21 juillet 2012

Pas de vacances pour la crise

L'été est habituellement une période propice au repos, aux divagations diverses et variées, comme les jeux olympiques, ou aux inévitables critiques sur la météo.

Pas cette année.

Cette année, les médias ont bien essayé de mettre en place leur "stratégie-vacances" habituelles, mais un invité entêtant refuse de quitter le devant de la scène - je parle bien entendu de la crise de la dette publique.

Ainsi, on apprend entre deux séances de bronzage au soleil que les taux espagnols ont franchi une nouvelle fois la barre des 7% - 7,31%, excusez du peu, rien d'un léger empiètement. Bien sur, les 7% ne veulent rien dire en tant que tels, sauf à annoncer que la situation est grave. Comme d'habitude, un petit graphique vaut mieux qu'un long discours:

Spain_10yr.png
Espagne, taux des obligations d'Etat à 10 ans

Voilà, tout internaute muni de globes oculaires pourra constater de lui-même une certaine tendance haussière assez inéluctable semble-t-il (les petits creux sur le parcours correspondent aux divers sommets européens "de la dernière chance" s'achevant invariablement sur un accord historique, et arrosant la zone euro de monnaie de singe dans l'espoir d'obtenir un renouvellement durable de la confiance des marchés. Belle réussite!)

De quelles options dispose l'Espagne? Pas beaucoup, en vérité. Avoir annoncé diverses formes d'austérité (assez loin de celle, réelle, qui frappera bientôt le continent) et être venu au secours de banques percluses de créances pourries, c'est très bien, mais ça ne suffira jamais. Il faut dire qu'avec une récession prévue pour 2013, les finances publiques ibériques ont peu de chances de s'arranger. Quant à l'économie réelle, elle souffre, comme en témoigne un taux de chômage tournant autour du quart de la population active, ce qui fait craindre à certains une prévisible explosion sociale.

La seule option réellement praticable et relativement indolore consistait pour l'Etat espagnol à choisir des emprunts à court terme, mais même cette porte est en train de se fermer. Au mois de mars, les taux à 10 ans avaient franchi les 5% mais ceux à deux ans étaient encore à la moitié ; l'Espagne pouvait vraiment faire des économies (dangereuses!) en choisissant une période plus courte. Ce n'est aujourd'hui plus possible:

Spain_2yr.png
Espagne, taux des obligations d'Etat à 2 ans

Comme on le voit, réduire la durée des obligations de dix à deux ans ne permettrait qu'un gain d'intérêt très modeste (5,75% contre 7,31%) sans compter les inconvénients - lancer de nouvelles adjudications tous les deux ans sur un taux encore plus susceptible de fortes variations.

L'Espagne est dans l'impasse. Elle traverse une crise de confiance fondamentale, et celle-ci affecte ses emprunts à toutes les durées.

Quant aux indécrottables croyants persuadés que les "élites" du continent sont capables de juguler la crise, je les invite à lire la petite lettre d'un économiste sur le départ de l'organisation (pas folle la guêpe) dénonçant "l'incompétence" du FMI, qui avait identifié les causes de la crise de la zone euro "de longue date" et n'a pourtant pas été capable de la prévenir - citant l'aversion pour l'analyse des risques, les priorités bilatérales, et le biais pro-européen de l'organisation, ainsi que les enjeux politiques imprégnant les niveaux supérieurs de la hiérarchie.

La lettre ne fait qu'une page et demie, pas de raison de vous priver. Ne vous contentez pas des compte-rendus édulcorés comme ceux du Figaro.

Taux en forte hausse, situation hors de contrôle, responsables incompétents - finalement, rien de bien nouveau sous le soleil, comme on dit. Expression tout à fait appropriée pour une période estivale... Mais pas de trêve du même nom.

La gravité de la situation empêche toute forme de parenthèse. Alors que le mois de juillet se termine à peine, septembre semble un horizon bien lointain.

Le prochain épisode de la crise aura probablement lieu avant la rentrée.

Commentaires

La réalité c'est que beaucoup de monde mette la crise comme nom de la nouvelle économie. Seulement ce qu'il faut savoir, ce que nous ne vivons actuellement, n'est PAS pas une crise. Nous vivons simplement les conséquences de notre manière de consommer et de l'économie que nous avons bâtis.

Jusqu'à maintenant, nombres d'entreprises ont pu profiter des différences de productions pour faire de la concurrence de prix entre entreprise. Seulement aujourd'hui, tous le monde est en mesure de produire "moins cher" ce qui a de lourde conséquence pour les entreprises qui ont eu comme principe "vendre beaucoup mais pas cher". Car aujourd'hui, elle arrivent pas vendre beaucoup, même pour le bas prix qu'elles font. De ce fait le "moins" cher" ne couvre pas la réalité des couts. Leur solution soit supprimer ses concurrents en les achetants, soit rester dans le secteur High-end.
Apple démontre très bien que l'argent ne fait pas tout. Ses produits, parmi les plus cher, n'empêchent pas les gens de les acheter.

Comme toutes entreprises économisent le plus possible, elles ne permettent pas de faire tourner les entreprises de la région, surtout quand celles-ci cherchent le moins cher ailleurs (elles ne peuvent pas s'étonner que les entreprises ne la consomment pas puisqu'elle font pareil...) Ce qui engendre naturellement une chute vers le bas.

La crise n'est pas une crise, c'est simplement que plus personne ne veut payer le prix correcte pour chaque chose et que la philosophie "fabriquer en plus grande quantité pour vendre moins cher" est révolu.
Les entreprises ne peuvent pas s'étonner de ne pas faire beaucoup de bénéfice si elles mêmes, empêchent les autres d'en faire en ne les consommant pas.

De plus en plus d'entreprises commencent à s'en apercevoir et commencent à mettre de côté les produits qui demandent de grande ressources pour être fabriqué en masse, car trop risqué dans les fluctuations de vente.

Écrit par : DdD | 23 juillet 2012

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