22 août 2013

Le mauvais débat de la redevance

Face à la redevance, nombreux sont ceux qui tiennent un discours limpide: chacun devrait payer pour ce qu'il consomme. On regarde les chaînes publiques, on écoute la radio, on paye, on ne les regarde pas et on ne les écoute pas, on ne paye rien. C'est l'évidence même. Mais payer pour ce qu'on consomme - la vraie justice finalement - revient à payer pour soi! C'est l'horreur individualiste! La fin de la redistribution et de ceux qui l'organisent! La fin du clientélisme! La fin de la coercition fiscale! La fin du socialisme! La fin des haricots! La fin de tout!

L'enjeu dépasse la simple notionredevance,médias,eric felley de redevance. Face à un exemple qui pourrait faire tache, les politiciens débattent. Dans les travées du Parlement, la Commission des transports et des télécommunications (CTT) du Conseil national décide de ne pas suivre l'avis du Conseil Fédéral et de créer une exception à l’obligation générale. Question de principe. Les rares individus à ne posséder ni télévision, ni radio, ni connexion Internet ni smartphone (les personnes kidnappées?) auraient le droit de signer une déclaration de non-possession les libérant de l'obligation de payer.

C'est une étape comme une autre dans un débat qui ne fait que commencer, le nouveau projet de redevance devant voir le jour en 2015. Mais sur le sujet, le chroniqueur Eric Felley se fend d'un commentaire valant le détour dans un article du Matin. Il donne un bon aperçu de la soif d'étatisme qui imprègne le milieu de la presse. On y lit ainsi ce morceau de bravoure collectiviste:

En Suisse, indirectement, tout le monde paie pour les CFF, même ceux qui ne prennent pas le train. Tout le monde paie pour les routes, même ceux qui n’ont pas de voiture. Dans la même logique, tout le monde devrait payer pour le service public audiovisuel, mais plus sous la forme anachronique de la redevance, qui frappe le milliardaire comme l’employé.


Quelle logique? La logique de l'injustice? Invoquer l'automobile - le diable incarné - est une figure de style convenue pour attirer l'adhésion, mais notre journaliste fait erreur. Les automobilistes payent bien plus de taxes qu'ils ne coûtent à la collectivité. Ce n'est pas la même chose des transports publics, trains en tête (et recevant d'ailleurs une bonne partie de la manne soutirée aux automobilistes) pour lesquels les Suisses payent même sans acheter de billet.

Admirons la dernière phrase, l'anachronisme décerné par le visionnaire. Le milliardaire vs. l'employé! Le riche nabab contre l'humble travailleur, il faut sacrifier l'un d'eux, choisissez! Quelle vision moderne en effet! Mais quid de la durée passée par les uns ou les autres devant la télévision? Emporté dans la lutte des classes, Eric Felley - "le jazzman, le peintre, l'écrivain, le poète, accidentellement devenu journaliste mais sûr de ses talents, se sentant investi d'une mission: celle de vivre la grande aventure de l'intérieur, d'occuper l'écran pour laisser s'épanouir son génie naturel" disait de lui Le Temps - perd le sens de la réalité, et probablement tout contact avec le sol.

Et arrive au paragraphe sur les solutions:

Supprimer la redevance, soit. Mais par quoi la remplacer? La TVA est déjà tellement sollicitée qu’à Berne on préfère la garder pour autre chose. Le mieux, pour assurer l’avenir de la SSR, serait de lier le financement du service public à l’impôt fédéral direct. Cette solution serait non seulement plus populaire mais surtout nettement plus égalitaire.


Aïe. Quel manque d'imagination! Le commentaire s'intitulait pourtant "Il faut supprimer la redevance!", mais les meilleurs titres cachent parfois des navets... Car le problème est moins dans le financement des réseaux publics que dans leur légitimité.

Bien qu'il ait ses adeptes, l'impôt et ses variantes, comme la conscription ou les taxes, sont des mécanismes coercitifs profondément injustes. On répète régulièrement que ces maux sont un sacrifice nécessaire à la vie en société ; il n'en reste pas moins que pour rester vivables, les douleurs doivent être réduites au minimum. Quelle est exactement la mission de service public de la Société suisse de radiodiffusion et télévision? Diffuser les Experts en prime-time? Les matchs de foot internationaux déjà disponibles sur d'autres chaînes?

Au mois de mai, dans le cadre de sa politique des médias, l'UDC avait déjà interpellé le Conseil Fédéral sur ce point essentiel: encaisser 1,2 milliards de francs par an de redevances pour entretenir vingt chaînes de radio et de télévision diffusant du divertissement en permanence est-il vraiment indispensable? Si oui, fermez le ban et payez votre redevance avec le sourire, cet argent vient de vos poches.

En se concentrant sur les meilleurs moyens de faire payer les autres plutôt que sur la justification de la facture, Eric Felley se trompe de débat ; à sa décharge, il n'est pas le seul. Pour prendre le problème par le bon bout, il faut commencer par décider précisément de la mission de service public de la SSR. La redevance ne doit payer que cela. Le reste de la grille des programmes relève de l'argent que la régie parvient à collecter au travers de ses recettes publicitaires.

On devine que cette approche diminuera bien plus l'addition que le désir secret de faire payer les autres sur des prétextes hypocrites. Il n'y a pas assez de riches en Suisse pour s'acquitter d'une redevance annuelle de 1,2 milliards de francs. Mais les étatistes sont nombreux à Berne, tous partis confondus. On peut donc s'attendre à des discussions sur les moyens de faire payer la facture plutôt qu'une remise en question du montant de celle-ci. Hélas.

Personne n'aime payer la redevance mais elle a au moins un mérite: réveiller le libéral qui sommeille en chacun de nous!

Commentaires

Le pire n'a pas encore été énoncé. Mais ça viendra en temps utile; ça ne sera plus par ménage qu'on comptabilisera... mais par tête de pipe avec tout le cortège de dérogations digne d'une merveilleuse sociale-démocratie.

C'est quand même fou, pour les poubelles on a bien réussi à imposer (non sans mal) le principe du pollueur payeur... comme pour le tabagisme, mais pour l'écouteur payeur, surtout pas, faut ça collectiviser, mieux encore: mutualiser ! Mon Dieu, faites que ceux qui n'écoutent pas paient pour ceux qui n'entendent que la bonne parole!

Quand l'Esprit sain du Matin écrit: «En Suisse, indirectement, tout le monde paie pour les CFF, même ceux qui ne prennent pas le train. Tout le monde paie pour les routes, même ceux qui n’ont pas de voiture».

Ben, c'est même pas vrai, ceux qui ne vont qu'à pied ou à vélo, ne paient ni pour le train ni pour la voiture... si ça trouve ils ne paient même pas d'impôts... et touchent leur subsistance par les couillons qui vont en train ou en voiture. Parole du saigneur !

Avec la taxe poubelle audiovisuelle généralisée, ça sera du pareil: ceux qui n'écouteront pas paieront pour ceux qui entendront... et si ça se trouve, certains de ceux qui entendront toucheront même leur subsistance des couillons qui ne veulent entendre... Parole du saigneur !

Écrit par : petard | 22 août 2013

" Supprimer la redevance, soit. Mais par quoi la remplacer? "

Par plus de pub radio comprise. En suisse alémanique il y a trop de chaînes radio et TV. Comparativement à la Suisses romande on paie trop pour des chaînes radios et de TV dont beaucoup de romands ne peuvent profiter. Tout le monde ne parle pas allemand ou suisse allemand. Je pense qu'une chaîne de radio d'info et d'émission culturelle et politique comme la première et une musicale pour les jeunes et éventuellement une autre pour les moins jeunes suffit largement. En Suisse allemande rien que pour les jeunes il y a plusieurs chaînes musicales qui existent. Au nom de quoi tout les citoyens devraient payer pour des chaînes qui se ressemblent d'un même groupe publique. Et come vous le dites plusieurs chaîne de TV qui font du divertissement rien de plus. des chaînes clones et toujours essentiellement en Allemand.

La Télévision suisse devrait aussi être accessible sur les bouquets payant à l'étranger. Cela générerait aussi des revenus. Aujourd'hui seul les résidents suisses de l'étranger peuvent recevoir les chaînes de la SSR via le satellite.

Et surtout libéraliser le marché de l'audiovisuel. Cela évitera à la SSR de s'octroyer des parts de marché qu'il a obtenu unilatéralement. Quand j'ai entendu un jour Gilles Marchand qui était directeur de la TSR ( je ne sais plus si il est toujours le boss )qui décrète que le Suisse romande n'est assez grande pour une chaîne concurrente de TV privée de taille comparable à celle de la TSR. On se demande bien comment il peut le savoir vu que l'on en a jamais fait l'expérience.

Bref on peut largement diminuer les coûts d'exploitation de la SSR tout en augmentant ses revenus.

D.J

Écrit par : D.J | 23 août 2013

Prenez exemple sur la France, ce n'est pas souvent qu'elle est plus libérale que la Suisse ! Chez nous, on peut déclarer au fisc qu'on n'a pas de télé... et alors on ne paye pas la redevance. Enfin, pour le moment...

Écrit par : Robert Marchenoir | 24 août 2013

Les commentaires sont fermés.