31 juillet 2013

Tout-va-très-bien à Renens

Il y a un an, lassé par le décalage continuel entre la situation réelle de Renens et sa présentation par une presse amie sinon complice, j'écrivais un petit billet ironique intitulé Tout-va-bien à Renens. Rien de compliqué: il suffisait de récolter quelques dépêches ayant trait à l'actualité locale - la partie que la Municipalité aimerait cacher - et de saupoudrer de quelques statistiques officielles de la police pour brosser un portrait moins flatteur, mais ô combien réaliste, de la commune.

Un an plus tard, où en sommes-nous?

Eh bien, la commune de Renens continue d'honorer brillamment son titre de chef-lieu du district de l'Ouest Lausannois... Sur le plan de la criminalité.

Bien sûr, des drames touchent régulièrement Renens. Un jour, c'est un père qui percute son fils dans le toboggan de la piscine municipale (les lumières autorisant le départ étaient "déréglées", mais ne vous en faites pas, la facture en dommages et intérêts de ce simple dysfonctionnement sera payée par le contribuable). Un autre, c'est le meurtre d'un bébé d'un an par son père congolais dans une dispute avec sa compagne portugaise autour du droit de garde, le tout saupoudré d'une intervention des forces spéciales. Ce sont des choses qui arrivent dans-n'importe-quelle-ville, n'est-ce pas? N'est-ce pas?

Mais ces nouvelles saillantes et spectaculaires - rendons grâce au talent de nos amis journalistes pour informer régulièrement le lecteur avec des variantes quotidiennes sur le thème du fait divers - cachent mal la criminalité de base, celle qui imprègne la vie des Renanais. De fait, des événements tout aussi dramatiques mais moins originaux ne donnent lieu qu'à un entrefilet dans la presse. Triste époque où même le quart d'heure de gloire est âprement disputé!

On rapportera par exemple d'une façon bien lapidaire la mort d'une mule avec sa boulette de cocaïne, un plutôt l'une des 24 avalée. La situation pleine d'exotisme de ce ressortissant de Guinée-Bissau de 29 ans en possession d'une carte de résident espagnol aurait pourtant mérité une petite enquête. De même que les habitudes culinaires de ces gens qui, tout d'un coup, décident de leur propre initiative de s'enfiler deux douzaines de boulettes de poison surgies de nulle part...

Officiellement il n'y a pas de marché de la drogue à Renens, bien entendu, même si on y arrête quelquefois un bout de réseau. Un Albanais de 27 ans en séjour illégal en Suisse payait une chambre avec de la drogue. La crise du logement oblige à faire des choses pas croyables, Monsieur le Juge.

On a aussi droit à du tristement banal, comme l'attaque à main armée d'un kiosque en ville par deux individus "d'origine africaine", selon une victime suffisamment choquée pour en perdre temporairement ses notions de vivrensemble ; ou l'incivilité fatale d'un adolescent fauché par un train en traversant des voies de chemin de fer un samedi soir. Ne pas respecter les règles, parfois, tue.

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Vandalisme banal dans le banal couloir sous-gare (sans caméras de surveillance, bien entendu)

La jeunesse bouge à Renens. En meute. Et elle attaque des policiers - démonstrations de force parfois nécessaire pour que les pandores comprennent qui est le maître. Une fois, au mois de mars, le niveau de violence atteint et les mesures engagées - 3 patrouilles de la Police de l'Ouest lausannois, 5 de la Gendarmerie vaudoise, 2 de la Police ferroviaire, pour un total de 20 policiers et deux chiens - firent sauter la chape de plomb médiatique. Ce soir-là, on parla de Renens jusque sur le plateau du journal de la RTS. Renens rayonna!

Mais vous devinez bien qu'en tant qu'élu UDC au Conseil Communal je ne peux avoir qu'un point de vue exagérément négatif sur la situation idyllique d'une ville tout en sourires et en cordialité. Tenez, ça tombe bien, l'été est l'occasion de compulser des rapports de toute sorte, comme celui de la Police de l'Ouest lausannois et les statistiques qui vont avec (page 36 et suivantes). On y lit des chiffres intéressants, en voilà quelques-uns:

  • Entre 2011 et 2012 les interventions de la police locale ont baissé dans toutes les communes de plus de 1'000 habitants du district. Sauf à Renens.
  • Sur Renens, les vols de toutes sortes ayant généré une intervention de la police sont passés de 374 à 712 (+96% en un an).
  • Les bagarres et violences corporelles sont passées de 99 à 137 (+38%).
  • Les infractions à la loi sur les étrangers sont passées de 47 à 70 (+49%).

Le nombre d'interpellations et d'arrestations est quant à lui passé de 116 à 174 (+50%). Maigre consolation, au vu de la facilité avec laquelle la justice helvétique relâche des criminels.

Renens, officiellement autoproclamée "carrefour d'idées", est en réalité le carrefour de bien plus de choses. Les idées qui s'y croisent, quant à elles, ne se valent pas toutes. Ainsi, en guise de réponse à une criminalité galopante, la municipalité et le conseil communal (lourdement à gauche) ne laissent passer que les expérimentations les plus farfelues, pour peu qu'elles impliquent des animateurs de rue, de dispendieuses campagnes de propagande, et qu'elles soient outrageusement inefficaces.

Pour lutter contre la criminalité, Renens a par exemple décidé de... L'observer. Un Observatoire de la sécurité, quelle brillante idée! Au vu des mesures prises, les malfrats tremblent déjà. A moins que, outre les jetons de présence, cette structure bureaucratique ne soit réellement un observatoire? Vous savez, un de ces immenses télescopes permettant d'apercevoir des choses si lointaines... Ici, en l'occurrence, la sécurité!

On devine au vu de ces initiatives courageuses et efficaces que les criminels de Renens n'ont qu'à bien se tenir. Les habitants inquiets se réjouissent déjà de découvrir les statistiques de l'année prochaine.

25 juillet 2013

OPA socialiste sur la presse suisse

Ils ne veulent pas une nouvelle Pravda, assurent-ils, mais font tout pour l'obtenir... Revenons sur la politique des médias proposée par les socialistes cette semaine, qui a tout d'une tentative de prise de contrôle.

huma.jpgLe projet socialiste "pour un système médiatique compatible avec la démocratie" s'articule autour de plusieurs points:

  1. Subvention à la presse et au journalisme.
  2. Introduction d'une taxe publicitaire, une taxe sur le trafic des données pour les services Internet ainsi que les fonds provenant de la répartition du produit de la redevance.
  3. Aides réservées aux médias qui remplissent certaines exigences en termes de "conditions structurelles de la production journalistique".
  4. Renforcement de la SSR au travers d'une redevance indépendante.
  5. Dans la formation continue des journalistes, l'accent devrait être mis sur le renforcement de prestations publiques compatibles avec la démocratie.
  6. Développement ciblé de la compétence médiatique de la population.

Pour l'originalité, on repassera. La moitié du programme revient à présenter de nouvelles taxes et de nouveaux canaux de redistribution. Pour les socialistes il n'existe pas de problème dont on ne puisse venir à bout avec davantage d'argent, mais n'allez pas appeler cela du matérialisme!

L'approche avancée ne fait pas que des heureux y compris au sein des professions visées:

Dans le milieu des éditeurs, la réaction est vive. "Ces dix dernières années, les journaux ont déjà perdu le tiers de leurs recettes publicitaires", rappelle Daniel Hammer, secrétaire général de Médias suisses, l'association des médias privés romands. "Si on taxe la publicité, cela ne fera qu'accélérer cette érosion et ce seront d'autres médias, par exemple en ligne, qui en profiteront."

[Au sujet de la taxe sur le trafic des données de services internet] là aussi, Daniel Hammer est sceptique. "Le siège de facebook ou Google étant à l'étranger, cela pose un problème de territorialité du droit." Le représentant des médias privés y voit aussi une menace pour les éditeurs. "Environ 25% de l'audience d'un journal provient des moteurs de recherche sur internet. Il ne faudrait pas que les journaux suisses disparaissent de l'offre de Google, comme cela s'est produit en Belgique."


Les frontières, éternelles ennemies de l'Internationale.... Mais bon, on pardonnera volontiers ces approximations dans la planification, probablement dues à un excès d'enthousiasme. Les socialistes n'agissent-ils pas au nom du Bien Commun™?

Pour s'en convaincre, il suffit d'examiner les aspects réglementaires du programme. Le point 3 fait ainsi émerger un magnifique serpent de mer conceptuel, les "conditions structurelles de la production journalistique". Jouez avec vos amis: que chacun écrive le sens qu'il donne à ces termes sur un bout de papier et si deux d'entre eux parviennent à une définition concordante, tournée de champagne!

Le point 5 demande quant à lui au titre de la "formation continue" (garantissant un passage régulier devant le commissaire politique dûment appointé) un "renforcement de prestations publiques compatibles avec la démocratie." Là encore je vous laisse deviner le sens profond de ces mots, mais peu importe en fin de compte, car ces notions n'ont aucun rapport avec le pluralisme. Il y a douze ans, un sondage effectué à la veille des élections fédérales de 2001 annonçait déjà la couleur: 60% des journalistes interrogés se déclaraient à gauche et seulement 28 % au centre ou à droite. On imagine que les socialistes, très inquiets de ce manque de neutralité des médias, ont à cœur de combattre ce déséquilibre pour faire plus de place aux opinions journalistiques de droite... C'est l'évidence même...

Le dernier point visant au "développement ciblé de la compétence médiatique de la population" fleure bon l'endoctrinement dès l'école obligatoire.

Quelle mouche a donc piqué nos amis socialistes? Pas que le dirigisme ou le clientélisme soient des nouveautés pour eux - c'est un peu leur ADN - mais il est rare qu'ils s'y livrent d'une façon aussi limpide. La tentative est d'autant plus étonnante que la presse penche déjà largement à gauche, bien que la situation en Suisse alémanique ne soit pas aussi consternante qu'en Suisse romande.

Sans doute s'agit-il moins de prendre le contrôle d'une presse largement acquise à leur cause que de sauver ce qu'il en reste. La presse suisse ne va pas bien ; les publications ont tendance à se concentrer, réaction typique d'une industrie s'attelant à la forme plutôt qu'au fond. Mais pour résoudre la cause première - la désaffection des lecteurs pour le contenu sorti des rédactions - les socialistes n'apportent aucune réponse.

Les socialistes voient d'un mauvais oeil la présence de grands groupes de presse, craignant que ces conglomérats médiatiques manquent de discernement dans le traitement de certains sujets. Cette inquiétude n'a pas lieu d'être: les consommateurs se chargent eux-mêmes de faire émerger de nouveaux acteurs plus en accord avec leurs demandes. Une publication virant au publi-reportage perpétuel peut exister, elle ne pèsera pas lourd dans la formation des opinions. L'émergence de médias indépendants de qualité - Les Observateurs en Suisse, ou Contrepoints pour la sphère francophone - prouve que la relève est en marche sur des supports en constante évolution.

Mais qu'on soit d'accord ou pas avec l'analyse du PSS, un problème de fond subsiste. A les entendre, les socialistes n'ont que la démocratie et l'information "correcte" du public à la bouche. Selon eux les liens financiers détruiraient cette indépendance. Or, ils ne proposent rien de mieux que de mettre les médias sous perfusion financière étatique. Comment croire une seconde que sous un tel régime les journalistes garderaient la moindre indépendance sur des sujets traitant de l'Etat?

On connaît le culte que les socialistes vouent à l'Etat, mais force est de constater qu'il corrompt tout autant que n'importe quel autre acteur économique.

20 juillet 2013

Detroit n'est pas Too Big To Fail

La ville de Detroit, dans le Michigan, s'est mise en faillite jeudi.

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Skyline de Detroit (Crédits : Shawn Wilson, Creative Commons)

L'effet d'annonce est très fort, mais il n'y a pourtant rien de nouveau. Les difficultés de Detroit remontent à des décennies, même si elles se sont récemment aggravées, crise financière aidant. En mars, l'Etat fédéral du Michigan recruta Kevyn Orr pour tenter de redresser la situation financière de la ville à travers un processus de restructuration de la dette de gré à gré avec les créanciers. Face à leurs refus, la mise de la ville sous la protection du Chapitre 9 devint la seule option envisageable pour éviter qu'ils ne s'emparent des biens communaux.

Techniquement, Detroit n'est pas encore réellement en faillite: il faudra trois mois et l'accord d'un juge pour que la ville renégocie ses engagements auprès de ses créanciers dans un cadre légal formel. Mais avec une dette de plus de 18 milliards de dollars et qui se creuse de plusieurs centaines de millions chaque année, on voit mal comment la ville pourrait résorber sa dette. Detroit est depuis plusieurs années à la dérive: 40% de l'éclairage public est à l'arrêt, seulement un tiers des ambulances fonctionnent, 80'000 maisons sont abandonnées, et là où l'Américain attend en moyenne 10 minutes pour un appel d'urgence (police ou médical), à Detroit, il doit patienter une heure... Mais les citoyens s'organisent.

Médiatiquement, les analyses se suivent et se ressemblent: Detroit s'est appauvrie au cours des ans, entre crise économique, délocalisation de la production automobile et perte de population, et tout cela est bien malheureux. Et bien simpliste.

La population de Detroit comportait 1,8 millions d'habitants en 1950, contre 700'000 aujourd'hui. Rien n'empêche pourtant une "petite" ville de cette taille d'être convenablement gérée, par exemple en redimensionnant les services publics au nombre d'habitants. Mais justifier les déboires de Detroit par son dépeuplement ne suscite que davantage de questions alors que les Etats-Unis passaient de 150 à 316 millions d'habitants sur la même période.

Qui est parti? Les plus entreprenants, les plus talentueux, et ceux qui en avaient les moyens. L'examen des personnes restantes est politiquement incorrect. L'ancienne Motor Town est peuplée à 80% de noirs, la plupart du temps pauvres. Quant à savoir pourquoi ceux qui sont partis ont décidé de le faire, il y a probablement autant d'explications que d'individus, mais les journalistes prendront bien soin de ne pas rappeler dans leurs reportages que la ville est sous domination démocrate depuis 1962. Il faut bien couvrir les copains...

La mise en faillite est probablement vue avec malice par certains comme un joli tour joué aux banquiers et aux investisseurs. Il est de bon ton de les détester de ce côté de l'Atlantique. Les créanciers prélèvent 42% du budget annuel de la ville au titre des intérêts sur la dette ; pourtant, les deux principaux d'entre eux (qui sont par leur intransigeance directement responsables de la mise en faillite de la ville) se trouvent être des fonds de pension chargé des retraites... des employés municipaux de Detroit! C'est le serpent qui se mord la queue. La dispute pour les meilleurs morceaux du cadavre est la conséquence directe de promesses de prestations sociales tenues depuis des décennies, promesses toujours payées par le voisin, ce cochon de payeur. Mais le voisin n'est pas si bête, il a mis les voiles depuis longtemps.

Les autres grandes municipalités américaines dépensent en moyenne 20% de leur budget au service de la dette. Elles prennent donc le même chemin. Detroit les fera accélérer: la mise en faillite de la ville pourait provoquer une onde de choc sur l'ensemble du marché des obligations municipales et les 3'700 milliards de dollars qu'il représente. Kevyn Orr réfute les garanties contenues dans les General Obligations, des engagements qu'on estimait "protégés du risque" parce que l'emprunteur, pensait-on, serait toujours en mesure d'augmenter les impôts pour honorer ses échéances. Au vu de la richesse moyenne de la population de Detroit et de ses taxes déjà les plus élevées du Michigan, cette approche est absurde. La gestion de la faillite de Detroit fera donc jurisprudence et pourrait bien redéfinir les niveaux de risque communément admis, renchérissant le coût de financement de toutes les municipalités américaines.

Rappelons enfin qu'on ne connaîtra les tenants et aboutissants de la faillite que lorsqu'elle aura été formellement prononcée et la structure de la dette mise à plat. On parle déjà d'une ardoise de plus d'un milliard d'euros pour les banques européennes. Les Etats-Unis ne sont plus si loin, tout d'un coup...

Après Stockton, Mammoth Lakes, San Bernardino, Harrisburg et bien d'autres communes et comtés, la crise de la dette atteint désormais des villes de premier plan. On s'efforce de présenter l'effondrement financier de Detroit comme une sorte de cas particulier, mais l'ancienne capitale du Michigan ne sera pas la dernière commune de cette importance à faire faillite, et pas qu'aux Etats-Unis.

16 juillet 2013

Trayvon Martin, hystérie et justice

Seize heures. C'est le temps qu'il aura fallu aux six jurés du procès de George Zimmerman pour délibérer. L'accusé poursuivi pour l'homicide de Trayvon Martin, un jeune de 17 ans, fut finalement acquitté, déclenchant instantanément une vague de protestation aux Etats-Unis.

Laureen s’époumone, elle est outrée, "c’est la suprématie blanche dans toute sa splendeur, une histoire qui nous montre que la vie d’un Noir ne compte pas. Le racisme n’est pas une grande nouveauté dans notre société, simplement on élude le sujet. J’espère que cette affaire va nous forcer à percer l’abcès, il le faut." Leticia et Tina sont venues avec leurs enfants, autocollant "Black is beautiful" bien en vue, "il faut qu’ils soient conscients de ce qui se passe dans ce pays, on a beau avoir un président noir, on est loin d’avoir résolu nos problèmes."


Barack Obama, un président noir? Discutable, puisqu'il est métis de père noir et de mère blanche, mais admettons. Donc le noir l'emporte sur le blanc quand on est président... De même, George Zimmerman, malgré un nom dont la consonance fit les délices des médias peu enclins à faire des amalgames, est lui-même métis, de père blanc et de mère péruvienne. Lui se définit comme hispanique, pour ce que ça importe. Ce qui n'empêche pas les manifestants de le considérer comme blanc. Le  blanc l'emporte donc sur l'hispanique quant on est accusé de meurtre... Le jury quant à lui était composé de cinq femmes blanches et une hispanique, chacun en tirera les conclusions qu'il souhaite.

trayvon martin,justiceManifestants et éditorialistes s'attardent lourdement sur l'origine raciale de chaque protagoniste. Cette obsession a quelque chose de fascinant venant de gens tenant régulièrement par ailleurs un discours selon lequel les races n'existent pas. Comme le fit remarquer le frère du prévenu, l'affaire aurait-elle été montée ainsi en épingle si George Zimmerman s'était plutôt appelé Santos ou Gonzales?

"Je sais que cette affaire a suscité des passions intenses. Au lendemain du verdict, je sais que ces passions pourraient s'intensifier. Mais nous sommes un Etat de droit, et un jury a parlé", rappela le président Barack Obama dans un communiqué. Mais les passions auxquelles se réfère M. Obama sont aussi les siennes. En mars 2012 il alla jusqu'à déclarer "si j'avais un fils, il ressemblerait à Trayvon", une tentative peu subtile - mais en rien inédite - de s'immiscer dans le fonctionnement de la justice.

La foule revendicative aime les histoires simples. Le gentil noir innocent, victime d'un préjugé de trop. Le méchant hispanique blanc raciste à la gâchette facile. L'ombre de l'extrême-droite, bien que Zimmerman soit un électeur démocrate. La justice corrompue et aux mains des puissants, bien que rendue par un jury populaire... Les détails gênent aux entournures, alors, on les oublie.

Que s'est-il passé le 26 février 2012 à Sanford, en Floride, vers 7h du soir? George Zimmerman, coordinateur d'un comité de défense local établi à la suite d'une vague de cambriolages dans le quartier, patrouille en voiture. Il aperçoit la silhouette encapuchonnée de Trayvon Davis dans l'obscurité et la pluie, errant dans les rues semble-t-il. Contactant le poste de police local (le genre d'attitude typique de quelqu'un qui s'apprête à commettre un meurtre) il essaye d'identifier l'individu. Il n'est pas sûr qu'il soit noir. La silhouette l'a remarqué elle aussi, va vers la voiture, repart. Faisant fi du conseil de son interlocuteur de ne pas intervenir, George Zimmerman descend de son véhicule. S'ensuit une dispute, une altercation, le claquement d'un coup de feu. Trayvon Martin est mort.

Aux policiers, Zimmerman explique qu'il a tiré en légitime défense, craignant pour sa vie. Trayvon Martin n'était pas armé, mais Zimmerman a clairement été agressé - le nez en sang après sa lutte avec Martin, il a aussi des blessures à l'arrière du crâne, reçues lorsque son assaillant se serait agenouillé sur lui pour lui frapper la tête contre le sol. Traces de poudre aidant, l'enquête déterminera sans ambiguïté que le tir a été effectué à bout portant.

D'après un autre appel à la police lancé depuis la maison d'une voisine, il y aurait eu longtemps entre le début de l'altercation et le coup de feu, renforçant de façon crédible l'hypothèse de la légitime défense plutôt que celle du meurtre de sang-froid.

En Floride, la loi permet d'utiliser une force létale si celle-ci permet d'éviter sa propre mort ou des blessures graves. Il y a si peu de mystère pour la police qu'elle n'arrête même pas George Zimmerman.

Des agitateurs s'emparent promptement de l'affaire et en font l'écho en la déformant à loisir. Les manifestants s'indignent du traitement dont a bénéficié le tireur de son arrestation à son procès, le paroxysme étant atteint lorsqu'il est ressorti libre du tribunal. Pourtant, ces groupes de militants ont une large responsabilité dans sa libération.

George Zimmerman a été poursuivi pour meurtre sans préméditation (Second Degree Murder), vraisemblablement sous la pression populaire. Mais la condamnation ne se décide pas à l'applaudimètre. En qualifiant les faits de cette façon, le procureur spécial Angela Corey s'exposait à un quitte ou double: compte tenu des circonstances, la culpabilité de George Zimmerman était quasiment impossible à prouver. Selon nombre de juristes, l'accusation a simplement visé trop haut. Mme Corey aurait-elle choisi plutôt l'homicide involontaire, son dossier aurait été beaucoup plus crédible. Mais la rue s'en serait-elle satisfaite?

Loin de dénoncer le racisme ou le parti-pris de la justice, les manifestations s'indignant du verdict sont racistes. Elles revendiquent une remise en question des lois et du système pénal dès lors que le meurtrier est blanc (ou désigné comme tel) et la victime noire.

D'après les dernières statistiques disponibles du FBI, en 2011, 6'329 noirs ont été victimes de meurtre aux Etats-Unis. Plus de dix-sept par jour. Les noirs meurent plus que toute autre population tant en proportion qu'en valeur absolue. Mais les noirs sont aussi responsables de plus de la moitié des meurtres commis aux Etats-Unis, toutes races confondues. Des noirs tuant d'autres noirs, cela n'intéresse personne.

12 juillet 2013

La France et sa fiscalité tentaculaire

La France avait fait part en 2011 de son souhait de se retirer de la convention bilatérale de 1953. Celle-ci établissait comme le veut l'usage les droits de succession au domicile du défunt ; pas suffisant aux yeux de Paris, qui estimait que la formule avantageait trop les héritiers. La France avait jusqu'à fin juin pour décider d'une résiliation du texte début 2014, qui aurait laissé les deux pays sans convention.

Si la nature a horreur du vide, l'homme politique a encore plus peur du vide juridique. Au tout dernier moment, la France annonça finalement qu'elle revenait à la table de négociation pour remettre un nouvel accord sur la table. Que vient-il d'en sortir? Un coup de canif dans la souveraineté helvétique, puisque le nouveau projet voit les Suisses décédés avec des ayants-droits résidant en France taxés au taux... Français.

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Selon un article au ton triomphant du Figaro:

Après un an de négociations, la France et la Suisse sont tombées d'accord sur un nouveau texte qui ne favorisera plus l'exil fiscal de l'autre côté de la frontière. Paris mettait régulièrement la pression pour faire évoluer la situation, la précédente convention entraînant pour elle des pertes fiscales importantes (...)

"Dans l'état actuel des choses, cette convention favorise l'exil fiscal en Suisse des personnes disposant d'un gros patrimoine qui souhaitent organiser leur succession dans des conditions fiscales favorables pour leurs descendants si ceux-ci résident en France. Nous ne pouvions pas laisser le système fonctionner comme ça", explique-t-on à Bercy. En France, les successions sont imposées de façon progressive, jusqu'à 45%, contre 7% au plus en Suisse.


Dont acte. Pour l'Etat français désormais, ni l'expatriation, ni la mort ne sont des excuses suffisantes pour se soustraire à l'impôt national. La Suisse, de son côté, a avalé la couleuvre sans broncher ; il faut dire qu'elle était représentée par Evelyne Widmer-Schlumpf. Ceci explique peut-être cela.

L'Etat français, financièrement aux abois, cherche par tous les moyens à récupérer de l'argent. Absolument tous, même illégaux. Les dénégations de son ministre de l'économie interrogé par un journaliste suisse n'y changent rien, mais mettront du baume au coeur de tous les Français abreuvé de politiquement correct à longueur d'interview.

Face à la bête blessée, la Suisse se contente de jouer les bonnes poires, son exécutif cédant sur tout: Peut-être les brillants négociateurs helvétiques se disent, comme d'autre avant eux, qu'il ne faut pas fâcher un pays hostile de peur de mettre ses interlocuteurs en colère... Paris a fait l'effort de venir poser ses exigences sur la table des négociations, cette attitude positive méritait bien une réponse favorable en retour, n'est-ce pas?

Mais si M. Moscovici est reparti de sa réunion sourire aux lèvres, la partie n'est pas encore jouée. Les accords signés doivent encore être ratifiés par les assemblées législatives des deux pays. S'il n'y a guère de doute à avoir côté français, le passage devant l'Assemblée Nationale tenant de la formalité, l'affaire est compromise en Suisse.

A Berne, le parlement n'est pas une chambre d'enregistrement des décisions de l'exécutif. Les parlementaires avaient déjà dit non à la convention concoctée par M. Moscovici:

[La] décision du Conseil fédéral suscite stupeur et incompréhension chez nombre de parlementaires et de responsables cantonaux. Pour cause: le 19 juin, le Conseil national a accepté par 119 voix contre 62 une motion visant à interdire que des immeubles situés en Suisse puissent être imposés par un Etat tiers. Or cette possibilité est prévue par la nouvelle convention.

En s’engageant à signer le texte, le Conseil fédéral a choisi d’ignorer ce signal clair émis par une écrasante majorité de la Chambre basse contre la convention. Avec pour conséquence un blocage annoncé du dossier.


A croire que Mme Widmer-Schlumpf, en rien déstabilisée par l'échec de sa façon de procéder pour la Lex USA, tenait à remettre le couvert exactement de la même façon! Aucune leçon n'a été apprise... A ce stade, est-ce de la persévérance ou de la bêtise?

Que va-t-il donc se passer? Selon toute vraisemblance, l'accord sera probablement rejeté. Il n'y aura plus de convention franco-suisse en matière de succession, ce qui rendra tout de suite plus compliqués tous les dossiers de succession transfrontaliers. Les héritiers ne s'en sortiront pas forcément plus mal ; entre un taux atteignant 45% ou un procès avec des frais d'avocat, il reste de la marge. Mme Widmer-Schlumpf, ridiculisée par des promesses d'accord qu'elle ne peut pas tenir, perdra encore un peu de son maigre capital de crédibilité.

Mais l'issue probable est certainement une loi ad-hoc de la part de Paris à l'attention des bénéficiaires d'un héritage venu de l'étranger, de Suisse ou d'ailleurs. Comprendre, des taxes spéciales. Et peu importe si les héritiers doivent mettre en vente les biens reçus à travers la succession pour s'acquitter de leurs droits ; la fiscalité française n'a jamais eu peur d'être punitive. S'ils cachent leur héritage, il sera toujours possible de les menacer lourdement pour des délits de fraude fiscale. C'est à la mode en ce moment.

La France ne reculera devant rien pour toucher sa part du magot. Le prétexte importe peu.

Quelles sont les motivations d'un Français d'un certain âge venant s'installer en Suisse? Profiter du cadre ou préserver de la voracité de l'Etat français un patrimoine pour le transmettre à ses enfants? Nul ne peut l'affirmer avec certitude. Mais désormais, il paraît clair pour toutes les personnes concernées que s'exiler hors de France ne suffit plus. Les héritiers doivent partir aussi. Ils le feront si le jeu en vaut la chandelle.

L'exode va donc aller s'accélérant. L'Etat français dévoré par la faim ne gagnera pas plus d'argent et, vexé, deviendra encore plus agressif.

Mise à jour (13 juillet): Une fiscaliste, Manon Sieraczek-Laporte, décrypte l'accord pour le Matin. En général, ils vont dans le sens d'un alourdissement de la fiscalité, puisque dans la plupart des cas d'un héritage transfrontalier les taux français s'appliqueront en priorité sur les taux suisses. L'accord prévoit un maintien des systèmes de taxation en vigueur en Suisse (entre 0 et 7%), avec une imposition cantonale suisse qui serait déduite de la taxation en France (20 à 45% en ligne directe). Mais d'autres explications sur le même texte font état de rétrocession française à hauteur de 5% maximum. De toutes les façons, les autorités fiscales françaises se retrouveront en mesure de taxer des biens immobiliers situés en Suisse.

Son analyse rejoint en fin de compte la mienne:

Et ce qui pourrait peut-être se produire alors, c'est que les héritiers se délocaliseraient aussi en Suisse, afin d'échapper à l'impôt français. On pourrait donc avoir un effet pervers de cet accord avec de nouveaux départs. Et là, ce pourrait être des gens plus jeunes et donc des départs plus préjudiciables encore à l'économie française.


En cas d'abandon de la convention, une double imposition pourrait survenir: dans le pire des cas, des gens en France héritant d'un Suisse seraient taxés de 0 à 7% de leur héritage en Suisse en tant qu'héritiers, et de 45% en France au titre de résidents...

Rappelons enfin que Mme Widmer-Schlumpf est venue avec d'autres cadeaux dans les bagages de son périple parisien, notamment un projet d'échange d'information bancaire automatique avec Paris. Quelle ambassadrice pour défendre les intérêts helvétiques!

10 juillet 2013

Le crépuscule du photovoltaïque

Pas en Suisse, rassurez-vous, mais bien en Allemagne. Dès 2018 et probablement avant, le gouvernement arrêtera de subventionner l'énergie solaire:

Le ministre conservateur Peter Altmaier avait fixé l'an dernier un plafond de capacité solaire installée au-delà duquel les pouvoirs publics arrêteraient de subventionner cette énergie. Il a déclaré lundi lors d'une conférence de presse que ce seuil de 52 gigawatts serait vraisemblablement atteint en 2017, au plus tard en 2018.


Le ministre de l'Environnement Peter Altmaier - un conservateur précise la dépêche, qu'on puisse identifier l'ennemi - ne fait rien d'autre que d'appliquer les contrats jusqu'à leur terme. Les subventions au photovoltaïque auraient-elles vocation à être éternelles? L'admettre reviendrait à avouer que ce type d'énergie ne sera jamais compétitif. Le compromis politique consiste à lancer la machine en y brûlant de l'argent jusqu'à un certain point. Or, le niveau d'équipement recherché est en passe d'être atteint:

A l'heure actuelle, les panneaux solaires installés en Allemagne ont une capacité cumulée de 34 gigawatts. Le régime de subventions - sous forme d'un prix garanti payé aux producteurs solaires pour chaque kilowatt-heure produit - a conduit à un véritable boom ces dernières années, particuliers et agriculteurs notamment se découvrant des vocations de producteur photovoltaïque. Le prix très bas des panneaux solaires en provenance d'Asie a aussi contribué à cet engouement.


Ah, l'engouement pour le solaire avec des prix d'Asie, quelle élégante tournure!

solaire_cassé.jpgLa semaine dernière, l'entreprise photovoltaïque Conergy de Hambourg a déposé le bilan après plusieurs restructurations, mettant un dernier lot de 1'200 employés allemands sur le carreau. La société existait depuis 1998 et avait un chiffre d'affaire de 473 millions d'euros. Cette faillite s'ajoute à celle de nombreuses autres: Q-Cells (1'700 postes supprimés), First Solar (1'200 postes supprimés), Odesun (260 postes supprimés), le spécialiste bavarois du solaire thermique Solar Millenium, l'entreprise berlinoise Solon, la firme de Westphalie Solarhybrid...

Qu'il est ensoleillé le secteur photovoltaïque allemand!

On voit donc une application concrète du fameux argument des "emplois verts". On savait que chacun de ces "emplois verts" détruit 3,7 emplois dans le privé en moyenne, mais on réalise également que ledit emploi vert a plus de chances d'apparaître dans une usine chinoise que dans un atelier européen, compétitivité oblige.

L'énergie photovoltaïque pas plus que l'éolienne ne contribuent à un approvisionnement sûr. Les aléas de la météo obligent les producteurs d'énergie sérieux à utiliser des sources d'énergie alternatives pour les situations défavorables, autrement dit, des centrales à gaz. Il faut en outre reconstruire entièrement le réseau électrique pour tenir compte de la répartition des sources d'énergie en fonction du vent ou de l'ensoleillement.

La transition énergétique allemande prévoit une utilisation de renouvelable à hauteur de 80% d'ici 2050 ; comme pour toute planification délirante, l'économie du pays aura jeté l'éponge bien avant. Selon le directeur du conglomérat industriel Siemens, l'Allemagne a englouti jusqu'à maintenant 216 milliards d'euros dans les renouvelables. Et pour quel résultat? L'Allemagne a un des prix de l'électricité les plus élevés d'Europe. Cela plombe la compétitivité de toutes les industries allemandes. La fameuse transition énergétique allemande, à peine entamée, est déjà un échec retentissant, au point de s'inviter dans la campagne électorale de Mme Merkel.

Les Allemands voient d'un mauvais oeil la litanie sans fin des dépôts de bilan des entreprises du secteur solaire alors qu'ils se saignent aux quatre veines pour payer l'installation de panneaux photovoltaïques et payent plus cher leur énergie pour subventionner la maigre production d'électricité de ceux-ci. Mais tous ont bien compris que l'engouement pour le renouvelable n'existe qu'à travers les subventions, c'est-à-dire des prix maintenus artificiellement bas grâce à des taxes spéciales sur les sources d'énergie efficaces.

On cherchera en vain la relation entre la subvention au photovoltaïque et l'amélioration de l'efficacité des cellules. Au contraire, l'argent public est un oreiller de paresse amenant les gens à s'équiper de panneaux peu performants et les industriels à corrompre les politiciens plutôt qu'à investir dans la recherche.

Perdant sur toute la ligne - fiabilité de l'approvisionnement, emploi, coût de l'énergie, déficit publics - le gouvernement allemand a décidé de jeter l'éponge. En annonçant le non-renouvellement de la subvention au photovoltaïque, le ministre de l'Environnement Peter Altmaier n'a rien fait d'autre qu'entériner une situation économique prévalant sur l'idéologie énergétique. L'expérience est close. Les nouvelles unités de production photovoltaïques en Allemagne devront être installées sans subventions ; autant dire qu'elles ne verront jamais le jour.

Les lubies écologistes sont tout simplement devenues inabordables, même pour l'Allemagne. Mais la Suisse, elle, a encore de l'argent à jeter par les fenêtres.