16 juillet 2012

Une histoire de zizi

Ça aurait pu commencer comme une anecdote à classer dans la rubrique "fait divers" d'une revue juridique, mais le ton est monté très vite: suite à un jugement, en Allemagne, on ne peut plus pratiquer la circoncision sur les nouveaux-nés.

crying_baby.jpgLe 26 juin, le tribunal de grande instance de Cologne a rendu publique sa décision. Il juge que l'ablation du prépuce pour motif religieux est une blessure intentionnelle, et de ce fait, illégale. Les juges lèvent clairement le doute sur la question religieuse:

Dans un jugement qui devrait faire jurisprudence, le tribunal de grande instance de Cologne a estimé que "le corps d'un enfant était modifié durablement et de manière irréparable par la circoncision", indique un communiqué. "Cette modification est contraire à l'intérêt de l'enfant qui doit décider plus tard par lui-même de son appartenance religieuse", précise ce jugement qui n'interdit pas cet acte à des fins médicales. "Le droit d'un enfant à son intégrité physique prime sur le droit des parents", estime le tribunal. Les droits des parents en matière d'éducation et de liberté religieuse ne sont pas bafoués s'ils attendent que l'enfant soit en mesure de décider d'une circoncision comme "signe visible d'appartenance à l'islam", poursuit le tribunal.

 

Le tollé n'a pas manqué, jusqu'à la Chancelière Angela Merkel amenée à réagir par le biais de son porte-parole: "Au nom de ce gouvernement, de tous les membres de ce gouvernement, disons les choses clairement: nous tenons à ce qu'une vie religieuse juive, à ce qu'une vie religieuse musulmane soient possibles en Allemagne. La liberté des activités religieuses est à nos yeux un droit auquel nous sommes très attachés".

En France, le débat a rebondi de manière plus ou moins heureuse, telle celle choisie par une journaliste du Huffington Post français, Edith Ochs:

A ce train-là, on peut se demander si l'instruction religieuse n'est pas un abus de pouvoir de la part des parents allemands. De même que le consentement parental à une opération non vitale, disons, l'ablation des végétations adénoïdes, ou simplement les vaccinations diverses (qui ne sont pas sans risques), les yoyos dans les oreilles (heureusement passés de mode), les appareils dentaires (que les enfants détestent), la rééducation oculaire, la psychothérapie, l'apprentissage de la lecture et du calcul mental. (...). Ces actes devraient-ils exiger aussi d'avoir le consentement des chères têtes blondes et brunes ?

 

Mettre sur le même plan un acte médical motivé et la circoncision? Il fallait oser! La "journaliste et écrivaine" enfonce le clou en expliquant finalement que selon elle la circoncision est un baromètre positif de la liberté religieuse - alors même que la possibilité de ne pas être circoncis est totalement impensable dans les pays musulmans, quelle que soit la religion des parents. Elle évoque ensuite les vertus de la circoncision contre la transmission du SIDA, qui faisait des ravages dès l'ère chrétienne comme chacun sait... Et en conclusion, s'attarde sur la "vraie question", à savoir le plaisir masculin ressenti avec un organe circoncis. Difficile de traiter le sujet en étant davantage à côté de la plaque!

Bien entendu, on pourra critiquer ce jugement de bien des manières et chacun ne s'en prive pas - la façon dont il remet en question des pratiques traditionnelles, l'incertitude qu'il fait planer sur les praticiens allemands, l'immixion des juges dans la sphère privée et j'en passe. Rarement pareille décision juridique aura fait autant l'unanimité contre elle, au moins médiatiquement.

Pourtant, les juges de Cologne posent le problème correctement.

Quelle est la limite à ce que l'on peut infliger à un enfant au nom de la religion? Au nom de quel principe peut-on accepter la circoncision et refuser le reste? L'excision? Les relations sexuelles avec des enfants? Le mariage forcé? La maltraitance? Les crimes d'honneur? La frontière est bien floue entre pratiques culturelles et pratiques religieuses, mais les textes sacrés font souvent preuve d'une étonnante flexibilité à ce sujet, surtout lorsqu'on les invoque devant une cour d'assises.

Nous vivons dans un monde étrange où la fessée est bannie mais où il est tolérable de mutiler le sexe d'un nouveau-né. Est-ce parce que la circoncision est considérée comme bénigne? Mais en l'absence d'un consentement explicite de l'intéressé, qui est mieux placé qu'une cour de justice pour décider de ce qui est bénin et de ce qui ne l'est pas? Le tribunal de grande instance de Cologne a été saisi après qu'un enfant de 4 ans soit hospitalisé à nouveau deux jours après une première opération, en raison de saignements. Une deuxième intervention chirurgicale correctrice et trois changements de pansements durent être effectués sous anesthésie totale, sans qu'on puisse reprocher ces complications à une erreur du médecin pratiquant la circoncision.

Lourdes conséquences pour une opération aussi "bénigne" qu'inutile...

Juifs et musulmans montent naturellement au créneau. Les premiers expliquent ainsi que "depuis 3'500 ans chaque petit garçon rejoint le peuple juif à travers le rite de la circoncision" et évoquent "un principe biblique qui définit le peuple juif depuis des temps immémoriaux", ce qui est un fieffé mensonge, le judaïsme se définissant avant tout par l'ascendance. On trouvera même un mouvement des juifs contre la circoncision sur Internet. Et, finalement, que dire des conversions?

L'argumentation des musulmans n'est guère différente, il s'agit de préserver la "liberté religieuse" - c'est-à-dire, dans ce contexte, l'ascendant religieux des parents sur leurs enfants.

Je ne doute pas que le jugement soit cassé à brève échéance, à moins qu'une nouvelle loi ad hoc ne vienne au secours des communautés de croyants concernées. Pourtant, la liberté religieuse, la vraie, est préservée par le jugement. Ce dernier rappelle que l'enfant "doit décider plus tard par lui-même de son appartenance religieuse." Car c'est là le ressort secret qui terrifie tant rabins et imams: l'idée que la progéniture de leurs ouailles ne soit pas automatiquement rattachée à leur communauté. Le lien est infiniment plus facile lorsque la circoncision est effectuée sur le nourrisson. Ils abhorrent l'idée d'un croyant n'adhérant au groupe qu'à l'âge de raison, volontairement  et en connaissance de cause - avec le sacrifice que cela implique. Cela mettrait cul par-dessus tête des millénaires "d'éducation" religieuse.

S'ils avaient le choix, combien d'européens fils de juifs ou de musulmans accepteraient une circoncision à quatorze ans pour épouser la religion de leurs parents?

Demander à un jeune de choisir sciemment une circoncision alors même qu'il est adolescent... Voilà qui serait un véritable acte de foi.

On comprend que les partisans de la circoncision fassent tout pour l'éviter.

Commentaires

pauvre enfant,pas besoin d'être de sang juif ou musulman pour souffrir d'un phimosis qui obligera la circoncision et plus on attend plus c'est difficile .Une fois la puberté atteinte c'est souvent la porte difficile a assumer pour les parents qui se verront alors confrontés à une grave crise de la part de celui à qui il pensait éviter ce genre d'inconvénient car aussi minime soit-elle cette intervention si elle n'est pas faite dès la sortie de la maternité provoquera des séquelles psychologique à assumer pour l'ado.
Et là ni juge ni religieux n'y pourront rien a moins qu'ils n'aient encore l'idée d'édicter des lois pour punir les parents qui ont attendu trop longtemps et c'est un peut tard pour ressentir quelques complexes de culpabilité envers les victimes de 39-45,c'est avant qu'il eut fallu réagir surtout si l'on sait la dureté de l'éducation Luthérienne,on n'ose imaginer le nombre de phimosis ayant frustré nombre d'enfants ce qui expliquerait peut-être le pourquoi de certaines réactions face au sexe féminin au sein de ces églises

Écrit par : lovsmeralda | 16 juillet 2012

Pour une fois, je pense que vous avez tort.

La religion, pour des parents qui ont des convictions religieuses, fait partie de l'éducation, au même titre que la langue, la culture, le comportement. C'est un mythe libertaire soixante-huitard que de croire qu'on peut laisser un enfant dans un état de suspension et qu'il décidera quand il aura l'âge. C'est aussi faire un choix à sa place.

En revanche, il faut préserver la liberté pour un adulte d'abandonner une religion.

Écrit par : Franck Boizard | 18 juillet 2012

@Franck Boizard: pour une fois? Vous êtes bien généreux! :)

Mais je ne parviens pas à comprendre pourquoi une mutilation génitale ferait partie de l'éducation "au même titre que la langue, la culture, le comportement." Il ne s'agit pas de laisser l'enfant en suspension mais simplement de s'abstenir de le mutiler sans son consentement...

- Soit le jugement est cassé (ce qui me paraît certain à 99,9%) et tout redeviendra "comme avant";
- Soit juifs et musulmans devront retarder ce léger découpage dans le temps, ce qui posera certains problèmes de piété une fois au pied du mur ;
- Soit. pour garder un minimum de popularité, ils devront faire évoluer leurs traditions pour s'affranchir de ce reliquat d'un autre temps, pratiqué sur des nourrissons justement parce qu'ils ne sont pas en situation de protester (C'est assez inique quand on y pense.)

La décision de la cour de justice de Cologne était à la fois humaine et courageuse, mais on semble encore et toujours accorder d'innombrables exceptions au droit dès lors qu'elles sont invoquées au nom de la religion - même lorsque cela concerne des bébés, qui sont pourtant les plus vulnérables et mériteraient le plus la protection offerte par le droit.

Écrit par : Stéphane Montabert | 18 juillet 2012

Encore un sujet à confusionnite aigüe. La circoncision utile, le phimosis de lovsmeralda, mêlée à l'identité religieuse. Et presque personne aujourd'hui capable de discerner cette confusion. Était-ce un objectif des réformes scolaires de rendre les gens aussi stupides ?

Écrit par : Géo | 18 juillet 2012

Monsieur Boizard,

Vous avez parfaitement raison lorsque vous dites: "Il faut préserver la liberté pour un adulte d'abandonner une religion". Vous avez simplement oublié d'ajouter: ... et de retrouver sa "calotte".

Ce qui ne vous donne pas tort! Car, il suffirait d'ajouter la moitier d'une fermeture éclair aux deux parties et garder la moins importante au congélateur jusqu'au jour où, arrivé à l'âge adulte, le circoncis veuille retrouver son prépuce. Mais si! Ce truc qui couvre le gland du pénis en le protégeant à l'état de flaccidité.
Ah bon!... Si vous ne voyez pas de quoi je parle, il existe une possibilité pour que vous soyez vous-même circoncis!... Vous voyez! Déjà, simplement pour facilité le propos, le truc à son importance!

Écrit par : Baptiste Kapp | 18 juillet 2012

@Géo votre mauvaise foi vous honore! bien entendu qu'en parlant du phimosis je n'allais pas mélanger la douleur de l'acte en question avec la religion que vous soyez juif ,musulman ou d'une autre obédiance c'était une parenthèse pour démontrer qu'en ce bas monde ,la douleur n'est jamais réservés à une seule ethnie

Écrit par : lovsmeralda | 18 juillet 2012

Géo, Hier-ici? c'est bien vous ou un usurpatueur? Wieso, revenu?
Also si c'est bien vous... Willkomen bei... Si c'est un usurpatueur... Blb!
Herr Montabert guten tag.
=@rb=(+) g v i s

Écrit par : redbaron 'r ganz verlosst in space | 19 juillet 2012

"On semble encore et toujours accorder d'innombrables exceptions au droit dès lors qu'elles sont invoquées au nom de la religion".

C'est bien le point fondamental : tout est-il réductible à la raison et au droit ? N'y a-t-il pas des domaines, comme la religion, qui doivent légitimement échapper au droit ?

Et paf, j'en profite pour caser ma citation favorite de Lévi-Strauss :

«On a mis dans la tête des gens que la société relevait de la pensée abstraite alors qu’elle est faite d’habitudes, d’usages, et qu’en broyant ceux-ci sous les meules de la raison, on pulvérise des genres de vie fondés sur une longue tradition, on réduit les individus à l’état d’atomes interchangeables et anonymes.»

Comprenez bien que, si vous réduisez tout au droits-de-l'hommisme, à l'universalisme et à la pensée abstraite, il n'y a plus de raisons de préserver aucune coutume, notamment les coutumes suisses.

Pourquoi refuser les minarets, par exemple ? Les musulmans n'ont-ils pas le droit d'avoir des lieux de culte à leur manière ?

C'est pourquoi j'inverse le raisonnement. Pourquoi accepter la circoncision des enfants ? Parce que cela se fait depuis des milliers d'années, et c'est une raison bien suffisante.

On est conservateur ou on ne l'est pas.

Écrit par : Franck Boizard | 19 juillet 2012

"Nous vivons dans un monde étrange où la fessée est bannie mais où il est tolérable de mutiler le sexe d'un nouveau-né."

Oui, ce même monde étrange où l'on continue inlassablement à cultiver l'utopie du "vivre ensemble".

Écrit par : petard | 21 juillet 2012

Boizard@ Vous nous ferez difficilement croire à votre honnêteté intellectuelle. Vous savez comme absolument tout le monde que les minarets ne sont pas des lieux de culte. Votre objection n'a aucune valeur. Que la liberté religieuse existe correspond à l'état de notre civilisation. Pour ma part, un être religieux ne fait pas partie à part entière de l'Humanité. Si vous voulez être un homme au sens plein du terme, vous serez sans dieu ni maître. Si vous croyez, c'est que vous faites abstraction de votre qualité d'homme pour devenir un esclave pour avoir renoncé à la loi qui nous régit tous : Dubito, ergo sum...
Un jour, un enfant circoncis va demander des comptes de sa circoncision. Par exemple, si elle est un peu ratée et lui pose problème...
Alors laissons les gens décider s'ils veulent l'être ou pas, et non leurs parents. L'argument de la vaccination ? Bien. Et si les parents se décident à châtrer leur gamin pour lui éviter des ennuis, comme ils l'ont fait pour leur chat ?

Écrit par : Géo | 21 juillet 2012

"Et si les parents se décident à châtrer leur gamin pour lui éviter des ennuis, comme ils l'ont fait pour leur chat ?"

Tiens, en voilà une très bonne idée! À rajouter aux brumeuses coutumes de quelque religion obscurantiste. En l'appliquant déjà à "un fils sur trois"... ça serait plus efficace que toutes les taxes CO2 et économies d'énergies réunies... pour "sauver la planète".

Écrit par : petard | 22 juillet 2012

@Pétard dommage que la fessée soit bannie bien des adultes du moins se disant comme ,en mériterait une et le plus rigolo c'est qu'en étant parent certains paient pour recevoir une raclée,comme quoi interdire absolument une bonne tape sur le derrière n'a rien de sadique,bien au contraire cela montre à l'enfant qui dirige vraiment son éducation et non l'inverse .Un enfant sait très vite si la punition est méritée ou pas et s'il la perçoit comme soupape permettant de soulager une moment d'émotions partagée,il n'en gardera pas rigueur .En principe celle donnée à un enfant de 4ans suffit pour la vie,car à cet âge là un enfant est conscient de ce qu'il fait et sait aussi tester le monde des adultes l'entourant surtout si les deux parents sont du même avis dans le cas contraire le punisseur sera toujours considéré comme le malveillant

Écrit par : lovsmeralda | 22 juillet 2012

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