01 mai 2013

Le fol espoir de la rigueur douce

L'Europe coule dans la récession et le chômage. Dernier record en date: 12,1% au mois de mars. Ce n'est jamais que le 23e mois consécutif de hausse. Nous n'avons pas encore les chiffres d'avril. Les records sont faits pour être battus.

Simultanément monte une clameur - scandée par les manifestants, reprise par les médias et trouvant écho dans le monde politique - selon laquelle l'austérité frappant l'Europe devrait être "adoucie" ou "aménagée".

On notera en effet que les pays les plus durement touchés par le chômage sont aussi ceux qui ont eu droit à la bienveillante attention de l'Europe sous la forme d'une aide financière assortie de conditions. Le chômage atteint ainsi 27,2% en Grèce (en janvier ; la Grèce est dans un tel état que des données plus récentes ne sont pas disponibles), de 26,7% en Espagne et de 17,5% au Portugal.

Lier le chômage à l'austérité imposée depuis Bruxelles semble une évidence. Lorsque l'Union Européenne et le Fonds Monétaire International obligent la Grèce à mettre un terme à 15'000 emplois de fonctionnaires (ne vous inquiétez pas, il en reste quelques-uns) en échange d'une tranche de prêt de 8,8 milliards d'euros, la démonstration semble faite. Austérité et chômage avancent de pair, mais les manifestants ont tôt fait de remplacer la corrélation par la causalité et de clamer que l'austérité provoque le chômage.

Les gens parent l'Allemagne de tous les vices de la méchanceté et de l'égoïsme et expriment leur espoir: baisser le rythme des réformes, donner un peu d'oxygène, parer la rigueur d'un visage humain comme le socialisme le fut aussi en son temps.

Ils ont tort.

La thèse, simpliste et séduisante, a tout pour plaire. Elle est d'autant plus facilement reprise par la classe politique locale, la procrastination étant une valeur cardinale chez tout politicien carriériste qui se respecte. La plupart de ces derniers n'ont de toutes façons pas la force de caractère permettant d'entamer des réformes de fond. Mais le nombre ne fait pas la vérité.

L'Allemagne, érigée en symbole de la rigueur, ne souffre que d'un chômage à 5,4%. Comment l'expliquent les adeptes de la thèse d'une rigueur génératrice de chômage?

Les 19,2 millions d'Européen à la recherche d'un emploi de plus en plus improbable disposent bien malgré eux de beaucoup de temps libre ; ils devraient l'employer à lire Bastiat, par exemple. Au hasard d'une page, ils tomberaient sur ses écrits sur le libre-échange et se confronteraient à son exemple du paysan champenois:

Ce sur quoi nous sommes unanimes, c’est pour dire que, puisque la France est engagée dans une mauvaise voie, il faut l’en faire sortir avec le moins de perturbation possible. L’immense majorité de nos collègues pense que cette perturbation sera d’autant plus amoindrie que la transition sera plus lente. Quelques-uns, et je dois dire que je suis du nombre, croient que la réforme la plus subite, la plus instantanée, la plus générale, serait en même temps la moins douloureuse ; et si c’était ici le moment de développer cette thèse, je suis sûr que je l’appuierais sur des raisons dont vous seriez frappés. Je ne suis pas comme ce Champenois qui disait à son chien: « Pauvre bête, il faut que je te coupe la queue ; mais sois tranquille, pour t’épargner des souffrances, je ménagerai la transition et ne l’en couperai qu’un morceau tous les jours. »

 
La "transition douce" que réclament les manifestants sans le sou est une hypocrisie. En guise d'adoucissement, ils souhaiteraient un retour chimérique aux vieux jours heureux, à la gabegie précédente. Comme tant d'autres avant eux, ils voudraient vivre au-dessus de leurs moyens, empruntant sur le dos de leurs enfants, s'épanouissant dans des emplois à vie dénués de valeur ajoutée, bénéficiant de régimes de retraite pour lesquels ils ont si peu cotisé eu égard à ce qu'ils retirent.

Ils ne réalisent pas que cette période insouciante et immorale fait partie du passé. Elle ne reviendra jamais. La social-démocratie est morte étouffée sous ses dettes. Elle a rejoint les dinosaures dans la galerie des monstres disparus.

Bien sûr, les chômeurs de cette longue et douloureuse transition sont bien réels. Le retrait des circuits économiques d'un mastodonte comme l'Etat socio-démocrate ne va pas sans provoquer de sérieuses vagues. Mais réclamer une rémission dans la cure d'amaigrissement - pas encore commencée pour beaucoup d'Etats européens - revient à donner une dose de came à un junkie pour alléger les souffrances de son sevrage. Cela ne lui rendra pas service, n'allègera ses douleurs que brièvement et pourrait encore empirer son état.

EmptyVault.jpgLa diminution du périmètre de l'Etat est pour ce dernier une obligation de survie. Plus les réformes tardent, plus elles sont douloureuses: voilà les raisons pour lesquelles l'Europe souffre aujourd'hui, et l'Allemagne moins. L'alternative est l'effondrement pur et simple dans quelque chose qui n'a plus rien de démocratique. Aucun pays engagé récemment dans les réformes n'ayant aujourd'hui réussi à sortir complètement la tête hors de l'eau, l'hypothèse n'est pas à exclure.

Évidemment, les élites s'accrochent ; elle seront keynésienne ou ne seront pas. "Nous estimons que l'Europe peut faire davantage pour la croissance et l'emploi", a ainsi rappelé l'indécrottable premier ministre irlandais, Enda Kenny, leader d'un pays pourtant en bonne voie de s'en sortir. Ces gens n'apprennent jamais rien!

La cour constitutionnelle portugaise a pour sa part retoqué début avril pour 1,3 milliards d'euros d'économies en refusant de réduire les salaires et les pensions dans la fonction publique. Au Portugal, apparemment, le quatorzième mois de salaire des fonctionnaires est devenu un droit fondamental.

Du côté italien, douchant les maigres espoirs de réforme que le jeune gouvernement pouvait susciter, M. Letta a affirmé lundi lors de son premier discours devant le Parlement que "l'Italie est en train de mourir de trop d'assainissement", ajoutant ensuite que "les politiques en faveur de la relance ne peuvent plus attendre". Le redressement italien est repoussé aux calendes grecques...

Du côté français, on applaudit en se découvrant des partenaires de médiocrité. Le ministre des Affaires européennes Thierry Repentin s'est réjoui d'entendre un "écho" à la la politique de relance de François Hollande. Le chômage français ne se situe il est vrai qu'à 10,6%, le double de l'Allemagne, encore un peu en-dessous de la moyenne européenne. Mais la France n'a pas encore entamé le plus petit pas en direction d'une réduction du poids de l'Etat...

Bref, partout en Europe et en particulier en France, les réformes ne s'imposent qu'au pire de la crise, quand il est sans doute trop tard. Dans l'Hexagone où on passe son temps à reculer pour mieux sauter, ce manque de stratégie pourrait avoir des effets proprement catastrophiques, d'autant plus que la population locale s'obstine à ne pas prendre la mesure des défis qui l'attendent.

Le porte-parole du commissaire européen aux Affaires économiques Olli Rehn s'est senti obligé de rappeler mardi que la Commission soutenait des politiques assurant "un équilibre" entre stabilisation des finances publiques et mesures de relance ; même l'Europe verse dans l'hypocrisie générale aux dépens de l'Allemagne.

Tout ceci ne peut que très mal se terminer.

Commentaires

Une époque charnière que celle ci. Tous cela est très inquiétant .
Nous sommes dans le mur et nous continuons d'avancer ...
Et pourtant tous le monde sait bien que l'on ne peu pas vivre indéfiniment au dessus de ses moyens . Plus on attend plus la médication sera douloureuse et nos gouvernants le savent.
Personne ne veux prendre le risque d'apparaître comme celui qui tranche les branches malades.
Espèrent ils une relance en s'endettant d'avantage ou bien juste tenir suffisamment longtemps pour que les décisions impopulaires soient prisent par l'exécutif suivant?

Écrit par : Chaufroi | 01 mai 2013

Entendu hier encore, lors d'une émission "économique" sur la radio "économique" BFM : "Réduire la dépense publique ? C'est impossible, car cela plongerait la France dans la récession".

Ca ne fait jamais que 39 ans qu'on nous ressort cet argument chez nous. Songez qu'en France, la totalité de la population de moins de 57 ans n'a jamais vécu en âge de voter dans un pays en équilibre budgétaire. Autrement dit, pour tous les moins de 57 ans, le déficit et la dette ont existé de toute éternité. Cela marche depuis qu'ils sont sortis de l'adolescence, pourquoi cela ne pourrait-il pas continuer ?

Ajoutez à cela que les structures de décision du pays sont profondément vérolées par le communisme depuis 1945 (école, université, syndicats, Sécurité sociale, entreprises publiques, fonction publique, journaux, télévisions...), et vous avez l'image d'un pays qui ne peut s'en sortir que par une catastrophe subie et non par une volonté planifiée.

Écrit par : Robert Marchenoir | 01 mai 2013

Je ne suis pas d'accord avec beaucoup de choses dans cet article. Je me contenterai d'un point. Vous dites:
"L'Allemagne, érigée en symbole de la rigueur, ne souffre que d'un chômage à 5,4%. Comment l'expliquent les adeptes de la thèse d'une rigueur génératrice de chômage?"
Il y a une réponse simple à votre question. L'Allemagne est exportatrice. Dans un contexte où la demande globale est insuffisante, cause de la crise, le pays le plus compétitif connaît le taux de chômage le plus bas, c'est une lapalissade. Même si nous ne partageons pas le même système de pensée, cher Monsieur, vous conviendrez, j'espère, qu'il est impossible que TOUS les pays soient exportateurs. Vous conviendrez aussi, j'espère, qu'un pays exportateur net pendant des années finira fatalement par ruiner ses partenaires et donc, conséquence logique, par perdre l'argent qu'il leur a prêté.
Une Allemagne moins compétitive, avec un salaire minimum décent pour ses travailleurs, est donc une partie de la solution du problème européen.

Écrit par : Christophe Schouwey | 02 mai 2013

@Christophe Schouwey: je ne suis pas très étonné de lire votre opposition à cet article vu votre conception fausse (et répandue) de la signification des exportations. Vous en êtes encore au mercantilisme. Les Etats-Unis sont sans conteste la nation la plus riche du monde et ont une balance commerciale déficitaire depuis des lustres ; c'est encore un autre de ces petits mystères que, j'en suis sûr, vous n'allez pas tarder à nous expliquer. Au moins admettrez-vous que réduire un pays à sa balance commerciale est une approximation simpliste.

"Dans un contexte où la demande globale est insuffisante, cause de la crise, le pays le plus compétitif connaît le taux de chômage le plus bas, c'est une lapalissade."

En effet. Mais le terme "compétitif" est un concept avec bien des facettes. On pourrait citer le poids de l'Etat et de ses prélèvements sur l'économie, la gestion de la dette, la flexibilité du marché du travail, la rémunération et la qualification de la main d'oeuvre, les contraintes bureaucratiques sur la création d'entreprise, le carcan des normes et des obligations, la facilité à attirer les meilleurs équipements et talents d'où qu'il viennent, l'ouverture économique sur le monde afin de diffuser ses produits ou d'importer du matériel performant... Que de façons d'être compétitif! Sur combien de ces points la France tire-t-elle son épingle du jeu?

L'Allemagne n'est peut-être pas un modèle à suivre pour tout le monde, mais elle a mené des réformes difficiles (avec la gauche!) et a réussi jusqu'ici à préserver son système social malgré sa lourdeur. Le chômage y est bas malgré des salaires élevés. Et vous, tout ce que vous avez à proposer, c'est de la démolir - pardon, selon vos propres termes, de la rendre "moins compétitive" avec un salaire minimum décent pour ses travailleurs.

Merci pour cet aveu trahissant vos intentions sur les buts du salaire minimum. Et si votre stratégie pour sauver les cancres est de casser la gueule au premier de la classe, laissez-moi vous dire, c'est minable, et ça ne sauvera personne.

Écrit par : Stéphane Montabert | 02 mai 2013

@Monsieur Montabert quand on fait des recherches sur le mot socialiste on est confondu d'aise en découvrant ,fondamentalistes et hyiénistes autre manière de ne pas dévoiler un intégrisme non pas islamiste mais eugéniste
On sait déjà que le socialisme n'a jamais relevé l'Europe du chomage
Non le socialisme qui lui n'a rien de sociable on le voit avec les nombreux chomeurs dont le régent actuel de France le Seigneur de Hollande ne sait plus que faire excepté garnir ses bons de commandes pour les recycler en humains dépendants et humiliés ,but prioritaire du socialisme
La seule force de ce parti réside dans sa manière linguistique en cherchant à mélanger les genres et qui un jour ou l'autre lui jouera un mauvais tour
Le grand avantage de l'UDC ou de partis conservateurs ,eux ne jouent pas avec les mots .A force de vouloir surpasser les autres partis les socialiste se mélangent les pinceaux intellectuels oubliant même que le mot social est réservé au règne animal ,alors autant être Sociable et UDC

Écrit par : lovsmeralda | 02 mai 2013

Monsieur, vous introduisez dans le débat la notion de balance commerciale, qui porte uniquement sur les flux de marchandises. C'est donc vous, et non moi, qui vous référez au mercantilisme. Il est bien évident qu'il faut prendre en compte également les flux de services et les flux financiers pour déterminer si un pays est en train d'améliorer sa position ou de la péjorer par rapport aux autres. Je ne sais pas trop ce qu'il en est des Etats-Unis, qui sont au coeur d'un système mondial où les flux financiers représentent des montants astronomiques, bien plus grands que les flux de marchandises. Mais il semble bien, pourtant, si l'on prend tout en compte, que ce pays vit à crédit, ce qui va à l'encontre de votre démonstration. On peut d'ailleurs douter qu'il finisse un jour par rembourser ses dettes, car on voit mal qui pourrait envoyer les huissiers.
Pour le reste, il semble que la notion de "jeu à somme nulle" manque à votre outillage intellectuel. Répondez-moi s'il vous plaît par oui ou par non: n'est-il pas exact que le surplus des exportateurs nets doit être rigoureusement exact au déficit des importateurs nets? Votre métaphore de "premier de la classe" n'est pas pertinente. Dans une classe, il serait possible, en théorie, que tous les élèves deviennent excellents. Dans la compétition économique, il est rigoureusement impossible que tous les pays deviennent exportateurs nets. Vous êtes dans un monde de comptes (sic) de fées où tous les joueurs sont censés pouvoir gagner la partie de poker en même temps.
De chose l'une: soit l'Allemagne subventionne éternellement la Grèce pour que celle-ci continue à lui acheter ses produits, soit il faut modifier les termes de l'échange entre les deux pays. Il est absurde qu'Athènes soit une ville plus chère que Berlin. Une multitude de mesures pourraient contribuer à améliorer la situation sans qu'on doive fermer tous les hôpitaux et les écoles de Grèce comme vous le souhaiteriez sans doute. La sortie de l'euro me semble être une évidence: un de ses avantages serait justement qu'elle rendrait l'Allemagne moins compétitive par rapport à l'Europe du Sud (et symétriquement, l'Europe du Sud deviendrait plus compétitive par rapport à l'Allemagne, petit rappel sur le jeu à somme nulle, vous en avez bien besoin). Il faudrait que les Grecs deviennent un peu plus allemands, mais aussi que les allemands deviennent un peu plus grecs. Vous pouvez retourner le problème dans tous les sens, vous n'arriverez jamais à faire en sorte que toute la planète, à l'instar des Allemands et des Chinois, puisse produire plus que ce qu'elle consomme.

Écrit par : Christophe Schouwey | 02 mai 2013

@Christophe Schouwey: en évoquant "l'Allemagne exportatrice" puis en refusant ensuite de regarder la balance du commerce pour mieux introduire des notions vagues de "flux de services" et de "flux financiers", vous semblez surtout chercher à noyer le poisson. Ceci dit j'admets volontiers que les Etats-Unis vivent à crédit, comme toute l'Europe, et que c'est précisément de là que viennent leurs problèmes actuels. Si vous estimez que l'endettement est mauvais, vous prêchez un convaincu.

Mais arrivons-en à la notion de "jeu à somme nulle" au coeur de votre raisonnement. Si le monde est un jeu à somme nulle, ce que prend Jacques est forcément aux dépens de Pierre, les nations exportatrices sont des prédateurs appauvrissant leurs clients, l'homme est un loup pour l'homme, la richesse implique forcément l'exploitation, etc. Et, à l'intérieur de ce cadre déprimant, la seule façon pour la Grèce pauvre de s'en sortir est effectivement de ruiner l'Allemagne riche. Triste monde en vérité.

Par chance, ce monde n'existe pas en dehors de votre esprit.

Démonstration:

1. Prenons pour hypothèse que les échanges sont à somme nulle, et que, puisque nous ne faisons pas commerce avec les martiens, que l'ensemble des échanges possibles et imaginables se situe dans un périmètre fermé qu'on appellera "le monde" ou "la planète Terre". La richesse de la Terre est constante.

2a. Dans un monde où les échanges sont à somme nulle, où était donc stockée toute la richesse que nous voyons aujourd'hui, il y a un ou deux millénaires? Ou proclamerez-vous que le monde de l'an mil était tout aussi riche que le monde de l'an 2013 avec juste une richesse "différemment répartie"?

2b. Nous sommes de plus en plus nombreux sur la planète Terre. Donc nous devrions nous appauvrir sans cesse (la richesse étant en moyenne divisée entre les habitants). Nous étions 3 milliards en 1960, nous sommes 7 milliards aujourd'hui. Par le simple truchement du nombre nous devrions être au moins deux fois plus pauvres qu'il y a cinquante ans. Même en prenant en compte la crise actuelle, l'hypothèse n'est pas défendable. La pauvreté mondiale a nettement reculé.

3. Les pays font commerce entre eux ; il devrait donc y avoir des gagnants et surtout des perdants. Pourtant même les pays "perdants" (strictement importateurs d'année en année) s'en sortent beaucoup mieux que les économies fermées presque sans contact avec l'extérieur (ex: Corée du Nord). Selon votre théorie, ils devraient être les plus pauvres de tous.

CQFD.

Je ne sais pas si je vis dans un compte (sic) de fées mais votre vision du monde s'apparente à un cauchemar. La métaphore du "premier de la classe" est totalement pertinente, puisque tous les pays peuvent s'enrichir, l'ont fait et le font encore, et simultanément par-dessus le marché.

Le commerce n'est pas un jeu à somme nulle mais un jeu à somme positive, basé sur l'échange volontaire et la coopération. Lorsque vous achetez une baguette de pain à un boulanger, vous préférez avoir une baguette sous le bras plutôt que quelques sous en poche ; pour le boulanger, c'est le contraire. Chacun y trouve son compte, sinon la transaction n'aurait pas lieu.

"N'est-il pas exact que le surplus des exportateurs nets doit être rigoureusement exact au déficit des importateurs nets?" C'est peut-être vrai en théorie mais ce n'est absolument pas mesurable. Prenez par exemple un iPhone et dites-moi par rapport au prix de vente final du produit quelle est la répartition précise et exacte des coûts et du profit, depuis le siège d'Apple jusqu'au fournisseurs de Lithium de la batterie en passant par le livreur, et la "part" revenant à chaque pays concerné. La complexité de ce calcul en fait quelque chose d'impossible. L'alternative - un calcul médiocre sur la valeur estimée des flux de marchandises industrielles franchissant des douanes - est une approximation tellement fausse qu'elle en est risible.

Vous confondez la valeur de l'échange avec sa valeur strictement comptable. Mais si les biens s'échangent contre de l'argent, ils ne sont pas équivalents en argent. Chacun d'entre nous y voit une valeur personnelle et différente, comme dans l'exemple de la boulangerie plus haut. Et si les échanges semblent neutres sur le plan comptable, la satisfaction globale du monde, elle, augmente sans cesse.

Le commerce est générateur de prospérité et de paix, l'ignoriez-vous?

Écrit par : Stéphane Montabert | 02 mai 2013

"Une multitude de mesures pourraient contribuer à améliorer la situation sans qu'on doive fermer tous les hôpitaux et les écoles de Grèce comme vous le souhaiteriez sans doute."

1. Il est malhonnête d'attribuer à autrui des souhaits qu'il n'a jamais formulés.

2. Il y a, effectivement, une multitude de mesures qui pourraient contribuer à améliorer la situation grecque. Par exemple : licencier immédiatement les fonctionnaires membres d'un service public destiné à surveiller le niveau d'un lac... lac qui n'existe plus depuis des décennies. (Il se peut que ce soit déjà fait, puisque ce scandale a été porté à la connaissance du public ; ce n'est qu'un exemple ; inutile de vous dire qu'il existe bien d'autres situations de ce genre...)

Autre exemple : privatiser le port du Pirée et le vendre aux Chinois. Ca, c'est déjà fait, et les résultats sont spectaculaires : fin des grèves à répétition, fin des poils dans la main, baisse des salaires scandaleusement élevés des dockers syndiqués, redémarrage de l'activité, redémarrage de l'embauche, arrivée de nouveaux clients -- de grandes entreprises mondiales qui font à nouveau passer leurs marchandises par le Pirée...

Vous voyez le genre ?

Un blog intéressant d'un économiste grec sur la crise grecque :

http://www.greekdefaultwatch.com/

Écrit par : Robert Marchenoir | 02 mai 2013

Statistique amusante de Greek Default Watch sur les salaires du secteur public grec : ils sont deux fois plus élevés que ceux du secteur privé. Alors même que le nombre de fonctionnaires a explosé depuis l'entrée de la Grèce dans l'Union européenne.

Déjà qu'une entreprise publique est, par nature, moins productive qu'une entreprise privée, si en plus les salaires sont deux fois plus élevés... Vous imaginez à quel point le système est durable !

Écrit par : Robert Marchenoir | 02 mai 2013

" privatiser le port du Pirée et le vendre aux Chinois. Ca, c'est déjà fait, et les résultats sont spectaculaires : fin des grèves à répétition, fin des poils dans la main, baisse des salaires scandaleusement élevés des dockers syndiqué "

Il faudrait aussi vendre le SNCF et la RATP aux chinois si c'est un remède efficace contre les apparatchik syndicaux qui sucent l'argent du contribuable pour fiancer leurs petits privilèges d'enfants gâtés. C'est aussi ce type de régimes spéciaux qui a fini par faire couler l'UE. Enfin surtout L'UE du sud pour être plus précis.

D.J

Écrit par : D.J | 02 mai 2013

@Stephane Montabert,vous inquiétez pas la folle rigueur douce va s'accélerer dès les fêtes de la pentecote,les néos nazis on pris pour comme prétexte les OGM pour fomenter une manifestation à Paris le 25 mai.Aussi pour ceux ayant vécu mai 68,et ce afin de sauver leur mental n'ont qu'un seul conseil d'ami à donner , restez zen,la pleine lune d'actualité mettra les nerfs à vifà tout le monde
Les néo-nazis de Grèce,de Hongrie et d'Argentine sont en pleine ébullition d'anciens membres reconnus comme terroristes sont en procès actuellement en Allemagne.Ce qui les irrite au plus haut point et peut les mener au point de non retour avec tous les ennuis économiques qui nous affecteront tous

Écrit par : lovsmeralda | 05 mai 2013

Ce que j'adore par dessus tout c'est cette expression "vivre au dessus de ses moyens" que l'on nous sert à tour de bras depuis 2 ans pour expliquer combien le citoyen lambda grec, espagnol, portuguais et bientôt suisse a honteusement profité d'on ne sait pas bien quoi mais en tout cas, c'est bien lui le coupable...

Pauvres truffes !

Écrit par : Lenoir André | 07 mai 2013

André Lenoir :

On sait très bien, au contraire, de quoi le citoyen grec ou français a honteusement profité : de l'argent des autres. Quand un quart de la population (estimation basse pour la France) à la moitié (estimation haute) vit de l'argent extorqué à ses compatriotes par le biais de l'Etat, au lieu de vivre du fruit d'un travail honnête et productif, comment appelez-vous cela, sinon du vol légal et clandestin ?

Quand une majorité de la population française, il y a quelques années, approuve, par sondage, le concept de "grève par procuration", faite par des fonctionnaires qui ne risquent rien, dans le but de ne rien changer à un système de retraites dont tous les experts savent et répètent qu'il est intenable, comment appelez-vous cela, sinon taper dans la caisse ?

Écrit par : Robert Marchenoir | 07 mai 2013

@ Marchenoir,

Il fut aussi une époque où l'on disait que le " con de suisse " avec ses 45 heures de travail par semaine, ses 4 semaines de vacances par an et sa retraite à 65 ans ne savait pas prendre le temps de vivre comme les gens du sud Espagne, Portugal Grèce etc.... ( et ça je m'en souviens bien, Lenoir un peu moins )

Aujourd'hui la dolce vita s'est transformé en retour de manivelle en pleine poire. On ne peut pas avoir le niveau de vie des suisses, des allemands et des danois en voulant en foutre le moins possible.

D.J

Écrit par : D.J | 07 mai 2013

et quand les contribuables aisés (souvent grâce à leur fortune accumulée par la spéculation, les gains boursiers) fuient leur pays pour ne pas payer d'impôts, et quand les sociétés et les multinationales créent des montages hyper sophistiqués pour exporter leur bénéfices là ou il n'y a pas d'impôts à payer, et quand les banques prêtent à l'état à des taux usuriers pour faire encore et toujours plus de fric et que l'Etat se voit contraint de couper massivement dans les retraites, la santé et la formation, pour pouvoir simplement faire fonctionner ce système pourri de nantis, vous appelez ça comment sinon du vol pur et simple?

Car toutes choses étant égales par ailleurs, si chacun gagnait ce qu'il mérite, beaucoup plus de gens payeraient des impôts et si que chacun payait ce qu'il devait, la masse d'impôts à disposition serait bien plus importante et les taux d'imposition pour chacun baisseraient.

Mais bien sûr, c'est trop simple, et surtout ça sort de la ligne de ce blog qui veut depuis toujours que les responsables soient de préférences ceux du bas de l'échelle.

Franchement, pas à moi !

Écrit par : Lenoir André | 07 mai 2013

@André Lenoir: chacun - y compris vous - paye aussi peu d'impôt qu'il est légalement possible. Une fraction de gens très riches et de grandes entreprises disposet de possibilités d'optimisation fiscale mises en place par les politiciens de tous bords politiques. Pourquoi ont-ils fait ça? Parce que eux et leurs amis en profitent aussi, très loin des considérations de "droite" ou de "gauche". Si vous appelez ça du vol, donnez-vous aussi la peine d'examiner les complices!

Mais il n'y a pas que l'évasion fiscale. Si l'Etat se voit contraint de couper massivement dans les retraites, la santé et la formation, c'est parce que ces systèmes sont financièrement intenables (retraites), fondés sur l'irresponsabilité et la gabegie (santé) ou simplement moins prioritaires que d'autres modes de clientélisme que l'Etat préfère financer à la place (formation). La dette et le déficit de l'Etat sont sans rapport avec les montants estimés - fantasmés, mêmes - de l'évasion fiscale. Et cette dette étouffe aujourd'hui des Etats-Mammouths incapables de se dégraisser.

"Car toutes choses étant égales par ailleurs, si chacun gagnait ce qu'il mérite, beaucoup plus de gens payeraient des impôts et si que chacun payait ce qu'il devait, la masse d'impôts à disposition serait bien plus importante et les taux d'imposition pour chacun baisseraient."

Et qui jugera de ce "mérite"? Vous et vos potes trotskystes? Le meilleur moyen d'avoir des taux d'imposition en baisse n'est pas d'essayer de répartir différemment la charge (la classe moyenne et les hauts revenus payent déjà une proportion écrasante de l'impôt) mais plutôt d'arrêter de brûler l'argent de l'Etat n'importe comment, dans des gares désertes, des comités théodule et des retraites de privilégiés de la fonction publique. Si l'Etat se concentrait sur ses fonctions régaliennes (police-justice-armée) et arrêtait de faire étalage de son incompétence sur le reste on arriverait peut-être à quelque chose.

Maintenant, si vous plaidez pour une simplification du code des impôts et l'introduction d'un système équilibré et linéaire comme la Flat Tax, je suis entièrement d'accord.

http://www.wikiberal.org/wiki/Flat_tax

Vous devriez lire ce blog plus régulièrement, vous comprendriez mieux sa ligne au lieu de dire n'importe quoi. Vous finiriez peut-être par saisir que pour aider les plus faibles en leur rendant leur dignité et en les ressortant de la misère, on n'a rien trouvé de mieux que le libéralisme.

Écrit par : Stéphane Montabert | 08 mai 2013

" vous appelez ça comment sinon du vol pur et simple? "

Non Lenoir; Marchenoir vous a brossé un tableau qui explique les raisons qui font que les riches et les multinationales fuient certains pays comme la France avec des socialistes et une droite aristocratique anti-libérale qui ne pensent qu'à taxer toujours plus les riches et les entreprises pour financer le gaspillage des dépenses publiques. Et ce gaspillage ce sont entre autre le financement d'une fonction publique surdimensionnée et en sureffectif, dont les fonctionnaires jouissent une montagne de privilèges qui tuent la compétitivité puisque que ce sont les privés qui justement doivent financer des retraites à 55 ans, des 35 heures par semaines, des allocations de toutes sortes, des congés payés plus nombreux qu'ailleurs, financer des grèves à répétition, des absentéismes car les fonctionnaires ne connaissent pas les 3 jours de carence comme dans le privé en cas de maladie, avant d'être pris en charge par la sécu.

D.J

Écrit par : D.J | 08 mai 2013

Encore un mot sur la Grèce. Dans les années 1990, alors que le pays se préparait à adopter l'euro (et que les comptes publics, on le sait maintenant, avaient été outrageusement maquillés dans ce but), les chemins de fers grecs (publics, bien évidemment) perdaient un milliard d'euros par an.

On peut se demander comment ils faisaient, puisqu'il n'y a, pour ainsi dire, pas de trains en Grèce. Pour aller d'un point à un autre, le seul moyen est l'autocar, la voiture individuelle ou le bateau. Il doit y avoir une ligne de train en tout et pour tout dans le pays. Ou une et demie.

Il ne faut pas sous-estimer la créativité grecque : à l'époque, il y avait davantage d'employés du chemin de fer que de passagers.

Je vous passe le montant du salaire des cheminots, ridiculement élevé.

Un ancien ministre avait déclaré, à l'époque, qu'il coûterait moins cher à l'Etat de payer le taxi à tous les voyageurs.

http://www.bbc.co.uk/news/world-europe-16834815#story_continues_6

Notez que de distingués économistes libéraux ont fait le même calcul pour la France : ils ont établi que la SNCF nationalisée ferait des économies si elle fermait certaines de ses lignes régionales, et offrait le trajet à ses clients en Rolls-Royce de location.

Evidemment, ça a fait moins de bruit que les frasques grecques, car la France, n'est-ce pas, est "la cinquième puissance économique mondiale", et par conséquent, les chiffres, elle peut s'offrir le luxe de s'assoir dessus. Un peu comme la Grèce avec sa comptabilité, hum... méditerranéenne, on va dire.

Hélas, à force de s'assoir sur les chiffres, quand on finit par se relever au bout de quarante ans, une visite chez le proctologue s'impose d'urgence. Et quand il s'agit d'un pays de la taille de la France, je vous laisse imaginer les hurlements qui sont à prévoir.

Remarquez que la créativité hellénique n'est pas perdue pour tout le monde, puisque certains richissimes armateurs grecs, légalement exempts d'impôts dans leur pays au titre de leur estimable profession, résident en... Suisse, pays de grande tradition maritime, comme chacun sait.

Écrit par : Robert Marchenoir | 09 mai 2013

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