18 avril 2013

Le sweat-shirt de l'apocalypse

En France, la police veille au grain. Si bien, en fait, que le port d'un sweat-shirt peut vous valoir une amende. Voire vous faire emmener au poste.

Ce qui pourrait aimablement passer pour un poisson d'avril tardif - et qui a parfois été un instant pris comme tel par ses victimes - n'en est pas un. L'histoire est relatée dans un article discret du Figaro de la semaine dernière: une poignée de personnes profitant du beau temps au Jardin du Luxembourg à Paris ont été verbalisées le lundi de Pâques pour port de sweat-shirt.

Évidemment, il ne s'agit pas de n'importe quel vêtement: une pièce de tissu au logo terriblement réactionnaire, rappelant de façon révoltante les-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire™ par sa froide logique réactionnaire, rétrograde, contre-progressiste, pétainiste, traditionaliste, voire catho. Limite fasciste donc.

Non non, n'imaginez pas des niaiseries à base de croix gammée, nous parlons ici de choses bien plus sérieuses.

Par un courageuxmanif_pour_tous.jpg souci d'information, ledit logo est reproduit ici-même. N'hésitez pas à vous lavez les yeux au désinfectant après avoir contemplé l'Indiscible. Rincez abondamment à l'eau claire.

D'ailleurs, je ne sais pas pour vous, mais désormais j'écris avec difficulté. Après avoir inséré cette image dans l'article je viens de désinfecter mon clavier et de réinstaller mon ordinateur, mais je suis encore pris de spasmes de nausée...

En attendant que je me reprenne, laissons la parole à un ou deux des terribles criminels arborant le logo:

"Pensant être victime d'une erreur, voire d'un mauvais poisson d'avril, [j'ai écouté les policiers] calmement et accepté de les suivre, encadré et fermement tenu par le bras tel un voleur. Ils m'ont enfermé dans un local aux vitres teintées, m'ont demandé mes papiers d'identité et m'ont fouillé."


Verbalisé pour sa tenue arborant le dessin figurant un père et une mère tenant leurs deux enfants par la main, le père de famille nombreuse venu pique-niquer et cacher les œufs de Pâques recevra à l'issue de son interrogatoire d'une heure une amende pour "port d'une tenue contraire aux bonnes mœurs", changée ensuite, devant le ridicule de la situation sans doute, en "organisation d'une manifestation ludique dans le jardin du Luxembourg sans autorisation spéciale".

Christophe, un jeune chef d'entreprise, a été interpellé par trois agents alors qu'il venait de commencer un jogging. (...) "Ubuesque, juge-t-il. J'aurais eu un tee-shirt à l'effigie d'un dictateur, j'aurais eu moins de problèmes! J'ai été traité comme si j'étais un danger public, capable de violence. C'était ridicule et disproportionné."

france,police,liberté d'expressionUn de ces deux vêtements peut vous valoir des ennuis avec la police. Lequel?

Pour lui, fouille, interrogatoire, vérification d'identité, puis déplacement au commissariat avec amende à la clef. Une étudiante venue faire son jogging eut droit à une qualification différente sur la sienne: "Gêne à la tranquillité des promeneurs par affichage ostentatoire d'éléments relatifs à une manifestation interdite"...

La situation en apparence incroyable requiert un minimum d'explications.

Les jardins du Luxembourg jouxtent le Sénat où la loi sur le mariage homosexuel était en préparation. La police parisienne reçut visiblement des instructions pour prévenir tout débordement, sans hésiter à pousser le zèle assez loin. Était-ce face à quelques promeneurs en ordre dispersé ou à des manifestants sous couverture? Il est difficile de trancher, mais vu le petit nombre d'amendes infligées - une douzaine ce jour-là - le rassemblement populaire semblait pour le moins ténu.

Il ne s'agit pas de s'immiscer dans le pénible débat français sur le mariage homosexuel ou l'opposition à ce dernier, mais d'examiner avec un peu de recul les méthodes employées par l'Etat, garant de la sérénité des débats et des libertés individuelles.

Effrayés par un peuple qui ne les suit plus, députés et sénateurs bien mal élus s'enferment à double-tour dans les bâtiments officiels et s'arc-boutent sur leur dogme quoi qu'il en coûte. Ils mobilisent les policiers face à des révoltes imaginaires alors que l'Etat français lui-même n'a plus guère le contrôle sur une bonne partie de son territoire.

Le parallèle avec des seigneurs médiévaux calfeutrés dans leur dernier donjon n'est pas fortuit.

Le résultat n'est pas brillant. Alors même que selon ses discours elle devrait être sensible au plus haut point à cette dérive, la gauche gouvernementale en France se comporte exactement comme la caricature des "droites aux penchants fascistes" qu'elle dénonce continuellement.

Où sont passés la liberté d'expression, le droit de réunion, la liberté de manifester et bien d'autres droits prétendument sacrés pour la gauche? Droits dont les syndicats, les mouvements écologistes et les révolutionnaires anticapitalistes de tout poil font un usage débridé sous le regard bienveillant des socialistes? Et avec combien de débordements encore!

La légitimité acquise par une élection ne dure qu'un temps. Lorsqu'ils auront perdu leurs mandats et se retrouveront à la place inconfortable des promeneurs arrêtés par la police du nouveau régime sur des critères arbitraires, les socialistes institutionnels auront beau jeu de de dénoncer les agissements du pouvoir: à cause de leurs agissements actuels, ils n'auront même plus de légitimité en tant que manifestants.

Le retournement de situation pourrait survenir plus vite qu'on ne pense. En attendant, vérifiez bien que vos vêtements ne choquent pas le gouvernement en exercice, vous pourriez finir en garde-à-vue.

La France mérite plus que jamais le qualificatif de Terre de Liberté: la liberté y gît probablement quelque part, enterrée.

Commentaires

Bien trouvée cette opposition entre les deux sweat-shirts, celui d'une famille "classique" et celui d'un tueur froid révéré comme un saint par encore bien du monde.
Quant au régime socialiste, il faut relever le sondage paru ce matin. Si les élections à la présidentielle avaient lieu aujourd'hui, Sarko serait à 30%, Hollande et Le Pen, tous les deux à 22 ! Sic transit gloria mundi.

Écrit par : Zendog | 18 avril 2013

y'a comme une odeur de Pétain à bord du bateau France !

Écrit par : lovsmeralda | 18 avril 2013

Je ne vais pas dire que cela n'est pas arrivé, mais le fait que les seuls endroits où l'on fait référence à ces verbalisations sont:
- Le figaro
- Site Fdesouches.fr
- Site du journal "La croix".

Ca sent un peu comme du pas tout vrai ces témoignages...Mais bon, ca doit être ma vision de gauchiste qui parle...

Écrit par : Lefredo | 18 avril 2013

@Lefredo: la Croix et Le Figaro sont des titres de presse reconnus avec comités de rédaction. Je doute fort qu'ils s'amusent à monter de faux dossiers de toute pièce sur des événements qui se seraient passés ou pas en plein centre de Paris.

Qui plus est, des photos circulent autour de ces arrestations (y compris en illustration de ces articles).

Mais que vous refusiez d'y croire, c'est votre affaire.

Écrit par : Stéphane Montabert | 18 avril 2013

Bien sûr que ces événements sont arrivés. A moins de considérer que les seuls faits exacts sont ceux relatés par les journaux de gauche...

Ah, et pour votre information, Le Figaro comme La Croix sont des journaux de gauche.

Notez que les employés du Sénat sont excessivement bien payés. Le Sénat est LA planque de la République française, et Dieu sait si elle en possède. Pour l'anecdote, un furieux débat a agité l'institution il y a quelque temps : il était question de supprimer (ou simplement de réduire ?) la prime de chauffage dont bénéficient ses employés. On sait bien, en effet, que, rentrés chez eux, dans leur chambrette glaciale, les salariés du Sénat sont contraints d'économiser les boulets de charbon achetés à prix d'or chez le bougnat.

Travailler au Sénat, que ce soit comme jardinier ou comme sénateur, c'est clapoter dans le gras aux dépens des contribuables.

Écrit par : Robert Marchenoir | 18 avril 2013

Ca va même beaucoup plus loin dans le "pays des droits de l'homme".

4 députés ont été empéchés d'entrer à l'assemble nationale, alors que leur présence y est normale pendant les débats et votes.
Il font parti de l'UMP (l'ancienne majorité)

Voici la vidéo:
http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=93Iw6Tjvp2Y

Alors Mr Lefredo ? Montage encore une fois ?

Écrit par : Pierre (France) | 19 avril 2013

Et si ces arrestations, consciemment ou non étaient de celles qui, médiatisées ou non allaient déciller, de plus en plus de citoyens de l'inanité du pouvoir en place ?
Mais la chose dont il faut préserver la France et votre relation de sondage le rappelle, c'est que les français ne soient pas, incités par la médias, qu'à ré-élire un Sarkozy ou son clone, comme ils le font depuis près de 40 ans !
Il faut qu'un homme relève, un programme "thatchérien", tel que celui que prône Pierre Chappaz, mais cela ne se fera pas au sein d'un parti "conservateur" comme "Elle" l'a fait, tant ici "Ils" ne couperont pas la branche sur laquelle "Ils" sont assis.

Écrit par : Pierre Michon | 21 avril 2013

@M. Montabert
A monter non, mais à croire que "les arrêtés" n'avaient rien fait d'autre que porter des T-Shirts, ce n'est pas impossible.
Il me semble qu'un tel scandale passe assez silencieusement, même auprès des crieurs qui défilent et qui ne loupent rien pour être victimisés.
Je trouve cela étonnant.

@Pierre (France)
Non cela ne semble pas être un montage. Je suis même prêt à parier qu'ils ont pu entrer une fois qu'un policier avec un cerveau a vu leur carte. Mais ça, la vidéo ne le montre pas.
Il n'y a rien de choquant de voir des flics faire leur job correctement. La vidéo est claire, mais pas le contexte, on ne sait pas où c'est, à quelle heure, s'il y avait des manifs mais surtout combien de temps ils ont du attendre.
Vous remarquerez qu'il y en a un qui vocifère devant les caméras (ce qui doit bien lui plaire) alors que les autres sont calmes. A mon sens ils n'ont pas été bloqué longtemps, mais je me trompe peut être.

Écrit par : Lefredo | 22 avril 2013

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