24 septembre 2012

Un bon dimanche de votations

Hier, le peuple suisse se pressait aux urnes.

Trois objets fédéraux étaient soumis à votation: l'initiative sur la fumée passive, l'initiative "sécurité du logement à la retraite" et la validation d'un article constitutionnel sur la formation musicale ; et enfin, une multitude d'objets cantonaux et communaux, et c'est sans doute ce ceux-ci que viennent les résultats les plus réjouissants.

Mais à tout seigneur tout honneur, commençons par les votations fédérales.

L'initiative sur la fumée passive proposait de serrer - encore - la vis aux fumeurs, en interdisant toute forme de flexibilité cantonale sur le sujet: en effet, aujourd'hui, la loi fédérale fixe une "législation minimale" sur la fumée passive que les cantons sont libres de renforcer. Le rejet de l'initiative par 66% des votants, aujourd'hui salué par la presse, symbolise donc autant une victoire pour la liberté individuelle que contre une légalisation centralisée et brutale.

La sécurité du logement à la retraite visait à réduire l'ampleur de l'inique "taxe sur la valeur locative", prélevée sur un revenu fictif. En effet, en Suisse, un propriétaire est soumis à une taxe équivalente aux revenus qu'il aurait dû percevoir pour louer le logement qu'il habite! Supposons que vous preniez le train: la valeur locative serait comme une taxe sur la voiture que vous auriez pu prendre pour faire le même trajet...

L'initiative partait d'un compromis: supprimer la taxe, mais seulement pour les retraités, catégorie la plus touchée par son existence. Repoussée à 52%, elle réussit tout de même à rassembler une très forte minorité derrière elle. Gageons qu'une variante réussira dans quelques années à passer la rampe.

La formation musicale s'offrait un boulevard (qui peut être "contre la musique"?) et l'inscription dans la Constitution d'une place pour la musique et le chant fut une formalité, suivie par 72,7% des Suisses. Malgré tout, il y a lieu de rester attentif: lorsque l'Etat met ses doigts quelque part, il fait souvent preuve d'appétit... Espérons que nous ne nous retrouverons pas avec une ribambelle d'accréditations et d'autorisations bureaucratiques pour l'enseignement de la musique, comme nous le subissons dans le milieu de la garde d'enfant.

Sur les votations cantonales, regrettons l'arrêt des forfaits fiscaux à Bâle-Campagne, et saluons leur adaptation dans celui de Berne ; les Genevois n'auront pas de rues piétonnes, renvoyant le lobby anti-voiture à ses chères études ; félicitons Beat Feurer pour sa réussite à Bienne, permettant à l'UDC de décrocher pour la première fois un siège à l'exécutif de la cité bilingue.

Mais le véritable événement d'hier soir eut lieu à Neuchâtel, lors d'une votation cantonale pour un projet de ligne ferroviaire régionale Transrun entre Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds. Le résultat finit par tomber: non à 50,29%. C'est un coup de tonnerre.

Depuis des années, les autorités cantonales ont pris pour habitude de faire passer de gros projets d'infrastructure hors de prix, noyant le poisson sous un discours marketing à base de "dynamisme" et de "modernité". Ils ont longtemps été aidés, il est vrai, par une population facilement crédule face à ce genre de discours. Mais depuis hier soir, le ton a changé. Bien que d'une courte majorité, le refus est cinglant. La RTS ne s'y est pas trompé, évoquant cette votation cantonale avant même d'aborder les sujets fédéraux!

Si le sujet est si important, c'est parce qu'il fait écho bien plus loin que Neuchâtel. Les remous porteront sans aucun doute jusque sur les bords du Léman, où Lausanne n'a que trop l'habitude de s'approprier les ressources cantonales pour ses propres desseins.

Ainsi, la carte des votes est très instructive:

votation du 23 septembre 2012,initiative

Tous payent, mais seuls ceux qui en profitent sont pour... Etonnant!

En bleu, le tracé de la nouvelle ligne de chemin de fer (les parties pointillées devant être enterrées).

La rébellion d'une partie de la population du petit canton romand est sans doute due à une conjonction de facteurs - la perspective d'une dette supplémentaire pour le canton le plus endetté de Suisse, le manque d'intérêt du projet pour la plus grande partie des habitants, ou l'abandon de la ligne ferroviaire actuelle et de la desserte de six gares, pour n'en citer que quelques-uns. Et puis, c'est aussi la victoire de l'UDC locale, seul parti a s'être opposé au projet.

La propension des autorités à siphonner l'argent des contribuables pour des réalisations pharaoniques au bénéfice d'une minorité (ici, une liaison rapide entre deux grandes villes de gauche) vient de subir un sérieux coup d'arrêt.

Nul ne sait encore de quelle façon les élus retoucheront leur copie, mais que les ambitions soient revues à la baisse pour être moins coûteuses, repensées pour être réellement au bénéfice de tous ou financées autrement que par des coup de matraque fiscaux et des dettes, la population aura tout à y gagner.

C'est sans doute la conséquence la plus réjouissante des votations de ce week-end.

Commentaires

Le chant inscrit dans la Constitution ? Houlà... c'est pas une poubelle, une constitution.

Écrit par : Robert Marchenoir | 24 septembre 2012

@Robert Marchenoir: le système politique suisse ne permet pas à la population d'écrire des lois - cette prérogative revient aux Chambres. Celles-ci ne peuvent pas non plus créer des bases légales sans mandat conféré par la Constitution.

Dans les deux cas, la Constitution représente une forme de canal de communication entre les élus et le peuple: les premiers doivent s'y soumettre, les seconds peuvent la modifier. Cela fait de celle-ci un "document vivant" évolutif, où la relation entre le souverain et son Etat est sans cesse revue, raffinée, retouchée. On est aux antipodes des Tables de la Loi rapportées par Moïse du Mont Sinaï!

Les élus gardent tout de même la possibilité de prendre l'initiative; les chambres peuvent proposer au peuple une nouvelle prérogative étatique, comme s'occuper de l'enseignement musical, et modifier la Constitution en ce sens pour avoir une base légale, mais cela oblige systématiquement le peuple à voter.

Écrit par : Stéphane Montabert | 25 septembre 2012

Espérons que la formation musicale n'empiète pas sur d'autres branches comme les maths ou le français déjà qu'en sortant de l'école beaucoup savent à peine calculer si en plus les parents doivent donner des cours de soutient après les heures d'école,pauvres parents et pauvres enfants.Cette formation devrait rester une option en dehors des heures de classe ,on avait l'heure de chant pourquoi a-t'elle été supprimée comme tout ce qui fonctionnait très bien d'ailleurs?
Comme disait un ancien directeur d'école secondaire l'école est une base qui doit servir pour la vie et la vie se chargera de vous apprendre le reste quand à l'esprit ouvert gageons qu'avec internet les enfants d'aujourd'hui ne sont pas plus endormis que les générations précédentes mais parcontre on peut être certain de leur manque de concentration et d'aptitudes à se débrouiller seuls sans papa et maman pour les couver comme des petits rois et les transformer en rats de savoir 24h sur 24 n'est pas la meilleure solution.La vie ne s'apprend pas qu'avec les instituteurs et encore moins uniquement dans les livres
Quand au RER certains socialistes auraient dû sentir la giffle arriver depuis très longtemps parceque tout faire pour une certaine jeunesse dorée en faisant courir des personnes handicapées ävec leur sac poubelle sans véhicule très souvent sur plus de 200m y'a des limites au manque de respect!Surtout si l'on sait les problèmes de déneigement et de verglas existant suivant ou!de qui se moque-t'on dans ce pays?

Écrit par : lovsmeralda | 25 septembre 2012

Comment voulez vous après avoir lu l'affront subi par Céline Amaudruz qu'on puisse vraiment avoir confiance en ce que certains politiciens proposent actuellement.C'est bien la preuve qu'en votant non les communes non concernées par ce RER ont laissé parler leur bons sens et ne se sont pas laissées embobiner par le chant des sirènes
Le peuple neuchatelois le vrai de vrai en a marre d'être transformé en pions sur un échiquier pour joueurs affamés de gros sous et qui depuis le mois de janvier ont perturbé émotionnellement bien des personnes âgée.Faudrait arrêter de comparer la Chine à la Suisse ou inversément et laisser aux gens le temps de retrouver leurs esprits avant de relancer n'importe quel projet aux sommes pharaoniques prouvant par là à quoi sont destinées les fameuse coupes budgétaire pour le social,pour le paraitre tout simplement et concurrencer le TGV ou le Sieur Hollande
La population vieillissante n'en a rien a secouer de la vitesse c'est aux politiciens qu'il convient d'apprendre à freiner leur envie de briller aux yeux de tous,un peu de modestie de leur part ne génerait pas
Quand à la presse servant d'intermédaire a certains partis qu'elle apprenne aussi a redescendre sur terre,beaucoup de lecteurs ont sabré leur abonnement,trop c'est trop et l'histoire de Céline Amaudruz est la goutte d'eau qui fait déborder le vase!
bonne soirée pour vous Monsieur Montabert

Écrit par : lovsmeralda | 25 septembre 2012

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