14 juin 2013

Il veut une église pauvre, il l'aura

Sacré pape François! Depuis son élection, Jorge Mario Bergoglio bénéficie d'un capital de sympathie intact, succédant au timide Benoît XVI et multipliant les déclarations improvisées avec le plus grand naturel. Dernière saillie en date, adressée à un parterre de journalistes: "je voudrais une Eglise pauvre, pour les pauvres".

religion,pape françois,catholicismePareille musique plaît. Les médias adorent relayer les appels à une vie plus simple lancés depuis le fond du palais de tel ou tel milliardaire, vedette ou homme d'Etat ; c'est presque un passage obligé pour les membres de l'élite. L'hypocrisie est si répandue qu'elle en est devenue banale. Mais sortis de la bouche d'un pape, les mots prennent une autre dimension.

On ne devine que trop bien la lassitude du saint père face aux ors du Palais Saint-Pierre. Pour un homme habitué à un mode de vie frugal à Buenos Aires, cela n'a rien de surprenant. Il y a malgré tout une différence énorme entre le rejet du confort de son poste et l'appauvrissement systématique et généralisé de l'Église.

La charge soudaine du pape contre la richesse n'a rien d'un événement isolé ; quelques jours plus tard, il récidive dans son homélie en expliquant que "Saint Pierre n'avait pas de compte en banque":

"Saint Pierre n'avait pas de compte en banque", a déclaré mardi le pape François, dans un plaidoyer pour une Église pauvre qui n'agisse pas en "entrepreneur", à l'occasion de la messe quotidienne dans la résidence Sainte-Marthe au Vatican. "Quand nous voulons faire une Église riche, l'Église vieillit, n'a pas de vie." La pauvreté qui doit caractériser l'Église "nous sauve du risque de devenir des organisateurs, des entrepreneurs".


Les entrepreneurs, quelle horreur!

L'attitude affichée par le pape François est étonnante de la part d'un homme de foi qui aurait prétendument rejeté la fameuse "théorie de la libération", soit l'imprégnation du christianisme par l'idéologie marxiste. Il semble que le prélat ne soit pas sorti totalement indemne de cette subversion sud-américaine ; à moins que son attitude ne trouve ses sources dans un héritage franciscain où dénuement et pauvreté sont des vertus cardinales.

Dans la Curie, on temporise. "[Les paroles du pape] ne doivent donc pas être interprétées comme une injonction aux institutions de l'Église à fermer leurs comptes en banque ou à ne pas poursuivre leurs nombreuses oeuvres coûteuses en matière de santé, d'éducation, de secours aux pauvres à travers le monde", explique-t-on.

Il n'empêche. La pauvreté est tellement au coeur du projet du pape François qu'il s'est choisi son nouveau nom en rapport avec Saint-François d'Assise, le "saint des pauvres", mais aussi le descendant d'une riche famille marchande finalement déshérité à cause de ses excentricités. Quant à savoir si c'est une métaphore de la trajectoire du nouveau souverain pontife...

Jésus n'avait rien contre la richesse, mais rejetait la cupidité, ce qui n'est pas la même chose. Les premiers chrétiens - tout comme Saint-François d'Assise - vécurent largement de l'aumône ; comment auraient-ils pu détester les riches, alors que la générosité de ces derniers était souvent leur seule ressource?

La méfiance affichée par le pape à l'égard des entrepreneurs a quelque chose d'étonnant. Ces derniers vivent en proposant de nouveaux produits et services à des clients qui n'ont nulle obligation de les accepter, sauf à accroître leur satisfaction. Les entrepreneurs ne peuvent donc exister qu'en contribuant au bien-être général. Saint-Pierre n'avait peut-être pas de compte en banque, mais il n'avait pas non plus accès à l'hygiène dentaire, à l'ampoule avec interrupteur ni aux voyages en avion - autant de trouvailles qui ne furent ni de son fait ni de celui de son église, mais bien d'individus inventifs à travers les siècles. Eussent-elles existé à son époque, les aurait-il reniées?

Les pauvres dont les catholiques s'occupent seront-ils séduits par une église elle-même pauvre? S'inspireront-ils du modèle? Ce n'est pas certain. En sublimant la pauvreté, le pape fait aussi l'apologie de la soumission et de l'inaction. La pauvreté est une situation dont on ne peut s'extraire que par la volonté ; n'en déplaise au pape François, une église riche, généreuse et incitant ses ouailles à s'élever est peut-être préférable à une église pauvre n'ayant rien de mieux à partager qu'une pénurie larmoyante.

Par chance nous serons rapidement fixés sur l'ambiguité du message, car la pauvreté est un objectif extrêmement facile à atteindre. L'humanité se bat depuis qu'elle existe pour sortir de la misère et n'y arrive que modestement depuis un siècle. Parcourir le chemin inverse ne devrait pas prendre trop de temps.

Commentaires

c'est facile de prôner la pauvreté aux autres quand on a soi même tout le confort,un complexe hospitalier privé et sans compter les nombreux autres avantages réservés uniquement pour soi!
Il fait penser au président Français,soyez pauvres afin que je puisse ainsi que toute ma cour ,vivre aux dépends de ceux qui m'écoute et qui ont peur pour leurs rentes ou leurs salaires.
Si le Lion a toujours été choisi pour représenter ceux qui ont les pleins pouvoirs ,on peut d'ores et déjà supposer en lisant les propos de l'article penser que le Pape a aussi le signe du Lion très bien aspecté dans son thème actuel
Mais la pauvreté tellement désirée par le Vatican ne date pas d'aujourd'hui ce qui déjà à l'époque faisait bien rire les gens.Paroles auxquelles ils répondaient ,quand on voit les richesses de Rome c'est simple,qu'ils les vendent et distribuent l'argent récolté aux plus pauvres
Et les plus pauvres parmi les pauvres savent très bien qu'en ayant rien,eux au moins ne craignent pas une hypothétique fin du monde ,eux ne peuvent perdre ce qu'ils n'ont pas et n'envient absolument ceux qui ont plus.C'est toute la différence.
Alors que ceux qui ont beaucoup passent leur temps à s'inventer de fausses excuses comme le réchauffement climatique qui ressemble comme deux gouttes d'eau aux fameux sermons de l'époque tellement bien ciblés en direction des plus pauvres par les yeux et la voix pour encore mieux les soumettre à la classe des dominants

Écrit par : lovsmeralda | 15 juin 2013

"La pauvreté qui doit caractériser l'Église "nous sauve du risque de devenir des organisateurs, des entrepreneurs"."

J'avais raté ça. Quel risque, en effet. Quelle horreur. Si l'Eglise et le socialisme ne produisent pas de pauvres, qui donc aura besoin d'eux ?

Écrit par : Robert Marchenoir | 15 juin 2013

ensuite on voudrait nous faire voter Socialistes,faut tout de même pas exagérer!le grand Maitre de la loge réseaux anti sociaux/rire fait lui même tout ce qu'il faut pour ne pas voter socialiste.Tellement jaloux du prestige des toges papales et du succès de Sarko ,avec en plus le geste théatral qui sied si bien à son signe solaire en espérant imiter Charles de Gaules , le pauvre fait exactement le contraire.Coureurs de jupon ,vole la galère et mes enfants élevés par ma femme ou ex,on sait plus trop et vogue la galère.
On sait la France ingouvernable mais à ce point avec un homme comme lui léchant les bottes du Saint Vatican et de Merkel qui se moque de lui,on comprendle ralle bol des Français.Un Pétainiste de la dernière heure?

Écrit par : lovsmeralda | 16 juin 2013

Elle est extraordinaire cette phrase. C'est effrayant. la ligne politique de la nouvelle papauté résumée en une phrase. Qui s'élève sera abaissé, et tout ça.

Bon, ça plaît aux médias. On va pouvoir en revenir aux antiennes sur la condamnation de la richesse par l'Eglise, et pointer les salauds de possédants. Ca promet.

Écrit par : GM | 16 juin 2013

"Quand je donne à manger aux pauvres, on m'appelle un Saint; quand je demande pourquoi les pauvres n'ont pas à manger, on me traite de Communiste!"

Dom Elder Camara - Archevêque de Recife.

Écrit par : Valais demain | 17 juin 2013

En remplaçant les mots dans leur contexte :
« L’annonce de l’Evangile doit aller par la route de la pauvreté », a-t-il expliqué, c’est-à-dire que celui qui annonce n’a pas de richesse et ne recherche pas de richesse, il ne cherche pas non plus à « devenir organisateur, entrepreneur » : sa seule richesse est « le don qu’il a reçu, Dieu ».

Soit : l'annonce de l'Evangile ne doit pas se faire comme un entrepreneur, en vendant un service. Cela fait aussi écho à "vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement!"

Un article basés sur des mots hors de leur contexte comme ce qui se pratique dans le journalisme habituel...
Dommage.

Écrit par : mik | 18 juin 2013

@mik: vous copiez-collez vos commentaires depuis Contrepoints, mais tant qu'à se livrer à l'exercice on peut trouver des sources pour corroborer le contexte. Citons donc d'autres paroles du bon pape...

"Alors que le revenu d’une minorité s’accroît de manière exponentielle, celui de la majorité s’affaiblit" (eh bien non François!
http://www.contrepoints.org/2013/06/19/128409-effondrement-de-la-pauvrete-dans-le-monde )

" Ce déséquilibre provient d’idéologies promotrices de l’autonomie absolue des marchés et de la spéculation financière, niant ainsi le droit de contrôle aux États chargés pourtant de pourvoir au bien-commun"

"le fétichisme de l'argent et la dictature d'une économie sans visage, ni but vraiment humain"

Les marchés financiers sont une "nouvelle tyrannie, invisible et parfois virtuelle"

La mondialisation "représente plusieurs dangers"

"À l'image du communisme, perdu par ses propres contradictions, le libéralisme va également s'effondrer par ses contradictions"

"François en tant qu’archevêque s’est élevé à plusieurs reprises en faveur de la « justice sociale » et contre le « néolibéralisme »." (dixit Contrepoints)

Non, ces citations ne viennent pas de Jean-Luc Mélenchon, mais du pape.

Comme dit Mateo qui livra ce petit florilège, "Je continue ou il y en assez?"

Écrit par : Stéphane Montabert | 19 juin 2013

En effet, j'ai aussi commenté l'article dans contrepoints.

Et en lisant les phrases que vous citez dans votre dernier commentaire, je ne vois rien de choquant...
1-Ceux qui gagnent moins de 1$ par jour sont beaucoup moins nombreux. OK. Les autres salaires semblent avoir un peu évolués aussi. Les classes moyennes (toujours elles) vont payer (pour parler de la France) le vrai prix qui a été reporté jusqu'à maintenant...Cette courbe est une belle photo du passé. Attendons 2 ou 3 ans...
2-La spéculation financière n'aurait aucun lien avec le marasme actuel? L'Etat ne devrait pas exister?
3-Sur ce point, je constate que socialisme et un certain libéralisme ont le même objectif : avoir toujours plus d'argent. Est-ce vraiment le but ultime? L'égoïsme de chacun mène au bien de tous? Que chacun y trouve un intérêt, oui, dans une certaine mesure; Penser que l'égoïsme et le désir d'être richissime doit guider le monde, les chroniques people nous font comprendre que ce n'est pas le cas. Le toujours plus d'argent ne nous rend vraiment pas plus humain.
4-Actuellement, la finance appelle la finance... L'argent se fait sur l'argent. Où sont les produits et services réels? L'activité réelle?
5-La mondialisation ne présente aucun danger?
6-Quel est le but véritable de ceux qui prônent le libéralisme? Toujours plus de milliards? Ou humanité? Je remarque que c'est un pari sur l'avenir. Seul l'avenir nous dira...
7-... ???

Quelle société voulons-nous? Liberté, oui! Et nous en manquons! Si c'est pour passer de l'hydre des états totalitaires aux hydres bancaires ou aux hydres multinationales qui veulent tous toujours plus de pouvoir et d'argent... Il ne restera plus beaucoup de place aux humains.

Écrit par : mik | 19 juin 2013

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