20 mars 2013

Nazisme, bêtise et punition

Plutôt que de nous attarder sur les déboires chypriotes, sur lesquels nous aurons l'occasion de revenir, allons faire un petit tour en Grèce où la polémique du moment concerne Giorgos Katidis, joueur de football grec de l'AEK Athènes FC.

Le joueur s'est distingué samedi en célébrant son but victorieux par un... salut nazi, face à un plein stade olympique, rien de moins. Les clichés et la vidéo laissent difficilement place au doute:

 giorgos-katidis.jpg
En plus il a enlevé le maillot, carton jaune direct!

Le milieu de terrain, ex-capitaine de l'équipe nationale grecque espoirs, est sorti de l'anonymat en célébrant le but de la victoire (2-1) contre Veroia à six minutes de la fin du match mais n'aura vraisemblablement plus l'occasion de se faire connaître davantage, ayant été banni à vie de toute participation à la sélection nationale par la fédération grecque de football, réunie en session extraordinaire.

Hitler_foot.jpgSa carrière prometteuse a basculé en une fraction de secondes.

Giorgos Katidis a rapidement regretté son geste ; il a plaidé l'innocence sur twitter, proclamant qu'il n'est pas un un fasciste et qu'il n'aurait jamais fait ce geste s'il avait su ce que cela voulait dire. Son coach Ewald Lienen a lui aussi tenté de prendre sa défense: "C'est un jeune garçon qui n'a pas d'idées politiques. Il a dû voir ce geste sur Internet ou ailleurs et l'a reproduit sans savoir ce que ça voulait dire. Je suis sûr à 100% que Giogios ne savait pas ce qu'il faisait. Il pleurait même dans le vestiaire en voyant les réactions qu'il a provoquées."

Bêtise? Ignorance? Réelles sympathies nationales-socialistes? On ne saura probablement jamais ce qu'il en est. Mais le problème n'est pas là.

Est-il correct qu'un tel geste mette instantanément un terme à une carrière?

Avant cette soirée fatidique, Giorgos Katidis était promis à un bel avenir au sein de la sélection nationale grecque ; depuis, c'est un paria.

Le contraste est d'autant plus frappant avec d'autres comportements, dans le cours du jeu ou non. Des athlètes de haut niveau sont régulièrement démasqués pour des délits de dopage - c'est-à-dire rien de moins qu'une tricherie - et sont soumis à des peines avec sursis ou des interdictions de compétition qui, si elles leur nuisent, ne mettent pas systématiquement fin à leurs carrières.

En Suisse, suite à une charge ultra-violente, un joueur de hockey sur glace se retrouve paraplégique. Une procédure disciplinaire a été ouverte contre l'auteur de la charge, histoire de savoir si son acte était "conforme au jeu" (comme si envoyer un joueur dans un fauteuil roulant pouvait être considéré comme la conséquence d'une action techniquement adéquate...)

A aucun moment, personne n'a plaidé pour que l'agresseur soit banni des patinoires.

psg-raciste.jpgQuitte à aborder la symbolique elle-même, nous en avons des illustrations un peu partout, chez les supporters du PSG français par exemple puisque nous parlons de football. Point besoin d'aller en Grèce et d'évoquer le parti Aube Dorée pour voir des bras raides lors d'un match.

Ces doux amateurs de football sont-ils interdits de stade à vie? Bien sûr que non, ils ne sont même pas inquiétés.

HizballahSalute.jpgDans certains milieux, le salut nazi ne rend pas son auteur infréquentable, loin de là. Je pense notamment au Hezbollah dont les troupes et les commandants semblent particulièrement friands de saluts nazis en toutes occasions, sans que cela ne gêne particulièrement la Suisse par exemple.

Les saluts nazis sont donc répandus, beaucoup plus que l'oukaze contre Giorgos Katidis ne pourrait le faire croire - et beaucoup plus que les bien-pensants ne le souhaiteraient.

Dans ces conditions, la sanction frappant le jeune (et stupide) joueur de l'AEK Athènes FC n'en paraît que plus arbitraire.

Nous avons un sérieux problème de priorité dans nos valeurs. Si aucune opinion politique ne devrait être exprimée dans le cadre d'une rencontre sportive, le manquement à cet usage ne devrait pas amener non plus de sanctions démesurées.

Je ne prends pas la défense de Giorgos Katidis par attrait envers le salut nazi, mais simplement parce qu'il est victime d'une punition particulièrement excessive. Sans avoir aucun goût pour le socialisme, qu'il soit rouge ou brun, je prône la cohérence. Alors que personne ne penserait à exclure à vie un individu de son milieu professionnel pour avoir chanté en public un couplet de l'Internationale, la différence de traitement avec un salut nazi saute aux yeux.

Si les manifestations d'extrémisme en public devaient être combattues de façon impitoyable, peut-être faudrait-il commencer par ne pas faire deux poids deux mesures. Le zèle sélectif laisse un profond sentiment d'injustice.

Commentaires

"Je suis sûr à 100% que Giogios ne savait pas ce qu'il faisait." Ben voyons, surtout en Grèce. Ils n'ont jamais entendu parler des nazis, là-bas...
Votre billet pose le problème du fascisme rouge, de Aragon qui prend Staline pour je ne sais quel sommet du génie humain, du communisme français qui a préféré favoriser l'entrée des Allemands en 1940 pour obéir au dit Staline et donc respecter le pacte Molotov- Ribbentrop (admirez le fait que Staline a laissé son subalterne signer ce pacte...) et qui n'a pas été puni pour sa forfaiture.
Mais en fait, c'est le football lui-même qui est en cause, ce sport qui consiste à haïr l'équipe d'en face quand 22 crétins s'acharnent à taper sur un ballon qui ne leur a rien fait et dont personne n'a en fait absolument rien à fiche. le geste de votre guignol s'inscrit dans ce contexte. Les amateurs de foot sont les rois des cons et on n'y changera rien...

Écrit par : Géo | 20 mars 2013

"'il est victime d'une punition particulièrement excessive."

Comme cet enseignant qui a posté une photo au goût douteux devant l'entrée d'Auschwitz et qui s'est fait viré aussi sec. C'est du n'importe quoi des deux côtés.

Apparemment, il n'y a que les curés pédophiles qui sont assurés de garder leur emploi.

Autre exemple, à Mexico le poing levé des athlètes noirs us lors de la cérémonie de remise des médailles.

Écrit par : Johann | 20 mars 2013

Il ne savait peut être pas ce qu'il faisait et je le crois.
Mais honnêtement, cette histoire est sans importance. Parce qu'elle traite justement de l'ignorance. Triste!

C'est en Grèce à une époque reculé que l'on disait "nul n'est sensé ignoré la loi". Pourquoi ?

Parce que le rôle d'une démocratie est d'éduquer sa population afin que n'importe qui puisse participer à la gestion de l'Etat. Donc tout le monde devait savoir lire, écrire compter, connaitre l'Histoire etc.

Nous avons une démonstration de l'échec de l'éducation de nos masses. La faute peute etre à la masse média poubelle. Mais nous avons la société que nous voulons.

Écrit par : plume noire | 21 mars 2013

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