10 juillet 2013

Le crépuscule du photovoltaïque

Pas en Suisse, rassurez-vous, mais bien en Allemagne. Dès 2018 et probablement avant, le gouvernement arrêtera de subventionner l'énergie solaire:

Le ministre conservateur Peter Altmaier avait fixé l'an dernier un plafond de capacité solaire installée au-delà duquel les pouvoirs publics arrêteraient de subventionner cette énergie. Il a déclaré lundi lors d'une conférence de presse que ce seuil de 52 gigawatts serait vraisemblablement atteint en 2017, au plus tard en 2018.


Le ministre de l'Environnement Peter Altmaier - un conservateur précise la dépêche, qu'on puisse identifier l'ennemi - ne fait rien d'autre que d'appliquer les contrats jusqu'à leur terme. Les subventions au photovoltaïque auraient-elles vocation à être éternelles? L'admettre reviendrait à avouer que ce type d'énergie ne sera jamais compétitif. Le compromis politique consiste à lancer la machine en y brûlant de l'argent jusqu'à un certain point. Or, le niveau d'équipement recherché est en passe d'être atteint:

A l'heure actuelle, les panneaux solaires installés en Allemagne ont une capacité cumulée de 34 gigawatts. Le régime de subventions - sous forme d'un prix garanti payé aux producteurs solaires pour chaque kilowatt-heure produit - a conduit à un véritable boom ces dernières années, particuliers et agriculteurs notamment se découvrant des vocations de producteur photovoltaïque. Le prix très bas des panneaux solaires en provenance d'Asie a aussi contribué à cet engouement.


Ah, l'engouement pour le solaire avec des prix d'Asie, quelle élégante tournure!

solaire_cassé.jpgLa semaine dernière, l'entreprise photovoltaïque Conergy de Hambourg a déposé le bilan après plusieurs restructurations, mettant un dernier lot de 1'200 employés allemands sur le carreau. La société existait depuis 1998 et avait un chiffre d'affaire de 473 millions d'euros. Cette faillite s'ajoute à celle de nombreuses autres: Q-Cells (1'700 postes supprimés), First Solar (1'200 postes supprimés), Odesun (260 postes supprimés), le spécialiste bavarois du solaire thermique Solar Millenium, l'entreprise berlinoise Solon, la firme de Westphalie Solarhybrid...

Qu'il est ensoleillé le secteur photovoltaïque allemand!

On voit donc une application concrète du fameux argument des "emplois verts". On savait que chacun de ces "emplois verts" détruit 3,7 emplois dans le privé en moyenne, mais on réalise également que ledit emploi vert a plus de chances d'apparaître dans une usine chinoise que dans un atelier européen, compétitivité oblige.

L'énergie photovoltaïque pas plus que l'éolienne ne contribuent à un approvisionnement sûr. Les aléas de la météo obligent les producteurs d'énergie sérieux à utiliser des sources d'énergie alternatives pour les situations défavorables, autrement dit, des centrales à gaz. Il faut en outre reconstruire entièrement le réseau électrique pour tenir compte de la répartition des sources d'énergie en fonction du vent ou de l'ensoleillement.

La transition énergétique allemande prévoit une utilisation de renouvelable à hauteur de 80% d'ici 2050 ; comme pour toute planification délirante, l'économie du pays aura jeté l'éponge bien avant. Selon le directeur du conglomérat industriel Siemens, l'Allemagne a englouti jusqu'à maintenant 216 milliards d'euros dans les renouvelables. Et pour quel résultat? L'Allemagne a un des prix de l'électricité les plus élevés d'Europe. Cela plombe la compétitivité de toutes les industries allemandes. La fameuse transition énergétique allemande, à peine entamée, est déjà un échec retentissant, au point de s'inviter dans la campagne électorale de Mme Merkel.

Les Allemands voient d'un mauvais oeil la litanie sans fin des dépôts de bilan des entreprises du secteur solaire alors qu'ils se saignent aux quatre veines pour payer l'installation de panneaux photovoltaïques et payent plus cher leur énergie pour subventionner la maigre production d'électricité de ceux-ci. Mais tous ont bien compris que l'engouement pour le renouvelable n'existe qu'à travers les subventions, c'est-à-dire des prix maintenus artificiellement bas grâce à des taxes spéciales sur les sources d'énergie efficaces.

On cherchera en vain la relation entre la subvention au photovoltaïque et l'amélioration de l'efficacité des cellules. Au contraire, l'argent public est un oreiller de paresse amenant les gens à s'équiper de panneaux peu performants et les industriels à corrompre les politiciens plutôt qu'à investir dans la recherche.

Perdant sur toute la ligne - fiabilité de l'approvisionnement, emploi, coût de l'énergie, déficit publics - le gouvernement allemand a décidé de jeter l'éponge. En annonçant le non-renouvellement de la subvention au photovoltaïque, le ministre de l'Environnement Peter Altmaier n'a rien fait d'autre qu'entériner une situation économique prévalant sur l'idéologie énergétique. L'expérience est close. Les nouvelles unités de production photovoltaïques en Allemagne devront être installées sans subventions ; autant dire qu'elles ne verront jamais le jour.

Les lubies écologistes sont tout simplement devenues inabordables, même pour l'Allemagne. Mais la Suisse, elle, a encore de l'argent à jeter par les fenêtres.

Commentaires

Vous préférez sans doute les joies des dépôts de déchets nucléaire hautement radioactifs...du moment que c'est pas trop proche. Cela ne m'étonnerait qu'à peine.
Où je suis plus ou moins d'accord avec vous, c'est que les installateurs vont chercher des panneaux de mauvaise qualité et pas cher en chine. Le client a un truc abordable qui lui rapportera quelques sous, mais pendant combien de temps?
Il faut aussi admettre que face à des actionnaires bien gourmand, il a été préféré, comme dans d'autres domaine, privilégier les rendements à la recherche. Tare éliminatoire tant la technologie est nouvelle.
Il est clair que les pouvoirs publics, avant de subventionner la pose, auraient du, ou devraient, subventionner la recherche.
Mais en cela, il ne faut pas blâmer les écolos, qui ne détiennent ni les cordons de la bourse, ni les doigts pour tenter de le faire, mais bien les acteurs, majoritairement à droite, qui sont au pouvoir réellement. Et tiens, ces acteurs là sont étonnement bien plus proche des actionnaires que des chercheurs...et après l'on se plaint de la chine.
votre parti est exactement de la même veine. Cherchant à faire des diminutions de crédit à la formation et à la recherche. Et après vous vous plaignez que les emplois partent en chine...

Écrit par : Lefredo | 11 juillet 2013

Excellent article qui devrait ouvrir les yeux à nos verts suisses pour qui la RFA est LE modèle en matière d'énergie renouvelable. Le gros problème de ces kWh provenant du solaire ou de l'éolien est l'impossibilité de prévoir le volume de production, ce qui implique un risque majeur d'instabilité du réseau de distribution, donc des pannes. Pour y remédier, il faut donc recourir à des grosses centrales thermiques maintenues à grands frais en état de produire très rapidement les GWh que les unités vertes ne peuvent garantir. Résultat : des puissances installées démesurées ne produisant souvent rien, des tonnes de CO2 produites par des centrales thermiques en stand-by pour le cas où .... C'est vraiment de l'écologie à Bonzon ! Il sera intéressant de lire les commentaires de MM. van Singer et autres Nordmann à vos arguments.

Écrit par : Daetwyler | 11 juillet 2013

@Lefredo: que de confusion dans vos propos!

1. Ne pas approuver le gâchis que représentent les éoliennes et le photovoltaïque ne revient pas à vouloir polluer la planète à coup de déchets hautement radioactifs. Il existe toute une gamme de solutions entre vivre d'amour et d'eau fraîche et Tchernobyl, vous ne saviez pas? Par exemple du nucléaire infiniment plus propre que ce que nous avons, la filière du Thorium:
http://www.letemps.ch/Page/Uuid/a18143b6-5a33-11e0-b2b2-ee353dbb3c10/Une_alternative_au_nucléaire_la_filière_du_thorium
(de grâce, commencez par lire l'article ci-dessus avant de venir couiner!)
Pour l'énergie, il y a aussi les centrales à gaz ; ne versant pas dans la religion réchauffiste, je n'ai rien contre leur utilisation. Je trouve juste ironique leur présence dans les solutions prônées par des écologistes anti-CO2.

2. Votre diatribe anticapitaliste est à côté de la plaque. Si les actionnaires - c'est-à-dire à peu près tout le monde, y compris des gens comme vous à travers votre caisse de pension - recherchent le profit, il n'est certainement pas dans leur intérêt de tout perdre à travers une faillite.
Ceux qui recherchent l'économie à tout prix, ce sont les clients, c'est-à-dire des particuliers alléchés par des subventions (de l'argent redistribué) et se souciant bien peu des conséquences. Du reste, leur comportement est parfaitement logique dans le cadre des incitations proposées par des élites politiques économiquement incultes.

3. "Mais en cela, il ne faut pas blâmer les écolos, qui ne détiennent ni les cordons de la bourse, ni les doigts pour tenter de le faire, mais bien les acteurs, majoritairement à droite, qui sont au pouvoir réellement." Foutaises. La majorité médiatique et politique est au centre-gauche, les écologistes ont une influence bien plus grande que leur force électorale propre. Regardez la politique de l'environnement d'un parti comme le PDC et chacun aura compris que sur des sujets comme celui-ci la majorité n'est pas là où vous le prétendez.

Oserez-vous nous chanter que l'arrêt du nucléaire et que les subventions au solaire sont dues aux partis bourgeois contre l'opposition écolo-socialiste?

4. Je ne me plains ni ne me réjouis que les emplois partent en Chine, je pointe juste du doigt les situations ubuesques conséquentes à des réglementations inutiles.
Le photovoltaïque aucune raison d'être subventionné. Le subventionner, c'est le rendre artificiellement viable, entraver la recherche (devenue inutile puisque le solaire est "rentable" grâce aux perfusions d'argent), et rendre à travers les taxes l'énergie plus chère pour tout le monde, y compris les plus pauvres que vous prétendez tant aimer.
L'énergie chère c'est aussi une économie moins compétitive, ce qui favorise la délocalisation - vers des endroits où on se préoccupe bien peu d'environnement, soit dit en passant.

5. Vous ne supportez pas l'UDC, ce qui est votre droit le plus strict, mais vous ne vous donnez même pas la peine de connaître sa position, ce qui vous fait dire n'importe quoi. Jetez donc un œil à son programme énergétique pour commencer:
http://www.svp.ch/display.cfm/id/101685

@Daetwyler: la politique des écologistes et apparentés revient à défausser toute forme d'énergie crédible sur des prétextes fallacieux pour ensuite plaider la pénurie comme seule approche possible.

MM. van Singer et autres Nordmann n'ont rien à répondre puisqu'ils connaissent déjà tout cela. Leur but avoué est de lutter contre la coupable prospérité de la Suisse, sorte de "péché originel" d'une société trop bourgeoise à leurs yeux...
Ils s'y emploient donc par tous les moyens possibles, la politique énergétique n'étant qu'une méthode non exclusive parmi d'autres (immigration, fiscalité, internationalisme, etc.).

L'essentiel de leur travail quotidien consiste juste à habiller leur oeuvre avec des justifications à l'égard du grand public, créant des gens comme Lefredo quand ils y parviennent.

Écrit par : Stéphane Montabert | 11 juillet 2013

mais c'est le coup classique, une fois que tout le monde est monté à bord du bateau des illusions faisant croire à n'importe quoi. Toutes ces technologies ayant servi à enrichir ceux ayant peut-être hérité de brevets laissés en dormance par le défunt, une fois l'argent empoché on va installer ailleurs en Afrique ou en Asie ce pourquoi le citoyen a payé! après de nombreuses peurs inventées par les lanceurs du produit, lesquels auront sans doute exercé chantages divers auprès des gouvernements
Dans le monde des arnaques surtout depuis la mise en route d'Internet tout est bon.

Écrit par : lovsmeralda | 11 juillet 2013

@lefredo. Sans entrer dans des polémiques stériles, on peut déjà voir aujourd'hui que la politique énergétique 2050 de la Suisse ne colle pas ; un peu d'arithmétique sur la base de données disponibles et des tendances observées suffit :
http://infoscience.epfl.ch/record/182062

Regardez le tableau 6 (prévisions pour 2040, import-export) : selon les scénarios, il nous manque la capacité d'entre 1 et 3 assez grosses centrales nucléaires (1000-1200 MW, 9-28 TWh/an), et cela même avec un développement à outrance du solaire (cher), deux centrales à gaz et un programme d'économies "très ambitieux" (en pratique, on délocalisera simplement la production industrielle intensive en énergie, les travailleurs apprécieront…).

De plus, on peut déjà aussi dire que l'électricité importée pour couvrir ce déficit sera largement produite à partir de… charbon.
http://www.transparency.eex.com/de
(Et encore : allez sur le site en novembre… ça remet un peu les pendules à l'heure)

Écrit par : zamm | 11 juillet 2013

Je critiques votre article. Mais où voyez vous que je défends le photovoltaïque actuel?
Pour moi, le photovoltaïque tel que pratiqué n'a effectivement pas d'avenir. Pas maintenant en tout cas. A voir si les énergies fossiles sont un jour facturées à leur coût réel.
La filière du thorium est intéressante à divers niveaux, mais largement plus intéressante que l'uranium. Personnellement, je trouve absolument inacceptable d'imaginer enterrer des déchets et prétendre que c'est la meilleure solution. Des techniques, en tout cas théoriques, existent qui permettraient de les traiter. On aurait une source d'énergie, rien qu'avec les déchets, pour le millénaire à venir.

Cependant, je trouve trop facile de cracher sur les écolos. La problématique est bien trop complexe et primordiale pour cela. Les fautes sont équitablement réparties. Seulement certains ont plus de pouvoir que d'autres. Vous vous plaignez que les écolos ont un poids médiatique trop important? C'est de la jalousie ou de la mauvaise foi? Ce que l'on pourrait dire, sur la médiatisation des doctrines, c'est que le nucléaire actuel, comme le photovoltaïque, sont trop visibles, et traités de manière trop extrémiste pour qu'une solution viable et raisonnable ressorte.
Le thorium est à mon sens une filière nucléaire raisonnable. Pourquoi n'en parle t on pas? C'est une bonne question.

Écrit par : Lefredo | 11 juillet 2013

@lefredo: eh bien j'apprécie votre changement de ton, moins hostile qu'à l'accoutumée (les habitués de ce site savent de quoi je parle). Content de voir que vous avez une attitude ouverte sur la filière du Thorium, ce n'était pas gagné d'avance.

En revanche, les énergies renouvelables sont en péril, leur modèle économique s'accommodant de moins en moins avec les subventions et la crise. Nouvelle toute fraîche, l'éolien est lui aussi menacé, en France cette fois-ci.

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2013/07/11/20002-20130711ARTFIG00356-la-justice-risque-d-annuler-le-tarif-de-l-eolien.php

Enfin, concernant l'écologie, ne nous trompons pas de combat: si la protection de la nature est une noble cause qui nous concerne tous, elle n'a pas grand-chose à voir avec l'écologie politique qui est à l'écologie ce que la musique militaire est à la musique. Pour preuve, les prises de position et les votes des élus verts sont quasiment en permanence alignée sur ceux de l'extrême gauche comme en témoignent régulièrement des graphiques smartvotes ou des compte-rendus de sessions parlementaires.

Sans "cracher" sur quiconque, je n'aime pas la tromperie sur la marchandise.

Écrit par : Stéphane Montabert | 11 juillet 2013

En France, de nombreux agriculteurs ont tiré profit des subventions à l'électricité solaire, en empruntant aux banques pour équiper massivement leurs terres de panneaux photovoltaïques. Ca tombe bien, ils ont de la place.

Ainsi, ils bénéficient d'une double subvention : au titre de leurs activités agricoles (subventionnées à 50 % en moyenne au niveau national), et au titre des énergies nouvelles.

Il s'agit d'un bénéfice d'opportunité, nullement justifié par la moindre logique économique. Le revers de la médaille, quand on tire parti de ce genre de jackpot, c'est qu'on est à la merci du moindre revirement législatif. L'Etat donne, l'Etat reprend. Quand le gouvernement a la main sur le bouton qui peut vous mettre en faillite instantanément, ce n'est pas forcément une bonne idée de marcher dans la combine...

Écrit par : Robert Marchenoir | 13 juillet 2013

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