur sa réputation, sur son intégrité, en raison de sa promesse solennelle d'intervenir sur les marchés de façon illimitée pour empêcher le franc suisse de trop monter par rapport à l'euro ?...

Écrit par : Robert Marchenoir | 23 avril 2012

Exactement comme cela, Robert Marchenoir. Les Suisses n'ont pas une meilleure idée de leurs banquiers que vous, aucun doute sur ce point.

Écrit par : Géo | 23 avril 2012

Comment on punit la Haute Trahison chez vous, Marchenoir ? Moi je verrais bien les squelettes de quelques banquiers d'UBS ou du Crédit suisse achever de pourrir sur une roue au bout d'une perche, avec encore quelques corbeaux qui essayent de picorer quelques restes...
Avec un nom comme "Marchenoir", nul doute que vous voyez un peu ce que je veux dire...

Écrit par : Géo | 23 avril 2012

Chez nous, on ne la punit pas. Elle est récompensée.

Écrit par : Robert Marchenoir | 23 avril 2012

L'aveuglement économique est sans frontières, mais la façon dont quelques chevaux de Troie technocratiques ont suffi à étrangler la Suisse me semble en effet plus alarmante que le naufrage collectif appelé avec enthousiasme par un électorat français accro à son propre folklore. Reste qu'en Suisse le peuple est moins habitué à la becquée, mais pour combien de temps? La jeune génération a l'air séduite de la même façon par les thèses collectivistes, et à côté de ce que je vois affiché dans les rues de Genève, les indignés parisiens passeraient presque pour des conservateurs.

La France va l'avoir, sa cure de gauchisme. Ça soudera le peuple contre la finance apatride pendant les douloureuses ponctions nécessaires à rester dans les clous des marchés, lesquels comptent sur la présidentielle française pour valider leurs anticipations d'évolution socialiste en Europe. Hollande est objectivement le président qu'il faut à ce pays : assez mou pour servir d'édredon au défoulement populaire et jouer son rôle d'anesthésiant après les méchantes années Sarkozy, assez endoctriné pour tenir une rhétorique de gauche convaincante aux oreilles des étatistes-souverainistes, assez modéré pour ne pas embarrasser l'extrême-gauche avec des considérations de légitimité, assez représentatif de la tiédeur amniotique à laquelle aspire une grande partie de l'électorat. Il fera un merveilleux dernier président de la IIIe République.

Écrit par : GM | 24 avril 2012

"La république est un vieux machin qui n'est plus de son temps."

Nan. Nous ne sommes plus en République (Rome) mais en démocratie (Athènes), sa forme corrompue...

Écrit par : Nicolas | 24 avril 2012

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