29 octobre 2012

Les bons conseils du Pakistan

"Egalité et Racisme, la Suisse peut mieux faire" annonce le Matin. Non, il ne s'agit pas de renforcer l'égalité et le racisme en suisse, comme le titre maladroit de l'article le laisse penser, mais bien de les combattre...

C'est en tous cas l'idée, selon l'avis du Conseil des droits de l'homme de l'ONU devant lequel la Suisse vient de se faire tancer, comme d'habitude.

Mais à l'examen des bonnes fées penchées sur le berceau helvétique, on est pris d'un doute:

Le Pakistan est revenu sur la votation, fin 2009, sur l'interdiction de la construction de nouveaux minarets. Il a demandé l'adoption d'un texte de loi interdisant les activités de toutes les organisations prônant le racisme.

La Turquie a demandé la levée de l'interdiction de nouveaux minarets, une décision populaire regrettée également par les Etats-Unis et la Norvège.

 

Le Pakistan, pays où les chrétiens sont persécutés, où la liberté d'expression amène quelques excès? Pas de racisme là-bas. Point du tout, vous dis-je. Une terre paisible et bénie sous un soleil placide, et le reste n'est qu'invention de reporters jaloux. Pareil en Turquie. D'ailleurs, on voit bien leur méthode sur les questions de racisme comme sur le reste - visiblement couronnée de réussite. Un problème? Hop, une petite loi vite fait bien fait, et c'est plié.

En réalité, les conclusions ubuesques du Conseil des droits de l'homme de l'ONU sur la Suisse ne font que rappeler au grand public, bien trop ignorant, le mode de fonctionnement de l'institution. Sur pratiquement tous les sujets, un pays égale une voix. En matière de vote, la Mauritanie compte autant que les Etats-Unis. On ne sera donc pas étonné de voir des diplomaties occidentales respectueuses des droits de l'individu régulièrement étrillées à la tribune par des régimes indignes de s'y rendre.

L'ONU est l'assemblée des Nations Unies - pas des "démocraties" ou des pays "respectueux des droits fondamentaux". Juste des nations. Ne croyez pas que la majorité d'entre elles aient le moindre rapport avec la conception européenne des droits naturels, de la séparation des pouvoirs, d'un procès équitable et tutti quanti.

On regrettera juste que des pays dont on aurait pu espérer plus de solidarité, comme les Etats-Unis et la Norvège, s'associent à la mascarade.

A entendre les discours servis à M. Burkhalter à l'ONU pour s'attaquer à un pays aussi impitoyable que la Suisse, je me demande quels terribles flèches verbales le chef affuté du Département Fédéral des Affaires Etrangères doit leur décocher lorsque c'est son tour de parler à la tribune. Tranchant, incisif, accrocheur. De quoi arracher des larmes au plus blasé des diplomates.

135027303-32208244.jpgPourtant, en même temps on ne peut pas s'empêcher de penser que non, les passages à la tribune de M. Burkhalter ou les contributions de la Suisse au Conseil des droits de l'homme ne doivent pas être aussi saignantes que ça. Fidèle à la ligne de conduite de son pays, M. Burkhalter ne rétorque probablement pas grand-chose. Ça pourrait déplaire, nuire à la politique des "bons offices", voire au tourisme, sait-on jamais - la Genève internationale, c'est fragile ma brave dame...

Je vous laisse seul juge, toutes les interventions sont disponibles en ligne.

C'est en fin de compte toujours la même histoire, de la cour d'école jusqu'aux salons feutrés des institutions internationales. Il y en a qu'il ne faut pas trop fâcher, mais ceux-là peuvent, eux, tout se permettre.

En adhérant à l'ONU, la Suisse est devenue membre d'un club où elle passe le plus clair de son temps à se faire insulter par des pays incapables de lui arriver à la cheville, tout en étant largement muette elle-même. Évidemment, notre crédibilité s'en ressent. Une belle prestation acquise pour plus d'un demi-milliard de francs annuels, on aurait tort de se priver!

La politique internationale de la Suisse est de plus en plus difficile à distinguer du simple masochisme.

Mise à jour (31 octobre): un autre article du Matin vient nous renseigner sur la façon dont l'ONU s'implique directement dans l'élaboration des lois helvétiques. Ainsi, "la Suisse a accepté mercredi, devant le Conseil des droits de l'homme réuni à Genève, 50 recommandations présentées par d'autres Etats. Elle en a refusé quatre et donnera sa réponse d'ici la prochaine session en mars 2013 sur 86 autres propositions."

La Suisse vient d'adopter "50 recommandations" - Parmi lesquelles les efforts contre le racisme, l'intolérance et la xénophobie, une meilleure intégration des étrangers, la réduction des inégalités salariales entre hommes et femmes sur le marché du travail, la lutte contre la traite des êtres humains, contre l'exploitation sexuelle et les violences domestiques.

Sans même être contre ces nobles objectifs - ceux évoqués sont naturellement "vendeurs" - on est encore moins des cinquante. Et la Suisse s'engage sans vote du Conseil National ni du Conseil des Etats, sans rien. N'y avait-il pas une époque où le peuple helvétique, éventuellement par le biais de ses représentants à Berne, avait son mot à dire dans l'élaboration des lois?

On comprend l'engouement des étatistes de tout poil pour les organisations supra-nationales. Il permet de se débarrasser des contraintes démocratiques en un rien de temps.

25 octobre 2012

La déconstruction européenne

L'image de l'islam se dégrade en France, décrète aujourd'hui le Figaro, sondage à l'appui:

  • 43% des sondés considèrent l'islam comme une menace ;
  • 60% pensent que cette religion a trop d'importance ;
  • 18% sont favorables à la construction de mosquées (contre 33% en 1989) ;
  • 63% sont opposés au voile dans la rue (31% en 1989) ;
  • 89% sont opposés au voile à l'école.

Autre média, autre sujet. Les élections montrent l'accélération d'un mouvement autonomiste: "Des Flandres à l'Ecosse, les mouvements séparatistes gagnent du terrain, sur fond de crise économique" explique le présentateur de la RTS.


En quelques jours, trois régions européennes font un pas vers leur émancipation:
les Flandres, l'Ecosse et le Pays basque.

Changeons encore d'horizon. En Grèce, les attaques "racistes" contre les immigrés ont atteint un niveau alarmant, selon le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR):

Les migrants en provenance d'Afrique ou d'Asie qui essaient d'entrer dans l'Union européenne par la Grèce font face à une hostilité croissante dans un pays victime d'une crise économique sans précédent depuis soixante ans. Le HCR fait état de 87 attaques racistes répertoriées par les groupes de défense des droits de l'homme entre janvier et septembre 2012 et qualifie ce chiffre d'"exceptionnellement alarmant". Les véritables chiffres sont sans doute bien plus élevés dans la mesure où les victimes ont souvent trop peur pour porter plainte, précise le HCR.

 

Quel rapport entre l'image de l'islam en France, des élections en Espagne et en Belgique, un accord politique dans ce qui s'appelle encore le Royaume-Uni, ou des violences en Grèce? A priori, aucun.

Pourtant, toutes relèvent du même événement: la désagrégation de l'Union Européenne.

Elle est de plus en plus apparente, de plus en plus marquée, et de plus en plus rapide.

La société européenne se délite, que ce soit entre des communautés religieuses, envers les immigrés, ou contre le pouvoir du gouvernement. La solidarité et le respect des individus les uns pour les autres se désagrège. Le repli se généralise dans toutes les directions. Cela vaut pour toutes les mouvances politiques: les indépendantistes flamands sont classés à droite, ceux de Catalogne ou du Pays basque sont classés à gauche.

(Amusant, au passage, de voir les gauchistes espagnols radicaux de l'EAJ-PNV réclamer la fin des mesures de rigueur "venues de Madrid". Visiblement, la solidarité, c'est quand il y a de l'argent à prendre, pas quand il faut régler l'ardoise!)

Sur ce phénomène continental, les interprétations divergent: certains parleront de "prise de conscience nationale", de la volonté de "retrouver une véritable souveraineté" ; d'autres regretteront la "montée des extrêmes", les "troubles du vivre-ensemble" et la "banalisation de la stigmatisation". Toutes ces analyses pointent néanmoins le même facteur commun: la crise économique.

Et bien entendu, personne n'a de solution - parce qu'il n'y en a pas.

L'Europe est au confluent de flux migratoires, de tensions religieuses, de disparités économiques, de visions antagonistes du droit et du rôle de l'Etat. C'est une grande famille, mais une famille largement artificielle, recomposée, construite ex-nihilo.

Lorsque tout va bien, les tensions et les divergences font partie du quotidien, des difficultés à aplanir dans la marche vers un avenir meilleur. Nous ne sommes plus en temps normal. Comme dans la vie réelle où les difficultés financières peuvent dévaster un couple, la crise économique dans laquelle se débat l'Europe politique est un facteur aggravant, quel que soit le domaine concerné. Résultat? Le continent tangue et craque de partout. La protestation menace de tout emporter et ne montre pas le moindre signe de faiblesse.

Le modèle de solidarité européenne a vécu, quoi qu'il ait jamais signifié pour la population de chaque pays membre. Alors que les caisses sont vides, le concept même se délite. L'immigré n'est plus une opportunité, une richesse humaine ou une célébration de la diversité, rien qu'un profiteur. Le musulman n'est plus qu'un conquérant. Le pouvoir central se réduit à une marionnette aux mains d'"intérêts financiers apatrides". Les institutions internationales n'apparaissent plus que comme donneurs d'ordre sans âme. Chaque Européen n'a confiance que dans son voisinage immédiat, et si cela doit signifier au passage le morcellement de pays épuisés, qu'il en soit ainsi.

Dans sa démonstration impitoyable, L'Europe, une nouvelle URSS?, Vladimir Boukovsky rappelait que l'URSS était sensée amener la paix aux peuples, mais qu'au moment de son effondrement c'était le foyer de plus de guerres civiles et de guérillas que n'importe quel autre endroit de la planète. Appliquée à l'Europe en 2005, l'idée pouvait faire sourire ; aujourd'hui, il semble bien pourtant que nous en prenions le chemin.

23 octobre 2012

Le forfait fiscal et l'arme démocratique

Dans une forêt de drapeaux rouges, quelques dizaines de militants de La Gauche, du PS Suisse, de l'Union syndicale suisse (USS) et d'Unia déposèrent leurs cartons de signatures à la chancellerie fédérale, pour leur initiative "Halte aux privilèges fiscaux des millionnaires (abolition des forfaits fiscaux)". C'était le 19 octobre.

L'initiative étant accompagnée de plus de 100'000 signatures valides, le peuple votera.

Les forfaits fiscaux, également appelés imposition forfaitaire, sont destinés à l'imposition d'étrangers très fortunés en Suisse. Pour autant qu'ils n'exercent pas d'activité lucrative sur le sol helvétique, ils ne doivent déclarer comme revenu qu'un montant équivalent à un multiple de la valeur locative de leur logement. Environ 5'500 personnes bénéficieraient de ce régime.

Un article de la Tribune de Genève résume certains enjeux. La gauche, très offensive sur ce dossier, y voit une question de justice fiscale. En effet, pour les adversaires du forfait, il représente une injustice vis-à-vis du contribuable helvétique normal, exposé à la taxation habituelle. C'est exact, si ce n'est que personne n'oblige ces personnes à venir en Suisse, et que leur situation est assortie d'un certain nombre de contraintes qui ne s'appliquent pas au citoyen lambda.

Plus discutable, le forfait fiscal serait une forme d'injustice envers les autres pays auprès desquels la Suisse débaucherait de bons contribuables.

Face à cette déferlante, la droite semble en panne. Tout au plus plaide-t-elle un pragmatique de bon aloi, voyant dans la remise en question des forfaits un risque pour les recettes fiscales afférentes. Il y a pourtant de une raison de principe à s'opposer à la mort annoncée du forfait fiscal.

L'étau se resserre

D'après la Tribune, les manoeuvres cantonales se sont jusqu'ici soldées par un "match nul": à Berne, la supression des forfaits a été refusée, vraisemblablement pour une association trop évidente avec les conséquences fiscales, la suppression étant assortie d'une hausse d'impôts. A Zurich en revanche la suppression a été acceptée, assure le journal, avec les voix de "certains millionnaires suisses lassés de payer plein pot" sur la côte dorée "alors que leur voisin étranger paie des clopinettes". Peut-on vraiment croire que les millionnaires helvétiques soient si nombreux dans le canton de Zurich qu'ils influent sur une votation locale?

En réalité, le match nul est loin d'être acquis. Le statu-quo est passé à la trappe. Les cantons d'Appenzell Rhodes-Extérieures, de Bâle-Ville, de Bâle-Campagne, de Schaffhouse et de Zurich ont déjà décidé de supprimer l'imposition forfaitaire. Dans d'autres canton, la vis a été resserrée. Ainsi, les électeurs bernois ont accepté un contre-projet rendant plus difficile l'accès au forfait - il faut désormais un revenu imposable minimum de 400'000 CHF par an - et la facture est alourdie de 30% pour ceux qui en bénéficient.

La gauche est persuadée que les riches étrangers résidant en Suisse le resteront même quand le forfait sera aboli. A supposer que l'argument soit sincère, il n'en est pas moins étonnant, formulé par ceux qui défendent la mainmise de chaque Etat sur "ses" riches.

fiscalité,forfaits fiscaux,démocratieLe canton de Zurich est souvent cité en exemple: suite à l'abandon du forfait en 2010, les rentrées fiscales sont restées peu ou prou identiques, les fortunes restantes s'acquittant d'un impôt bien plus élevé. Mais cette absence de variation n'en est pas une. 92 forfaits sur 201 ont quitté le canton dès la fin de l'année où l'abolition a été votée. Bien plus important encore - et totalement passé sous silence par les médias - aucune nouvelle fortune ne s'est installée dans le canton. Alors que moins de deux ans se sont écoulés, il paraît évident que la nouvelle donne zurichoise ne sera pas rentable sur le long terme.

Les 92 étrangers de Zurich ne sont pas déplacés de beaucoup. 70% d'entre eux ont établi leur domicile dans un autre canton suisse. Partiraient-ils plus loin si le principe même du forfait était étendu à l'ensemble de la Confédération? C'est une évidence. "Les ressortissants étrangers fortunés sont très mobiles: 98% d’entre eux possèdent au moins un autre domicile hors de Suisse", rappelle Economie Suisse.

Quelqu'un prêt à changer de pays et à renoncer à toute activité lucrative juste pour des raisons fiscales n'est évidemment pas attiré uniquement par le charme des montagnes et la beauté du cadre de vie helvétique. Ces riches étrangers ne resteront pas inconditionnellement attaché à la Suisse si celle-ci n'est plus attractive. De fait, beaucoup d'exilés fiscaux choisissent aujourd'hui déjà plutôt Londres ou la Belgique. L'accélération du mouvement dans les enfers fiscaux européens montre, si besoin était, que la thèse du "ils resteront sur place et paieront" défendue par la gauche et les gouvernements étrangers aux abois n'est pas tenable.

Les forfaits fiscaux ramènent pas moins de 700 millions de francs annuels, sans compter les bénéfices indirects en termes de consommation ou de gestion bancaire. Si ces gens partent, l'Etat réduira-t-il son train de vie, ou cherchera-t-il dans le reste de la population de nouvelles ressources fiscales pour les remplacer? D'expérience, la deuxième approche est une évidence. L'argument peine pourtant à percer auprès de citoyens dressés par la doxa ambiante à haïr le principe de l'imposition forfaitaire. Les citoyens helvétiques semblent incapables de percevoir les conséquences fiscales de leur égalitarisme, telles des dindes s'apprêtant à voter pour Noël.

La menace démocratique

En vérité, les cantons ayant choisi de se passer du forfait fiscal n'ont pas livré un gros sacrifice: la réforme a été d'autant plus facile à passer que le principe du forfait fiscal ne s'appliquait, en pratique, à quasiment personne. Lorsque Bâle-Campagne a décidé d'abolir cette forme de prélèvement, seules 16 individus étaient concernés dans tout le canton...

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La répartition des forfaits - cliquez pour agrandir
source: L'Hebdo

Les cantons du sud sont les bénéficiaires réels de cette forme de taxation. La véritable épreuve viendra avec le vote genevois sur le forfait fiscal, puisque les finances publiques de la Cité de Calvin seront les premières concernées.

A la rigueur, qu'un canton décide de s'infliger la perte des revenus de cette catégorie d'étrangers, libre à lui: chacun est souverain en matière de fiscalité.

La gauche le sait bien et a donc décidé de jouer à un jeu dangereux. Plutôt que de lancer un référendum dans tel ou tel canton et l'amener à réviser ou abolir le forfait - ce qui est totalement légitime - elle a choisi, en plus, d'attaquer selon l'angle fédéral.

En choisissant une initiative fédérale, mouvements politiques de gauche et syndicats espèrent contraindre les cantons réticents (parce qu'ils bénéficient réellement de forfaits fiscaux, par exemple) à se priver de cette liberté.

Cela a si bien marché contre le Valais et ses résidences secondaires qu'on aurait tort de s'en passer!

Le parallèle avec la votation récente pour limiter les résidences secondaires n'a rien d'anodin. Le marché immobilier de loisir étant avant tout affaire de montagnes, le Valais n'en aurait jamais voulu ; mais en amenant toute la Confédération à se prononcer sur ce point (alors que la police des construction est une affaire essentiellement cantonale) les partisans du contrôle ont obtenu facilement l'assentiment des Jurassiens, des Argoviens, des Schaffhousois et de tous les citoyens appartenant à des cantons non concernés.

La gauche entend bien rééditer l'exploit. Il est vrai qu'aujourd'hui, le Zurichois ou le Bâlois n'aura aucun intérêt particulier à soutenir le forfait fiscal, puisque son canton y a renoncé. Ce sont donc des victoires faciles que les initiants espèrent décrocher là-bas. Le peu de cas que font les Suisses dans des cantons où ces dispositions ne concernent personne pourraient faire le reste. Les initiants ont raison: cette votation est gagnable.

C'est ainsi que le citoyen concerné commence à comprendre le mécanisme injuste propre à cette votation: le dévoiement de la démocratie directe comme arme contre le fédéralisme. Un jour, le Valais se voit imposer la fin des résidences secondaires ; le lendemain, Vaud se voit privé des ressources fiscales liées au forfait. La stratégie est en place: chaque minorité est écrasée, morceau par morceau. Et demain? La démocratie sera-t-elle utilisée pour fermer les aéroports internationaux? Voler les revenus des barrages alpins? Imposer le même taux d'imposition de Genève aux Grisons? Il n'y a aucune limite à l'égalitarisme forcené, jusqu'à ce que tous les cantons soient brisés et ramenés à de simples entités géographiques comme les régions françaises.

Le lit de Procuste est prêt, et la gauche a bien l'intention d'y allonger la Confédération. Fini l'autonomie cantonale permettant à des Suisses de comparer les cantons, leurs réussites et leurs échecs, et de choisir le cas échéant un nouveau lieu d'accueil pour leur foyer. L'uniformité règnera, et croyez bien qu'elle rime avec médiocrité.

C'est pour cette raison, et aucune autre, qu'il est indispensable de s'opposer à l'initiative fédérale "Halte aux privilèges fiscaux des millionnaires (abolition des forfaits fiscaux)" décidée par la gauche. Pas parce qu'on est pour ou contre la notion de forfait fiscal, ou qu'on préfère payer plus d'impôt au nom de l'égalitarisme entre diverses catégories de très riches, non: parce que c'est une initiative fédérale.

18 octobre 2012

Feuille de route vers un désastre

Au hasard de leur pérégrinations, certains d'entre vous sont peut-être déjà tombés dans un recoin d'Internet sur la célèbre "carte de la domination islamique", une espèce de plan plus ou moins délirant de conquête du monde...

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15 octobre 2012

Renens, le pays où les impôts ne baissent jamais

Alors que Renens a choisi l'endettement massif et la hausse d'impôt en 2012 (combinaison ô combien prudente par les temps qui courent) les débats de jeudi dernier sur l'arrêté d'imposition 2013 étaient l'occasion de ramener la question sur le tapis.

C'est ainsi qu'une courageuse conseillère communale UDC vint à la tribune pour plaider un humble amendement dont voici grosso-modo la teneur:

La situation économique helvétique se détériore. Cela vaut pour tous les cantons et toutes les communes, comme l'affaire des IRL le montre. Et même si aujourd'hui l'ancienne filiale renanaise semble avoir un nouvel avenir, le processus qui l'a sauvé aura laissé un bon nombre de salariés sur le carreau.

En ces temps difficile, la ville de Renens doit montrer qu'elle est capable de faire aussi bien avec moins, mais surtout, que l'effort fiscal est partagé.

L'UDC Renens propose donc d'amender l'arrêté d'imposition 2013 pour baisser d'un point l'imposition de la commune, c'est-à-dire de revenir à la situation prévalant jusqu'en 2011.

Bien que modeste, cette baisse d'impôt montrera que la fiscalité de Renens n'est pas éternellement orientée à la hausse.

Les contribuables et les entreprises doivent se sentir aidés, et ne plus avoir l'impression qu'ils sont les seuls à devoir se serrer la ceinture.

 

C'était sans doute trop demander. Renens est devenu un enfer fiscal et a bien l'intention de le rester. L'amendement fut repoussé "à une large majorité", ce qui n'a rien de bien étonnant compte tenu de la composition politique du Conseil Communal.

Vous seriez plus surpris en revanche d'apprendre que le PLR s'est massivement abstenu. Le centre-droit de Renens s'accommode décidément bien rapidement des hausses d'impôt qu'il prétend combattre...

Les déclarations pas si vieilles comme quoi cette hausse d'impôt serait "temporaire" font sourire - sauf si c'était pour évoquer de nouvelles hausses, bien entendu! Avec l'assentiment d'une droite bien peu combative, la stratégie fiscale de la gauche - à Renens comme ailleurs - peut plus que jamais prendre comme emblème la Roue à rochet:

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10 octobre 2012

Genève et la Constitution Molle

Ce dimanche, Genève vote sur sa nouvelle Constitution - résultat d'une assemblée constituante qui aura coûté un bras au contribuable et dont les travaux se seront poursuivis sur plus de quatre ans.

Si on se base sur un échantillonnage relativement aléatoire des affiches de campagne, le succès n'est pas au rendez-vous. Empiriquement, sur les surfaces d'affichage le Non l'emporte largement sur le Oui. Nous verrons plus tard ce qu'il en est au fond des urnes, mais en attendant, voici un petit (!) échantillon des visuels pour la votation:

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(cliquez sur une image pour l'agrandir)

Pertes des droits syndicaux, privatisation, armée contre le peuple, retour de la chasse ou du nucléaire... La nouvelle constitution semble parée de tous les maux, même si certains sont largement interprétés, pour rester poli.

Les avis sont marqués. PLR, PDC et écologistes sont pour la Constitution. UDC, MCG, extrême-gauche et syndicats sont contre. Les socialistes l'approuvent, mais n'ont même pas réussi à convaincre leur propre section jeune, qui appelle à voter blanc.

Cela n'a rien de surprenant.

A quoi sert une Constitution? Selon sa définition la plus simple, c'est la loi suprême, le texte fondateur régissant le fonctionnement d'un Etat, ses prérogatives et ses limites. Mais une Constitution ne peut pas surgir du néant. Elle doit être écrite par des gens - des élus genevois qui, bien que faisant souvent tout leur possible pour se démarquer des formations traditionnelles, représentent plus ou moins l'équilibre des forces politiques en présence.

Les quatre ans de travaux de la Constituante ont donc été le théâtre d'interminables luttes entre des groupes aux positions antagonistes, et le résultat final le reflète.

La Constituante n'a été élue que sur la base d'une participation misérable, 33% des électeurs. Il y a fort à parier que le nombre de citoyens se donnant la peine de lire le texte soumis au vote n'atteindra pas un dixième de ce montant. Par chance, quelques individus bien inspirés se sont plongés dans le projet pour en tirer par exemple une comparaison instructive entre l'ancienne Constitution (qu'on oublie un peu vite!) et la nouvelle.

Si je devais la résumer en une phrase, je dirais que la nouvelle Constitution représente une forme de summum dans le Droit Mou - un ensemble d'envies et de désirs intraduisibles en textes de loi - ainsi bien sûr qu'une légion de Faux Droits - des "droits à" ceci ou cela, avantages particuliers au bénéfice de certains, assumés par l'ensemble des contribuables à travers la fiction collective de l'Etat.

Bien sûr, la plupart des articles sont contradictoires entre eux. Pour ne prendre qu'un exemple modeste mais évocateur, l'article 190 alinéa 3 explique que l'Etat "garantit la liberté individuelle du choix du mode de transport" alors que l'alinéa suivant décrète sur le même ton que l'Etat "encourage la mobilité douce." Libre, mais à condition d'aller dans le bon sens!

Les partis les plus institutionnels soutiennent le projet, parce qu'il représente un compromis dont ils sont les plus fervents défenseurs - fut-il illisible. L'UDC s'y oppose parce que l'ensemble des "droits à" représente un tel niveau de dépenses potentielles qu'on est pris de vertige, et si quelques articles évoquent des comptes publics maîtrisés, rien n'indique que cet équilibre sera atteint par une maîtrise des coûts: gare aux hausses de la fiscalité!

L'extrême-gauche enfin rejette le texte parce que certains acquis historiques ne sont pas aussi explicitement mentionnés que dans le texte de l'ancienne Constitution, laissant craindre un possible retour en arrière, selon leur point de vue. D'aucuns appellent à accepter le texte de peur que l'argent dilapidé dans la Constituante l'ait été en vain - l'argument le plus faible jamais inventé pour approuver une Constitution.

L'amoureux de la liberté aura du mal à approuver un tel projet, tel l'article 13 stipulant que "Toute personne assume sa part de responsabilité envers elle-même, sa famille, autrui, la collectivité, les générations futures et l'environnement", un parmi tant d'autres laissant deviner l'effrayant potentiel d'immixion dans la vie de tout un chacun par une administration chargée d'appliquer "rigoureusement" le texte. La nouvelle Constitution genevoise touche tellement de domaines qu'elle laissera libre court à l'interventionnisme le plus débridé. Il est vrai que cela dépendra essentiellement de l'interprétation qu'on en fait, mais c'est une piètre consolation.

Décidée dans la joie, votée dans l'allégresse et rédigée dans la douleur, la nouvelle Constitution genevoise ne représente finalement qu'une liste couchée sur le papier des préoccupations politiques à la mode, de la croissance "durable" (art. 10) au réchauffement climatique (art. 158).

On est aux antipodes d'un texte court, limpide, porteur de principes et définissant clairement les limites du périmètre de l'Etat.

Si elle est approuvée, le véritable défi sera pour les autorités de la prochaine législature cantonale, amenés à concrétiser tous ces nouveaux désirs en textes de loi. Ce n'est qu'à ce moment que les Genevois pourront se faire une idée de la boîte de Pandore qu'ils choisiront peut-être d'ouvrir ce dimanche.

Mise à jour (15 octobre): la Constitution est finalement adoptée, par 54,1% de Oui... Et un taux de participation de 31,9%. Ce qui veut dire que le nouveau "texte fondateur du canton de Genève" a été approuvé par moins d'un électeur sur 6! Rien n'empêche pourtant cette Constitution peu plébiscitée de s'imposer à tous les citoyens du canton. Ces derniers auront de nombreuses années pour regretter leur manque d'engagement de ce dimanche.