28 août 2012

Trop de pauvres sur les routes

5 francs. C'CHF-5-front-small.jpgest le prix auquel la présidente de la confédération, Eveline Widmer-Schlumpf, souhaite parvenir d'ici 2050 pour chaque litre d'essence.

Vous avez une berline pour transporter votre famille, avec un réservoir de 70 litres? Sortez les 350.- à chaque passage à la pompe...

Dans la même veine, la conseillère fédérale table sur une augmentation de 50% du prix de l'électricité, toujours à l'aide de taxes "incitatives". Les quelques individus qui pensaient esquiver les tarifs délirants de l'essence avec une voiture électrique ne s'en sortiront guère mieux. Pas plus d'ailleurs que les consommateurs et les entreprises utilisant de l'électricité, c'est-à-dire, tout le monde.

Facile de se moquer des décisions sur trente-huit ans que le gouvernement se sent obligé de prendre ce jour. Les difficultés de la Suisse ici et maintenant sont-elles à ce point triviales que les géants intellectuels composant notre Conseil Fédéral n'ont d'autre choix que de s'attaquer aux défis à l'horizon 2050?

Mais la Suisse existera-t-elle seulement encore à cette date?

eveline widmer-schlumpf,écologie,fiscalité,automobileLorsque le projet de fiscalité écologique prendra ses pleins effets, Mme Widmer-Schlumpf ira joyeusement sur ses 94 ans. On devine que, 35 ans après la fin de son mandat, elle ne sera personnellement pas trop affectée.

Evidemment, la proposition suscite un tollé, et il est fort probable que le projet finisse à la corbeille avant même que l'encre ne soit sèche. Si le Parlement a la veulerie de suivre les délires mortifères de l'administration fédérale, il reviendra alors au peuple de remettre ses élites en place. Fichu démocratie directe, n'est-ce pas!

La Suisse dispose de quelques garde-fous pour éviter que les pires utopies ne soient infligées à la population. Malgré tout, le combat fut-il gagné d'avance, la perspective n'a rien de rassurant. Elle amène à s'interroger sur la classe politique tout entière. Avoir installé aussi haut à la tête de l'Etat helvétique des gens capables de pondre des inepties pareilles a quelque chose d'effrayant.

Qu'on ne se méprenne pas, Mme Widmer-Schlumpf n'est pas seule en cause. Le projet annoncé par la Présidente de la Confédération n'est pas sa décision personnelle mais l'émanation de toute une administration qui a longuement travaillé pour établir son plan... Et une part non négligeable de la population (quoique minoritaire, je n'en doute pas) soutient le projet.

J'invite ces visionnaires à faire preuve d'audace. Nul besoin d'attendre 2050. Gagnons du temps: que ces belles âmes s'engagent à payer dès aujourd'hui leur essence 5.- le litre, volontairement. Elles n'ont qu'à me faire don de la différence, par exemple. Je promets solennellement de dépenser cette somme au nom de Gaïa.

La seconde réflexion qu'inspire ce projet de fiscalité écologique tient à son mécanisme. Bonne pâte, L'Etat entend rétrocéder à la population les sommes extorquées au travers de ces taxes énergétiques - moyennant une petite part pour les fonctionnaires, il faut bien vivre... Ces montants seraient reversés par des bonifications d'impôt, une réduction des primes d'assurance-maladie ou des cotisations AVS réduites pour les ménages et les entreprises.

Résumons: l'énergie serait chère pour tout le monde mais serait restituée par des réductions d'impôts.

Résumons encore: l'énergie serait chère pour tout le monde mais serait restituée à tout le monde, sauf à ceux qui sont trop pauvres pour payer des impôts.

Le caractère antisocial du projet devrait faire bondir tout socialiste normalement constitué.

Entre écologie et aide envers les plus démunis, le coeur balance...

L'écologie politique se fait fort de changer les comportements sous la contrainte. Et pour que la population se sente concernée, il faut que ladite contrainte se concrétise en mesures fiscales écologiques frappant durement le porte-monnaie. D'où un implacable énoncé de la logique sous-jacente:

L'écologie implique de changer le comportement du plus grand nombre - c'est-à-dire, de la classe moyenne et des pauvres. Elle est donc foncièrement et nécessairement anti-sociale.

Le moindre sympathisant vert jurera évidemment le contraire. Pourtant, il faut se rendre à l'évidence, une mesure fiscale ciblant exclusivement les 1% les plus fortunés n'a écologiquement aucun sens. Ce sont les 99% qu'il faut viser.

Les ultra-riches sont volontiers adeptes de l'écologie, en grande partie parce qu'ils peuvent se le permettre. Fiscalement ou socialement, ils tireront toujours leur épingle du jeu. Banquiers, administrateurs de grands groupes, négociants en art ou héritiers de bonnes familles n'auront aucun problème à payer leur électricité le triple, leur essence 5 francs le litre ou leurs sacs poubelles 10 francs pièce. A une époque où les automobiles n'existaient pas, ils disposaient d'une chaise à porteurs! Que la fiscalité devienne trop irrespirable - malgré les considérables moyens d'optimisation fiscale à disposition - et il leur restera toujours la possibilité de déménager vers des horizons plus cléments (ainsi que leurs éventuelles entreprises, mais c'est un autre débat.)

Le Suisse moyen n'a pas cette chance. Prisonnier de la distance entre son logement locatif et son emploi, il ne peut que subir les foudres fiscales en continuant tant bien que mal à se déplacer de son domicile à son travail. On lui fait miroiter un avenir plus vert où en se privant de tout il parviendrait à esquiver certaines des taxes qui le frappent, mais en ces temps difficiles, quelle part de sa consommation relève exclusivement du loisir? A moins que l'éclairage et le chauffage n'en fassent désormais partie...

Rendons grâce à Eveline Widmer-Schlumpf pour sa cohérence écologique: si la réforme fiscale promue par la conseillère férérale et son administration réussit à passer la rampe, les routes helvétiques seront enfin débarrassées des embouteillages provoqués par tous ces pauvres qui parvenaient encore à se payer une voiture.

Plus de place sur la chaussée pour les 4x4 série limitée, c'est aussi ça, l'écologie.

Commentaires

Excellent billet!

Écrit par : petard | 28 août 2012

Ok pour les abrutis à la tête des Offices... mais il faut aussi relativiser les conneries qu'ils débitent.

Je mets mon cercueil au feu que dans quarante ans le prix à la pompe sera plus proche des dix francs que des cinq francs.

Un peu d'Histoire:
Salaire moyen supérieur en 1970: Fr 2000.- prix au litre env Fr. 1.00, consommation moyenne d'une petite voiture (VW coccinelle) 10 l. au 100 km.

1973, choc pétrolier, le litre à passé à Fr. 1.25 à Fr. 1.30. Et tout le monde n'avait pas 2000 balles.

2012, salaire moyen sup.: Fr 6000.- prix au litre env Fr. 1,85, consommation moyenne petite voiture (Honda Jazz), 5,5 à 6 l 100 km.

Donc on peut imaginer le salaire moyen de 2050 à Fr. 10000.-. À 5 francs le litre et des voitures qui consomment en moyenne trois litres... on se retrouve dans le même cas de figure qu'en 1970... + des ristournes promises (ce qui n'était pas le cas en son temps).

C'est de la franche utopie!!!

Écrit par : petard | 29 août 2012

Votre analyse est exacte. Ce sont la classe moyenne et les petites mains qui trinqueront. Leurs frais de déplacement vont s'envoler tandis que les déductions seront plafonnées à 3000 francs (projet en discussion actuellement pour financer le rail). La consommation baissera et les entreprises délocaliseront.

Les Verts veulent la décroissance. Et décroissance signifie appauvrissement, baisse des salaires, baisse des retraites. Il n'y a pas d'alternative si ce n'est dans les théories lénifiantes des Etas-majors écolos. Que ceux qui en doutent aillent interroger Grecs, Espagnols et Portugais.

Cela dit, disons merci à EWS. Son extrêmisme (celui de l'administration et des anti-croissance) va enfin ouvrir les yeux des contribuables. Lorsque le bobo lémanique, celui qui roule en hybride le week-end, va au travail en transports publics et part quatre fois par an avec Easyjet, aura calculé ce qui lui restera à la fin du mois une fois que l'on aura mis en place les magnifiques taxes écologiques destinées à révolutionner la Suisse (eh oui aucun autre pays au monde ne songe à taxer l'essence à hauteur de 2,70 francs par litres), il votera non.

@Petard
En 1970, on se logeait pour 200 francs par mois, l'assurance maladie ne coûtait que quelques dizaines de francs par mois (et n'était pas obligatoire), il n'y avait pas de 2e pilier obligatoire (moins de prélèvements sur les salaires), pas de limitations de vitesse (donc pas d'amendes)...
Lorsque l'on compare, isoler un seul élément, comme le prix de l'essence n'a pas de sens. Si le prix de l'énergie avait suivi la même courbe inflationniste que les loyers ou les coûts de la santé, jamais le monde n'aurait atteint son niveau de dévelopement actuel.

Écrit par : justin bridou | 29 août 2012

@Petard: bien entendu, l'inflation / la raréfaction des ressources / l'évolution technologique sont autant de facteurs impossibles à prendre en compte. Ils rendent d'autant plus ridicule une quelconque estimation du tarif de l'essence à l'horizon 2050.

Cependant, la Présidente de la Confédération ne parle pas ici de prix, mais bien de taxes: les cinq francs par litre qu'elle évalue pour l'avenir sont à considérer en termes de pouvoir d'achat 2012.

En Suisse comme ailleurs le prix de l'essence est essentiellement composé de taxes (http://bit.ly/RlDrhp). Il s'agit juste d'augmenter celles-ci au point de rendre l'essence "douloureuse" à hauteur de cinq francs le litre, même si en 2050 cela voudra peut-être dire 5'000 CHF à cause de l'inflation.

Écrit par : Stéphane Montabert | 29 août 2012

C'est une espionne française, c'est pas possible autrement...

Écrit par : Robert Marchenoir | 29 août 2012

2050. Après la IIIème guerre mondiale 2020 - 2028 qui a opposé le camp occidental USA-Europe contre la coalition Chine-Russie et tous les pays en -stan avec l'Iran et quelques pays arabes, l'éclatante victoire du camp occidental ne peut être attribuée qu'à la maîtrise de production d'énergie par la découverte de production d'H2 bon marché, ceci étant le résultat de l'incroyable capacité de l'Occident à inventer et mettre en oeuvre des solutions nouvelles. Le scénario de WW II s'est répété presque à l'identique. L'Amérique en 45 produisait des B-29 plus facilement qu'un boulanger vaudois des petits pains. Des savants réunis à Los Alamos ont mis au point l'arme définitive que des esprits sûrs d'eux et de leur bon droit n'ont pas hésité à utiliser, mettant fin au danger que représentait un des pires régimes fascistes que l'Histoire ait jamais connu, celui du Japon sous Hiro-Hito, en épargnant la vie de deux millions de soldats américains pour le même résultat.

L'alliance des régimes fascistes chinois, russes et musulmans n'a pas fait le poids. Moscou, Beijing, Islamabad et Téhéran ayant été bien heureusement rayés de la carte dans les premiers jours de la guerre, il a fallu environ huit ans pour les forces occidentales pour définitivement mettre un terme à l'existence de leurs opposants.

L'H2 étant inépuisable, plus personne ne connaît de problèmes d'énergie. Elle se vend à un prix ridicule.

Presque dix fois moins cher que l'eau...

Écrit par : Géo | 29 août 2012

«En 1970, on se logeait pour 200 francs par mois, l'assurance maladie ne coûtait que quelques dizaines de francs par mois»

Vous n'y êtes pas. Comme je suis conservateur, j'ai encore dans mes cartons les livrets de récépissés postaux de cette époque. Et puis, les archives des journaux peuvent être d'une grande utilité pour se faire une idée du coût de la vie.

Rien à voir avec tout ce qui se raconte plus haut. Le coût de la vie à globalement baissé en 40 ans, même si la "qualité" de vie s'est détériorée. Les besoins ou les attentes des citoyens n'étaient pas les mêmes.

Il y a quarante ans, les "pauvres" n'avaient pas de télé, pas de bagnole et n'allaient pas à New York pour un week-end prolongé. Donc le kilomètre de mobilité était nettement plus cher.

Les temps ont changé, on va pas en faire un fromage, c'est comme-ça.

«les cinq francs par litre qu'elle évalue pour l'avenir sont à considérer en termes de pouvoir d'achat 2012»

Effectivement, c'est là le problème. En son temps Moritz Leuenberger (dans le même esprit), avait suggéré un litre à Fr. 2.50, mais c'était pour tout de suite. Il avait été sèchement remis à sa place.

Compte tenu des impératifs de mobilité dûs au marché de l'emploi et du logement, la mesure proposée par Mme Schlumpf et ses technocrates est manifestement grotesque. Elle tend à écraser encore davantage les classes moyennes (les plus actives économiquement) et en sauvegardant les intérêts des plus riches, pour qui, un litre à cinq francs ou à 20 francs n'aura strictement aucune incidence sur leurs trains de vie.

Quant aux plus pauvres, qui ne travaillent pas et qui n'ont pas de véhicules, on leur donnera l'illusion de gagner un peu plus. Ce qui sera évidemment pas le cas, puisque on leur adaptera leurs rentes complémentaires.

Écrit par : petard | 29 août 2012

en prenant l'an 2050 comme date butoire,Madame Schlumpf se serait-elle laissée intimider par le livre de chevet des astrologues? il s'agit du livre des éphémérides internationales qui part de 1900 à 2050, bizarre tout de même!

Écrit par : lovsmeralda | 31 août 2012

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