31 juillet 2013

Tout-va-très-bien à Renens

Il y a un an, lassé par le décalage continuel entre la situation réelle de Renens et sa présentation par une presse amie sinon complice, j'écrivais un petit billet ironique intitulé Tout-va-bien à Renens. Rien de compliqué: il suffisait de récolter quelques dépêches ayant trait à l'actualité locale - la partie que la Municipalité aimerait cacher - et de saupoudrer de quelques statistiques officielles de la police pour brosser un portrait moins flatteur, mais ô combien réaliste, de la commune.

Un an plus tard, où en sommes-nous?

Eh bien, la commune de Renens continue d'honorer brillamment son titre de chef-lieu du district de l'Ouest Lausannois... Sur le plan de la criminalité.

Bien sûr, des drames touchent régulièrement Renens. Un jour, c'est un père qui percute son fils dans le toboggan de la piscine municipale (les lumières autorisant le départ étaient "déréglées", mais ne vous en faites pas, la facture en dommages et intérêts de ce simple dysfonctionnement sera payée par le contribuable). Un autre, c'est le meurtre d'un bébé d'un an par son père congolais dans une dispute avec sa compagne portugaise autour du droit de garde, le tout saupoudré d'une intervention des forces spéciales. Ce sont des choses qui arrivent dans-n'importe-quelle-ville, n'est-ce pas? N'est-ce pas?

Mais ces nouvelles saillantes et spectaculaires - rendons grâce au talent de nos amis journalistes pour informer régulièrement le lecteur avec des variantes quotidiennes sur le thème du fait divers - cachent mal la criminalité de base, celle qui imprègne la vie des Renanais. De fait, des événements tout aussi dramatiques mais moins originaux ne donnent lieu qu'à un entrefilet dans la presse. Triste époque où même le quart d'heure de gloire est âprement disputé!

On rapportera par exemple d'une façon bien lapidaire la mort d'une mule avec sa boulette de cocaïne, un plutôt l'une des 24 avalée. La situation pleine d'exotisme de ce ressortissant de Guinée-Bissau de 29 ans en possession d'une carte de résident espagnol aurait pourtant mérité une petite enquête. De même que les habitudes culinaires de ces gens qui, tout d'un coup, décident de leur propre initiative de s'enfiler deux douzaines de boulettes de poison surgies de nulle part...

Officiellement il n'y a pas de marché de la drogue à Renens, bien entendu, même si on y arrête quelquefois un bout de réseau. Un Albanais de 27 ans en séjour illégal en Suisse payait une chambre avec de la drogue. La crise du logement oblige à faire des choses pas croyables, Monsieur le Juge.

On a aussi droit à du tristement banal, comme l'attaque à main armée d'un kiosque en ville par deux individus "d'origine africaine", selon une victime suffisamment choquée pour en perdre temporairement ses notions de vivrensemble ; ou l'incivilité fatale d'un adolescent fauché par un train en traversant des voies de chemin de fer un samedi soir. Ne pas respecter les règles, parfois, tue.

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Vandalisme banal dans le banal couloir sous-gare (sans caméras de surveillance, bien entendu)

La jeunesse bouge à Renens. En meute. Et elle attaque des policiers - démonstrations de force parfois nécessaire pour que les pandores comprennent qui est le maître. Une fois, au mois de mars, le niveau de violence atteint et les mesures engagées - 3 patrouilles de la Police de l'Ouest lausannois, 5 de la Gendarmerie vaudoise, 2 de la Police ferroviaire, pour un total de 20 policiers et deux chiens - firent sauter la chape de plomb médiatique. Ce soir-là, on parla de Renens jusque sur le plateau du journal de la RTS. Renens rayonna!

Mais vous devinez bien qu'en tant qu'élu UDC au Conseil Communal je ne peux avoir qu'un point de vue exagérément négatif sur la situation idyllique d'une ville tout en sourires et en cordialité. Tenez, ça tombe bien, l'été est l'occasion de compulser des rapports de toute sorte, comme celui de la Police de l'Ouest lausannois et les statistiques qui vont avec (page 36 et suivantes). On y lit des chiffres intéressants, en voilà quelques-uns:

  • Entre 2011 et 2012 les interventions de la police locale ont baissé dans toutes les communes de plus de 1'000 habitants du district. Sauf à Renens.
  • Sur Renens, les vols de toutes sortes ayant généré une intervention de la police sont passés de 374 à 712 (+96% en un an).
  • Les bagarres et violences corporelles sont passées de 99 à 137 (+38%).
  • Les infractions à la loi sur les étrangers sont passées de 47 à 70 (+49%).

Le nombre d'interpellations et d'arrestations est quant à lui passé de 116 à 174 (+50%). Maigre consolation, au vu de la facilité avec laquelle la justice helvétique relâche des criminels.

Renens, officiellement autoproclamée "carrefour d'idées", est en réalité le carrefour de bien plus de choses. Les idées qui s'y croisent, quant à elles, ne se valent pas toutes. Ainsi, en guise de réponse à une criminalité galopante, la municipalité et le conseil communal (lourdement à gauche) ne laissent passer que les expérimentations les plus farfelues, pour peu qu'elles impliquent des animateurs de rue, de dispendieuses campagnes de propagande, et qu'elles soient outrageusement inefficaces.

Pour lutter contre la criminalité, Renens a par exemple décidé de... L'observer. Un Observatoire de la sécurité, quelle brillante idée! Au vu des mesures prises, les malfrats tremblent déjà. A moins que, outre les jetons de présence, cette structure bureaucratique ne soit réellement un observatoire? Vous savez, un de ces immenses télescopes permettant d'apercevoir des choses si lointaines... Ici, en l'occurrence, la sécurité!

On devine au vu de ces initiatives courageuses et efficaces que les criminels de Renens n'ont qu'à bien se tenir. Les habitants inquiets se réjouissent déjà de découvrir les statistiques de l'année prochaine.

Commentaires

@Stephane Montabert ,Que voulez vous mon bon Monsieur, a trop vouloir trier faire la chasse aux déchets nommés ordures il n'y a pas si longtemps encore, à trop vouloir recycler ,épurer , purifier , chassez le naturel il revient au triple galop mais recyclé sous forme de maux encore plus tenaces sachant qu'a trop vouloir bien faire on fait ou tout de travers ou on oublie que toujours plus et mieux conduit irrémédiablement a des actes de plus en plus sordides,le mieux ayant toujours été l'ennemi du bien
On n'efface pas plus de 60 ans de progrès très intelligents sans pots cassés à payer, mais je compatis à votre peine/rire/
Renens n'est pas la seule commune à vivre pareil biodécalage entre la vraie information et celle inventée de toutes pièces pour récolter des voix Vertes
Le bio de nos ancêtre lui était empreint de rires et de sages paroles ,alors qu'aujourd'hui il n'est plus que vanité ,arrogance , esclavage afin de satisfaire aux études de marché ,genre jeu de l'avion entre pays francophones pour savoir qui trie le mieux et combien de temps met chaque citoyen du point A jusqu'au point B
très bon Premier Aout pour Vous

Écrit par : lovsmeralda | 31 juillet 2013

Bravo monsieur Montabert !
Ce n'est plus ce que c'était, hein ?...
(ma grand'mère avait une méthode infaillible:
c'était "la double baffe à main-renverse")

Écrit par : Braïus | 04 août 2013

@Braïus: je ne suis pas Renanais depuis assez longtemps pour répondre à votre remarque, mais des habitants de longue date de la commune me disent qu'ils ne se reconnaissent plus dans cette ville.

Quant à proclamer que ce n'est plus ce que c'était, je crois qu'on peut sans autre généraliser à toute la Suisse, même Renens est un cas particulièrement marqué.

Écrit par : Stéphane Montabert | 04 août 2013

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