25 juillet 2013

OPA socialiste sur la presse suisse

Ils ne veulent pas une nouvelle Pravda, assurent-ils, mais font tout pour l'obtenir... Revenons sur la politique des médias proposée par les socialistes cette semaine, qui a tout d'une tentative de prise de contrôle.

huma.jpgLe projet socialiste "pour un système médiatique compatible avec la démocratie" s'articule autour de plusieurs points:

  1. Subvention à la presse et au journalisme.
  2. Introduction d'une taxe publicitaire, une taxe sur le trafic des données pour les services Internet ainsi que les fonds provenant de la répartition du produit de la redevance.
  3. Aides réservées aux médias qui remplissent certaines exigences en termes de "conditions structurelles de la production journalistique".
  4. Renforcement de la SSR au travers d'une redevance indépendante.
  5. Dans la formation continue des journalistes, l'accent devrait être mis sur le renforcement de prestations publiques compatibles avec la démocratie.
  6. Développement ciblé de la compétence médiatique de la population.

Pour l'originalité, on repassera. La moitié du programme revient à présenter de nouvelles taxes et de nouveaux canaux de redistribution. Pour les socialistes il n'existe pas de problème dont on ne puisse venir à bout avec davantage d'argent, mais n'allez pas appeler cela du matérialisme!

L'approche avancée ne fait pas que des heureux y compris au sein des professions visées:

Dans le milieu des éditeurs, la réaction est vive. "Ces dix dernières années, les journaux ont déjà perdu le tiers de leurs recettes publicitaires", rappelle Daniel Hammer, secrétaire général de Médias suisses, l'association des médias privés romands. "Si on taxe la publicité, cela ne fera qu'accélérer cette érosion et ce seront d'autres médias, par exemple en ligne, qui en profiteront."

[Au sujet de la taxe sur le trafic des données de services internet] là aussi, Daniel Hammer est sceptique. "Le siège de facebook ou Google étant à l'étranger, cela pose un problème de territorialité du droit." Le représentant des médias privés y voit aussi une menace pour les éditeurs. "Environ 25% de l'audience d'un journal provient des moteurs de recherche sur internet. Il ne faudrait pas que les journaux suisses disparaissent de l'offre de Google, comme cela s'est produit en Belgique."


Les frontières, éternelles ennemies de l'Internationale.... Mais bon, on pardonnera volontiers ces approximations dans la planification, probablement dues à un excès d'enthousiasme. Les socialistes n'agissent-ils pas au nom du Bien Commun™?

Pour s'en convaincre, il suffit d'examiner les aspects réglementaires du programme. Le point 3 fait ainsi émerger un magnifique serpent de mer conceptuel, les "conditions structurelles de la production journalistique". Jouez avec vos amis: que chacun écrive le sens qu'il donne à ces termes sur un bout de papier et si deux d'entre eux parviennent à une définition concordante, tournée de champagne!

Le point 5 demande quant à lui au titre de la "formation continue" (garantissant un passage régulier devant le commissaire politique dûment appointé) un "renforcement de prestations publiques compatibles avec la démocratie." Là encore je vous laisse deviner le sens profond de ces mots, mais peu importe en fin de compte, car ces notions n'ont aucun rapport avec le pluralisme. Il y a douze ans, un sondage effectué à la veille des élections fédérales de 2001 annonçait déjà la couleur: 60% des journalistes interrogés se déclaraient à gauche et seulement 28 % au centre ou à droite. On imagine que les socialistes, très inquiets de ce manque de neutralité des médias, ont à cœur de combattre ce déséquilibre pour faire plus de place aux opinions journalistiques de droite... C'est l'évidence même...

Le dernier point visant au "développement ciblé de la compétence médiatique de la population" fleure bon l'endoctrinement dès l'école obligatoire.

Quelle mouche a donc piqué nos amis socialistes? Pas que le dirigisme ou le clientélisme soient des nouveautés pour eux - c'est un peu leur ADN - mais il est rare qu'ils s'y livrent d'une façon aussi limpide. La tentative est d'autant plus étonnante que la presse penche déjà largement à gauche, bien que la situation en Suisse alémanique ne soit pas aussi consternante qu'en Suisse romande.

Sans doute s'agit-il moins de prendre le contrôle d'une presse largement acquise à leur cause que de sauver ce qu'il en reste. La presse suisse ne va pas bien ; les publications ont tendance à se concentrer, réaction typique d'une industrie s'attelant à la forme plutôt qu'au fond. Mais pour résoudre la cause première - la désaffection des lecteurs pour le contenu sorti des rédactions - les socialistes n'apportent aucune réponse.

Les socialistes voient d'un mauvais oeil la présence de grands groupes de presse, craignant que ces conglomérats médiatiques manquent de discernement dans le traitement de certains sujets. Cette inquiétude n'a pas lieu d'être: les consommateurs se chargent eux-mêmes de faire émerger de nouveaux acteurs plus en accord avec leurs demandes. Une publication virant au publi-reportage perpétuel peut exister, elle ne pèsera pas lourd dans la formation des opinions. L'émergence de médias indépendants de qualité - Les Observateurs en Suisse, ou Contrepoints pour la sphère francophone - prouve que la relève est en marche sur des supports en constante évolution.

Mais qu'on soit d'accord ou pas avec l'analyse du PSS, un problème de fond subsiste. A les entendre, les socialistes n'ont que la démocratie et l'information "correcte" du public à la bouche. Selon eux les liens financiers détruiraient cette indépendance. Or, ils ne proposent rien de mieux que de mettre les médias sous perfusion financière étatique. Comment croire une seconde que sous un tel régime les journalistes garderaient la moindre indépendance sur des sujets traitant de l'Etat?

On connaît le culte que les socialistes vouent à l'Etat, mais force est de constater qu'il corrompt tout autant que n'importe quel autre acteur économique.

Commentaires

Merci pour cette tranchante mise au point. Comme vous je suis surpris de les voir promouvoir leurs méthodes de manière aussi décomplexée, mais après réflexion je crois qu’il ne faut pas - même si c’est compliqué à concevoir pour un esprit libéral, ces gens-là se voient en guides de l’humanité et ont voué leur vie au rêve d’une société assujettie à leur bienveillant contrôle ; il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’ils finissent par faire ouvertement la promotion d’outils de contrôle idéologique direct.

C’est dans les gènes du socialisme, partout où il a progressé c’est passé par un enhardissement du discours, et l’abandon progressif de certaines précautions oratoires dont l’absence trahirait plus facilement la soif de domination dans un contexte moins favorable.

Le socialisme se sent fort en ce moment, un peu partout. Le plus fascinant est qu’il se sent fort alors que la réalité lui inflige des revers extrêmement lourds, il suffit de voir le nombre de casseroles que l’administration Obama aux Etats-Unis ou le gouvernement Hollande en France parviennent à traîner… J’ai tendance à y voir l’influence de l’évolution des moyens de communication et d’Internet, qui permettent aux croyants de galvaniser leur foi en incubant plus longtemps dans le même bassin idéologique… et de se sentir moins tenus à la prudence.

Écrit par : GM | 26 juillet 2013

Subventionner le presse, mettre des contrôles et des taxes ! On voit ce que cela donne en France où l'on finit par ne plus écouter, ni lire, ni regarder quoi que ce soit. Heureusement, il reste, pour le moment, des blogs libres mais pour combien de temps ? Depuis quelque temps, les socialistes suisses font peur. Comment les arrêter ? Les socialistes ne détestent rien autant que la liberté. Le mot "démocratie" finit par ne plus rien dire, c'est un mot dévoyé. Il n'y a pas si longtemps, nous avions en Europe des démocraties populaires, on a vu ce que cela a donné.

Écrit par : Zendog | 26 juillet 2013

@Stephane Montabert, socialistes dites vous ? non tout simplement Stalinistes écoeurant même des réfugiés Soviétiques venus pour se marier et fonder famille avec des citoyens Suisse .Une pianiste célèbre dans notre commune a eut la parole suivante: on a fui un régime draconien et votre pays si agréable peu à peu se transforme en camp concentrationnaire
Qui oserait lui donner tort? mais la roue tournera aussi en leur défaveur un jour ou l'autre, les livres d'histoires sont remplis de faits prouvant qu'à trop de manipulation mentales trompeuses et voire diffamatoires et ce juste pour nourrir son propre égo , le peuple Suisse lui aussi se réveillera et au moment ou plus personne ne s'y attendra
Le passé est là pour le prouver, il suffit juste de s'intéresser à 39-45 voire avant
Toute belle journée pour Vous

Écrit par : lovsmeralda | 26 juillet 2013

De toute façon une ânerie pareille sera retoquée aux Chambres. Le PS n'a que taxes et redevances à la bouche pour engraisser leurs copains. Donc 'est tout vu !

Écrit par : petard | 26 juillet 2013

On mentionnera que l'idée du subventionner la presse écrite vient de Hans-Jürg Fehr l'ex président du PS; patron d'un journal de gauche qui marche mal faute d'un nombre suffisant d'abonnés.

D.J

Écrit par : D.J | 27 juillet 2013

@D.J: Je vous trouve très médisant. Les socialistes sont très fort pour inventer des théories du complot tirées par les cheveux à tout bout de champ, et là vous nous sortez qu'un des principaux artisans de ce projet de réforme de la presse se débrouillerait simplement pour en être bénéficiaire lui-même?

C'est beaucoup trop... évident, voyons. Cela ne peut évidemment être qu'une coïncidence amusante.

Écrit par : Stéphane Montabert | 27 juillet 2013

C'est vrai que tout ça n'est pas très malin mais votre dernier commentaire qui se veut perfide laissant entendre que seule la gauche tente d'utiliser les chambres pour son petit commerce, est de trop M. Montabert.

Parce que face aux 700 milliards annoncés à fin 2010 (oui oui) candidement par les grandes entreprises financières et industrielles comme étant des réserves en capital et donc non imposables, ceci découlant directement d'une loi scélérate imposée par les lobbystes de la finance, cette tentative maladroite du PS ne met au moins pas trop les contribuables à contribution pour boucher les trous !

Et des exemples ou les gens riches utilisent le législatif (parfois d'ailleurs les mêmes personnes) pour faire grossir leur magot au détriment de la majorité, je pourrais vous en citer des centaines !

Je veux bien que vous fassiez glousser de plaisir les gens aisés mais en plus de faire croire aux cons (la majorité) que votre vision des choses EST la réalité, c'est fort de café !

Écrit par : Lenoir | 30 juillet 2013

M. Lenoir monte sur ses grands chevaux. J'ai dû viser juste.

Écrit par : Stéphane Montabert | 30 juillet 2013

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