03 octobre 2012

Ondes: soigner la maladie imaginaire

"La science cherche mais ne trouve pas", annonce pudiquement une dépêche de l'AFP au sujet d'un champ d'étude en plein essor, l'hypersensibilité aux ondes électromagnétiques.

L'hypersensibilité aux ondes touche certaines personnes - dites électrosensibles - lorsqu'elles sont soumises aux champs électromagnétiques dans lesquelles baigne notre environnement, développement du téléphone portable oblige. Leurs symptômes n'ont rien d'enviable: maux de tête, troubles de la concentration, vertiges ou acouphènes, pour n'en citer que quelques-uns.

Menée par l'ANSES française, l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire Alimentation Environnement Travail, la recherche avance bon train. D'ailleurs, l'ANSES ne manque pas de fonds publics, comme en témoigne un agenda bien chargé:

Neurologue de l'Inserm (Toulouse), Jean-Pierre Marc-Vergnes explore pour sa part l'hypothèse d'une relation entre le syndrome d'hypersensibilité aux ondes et un dysfonctionnement du système sensitif des malades. (...) Ses travaux, financés par l'Anses, débuteront en janvier.

Il faut continuer à faire des études pour notamment mieux caractériser les expositions et voir si certains paramètres, aujourd'hui non analysés, seraient en relation avec les symptômes dont se plaignent les électro-hypersensibles, explique [un autre chercheur].

L'Anses a fait de ce thème une priorité avec, en particulier, la mise en place en 2011 d'un Comité de dialogue Radiofréquence et santé réunissant associations de malades et opérateurs télécoms, explique le directeur de l'Agence, Marc Mortureux.

 

Problème: ces pistes de recherche sont basée sur... du vent. Plusieurs autres études ont montré que les prétendus électrosensibles ne sont pas plus capables que le reste de la population de savoir s'ils sont exposés ou non aux ondes.

En d'autres termes, les gens attribuant leurs maux de tête à des antennes-relais de téléphone portable sont incapables de savoir s'ils sont réellement soumis à des ondes, ou s'ils ont seulement l'impression de l'être. Ce qui n'a rien de surprenant puisqu'ils attribuent des maux de têtes aux antennes même quand elles ne sont pas branchées.

Ne confondons pas avec les ondes émises par un téléphone portable, qui bien que de très basse énergie, se retrouvent en partie dans le corps humain avec des effets infinitésimaux: des études du même acabit s'échinent à en démontrer les effets, sans succès jusqu'à présent, mais relèvent au moins d'une approche rationnelle de la science. Ici, nous parlons des antennes de téléphonie mobile situées à portée de vue de l'individu électrosensible moyen et gâchant sa vie - alors même qu'il est incapable de dire si l'antenne est en fonction.

Un internaute met les points sur les i:

Je travaille en sous-traitance pour SFR, je fais la maintenance des fameuses antennes relais décriées ces derniers temps (...) Plus l'on parle dans la presse de ces différentes affaires d'ondes nocives causant maux de tête et autres symptômes, plus je me fais interpeller par les riverains des antennes sur la plupart des sites ou je me déplace.

Le plus marrant, et qui confirme d'ailleurs cet effet nocebo, c'est que les gens se plaignent uniquement là où les antennes sont visibles. Dites-vous bien que si vous habitez en ville, il y a des relais tous les 200m à vol d'oiseau et donc, même si vous ne voyez pas les antennes, elles sont belles et bien présentes. Je veux bien croire que certaines personnes soient plus sensibles aux ondes que la moyenne. Mais quand je rencontre des personnes qui me parlent de maux divers et variés qu'ils ne ressentent que chez eux parce qu'il ont une antennes [en face], alors que quand ils sont au café du coin (dont celui-ci est aussi équipé d'une antenne non voyante), ils ne souffrent plus, je dis halte a la parano !!!

 

Le médecin directeur général adjoint de l'agence admet humblement "qu'on n'a pas mis en évidence les mécanismes physiologiques de ce syndrome". C'est le moins que l'on puisse dire, en effet. Cela n'empêche pas les médias de reprendre les recherches les plus fantaisistes sans le moindre recul et d'accuser les antennes de téléphonie mobile d'attirer le mauvais sort et de faire tourner le lait... Il faut bien vendre du papier, n'est-ce pas! Et ce ne sont pas les pantalonnades récentes sur les OGM qui rehausseront la réputation de la presse francophone grand public sur les questions scientifiques.

Mais aucune excuse n'est trop bonne pour dépenser l'argent public, fusse-t-il dilapidé à chasser le Dahu. D'ailleurs, même si elle ne repose sur absolument rien de rationnel, la souffrance est bien réelle, comme l'explique un haut responsable de l'ANSES:

Nous ne sommes pas là pour nier ou non la réalité de ce syndrome. Il y a des gens en souffrance, avec des conséquences importantes sur leur vie sociale et professionnelle (...). Ce qui nous importe c'est que les recherches soient pertinentes et que les préoccupations des malades soient prises en compte dans les recherches, explique-t-il.

 

Bref, on va chercher, pour rien, juste pour faire plaisir. De toutes façons, c'est le contribuable qui régale... Et le directeur de conclure, toute honte bue: " C'est d'autant plus important que beaucoup de charlatanisme se développe pour la prise en charge de ces patients."

Il fallait vraiment oser!

Alors, à ces pauvres gens pris bien malgré eux par leurs symptômes psychosomatiques dans le mouvement technophobe moderne et confortés dans leurs croyances par des fonctionnaires complices, il ne me reste plus qu'à conseiller de combattre le feu par le feu:

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Commentaires

Ne vous en faites pas, au rythme où cela va, ces institutions n'auront plus un sou de la part de personne. Fromage mou et ses sbires matamores autant que redresseurs de production vont nous arranger tout ça. Ce sera au moins un des avantages du pouvoir socialiste...

Écrit par : Géo | 03 octobre 2012

Il y avait un jour un petit article dans " le Figaro Magazine " qui mentionnait des personnes qui se plaignent de maux de têtes etc...depuis l'instalation d'une antenne relais pour mobile. Ce que les plaignants ne savaient pas; c'est que l'antenne n'était pas encore en fonction.

Mais ce qu'oublient les électrosensibles, c'est que les ondes électromagnétiques sont présentes en permanence dans notre environnement de façon naturelle. L'espace émet à partir d'étoiles, de galaxies, de pulsars des fréquences radios électromagnétiques. De même pour la lumière du jour qui est aussi une onde électromagnétiques.

Si les particules x et gamma sont stoppés par la magnétosphère, il en est pas de même pour les ondes radios. La preuve est que les astronautes depuis la Lune pouvait dialoguer avec la terre. Il est aussi surprenant que les centaines d'antennes paraboliques fixé sur les balcon d'immeubles semblent inoffensives.

Moi je parie que le jour où quelqu'un pose une antenne relais mobile bidon en plastique sur un toit il y aura des gens qui se plaindront de maux de tête depuis la pose de la dite l'antenne

Écrit par : D.J | 03 octobre 2012

plus vous chercherez moins vous trouverez et dire qu'on dépense des milliards pour des recherchent qui ne mènent à rien puisque les 3/4 de la population n'est jamais concertée afin de participer à celles-ci.On ne peut être objectif en ignorant autant de citoyens et surtout qu'en toutes connaissances de cause sur le coté malsain du chauffage au sol,celui-ci est toujours d'actualité

Écrit par : lovsmeralda | 03 octobre 2012

Ah oui, tiens, le chauffage au sol. Un petit article sur l'interdiction à venir du chauffage électrique ? Ca paraît énorme, tout de même... Rien que d'y penser ça me donne froid.

Écrit par : Robert Marchenoir | 04 octobre 2012

Victime depuis 1994 d'acouphènes, j'ai eu l'occasion de tester directement à quelles sources d'ondes électromagnétiques je réagis. En effet, la sorte d'acouphènes dont je "bénéficie" s'amplifie quand il y a à moins de 2 mètres de moi une lampe économique; mesures effectuées, ces lampes émettent des ondes à environ 32 KHz; la seule parade consiste à se tenir assez loin ...

Il faut aussi se méfier des alimentations de toutes sortes, entre autres celles des chargeurs de téléphones portables: d'expérience, il vaut mieux ne pas en laisser fonctionner dans le voisinage immédiat. Comme par hasard, les basses fréquences utilisées dans tous ces dispositifs sont très difficiles à blinder ...

En parlant de maladies imaginaires, vous avez donc entièrement tort: en mettant en service, avec fortes intensités, toutes sortes de fréquences électromagnétiques qu'on ne rencontre d'ordinaire pas dans la nature, nous avons joué aux apprentis sorciers ... car les molécules les plus simples (l'eau a une résonance à 2'450 MHz, utilisée dans les fours à micro-ondes), comme les molécules organiques, ont toutes des spectres de résonance dans toutes les plages de fréquences.

Écrit par : André Bovay-Rohr | 04 octobre 2012

@A. Bovay-Rohr. Les acouphènes que vous percevez sont simplement... acoustiques. En effet, les bobines utilisées dans les alimentations et les lampes fluocompactes vibrent légèrement à ces fréquences (effet magnétostrictif):
http://fr.wikipedia.org/wiki/Magnétostriction
Donc pas sûr que vous soyez vraiment "électrosensible".

Écrit par : zamm | 04 octobre 2012

@André Bovay-Rohr: il y a une grande variété d'ondes de puissance et de longueur différente dans la nature, toutes ne sont pas équivalentes, et certaines peuvent être nocives, ou en tous cas induire un effet. Les paysans savent depuis longtemps, par exemple, que les vaches paissant sous des lignes à haute tension produisent moins de lait. Et personne ne remettra en cause la dangerosité du rayonnement d'un four à micro-ondes!

Mais il ne faut pas tout mettre sur le dos des ondes électromagnétiques pour autant.

Les transformateurs des chargeurs de téléphone portable produisent des vibrations sonores, qui peuvent être désagréables (bien que difficilement perceptibles). Quant aux lampes fluocompactes, elles émettent un rayonnement à fréquence moyenne (30 à 60 Hz), de la lumière ultraviolette et, évidemment, de la lumière visible! Les rayonnements en question ne sont pas des ondes radio et ne peuvent pas se comparer aux fréquences employées par les téléphones portables. De plus, leur puissance est extrêmement faible: même en se plaçant à quelques centimètres de l'ampoule, on est en deçà des limites d'exposition.

En revanche, en restant longtemps à proche distance (20-30cm) d'une lampe fluocompacte l'exposition aux UV émis peut poser problème chez certaines personnes sensibles, comme vous peut-être.

Lire aussi ceci:
http://www.zdnet.fr/actualites/le-rayonnement-des-ampoules-fluocompactes-mis-en-cause-39374801.htm

Si vous êtes capable de faire un test en aveugle entre une lampe fluocompacte allumée et une autre éteinte, vous n'êtes pas un escroc.

Seriez-vous pour autant capable de faire a différence entre une ampoule fluocompacte allumée ou éteinte cette fois-ci à travers un mur et avec des bouchons dans les oreilles? Si oui, félicitations: vous êtes l'Homo Electrosensiblus que cherchent désespérément les scientifiques français.

Mais même si vous n'êtes pas capable de telles prouesses, vous pouvez éprouver une gêne tout à fait authentique confronté au fonctionnement de ces appareils, sans que cela soit dû aux ondes électromagnétiques.

Écrit par : Stéphane Montabert | 04 octobre 2012

Parcontre la faune est sensible aux ondes émises par tous ces appareils et de plus en plus sophistiqués.Non que je fasse passer l'animal avant l'humain bien au contraire mais eux aussi doit s'adapter au monde moderne ce qui peut les contraindre à adopter des comportements qui peuvent effrayer comme mordre sans aucune raison.
Cependant eux ont aussi des tactiques échappant alors à tous les controles humains,ils savent se réfugier dans des endroits ou personne n'ira les déloger soit pour se reproduire ou juste pour mourir en paix.Une révélation a été faite par des spécialistes de l'Océan le fameux triangle des Bermudes puisqu'on parle d'électromagnétisme empèche tous les plongeurs de s'y risquer ,car emportés par des tourbillons comme dans l'Aar ils sont sûrs de ne jamais pouvoir remonter .Aussi toutes les espèces maritimes en ont elles fait un sanctuaire,loin des yeux des humains afin d'y vivre en paix et se reproduire suivant leurs propres cycles et non désirés par les humains
Oui on nous dit tout mais on nous cache tout, faut savoir à qui profite le crime dirait ce cher Watson!
Mais parcontre on sait qu'il existe des travaux terminés et qui verront à nouveau des chantiers avec des canalisations gaz et eau inversés,là on en parle pas bien entendu,que de temps perdu!

Écrit par : lovsmeralda | 04 octobre 2012

Nier l'effet des ondes e-m sur l'homme est manifestement une erreur ...
@ Zamm
Il est vrai que le principal handicap produit par des acouphènes vient de sons très nombreux qui les stimulent. Vous avez raison de poser la question: je me suis aussi méfié des effets de haut-parleur indésirable des sources que j'ai testées ! Les mesures ont été faites à l'aide d'un oscilloscope 0 - 20MHz et d'un microphone comme capteur supplémentaire.

Dans le culot d'une lampe économique, vous ne trouvez pas de bobine, seulement un circuit imprimé; j'ai promené un microphone de haute qualité pour essayer de détecter tous les sons émis, très près d'une telle lampe: on trouve un tout petit peu de 100 Hz. D'autre part, la transmission à l'air d'une fréquence acoustique de 32 KHz - pas audible directement, c'est un ultra-son - n'est pas évidente: je n'en ai pas trouvé.

La fréquence des acouphènes (strictement la même sur les deux oreilles) a été mesurée par mon médecin, 7'770 Hz; situation complexe ! Nous avons pu tester avec une lampe émettant du 10 KHz e-m; même résultat global, au bout de 10 minutes: une acouphène croissante, devenant pénible.
Il a bien fallu conclure à un stimulus indirect e-m, éventuellement par un chemin autre que les oreilles ...

Écrit par : André Bovay-Rohr | 04 octobre 2012

@A B-R. Vous trouverez effectivement des bobines dans les circuits imprimés ("ballasts électroniques") des lampes fluocompactes, elles sont juste assez petites (env. 1-2 cm).
http://electroniqueamateur.blogspot.ch/2010/12/ampoules-fluocompactes.html
(les 2 petits transformateurs, à gauche, un peu vers le haut de l'image des composants)
Aussi:
http://www.aquariophilie.org/articles/Un_ballast_electronique_pour_T8_de_prix_derisoire_-251.html

Quand ce genre d'alimentations ont été introduites, je les entendais, car elles marchaient moins haut en fréquence et mon oreille était plus jeune :-)
A 32 kHz, pas sûr que votre micro (ou vous-même) le captiez, mais impossible d'exclure à priori une interaction avec un acouphène... d'autant plus que ce son est légèrement modulé en amplitude par son alimentation, provenant du redressement, non régulé, du 230 V (le 100 Hz que vous mesurez, plus quelques harmoniques).

Écrit par : zamm | 04 octobre 2012

@ Stéphane Montabert
Mon problème avec les lampes fluocompactes était assez simple: utilisées comme lampes de table ou lampes de chevet, au bout de quelque 10 minutes, les acouphènes avaient pris assez d'intensité pour que j'en sois gêné; après, il fallait une durée à peu près la même pour que le niveau revienne au supportable; elles ont naturellement été remplacées dès 1995 par des lampes à filament. Désolé, je ne serais pas un bon détecteur ...

Cette sorte d'acouphènes n'est donc pas un problème facile à gérer: il faut prendre la fuite à temps d'une source connue (et il y en a assez, dont la musique, les moteurs, les petits ventilateurs, etc.) ou mettre des pamirs (protège-oreilles).

Les alimentations électroniques sont parmi les pires sources, car très souvent elles ne font aucun bruit ... elles se contentent d'émettre des ondes e-m de formes hâchées; les pamirs ne servent à rien, ce qui confirme qu'il ne s'agit pas de sons; mais avec l'expérience, on arrive à les éviter dans son entourage immédiat.

Écrit par : André Bovay-Rohr | 04 octobre 2012

@André Bovay-Rohr: je crois bien volontiers la description de vos symptômes, sans parvenir pour autant à comprendre comment la gêne auditive liée à un composant électronique pourrait gagner en intensité avec le temps au point de devenir insupportable. Elle devrait être constante à partir de sa mise sous tension, non? Et que se passait-il si vous quittiez la pièce et que vous reveniez? Avez-vous essayé des tests en aveugle pour voir si vous étiez capable de déterminer avec exactitude si l'ampoule fluocompacte était sous tension, sans la voir?

Ceci dit, vos soucis sont relativement différents des "maux de tête, troubles de la concentration, vertiges ou acouphènes" décrits par des électrosensibles incapables de faire la différence entre une antenne-relais en fonction ou non et située à plusieurs dizaines de mètres.

Le principal reproche à formuler contre ces gens vient de leurs conclusions ("c'est la faute de l'antenne!"), indépendamment de la sincérité de leur souffrance.

Or, on peut rarement parvenir à une solution juste à partir de prémisses fausses.

Écrit par : Stéphane Montabert | 04 octobre 2012

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