04 août 2013

Bienvenue dans le monde multipolaire

En accordant finalement l'asile politique à Edward Snowden, Moscou a donc fâché Washington. Tout rouge. Au point de remettre en question le tête-à-tête Obama-Poutine prévu en septembre en marge du sommet du G20 à Saint-Pétersbourg, rendez-vous compte!

Il paraît qu'en apprenant la nouvelle, certains diplomates n'ont pas pu finir leur homard.

Edward Snowden est un héros, le vrai lanceur d'alertes désintéressé. Le genre de type dont auraient rêvé tous les défenseurs de whistleblowers de par le monde. Sauf qu'en appelant à la création de lois pour les protéger, ceux-ci imaginaient plutôt le déballage de noirs secrets de multinationales agro-alimentaires. En dénonçant les dérives inacceptables du gouvernement américain, le chevalier blanc providentiel est subitement devenu embarrassant pour tout le monde. La plupart des politiciens souhaitant clouer au pilori de méprisables compagnies privées ont soudainement eu peur pour leurs propres dossiers.

Combien de Snowden errent dans les couloirs des bureaucraties mondiales? Réponse: pas assez. Espérons qu'il suscite des vocations. Mais la petite histoire rejoint la grande. Le destin d'un homme parfaitement inconnu il y a quelque mois influence désormais l'ambiance géopolitique mondiale. Rappelons la pantalonnade du voyage de retour d'Evo Morales, l'avion du président bolivien interdit de vol et même fouillé - au mépris de toutes les règles diplomatiques - au prétexte qu'il aurait pu abriter Edward Snowden! De tels épisodes influent durablement sur les relations entre les peuples...

Obama pourrait ne pas aller en Russie, finalement - ce qui donnerait encore plus d'importance au transfuge des services secrets américains. Les Russes pourraient aussi choisir en représailles de se ficher comme d'une guigne de l'absence d'Obama voire de s'en moquer, ce qui serait une humiliation supplémentaire pour les Américains. La péripétie Obama-Poutinesque n'est qu'un épisode parmi d'autres.

Toujours à propos de l'espionnage de ses alliés par l'Oncle Sam, l'Allemagne a décidé samedi de mettre un terme à l'accord de surveillance conjointe de son territoire avec la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Un geste symbolique sur un accord remontant à la Guerre Froide.

Le fait est qu'aujourd'hui, beaucoup de pays n'ont plus peur de se fâcher avec les Etats-Unis et ne s'en privent pas. Pour un pays qui imposait à l'ONU son plan d'invasion de l'Irak il y a dix ans, la dégringolade est colossale.

Nous sommes entrés dans l'ère du monde multipolaire.

edward snowden,manoeuvres politiques

Après l'effondrement de l'Union Soviétique sous ses propres mensonges, les Etats-Unis manquèrent l'opportunité historique de réduire un arsenal militaire obsolète faute d'adversaire. Cela aurait été trop demander à un Clinton pétri d'interventionnisme comme tout bon Démocrate, préférant à la place une Amérique-gendarme-du-monde - totalement incompétente, à l'usage, à s'acquitter de cette tâche.

Son successeur eut beau être élu sur un programme isolationniste, il était trop tard: la déclaration de guerre du 11 septembre lança les Etats-Unis dans un cycle de représailles sans victoire décisive possible puisque livré contre un concept, le "terrorisme international".

Une décennie plus tard, les Etats-Unis font moins peur que jamais. Les missiles pleuvent toujours sur le Pakistan et l'Afghanistan mais le géant est fatigué, mais aussi ruiné par son virage socialiste. Ce n'est pas un hasard si la défiance survient avant tout chez ceux qui se sentent financièrement solides - l'Allemagne ou la Russie - quand d'autres se font plus discrets.

Dans un monde multipolaire, la notion de havre de paix est toute relative. Edward Snowden doit fuir les tentacules de l'appareil d'Etat américain en se réfugiant en Russie. Entre la Chine, le Japon et Taïwan, les rivalités territoriales sont exacerbées parce qu'elles deviennent possibles. Les guérillas refleurissent. L'Iran nucléaire semble quasiment inévitable. Les instances internationales ont encore moins de sens qu'avant, chaque participant se faisant un plaisir de poignarder les vagues consensus à l'aune d'intérêts particuliers. Les principes sont émoussés et le cortège des nations ne parvient à s'entendre que sur ce qui leur profite à tous, comme la fiscalité transfrontalière. Et, bien sûr, alors que les cartes sont redistribuées, nombre de nations prétendent passer au premier plan.

La Suisse a un rôle à jouer dans ce nouveau paradigme, permettant par ses bons offices de perpétuer le dialogue entre des pays qui ne se comprennent plus. Modeste contrepartie d'un monde devenu terriblement dangereux.

Commentaires

Tant l'Union Soviétique que les U.S.A. sont responsables de l'apparition de ce monde multipolaire.

En attaquant l'Afghanistan, les soviétiques ont obligé les américains à s'impliquer et ainsi ils ont crée et financé Osama Bin Laden, devenu tellement embarrassant que les américains l'ont abattu comme un chien.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 04 août 2013

@Victor DUMITRESCU: dans votre univers fantasmagorique, Osama Bin Laden n'était rien d'autre qu'un type "devenu tellement embarrassant". Vous avez raison, ce qui est survenu un certain jour de septembre n'était rien d'autre que de l'embarras...

Écrit par : Stéphane Montabert | 04 août 2013

Snowden est un héros. Je n'aimerais pas être dans ses chaussures.

Je m'étonne de voir le cliché gauchiste d'Al-Qaeda créé par les Américains si peu contesté à chaque fois qu'il s'exprime, alors que l'absurdité de cet argument est évidente.

Supposons que les gauchistes aient raison. Supposons qu'Al-Qaeda ait été entièrement une création des Etats-Unis, financée et organisée pour lutter contre les Soviétiques en Afghanistan.

Les gauchistes et les islamo-complaisants se servent de cette hypothèse pour excuser le terrorisme musulman et pour condamner les Etats-Unis.

Mais c'est idiot. Cela montre une fois de plus que ces gens-là soutiennent le mauvais camp, qu'ils n'ont aucune logique et aucune moralité.

Cela suppose qu'il n'était pas légitime, pour les Etats-Unis, de lutter contre le communisme, y compris en finançant ses adversaires.

Cela suppose, plus encore, qu'il était légitime, pour Al-Qaeda, de trahir ses maîtres supposés et de se retourner contre eux.

C'est là qu'on voit à quel point les gauchistes sont vicieux et pervers. Si, comme ils l'affirment, Al-Qaeda n'était qu'une branche de la CIA, alors ils devraient s'indigner qu'elle ait osé mordre la main qui la nourrissait en perpétrant le 11-Septembre.

Mais non. C'est le contraire qui se produit : ils excusent les traîtres et ils condamnent leurs victimes.

Comme quoi, une fois de plus, on voit que la "pensée" tordue des gauchistes est une pure fraude intellectuelle, qui ne connaît qu'un principe : tout ce que font les Américains est mal (sauf si cela va dans le sens du socialisme et de l'islam), et tout ce que font leurs ennemis est bien (surtout si cela va dans le sens du socialisme et de l'islam). Une fois que vous avez compris ça, il vous suffit de dire n'importe quoi, pourvu que cela aboutisse à conforter le Principe de Départ.

Écrit par : Robert Marchenoir | 04 août 2013

@Monsieur Montabert une décennie plus tard les Etats Unis font moins peur écrivez vous et heureusement que Sarah Palin égérie des Créationnistes Evangélistes a chuté de son siège de gouverneur sinon ce ne sont plus des missiles qui seraient d'actualité, mais bien la bombe atomique .Les Américains l'ont échappé belle et nous aussi

Écrit par : lovsmeralda | 05 août 2013

Si seulement l'Allemagne pouvait prendre le leadership d'une Europe resserrée et décidée, et lui imposer son sérieux pour devenir enfin une entité crédible face aux USA, à la Russie, à la Chine. Une Europe vraiment européenne, qui organise un peu le grand foutoir administratif de notre continent, et cesse d'intervenir en ordre dispersé sur les cinq continents.

Quelle honte pour la France d'avoir interdit le survol de son espace aérien au président Morales, et de n'être capable d'aucune initiative intelligence en matière de renseignement, d'aucune position diplomatique originale et réellement humaniste. On voit bien que dorénavant c'est l'Allemagne qui a à la fois du pétrole et des idées ; mais il lui manque, malheureusement, encore la légitimité pour entraîner l'Europe derrière elle.

Écrit par : FangShuo | 07 août 2013

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