04 septembre 2012

ADM irakiennes, la tentation de réécrire l'histoire

"Blair et Bush devraient être jugés pour mensonge." Le point de vue exprimé dans l'Observer britannique par Monseigneur Desmond Tutu a immédiatement bénéficié d'un écho retentissant, que ce soit à travers le Figaro, Libération ou Le Monde en France ou le Matin ou 24Heures en Suisse.

desmond-tutu.jpgComment expliquer l'espace médiatique soudainement libéré pour l'archevêque sud-africain? Certes, le Nobel de la Paix 1984 a été proclamé "conscience morale" de l'Afrique du Sud, donnant lieu à une véritable hagiographie sur Wikipedia, où ne sera pas fait mention de ses prêches des années 80 où il appelait au meurtre des blancs. Ses dérapages plus récents, plus modestes, seront eux aussi passés sous silence par des journalistes complaisants, mais rien qui ne donne droit à une audience internationale permanente.

En réalité, les propos de Mgr Tutu ne sont répétés que parce qu'ils plaisent. Les rédactions occidentales ont juste vu l'occasion de faire passer un message auquel elles tiennent.

L'idée que MM. Blair et Bush soient traînés sur le siège des accusés de la Cour Pénale Internationale de La Haye, au côtés d'un Mugabe ou de n'importe quel despote déchu, a tout pour séduire. Leur crime? Le mensonge. Leur peine? La plus lourde possible - et on leur imputera toutes les victimes liées à la guerre en Irak, dans les deux camps tant qu'à faire.

Il ne s'agit malheureusement que d'une grossière réécriture de l'histoire. Les médias se le permettent aujourd'hui seulement parce que le public a la mémoire courte. Le pire de cette manipulation partisane du passé aura probablement lieu en 2013, lors de l'anniversaire des dix ans de la seconde Guerre du Golfe.

Nous vivons une époque formidable. Sans les archives d'Internet, beaucoup d'âneries peuvent encore être proférées au sujet de la première guerre du Golfe par exemple - comme l'idée que, à la suite d'une sorte de faiblesse de caractère (congénitale?), George Bush père n'aurait pas "fini le travail". Si faiblesse il y a eu de la part du président américain, c'est bien de ne pas avoir versé dans "l'unilatéralisme" et de s'être plié au jeu de cour diplomatique: grâce à la pression de l'ONU interdisant formellement au million de soldats venu libérer le Koweit de poursuivre vers Bagdad, le régime de Saddam Hussein fut sauvé in extremis. La communauté internationale s'occupait alors volontiers des guerres de frontière, mais surtout pas de la politique intérieure de chaque pays. Les tyrannies et régimes fantoches composant l'essentiel de l'assemblée des Nations Unies ne l'auraient pas supporté.

L'ONU, bonne fille, se vit ensuite grassement récompensée au travers du programme Pétrole contre Nourriture.

Mais aujourd'hui, la mémoire mondiale du réseau permet aisément de retrouver les faits historiques et de démasquer les grossières tentatives de réécriture du passé, pour peu qu'il ne soit pas trop ancien. Ainsi, clamer que George Bush et Tony Blair ont mené le monde dans une intervention militaire fondée sur des manipulations est un fieffé mensonge. Jusqu'en 2003, tout le monde croyait aux armes de destructions massives (ADM) irakiennes. Même, et surtout, les Démocrates américains. Les citations abondent dans un tel volume que c'en est presque amusant:

"Nous savons qu'il a des caches secrètes d'armes chimiques et bactériologiques à travers son pays." -- Al Gore

"Nous savons depuis de nombreuses années que Saddam Hussein a cherché à acquérir et à fabriquer des armes de destruction massive." -- Ted Kennedy

"Je voterai pour donner au Président des Etats-Unis l'autorité d'utiliser la force - si nécessaire - pour désarmer Saddam Hussein parce que je crois qu'un arsenal mortel d'armes de destruction massive entre ses mains est une menace grave et concrète à notre sécurité." -- John Kerry

"Il doit être clair que s'il est laissé en paix, Saddam Hussein continuera à augmenter sa capacité à livrer une guerre biologique et chimique, et continuera à essayer de développer des armes nucléaires." -- Hillary Clinton

 

Ces extraits datent d'avant 2003, mais on peut sans peine en trouver d'autres remontant à une époque antérieure à l'arrivée de George W. Bush au pouvoir à la fin de l'année 2000. Le Texan - par ailleurs unanimement dépeint comme un imbécile - aurait donc réussi à manipuler les services de renseignement américains avant même de se faire élire président? Quel talent!

Bien sûr, ce n'est pas un exploit d'étriller le camp démocrate américain, celui-là même qui a largement cru aux ADM irakiennes, soutenu et voté la guerre. Mais il n'est de loin pas le seul. Même les Français croyaient aux ADM irakiennes à l'époque!

Il est facile de faire passer l'opposition à la guerre de Jacques Chirac et Dominique de Villepin comme une clairvoyance prophétique, l'illumination caractéristique de ceux qui ont raison avant tout le monde. La réalité est plus prosaïque. Le gouvernement français - dont les informations sur l'Irak provenaient en bonne partie de ce qui lui était fourni par les services de renseignement américains - pensait simplement que l'Irak avait des armes de destruction massive, mais qu'un solide cocktail de menaces, de sanctions et d'inspections sauce ONU suffiraient à les éliminer.

Français et Américains divergeaient sur la conduite à tenir, pas sur la possession d'ADM par l'Irak.

On se remémorera donc avec intérêt l'intervention lyrique de Dominique de Villepin à l'ONU, ou la transcription de l'interview télévisée de Jacques Chirac le 10 mars 2003, quelques jours avant l'offensive militaire proprement dite. Les hauts responsable de l'Etat français ont longuement la parole. A quel moment exactement disent-ils que les armes de destruction massive irakiennes ne sont qu'une légende urbaine?

Ils n'affirment rien de tel, évidemment, pas même sous la forme de sous-entendus. Relisons donc les paroles du chef de l'Etat français:

Alors, dans [le contexte d'un monde multipolaire], nous nous sommes trouvés dès l'origine face à un problème, un Irak qui, à l'évidence, possédait des armes de destruction massive, entre les mains d'un régime indiscutablement dangereux et qui présentaient par conséquent un risque certain pour le monde. Il était donc essentiel de désarmer ce régime, ce pays, d'éliminer ses armes de destruction massive.

 

bush_blair.jpgGeorge W. Bush et Tony Blair et des millions de gens crurent à la menace des ADM irakiennes, simplement parce que celles-ci étaient la pire hypothèse de services du renseignement bien décidés à ne pas sous-évaluer la moindre menace au lendemain des attentats du World Trade Center. Ils furent confortés en cela par les transfuges du régime, heureux de dire tout ce que leurs interlocuteurs souhaitaient entendre si cela pouvait contribuer à faire tomber le régime de Bagdad, et bien sûr par Saddam Hussein lui-même, qui avait déjà utilisé les armes chimiques par le passé pour quelques massacres et ne donnait guère l'impression d'être devenu un chic type sous le régime des sanctions onusiennes. Peut-être même croyait-il encore en avoir lui-même, au vu de la corruption de son régime et de la peur qu'il inspirait à son entourage - et en disposait effectivement encore, quoique pas dans des quantités significatives.

On ne peut pas rejouer l'histoire. Quasiment personne ne peut imaginer comment le monde aurait évolué sans le renversement du tyran de Bagdad, et encore moins décréter que cela aurait été "mieux" ou "pire" - même si, à titre personnel, je ne suis pas mécontent que Saddam ait fini au bout d'une corde. Il n'y a jamais eu le moindre commencement de preuve concrète (témoignage d'un transfuge ou document) faisant état d'un complot visant à faire croire à des ADM irakiennes inexistantes. Si une telle machination avait vu le jour, d'ailleurs, ceux qui tiraient les ficelles auraient au moins eu la décence d'en déposer quelques-unes sur place pour donner le change et les révéler de façon spectaculaire à un parterre de journalistes. L'astuce du flic qui glisse un sachet d'héroïne dans la poche du type qu'il veut enfermer est vieille comme le monde.

Le passé est souvent médiocre. Il est tentant de l'embellir et de le romancer, en habillant évidemment ses adversaires politiques du rôle du méchant. Mais soyons honnêtes, si George W. Bush et Tony Blair devaient être poursuivis pour avoir cru à une industrie des armes de destruction massive en Irak, ils ne seraient pas seuls sur le banc des accusés.

Commentaires

@Montabert. Là, vous manquez "légèrement" de curiosité... Internet est pourtant votre ami, comme vous le dites si bien!

Tout d'abord, il y avait certes des armes chimiques avant la 1ère guerre d'Irak en 1991... et personne ne s'en souciait, tant que Saddam Hussein ne tuait "que" des Kurdes et des Iraniens:
http://www.gwu.edu/~nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB82
(C'est superbement bien documenté, avec les sources internes originales. A relever notamment ..."the fact that national firms are are selling to Iraq C[hemical] W[eapons] production related technology"!)
(Je ne résisterai pas à la tentation de relever que Saddam Hussein n'a rien inventé; un certain W. Churchill avait dit, au sujet des Kurdes: "I am strongly in favour of using poisoned gas against uncivilised tribes to spread a lively terror"!)

Mais revenons au sujet - en vrac (liste pas du tout exhaustive):
1) Obsession pour déclencher une guerre, tout en sachant que les preuves sont "minces":
http://en.wikipedia.org/wiki/Downing_Street_memo

2) L'opinion pour le moins dissidente de Hans Blix, qui était quand même le chef des inspecteurs d'armes:
http://www.rfi.fr/actufr/articles/052/article_27316.asp

3) Un autre inspecteur d'armes, décidément très dépressif...
http://en.wikipedia.org/wiki/David_Kelly_(weapons_expert)

4) Et voilà les preuves concrètes qu'il y a eu magouille:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Scandale_du_Nigergate
http://en.wikipedia.org/wiki/September_Dossier

5) L'opinion à ce sujet du dernier chargé d'affaires américain à Bagdad:
http://www.nytimes.com/2003/07/06/opinion/06WILS.html

6) La vengeance de l'Administration Bush, sur la femme du susmentionné, du moment qu'il ne chantait pas la partition convenue:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Plame-Wilson

7) La politisation rampante des services secrets tant américains que britanniques (de nouveau, très bien documenté avec mémos originaux!):
http://www.gwu.edu/~nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB254/index.htm

Donc, oui, il est indéniable que T. Blair et G.W. Bush ont cherché à tromper leur monde, c'est même absolument irréfutable. Quant à savoir si la guerre était justifiée, on peut en discuter... Ce sont à mon avis clairement les sanctions qui l'ont précédée (par leur étendue), qui ont fait environ 500'000 victimes (difficile à estimer précisément), qui font mériter à MM. Bush et Blair leur "place" à la Haye. Pas besoin d'être un fan de Mgr. Tutu!

Écrit par : zamm | 06 septembre 2012

Monsieur Montabert,

J'ai très grand peine à vous comprendre!

Non parce que vous défendez Bush et Blair, mais parce que vous le faite de manière par trop compliquée, trop difficile à comprendre pour le bon peuple.
Il vous eût suffit de dire que les deux lascars n'avaient fait que ce que font TOUS les politiciens -chacun à son niveau- et seule chose qu'ils fassent correctement: mentir! Un politicien menteur est l'exemple type du "pléonasme redondant".

Il n'est simplement pas possible de les punir tous le menteurs, quel que soit le parti qui les a mis en place, que le système soit démocratique, autoritaire, de "gôche" de droite, socialiste, PDC, UDC, Vert, etc...

Et ne me dites pas que vous ne saviez pas, vous mentiriez! Et je serais alors en mesure de vous traiter de politicien.

Écrit par : Père Siffleur | 06 septembre 2012

"Jusqu'en 2003, tout le monde croyait aux armes de destructions massives (ADM) irakiennes." (Stéphane Montabert)

Merci à zamm. Pour ma part, une recherche rapide m'a permis de trouver ceci.

Scott Ritter, ancien inspecteur de l'ONU en Irak et ancien marine, "Guerre à l'Irak, ce que l'équipe de BUSH ne dit pas"
Tout le monde en parle - 08/03/2003 - 16min06s

(C'était qq jours avant l'invasion)

http://www.ina.fr/ardisson/tout-le-monde-en-parle/video/I08312597/scott-ritter-guerre-a-l-irak-ce-que-l-equipe-de-bush-ne-dit-pas.fr.html

Écrit par : Richard Golay | 06 septembre 2012

@Zamm: merci pour ces éclaircissements bienvenus.

Saddam Hussein a disposé d'armes de destruction massive, je crois que chacun en conviendra, puisque nous avons des images de villages kurdes entiers gazés par ses soins (ce qui relativise quelque peu l'idée d'avoir dû inventer un "juste motif" pour démettre ce boucher). En disposait-il encore? Etait-il capable d'en produire? Se remettrait-il à chercher à en obtenir dès que les inspecteurs de l'ONU auraient le dos tournés? Autant d'inconnues - de faibles inconnues, à vrai dire - qui ont monopolisé les discussions du corps diplomatique pendant quelques années.

Les Américains avaient bien des vidéos satellite de camions évacuant une zone juste avant que les inspecteurs de l'ONU dont ce cher Hans Blix ne viennent les visiter; la mascarade aurait pu durer longtemps. M. Blix lui-même d'ailleurs, s'il avait des doutes sur des armes qu'il ne trouvait pas, avait travaillé au désarmement de l'ex URSS et annonçait clairement que le régime de Saddam n'était pas coopératif.

A partir du moment où les Américains ont décidé d'éjecter Saddam du pouvoir à cause de la menace qu'il posait, la question qui a taraudé les Américains et leurs alliés avant 2003 n'était pas "Saddam a-t-il des ADM?" mais plutôt "allons-nous passer par l'ONU avec le temps que ça prendra, ou y aller nous-mêmes?". Cela colore d'une façon très différente tout le jeu diplomatique de cette période.

Pour passer par l'ONU, il fallait un dossier en béton - à supposer que les pays votent de bonne foi, ce qui est loin d'être acquis - et on sait que les Américains ne l'avaient pas. De là à créer de toutes pièces un dossier, c'est un pas que je ne franchirai pas. Ils ont "vendu" ce qu'ils avaient, cela n'a d'ailleurs pas réussi, et ont ensuite décidé de se baser sur la résolution existante plutôt que d'en tenter une nouvelle. Le fameux "Downing Street memo" que vous mentionnez, à supposer qu'il soit authentique, est complètement dans cet état d'esprit.

Bien sûr, comme dans toute opération gouvernementale (et même après la chute de Saddam) il y a eu son lot de cafouillage et d'erreurs, voire de manipulations, mais celles-ci n'ont pas forcément été ordonnées au plus haut niveau, et n'étaient même pas nécessaires. Et il y eut aussi son lot de contre-opérations, de barbouzes et de retournement de vestes (raison pour laquelle tout ce qui a trait à des comptes-rendus sur l'Irak sous Wikipedia est à prendre avec deux fois plus de pincettes que d'habitude, par exemple - lisez donc les onglet "discussion" des pages que vous mentionnez).

Vous citez le "scandale du Nigergate", le prétendu achat par Saddam de Yellow Cake radioactif au Niger. Pourquoi se serait-il donné tant de peine pour aller en acheter au Niger alors qu'il disposait en Irak - au vu et au su de tous - de 550 tonnes de ce minerai?
http://www.msnbc.msn.com/id/25546334/ns/world_news-mideast_n_africa/t/secret-us-mission-hauls-uranium-iraq

Le renversement de Saddam Hussein remonte à bientôt 10 ans et tant aux Etats-Unis qu'en Grande-Bretagne les majorités ont été retournées, les hommes au pouvoir changés, les parlement renouvelés. Ne croyez pas que tout ces gens qui ont succédé à MM. Bush et Blair les portent dans leur coeur ou soient prêts à les couvrir s'ils découvraient un quelconque pot-aux-roses. Il est décidément difficile d'imaginer un complot si bien ficelé qu'il résiste à l'épreuve du temps (mais cela vaut pour toutes les théories du complot).

Les tenants de telles théories ont d'ailleurs bien du mal à expliquer pourquoi l'Amérique pré-Bush croyait en la présence d'ADM en Irak.

Vous même ne répondez pas à cette question.

Écrit par : Stéphane Montabert | 06 septembre 2012

Tout est faux dans votre billet. George Bush n'a pas abattu Saddam Hussein parce que c'était faire le jeu des pires ennemis de l'Amérique, les chiites iraniens. Qui aujourd'hui sont les véritables vainqueurs de la 2ème guerre du Golfe. Double U a offert cette victoire aux Iraniens sur un plateau d'argent, et croyez-moi, on n'a pas fini de payer cette connerie hallucinante. De plus, abattre Saddam aurait été contraire aux intérêts de ses alliés turcs par rapport aux Kurdes.

Les ADM : les spécialistes des armées occidentales les ont cherché pendant 6 mois sans succès. Les mensonges de Collins étaient affligeants...

Les Français défendaient leurs intérêts : ils étaient 100% du côté de Saddam pour le goinfrer de centrales nucléaires et de Rafales...comme avec Khadafi, en quelque sorte.

La 2ème guerre du Golfe n'avait qu'un seul objectif : faire la fortune de Double U, Donald Rumsfeld etc, principaux actionnaires de Halliburton, Bechtel etc,...
Même au prix de dizaines de milliers de morts américains.

Prouvez-nous le contraire...

Écrit par : Géo | 06 septembre 2012

@Géo: Tout est vrai dans le billet, et convenablement sourcé. Que vous ne soyez pas d'accord, c'est autre chose. George W. Bush a renversé Saddam parce que, outre la menace qu'il représentait de part ses ADM alléguées, c'était - je cite le livre "Ce que Veut Bush" de la part d'un auteur qui s'est permis d'interroger les gens au lieu de spéculer - le moyen de changer la dynamique du Moyen-Orient et de montrer que les populations de la région n'avaient pas pour destin de végéter éternellement sous la coupe de tyrans barbares.

Mais bon, qui sommes-nous pour prétendre lire dans les pensées des uns et des autres? Je me borne à constater qu'en 2003, la veille de l'invasion de l'Irak, la position officielle de la plupart des pays - y compris ceux opposés à l'action militaire - était que Saddam Hussein disposait d'ADM, et que cette opinion était établie bien avant l'arrivée de MM. Bush et Blair au pouvoir dans leurs pays respectifs.

Sont-ils des saints pour autant? Certainement pas, et cela n'est pas mon propos.

Maintenant, vous avez parfaitement le droit de croire que tout ceci est une manoeuvre cynique pour s'en mettre plein les poches. Au vu de la corruption Pétrole contre Nourriture, il n'y a peut-être pas à expliquer beaucoup plus la position de la France, qui a toujours bien profité des embargos américains. Tenez, un exemple récent à méditer:
http://www.lepoint.fr/economie/l-iran-peut-il-sauver-psa-16-07-2012-1486125_28.php

Écrit par : Stéphane Montabert | 06 septembre 2012

En fait, Saddam a caché ses ADM en Syrie, mais chut!

Écrit par : Anne | 06 septembre 2012

" Ce sont à mon avis clairement les sanctions qui l'ont précédée (par leur étendue), qui ont fait environ 500'000 victimes (difficile à estimer précisément), qui font mériter à MM. Bush et Blair leur "place" à la Haye. "

Si vous faites allusion à l'embargo; Saddam continuait a vendre illégalement son pétrole à la Russie et à ses voisins arabes. On estime à plusieur milliards de revenu que Saddam ne faisait pas profiter à sa populace. Idem 5 ans après avec le programme pétrole contre nourriture et médicaments. Détourné par Saddam qui en faisait un commerce au noir. La populace n'en a également aucunement profité.

De plus on oublie que W.Bush fut blanchi par une commission d'enquête. La conclusion de cette commission a déterminé qu'il n'a pas menti que W.Bush s'est fié à ses services secrets. Dans le cas contraire, W.Bush aurait certainement subit une procédure de destitution.

D.J

Écrit par : D.J | 06 septembre 2012

@D.J.: certes, et M. Blair aussi a dû faire face à une commission d'enquête.

Du reste, je ne comprends pas tellement pourquoi des commentateurs se focalisent sur MM. Blair et Bush alors que le billet concerne TOUT LE MONDE sauf ces deux-là!

En vertu de quoi, par exemple, Hillary Clinton aurait droit à un pardon bienveillant en regard de sa croyance en des ADM irakiennes (et de son vote pour la guerre) alors que M. Bush ne mériterait, lui, que d'être traîné à La Haye? N'y a-t-il pas la un joli petit deux-poids-deux-mesures?

Écrit par : Stéphane Montabert | 06 septembre 2012

@Montabert & D.J.: Heu... vous vous égarez dans vos comparaisons: Hillary Clinton, pas plus que d'autres politiciens ou citoyens, ne peut pas être tenue pour coupable, car elle a à priori basé son opinion sur des informations fausses dont elle n'est évidemment pas responsable.

L'histoire de l'uranium existant déjà en Irak n'est pas pertinente, vu que ces stocks anciens étaient déclarés à l'AIEA et sous son contrôle, comme vous pouvez le vérifier vous-même. Ils apparaissent dans la catégorie 'overt procurement' (somme = grosso modo les 550 tonnes):
http://www.iaea.org/OurWork/SV/Invo/factsheet.html#indigenous

En revanche, le faux du Niger visait à créer un casus belli en faisant croire à un redémarrage du programme nucléaire clandestin. Affirmer que MM. Bush et Blair (et leur entourage proche), qui ont la responsabilité politique de leurs services de renseignement, ont été dupés à l'insu de leur plein gré par des espions un peu zélés n'est pas tenable - lisez tout simplement l'article que vous citez jusqu'à la fin:
'A federal investigation led to the conviction of I. Lewis "Scooter" Libby, Vice President Dick Cheney's chief of staff, on charges of perjury and obstruction of justice.'

Il y a une chose sur laquelle nous sommes entièrement d'accord: l'utilité d'internet, qui vous apprendra qu'en récompense de sa fidélité en tant que fusible, ce Monsieur a quand même obtenu par pardon présidentiel de ne pas faire de prison. A ce point, comme on dit chez nous, il y a plutôt baleine sous gravier qu'anguille sous roche!

Vous avez aussi raison de dire que l'histoire n'est nullement inédite - cf. l'affaire Iran-Contra, avec d'autres protagonistes: président = Ronald Reagan, fusibles = Oliver North & John Pointdexter & ... (tous ensuite pardonnés par le veep et successeur de Reagan, Bush Sr.).

Écrit par : zamm | 06 septembre 2012

Sénat français

Colloque sur l'Iraq, 7 septembre 2002

http://www.senat.fr/international/colloqiraq/colloqiraq.html

Intervention de M. Serge MATHIEU,
Questeur du Sénat et Président du Groupe interparlementaire France - Iraq

"(...) De surcroît, d'après les indications fournies par Monsieur Scott Ritter qui fut le chef des inspecteurs en Iraq, de 90 à 95 % du potentiel d'armes de destruction massive avait été détruit en 1996. La question est donc de savoir si l'Iraq a depuis 1997 pu, en l'absence de contrôle sur place, reconstituer un arsenal de destruction massive, comme l'affirment les Britanniques et les Américains. Le souhait que je formule en la matière est que la preuve en soit établie. Encore faut-il d'ailleurs observer que, même si cette preuve était rapportée, l'Iraq ne représenterait qu'une menace relative, puisque ce pays ne dispose pas des moyens balistiques de lancement pouvant projeter de telles armes sur des cibles potentielles. (...)"

Écrit par : Richard Golay | 07 septembre 2012

@Richard Golay: rien n'est dit sur la possibilité que Saddam réarme dès la fin des sanctions ; et je ne vois pas en quoi un obscur sénateur serait représentatif de la position officielle de l'Etat français, donnée plus haut au travers des discours de MM. Villepin et Chirac. Soyez franc: avez-vous jamais entendu parler de ce M. Mathieu avant de déterrer cette intervention?

@Zamm: La condamnation que vous citez a trait à la divulgation de l'identité d'un agent de la CIA, ce qui est tout autre chose. Les faux documents sont d'origine italienne. Il est difficile d'accuser l'administration Bush d'en être à l'origine.

Je comprends très bien que face à deux rapports contradictoires, quelqu'un choisisse celui qui est le plus favorable à sa thèse.

"Hillary Clinton, pas plus que d'autres politiciens ou citoyens, ne peut pas être tenue pour coupable, car elle a à priori basé son opinion sur des informations fausses dont elle n'est évidemment pas responsable."

...Position est pleine de bon sens, mais pourquoi arrêter ce raisonnement aux pieds de M. Bush? Le Président américain n'a pas plus vocation à l'infaillibilité que n'importe qui.

Mais admettons: alors M. Bill Clinton aurait tout autant sa place sur le banc des accusés que M. Bush.

Car la théorie du complot n'explique toujours pas pourquoi les Etats-Unis pré-Bush croyaient eux aussi à la présence d'ADM en Irak. Combien de temps allez-vous éluder cet aspect de la discussion?

Écrit par : Stéphane Montabert | 07 septembre 2012

@ Stéphane Montabert : Que les acteurs diplomatiques n'attaquent pas frontalement les gouvernements britanniques et US sur le sujet est compréhensible. Comment prouver l'inexistence de qqch qui n'existe plus ?

Enfin, quand on lit ce qu'il y a ci-dessous, on a peine à comprendre les raisons de votre démarche (à moins que celles-ci soient d'ordre purement idéologique) :

- Vendredi 7 février 2003, le gouvernement britannique est contraint de reconnaître que le dossier décrivant en détail « les activités de dissimulation irakienne », fourni par ses soins au gouvernement américain et mentionné, par Colin Powell, devant le Conseil de sécurité des Nations unies, a été constitué à partir de travaux universitaires dont les informations remontent à 1991. Dans la soirée le président George W. Bush déclare : « la partie est terminée ».
http://fr.wikipedia.org/wiki/Chronologie_de_la_guerre_d%27Irak#F.C3.A9vrier_2003

- "(...) Dans une interview au magazine Vanity Fair, le numéro deux du Pentagone, Paul Wolfowitz, a fait preuve de la même désarmante candeur que son mentor, en avouant implicitement que les supposées armes de destruction irakiennes avaient servi de prétexte. «Pour des raisons bureaucratiques, nous nous sommes entendus sur une question, les armes de destruction massive, parce que c'était la seule raison sur laquelle tout le monde pouvait tomber d'accord», a-t-il confié, avouant plus loin que l'objectif réel était de remodeler la donne politique dans la région. Interrogé par le Washington Post, il a précisé sa pensée. «La question des armes de destruction massive n'a jamais été controversée», a-t-il expliqué, «alors qu'il y a eu beaucoup de disputes dans un sens et dans l'autre sur la question de savoir si l'Irak était impliqué dans le terrorisme».
Même si certains ténors de l'administration américaine assurent que les troupes US finiront par trouver le «smoking gun», l'intention semble claire : les armes de destruction massive ont servi à justifier la guerre, oublions-les, car la libération d'un peuple opprimé légitime après-coup l'opération."
http://www.rfi.fr/actufr/articles/041/article_22084.asp

De plus, vous opposez démocrates et républicains. Quelle utilité ? Ils partagent les mêmes intérêts géostratégiques.

Enfin, votre silence sur les déclarations sourcées de Scott Ritter, ancien inspecteur de l'ONU en Irak (excusé du peu) et ancien US marine, est ASSOURDISSANT. Dire comme vous le faites que "Jusqu'en 2003, tout le monde croyait aux armes de destructions massives (ADM) irakiennes" est faux.

(svp, évitez de dire que "tout le monde" ce sont évidemment les décideurs, auquel cas vous laisseriez entendre que la démocratie n'existe pas, à Renens comme ailleurs)

Écrit par : Richard Golay | 07 septembre 2012

@ Monsieur Montabert : mes deux interventions concernent les déclarations de Scott Ritter. Visiblement tout le monde ne croyait pas aux armes de destructions massives (ADM) irakiennes, même avant 2003. Qu'en dites-vous ?

Écrit par : Richard Golay | 07 septembre 2012

" "Hillary Clinton, pas plus que d'autres politiciens ou citoyens, ne peut pas être tenue pour coupable, car elle a à priori basé son opinion sur des informations fausses dont elle n'est évidemment pas responsable." "

Hillary comme tout les parlementaires démocrates compris qui ont donné le feu vert à cette intervention ont comme W. Bush eux leurs informations sur des rapports des services de renseignement. Bush comme les autres ne sont pas allé eux-même vérifier sur place. A ce moment là on pourrait mettre à la haye plus de la moité du congrès de l'époque.

Autre chose; le tribunal de la Haye condamne les crimes contre l'humanité. Les crimes contre l'humanité sont des actes de tueries délibérés et ciblées contre des civiles, des populations, des ethnies, des confessions religieuses etc... W.Bush a ciblé une dictature totalitaire et non le peuple irakien ou les musulmans ou autres. Tout ce W.Bush à violé c'est le droit international en attaquant l'Irak sans l'aval de l'ONU. Mais quand ont sait que ce droit onusien a quans même laissé faire des massacres comme au Rwanda et au Darfour ont peut bien s'y asseoir dessus dans certaines circonstances.

Des crimes ont été certes commis par l'armée US. Maltraitance de prisonniers de guerre comme à la prison d'Abou ghraib, exécution de civiles etc... Ces crimes n'ont pas été comandités par Bush ou le Pentagone. les responsables de ces crimes furent jugé et sévèrement puni par la justice US. C'est un point que je précise car beaucoup ont tendance à tout mélanger.

D.J

Écrit par : D.J | 07 septembre 2012

@Montabert. Pas tout à fait convaincu...
M. Libby a été condamné pour avoir nié sous serment qu'il avait été informé de la fonction de Mme Plame par des membres de l'administration Bush: le jury a donc officiellement admis que ces personnes (pas forcément M. Bush, mais au moins son entourage proche) ont organisé cette fuite. Notez que la seule raison plausible pour cette fuite est une vengeance sur son mari, pour avoir invalidé le faux italien sur le Niger. D'ailleurs, l'opinion du jury - quand même pas dupe - sur M. Libby se résume en deux mots: "pauvre fusible"!
http://edition.cnn.com/2007/POLITICS/03/06/libby.juror/index.html

En creusant un peu plus, innocenter MM Bush et Blair de l'accusation de déclencher la guerre à tout prix, en sachant que l'Irak n'a plus de programme ADM, n'est pas tenable; les preuves sont tout simplement accablantes. La chronologie + un événement marquant:
http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-orient/chronologie-de-la-guerre-en-irak-2002-2011_498027.html
http://www.rfi.fr/actufr/articles/037/article_19135.asp

Début janvier 2003, les inspecteurs de l'UNMOVIC, de l'AIEA, ainsi que les 3 autres membres du conseil de sécurité demandent expressément aux USA + UK d'étayer leur accusations, en ne fournissant ne serait-ce qu'un soupçon crédible, EN VAIN. Donc, au plus tard à cette date, MM Bush et Blair poussent à la guerre en sachant pertinemment que leurs justifications sont du pipeau!

Maintenant, passons à W.J. Clinton, qui officie quand même 8 ans comme président, entre les deux guerres. A ce moment, tout le monde sait qu'il y a des ADM en Irak, d'autant plus qu'elles ont été utilisées contre l'Iran et les Kurdes. Après la guerre de 1991, le conseil de sécurité institue le régime des inspections (UNSCOM puis UNMOVIC, en tandem avec l'AIEA), qui, malgré un Saddam Hussein décidément très réticent, réussit progressivement à découvrir et détruire lesdites ADM. Toute la chronologie et les rapports sont d'ailleurs librement accessibles:
http://www.un.org/Depts/unscom/Chronology/chronologyframe.htm
http://www.unmovic.org

Malgré les problèmes avec les ADM alors nettement plus importants qu'en 2003, M. Clinton n'a pas déclenché de guerre contre l'Irak, à ce que je sache!

Écrit par : zamm | 08 septembre 2012

@Richard Golay: quand j'écris "tout le monde croyait aux ADM irakiennes avant 2003*, je ne faisais pas référence à 100,00% de l'humanité. J'avais aussi un collègue qui n'y croyait pas. George Bush n'a pas obtenu l'unanimité du Congrès pour entrer en guerre, mais simplement une large majorité, avec l'appui des démocrates.

Comme je l'ai écrit plus haut, les ADM irakiennes étaient destinées à créer un consensus international, qui a échoué. Je ne vois rien de choquant dans les propos de M. Wolfowitz - "l'aveu implicite" est une pure invention du commissaire-journaliste à charge.

@Zamm: l'affaire Valérie Plame à laquelle vous tenez mordicus n'est pas aussi limpide que vous semblez le croire (et que l'affirme Wikipedia, cela va de soi). Voilà un autre point de vue sur cette affaire:
http://www.freerepublic.com/focus/f-news/2817999/posts

Je ne doute pas que vous pensiez que MM. Bush et Blair "poussent à la guerre en sachant pertinemment que leurs justifications sont du pipeau" - le fait est qu'il s'agit seulement de votre opinion. Les deux ont eu à affronter des commissions d'enquête pour démontrer leur position, mais bizarrement, ce genre de détail vous passe largement au-dessus de la tête.

M. Clinton n'a pas déclenché de guerre contre l'Irak. Il s'est contenté de le bombarder régulièrement, et il n'a pas eu à affronter le 11 septembre 2001, qui a quelque peu changé la donne américaine en matière de politique internationale. M. Bush avait d'ailleurs été élu sur un programme très isolationniste en la matière.

Et j'en reviens toujours au même point: vous ne pouvez pas accuser M. Bush d'être un menteur sur les ADM irakiennes et absoudre tous les autres - tous les démocrates, s'entend - de toute complicité.

Écrit par : Stéphane Montabert | 09 septembre 2012

Je retiendrai pour ma part de ce débat ceci qu'il y a beaucoup trop d'"honnêtes gens" au sens de Montaigne en Europe qui pensent que les intérêts des Américains et ceux des Européens sont les mêmes. Ni moi ni M.Montabert ne sommes américains, pourquoi, au nom de quoi devrions-nous dépenser une telle énergie à défendre leur politique contre vents et marées alors qu'elle est contraire à nos intérêts ?
Sur les bombes de Hiroshima ou de Nagasaki, je persiste et signe que c'étaient les seules décisions possible. Le fanatisme extrême des Japonais aurait coûté la vie à deux millions de jeunes soldats américains selon les experts militaires de l'époque. Mais sur la seconde guerre d'Irak, aucune analyse sérieuse ne peut manquer de constater que le pouvoir en Irak est maintenant en mains chiites, grâce aux Américains. Les Américains ont une certaine tendance ces temps à soutenir leurs pires ennemis (Pakistan en particulier), qui sont aussi les nôtres. Est-ce volontaire, pour nous nuire ? Les avions américains qui chaque semaine amenaient des armes en Bosnie à l'intention des pires terroristes islamistes de la planète, était-ce pour nuire aux intérêts économiques de l'Europe ?

Écrit par : Géo | 09 septembre 2012

Voir aussi :
Thérèse Delpech, "L'intelligence prise en défaut"
Revue Commentaire, vol. 27, n° 106 été 2004 p. 399

Écrit par : Philippem | 16 septembre 2012

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