15 mars 2013

Des riches toujours plus riches... Grâce à l'Etat

La petite histoire du jour nous vient du canton de Genève, où le bon public découvre (honteux et confus, mais un peu tard) que les politiques sociales d'accession à la propriété ont en fait des effets aux antipodes de leurs buts initiaux.

Dans un article limpide, Christian Bernet explique que des promoteurs et leurs amis font main basse sur les biens à vendre.

genève,immobilierLe mécanisme est extrêmement simple: agissant sur plans, de riches individus s'emparent d'immeubles à bâtir en "zone de développement", où les prix de vente sont contrôlés par l'Etat pour permettre l'accès au logement à des prix abordables.

Ils réussissent ainsi à acquérir des appartements à des prix très inférieurs aux tarifs usuels en vigueur à Genève. Le journaliste évoque ainsi 600'000 à 800'000 francs pour un cinq pièce, par exemple. Mais les contraintes légales sur ces prix ne s'appliquent que pendant dix ans. A l'issue de ce délai, la vente de ces appartements est libre. Les propriétaires ont donc carte blanche pour se séparer de leurs biens avec une plus-value époustouflante à la clef. Ils peuvent doubler voire tripler leur mise!

Seuls les individus les mieux informés et avec des fonds mobilisables rapidement ont accès à cette loterie privée. On s'en doute, ce genre de personne ne se trouve pas parmi la population officiellement visée par le programme d'aide:

L’exemple le plus flagrant se situe à la Tulette, à Cologny, où un grand chantier est en cours. Ici, le promoteur Abdallah Chatila construit 250 appartements, dont 149 sont à vendre en PPE (propriété par étages). Or, quelques familles, en bonne partie de Cologny et fortunées, ont fait main basse sur ces PPE. Les anciens propriétaires, qui ont vendu le terrain, ont acquis 29 appartements! Sur les 120 restants, plus de 70 ont été vendus par lots de deux, trois, voire six appartements. (...) Jean Murith, qui était maire de Cologny quand l’opération s’est montée, a acheté deux appartements. In fine, on ne trouve que 52 personnes qui n’ont acheté qu’un seul logement. Et encore, parmi ce chiffre figurent des membres d’une même famille.


Le maire de la ville trempe lui aussi dans la bonne combine, tiens tiens! Cela n'empêchera pas les gens de réclamer à l'Etat - c'est-à-dire une organisation remplie de politiciens exactement comme le maire de Cologny - de légiférer davantage pour "réagir". La machine est en marche et rien ne l'arrêtera:

Le Conseil d’Etat évoque un «contournement inadmissible» de la loi, dans son récent Plan directeur cantonal. François Longchamp, en charge de l’Urbanisme, va bientôt annoncer des mesures pour lutter contre ce phénomène qui, parfois (sic), relève de la pure spéculation.


Reste à savoir comment. Augmenter les délais avant la remise en vente? Empêcher la vente locative? Limiter l'acquisition de propriété à un logement par personne?

Aucune de ces mesure ne fonctionnera, évidemment. Les spéculateurs ont toujours un coup d'avance. Face à la perspective de multiplier leur mise, même à l'issue d'un long délai dans, peu d'entre eux hésiteront à choisir un placement à l'abri de l'inflation, dussent-ils attendre quinze ou vingt ans. Quant aux autres méthodes de contrôle, elles seront contournées par l'utilisation de prête-noms ou des locations sous le manteau, d'autant plus faciles à conclure que la pénurie immobilière sévit à Genève.

Les investisseurs fortunés ont simplement, pour faire fructifier leurs biens, des outils dont ne dispose pas la classe moyenne.

La connivence avec la classe politique est l'un d'eux.

Le fait est qu'en permettant la mise sur le marché de logements à des prix manipulés, l'Etat offre une aubaine dont seuls certains parviendront à profiter. Des barrières supplémentaires repousseront quelques-uns d'entre eux, mais pas tous ; les spéculateurs s'adapteront et si certains n'y arrivent pas ou plus, d'autres encore plus riches se substitueront aux premiers pour rafler la mise.

Autrement dit, l'Etat est la source du problème. Alors même qu'il est directement responsable de la pénurie immobilière parfaitement illusoire frappant le canton du bout du lac, il y a peu à espérer de lui pour arranger les choses.

La population genevoise, ivre d'interventionnisme, n'est évidemment pas prête à accepter cette idée. Elle scandera, manifestera et votera pour que l'Etat légifère, encadre, interdise et surveille toujours plus les transactions immobilières déséquilibrées qu'il aura lui-même contribué à créer ; et qu'au détour d'un article de la Tribune le citoyen genevois découvre les pitoyables abus qu'entraîne ce dirigisme, il s'en lamentera brièvement avant d'en réclamer encore davantage. Cela ne va évidemment pas arranger la situation du logement dans le canton.

Les riches spéculateurs immobiliers genevois n'ont, eux, pas trop de soucis à se faire: l'Etat travaille pour eux.

Commentaires

Le canton de Genève n'a rien à envier au grand pays qui l'entoure. C'est aussi le canton où le taux de chômage est le plus élevé de Suisse. Mêmes causes, mêmes effets. L'interventionnisme de l'état est quasiment toujours détestable. Mais "Dieu se rit de ceux qui pleurent les effets dont ils chérissent les causes" (Bossuet). Plus on met des règles, des normes, des conditions et plus il y aura des gens pour les contourner. Les gens ne sont pas tous idiots.

Écrit par : Zendog | 16 mars 2013

Monsieur Montabert,

On a bien compris que "l'Etat" vous fiche des boutons. Pas besoin de perdre votre temps à pondre un article sur le rôle discutable de "l'Etat" dans une affaire qui révèle surtout les personnalités peu reluisantes de certains de nos concitoyens qui feraient certainement encore pire s'ils le pouvaient.

Et m'est avis, mais ça n'engage que moi, que si vous pouviez (le pouvez-vous peut-être ?) vous ne seriez pas le dernier à profiter de ce genre de combines.

Ceci dit, vous êtes vous rendu compte qu'en tant qu'élu du Conseil Communal de Renens, vous étiez un acteur de "L'Etat" que par ailleurs vous détestez ?

Paradoxal, non ?

Écrit par : Lenoir | 18 mars 2013

@Lenoir: l'Etat me fiche d'autant moins de boutons qu'il est indispensable dans certains domaines dits régaliens (police, justice, armée). Mais dès qu'il fourre ses gros doigts boudinés ailleurs, c'est rapidement un désastre - le plus amusant étant sans doute d'entendre que ces interventions sont au nom de l'intérêt général alors que toutes les conséquences tendent à prouver qu'il n'a jamais été question d'autre chose que d'intérêts particuliers. C'est moins l'Etat que ce que les gens qui le dirigent lui font faire...

Profiterais-je de ce genre de combine? Je pense que non ; mais que vous me croyez ou pas, le vrai problème n'est pas là. Il ne s'agit pas de tester la volonté des gens face au gain facile, de savoir si quelqu'un cèdera ou pas face à une opportunité aussi immorale que légale, mais bien de faire en sorte que ce genre de dilemme ne se pose pas.

C'est donc avec un autre état d'esprit qu'il faut aborder la question.

Plutôt que d'espérer une probité inhumaine de la part de politiciens humains, donc faillibles, il faut selon moi faire en sorte que les mécanismes de décision soient suffisamment transparents et les opportunités de corruption ou de trafic d'influence suffisamment médiocres pour éviter la tentation.

Cela passe naturellement par une réforme de l'Etat afin qu'il arrête de se mêler de tout.

Par ailleurs, votre accusation de culpabilité par association est cousue de gros fil. Je ne crois pas qu'on puisse mettre un conseiller communal sur le même plan de responsabilité qu'un conseiller d'Etat ou un maire. A fortiori quand celui-ci est dans l'oppostion.

Écrit par : Stéphane Montabert | 18 mars 2013

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