09 septembre 2013

Saucisse à rôtir et Lutte Finale

Le 22 septembre 2013, la population suisse sera amenée à se prononcer sur une révision partielle de la loi sur le travail.

La modification est mineure: les exploitations qui aujourd'hui déjà ont le droit d'ouvrir 24 heures sur 24 un bar à café, un kiosque et une station-service pourront également vendre en permanence l'assortiment complet de leur shop. Il s'agit donc seulement de mettre un terme à l'absurdité d'un magasin ouvert mais dont une partie du contenu est interdit de vente entre 1h et 5h du matin.

L'amendement est si infime et peu choquant qu'il a été soutenu par le Conseil Fédéral et de confortables majorités dans les deux chambres du Parlement. Mais pour la gauche, la moindre modification représente l'hallali.

Le PLR Christian Lüscher a probablement dû être le premier surpris de la levée de bouclier suscitée par sa proposition. Il n'y a pourtant rien de surprenant. Les syndicats et la gauche, tous pays confondus, passent le plus clair de leur temps à des glapissements hystériques pour dénoncer les libéralisations sournoises et autres privatisations rampantes réelles ou imaginaires (Sachant qu'une libéralisation ne saurait être que sournoise et une privatisation que rampante ; la Bête se déplace par reptation...)

Au vu des affiches de campagne, la liberté de vente de l'intégralité de l'assortiment entre 1h et 5h du matin semble rien de moins que la fin du monde:

votation du 22 septembre 2013,prise de position
La gauche et sa vision positive du travail... (cliquez pour agrandir)

Les défenseurs de la réforme, eux, détournèrent le symbole révolutionnaire en choisissant comme emblème un poing levé brandissant une saucisse et le slogan "libérons les saucisses à rôtir!", ajoutant le crime de lèse-majesté à la longue liste de leurs forfaits.

votation du 22 septembre 2013,prise de positionEntre ces deux visions que tout oppose, la règlementation du travail. Pour les uns, il n'est question que de mettre un terme aux aberrations d'une règlementation tatillonne. Les commerces ouverts la nuit doivent couvrir d'un rideau certains rayons quatre heures par nuit - dont la fameuse saucisse à rôtir, mais seulement si elle est crue!

En face, pétris de lutte finale et d'affrontements homériques pour le destin du monde, on se fait peur en se persuadant que si le changement est accepté, c'est le début de la fin, l'emploi de nuit généralisé, le travail sur appel...

Invitée à informer sur le sujet, la RTS livre un reportage mettant en parallèle la terrible situation d'une boulangerie à côté d'une station-service, qui pourrait - notez le conditionnel - ouvrir en continu. Contre toute attente, le boulanger ne rejette pas l'idée d'une ouverture la nuit mais demande simplement l'égalité de traitement:

"C'est soit tout le monde a le droit d'ouvrir la nuit et le droit de tout vendre, ou tout le monde ferme la nuit et personne n'a le droit de [ne] rien vendre."


Le gérant de la station-service voisine ne semble pas lui non plus prêt à s'engouffrer dans l'enfer ultra-libéral des shop ouverts 24 heures sur 24:

"on n'a pas la rentabilité bien que sur un axe très fréquenté... Ca ne me permet pas de travailler [de façon rentable] la nuit... J'ai besoin d'une personne pour la sécurité, de deux personnes à la caisse..."


Autant pour les stéréotypes du gentil-boulanger contre le méchant-pompiste. On oublie souvent que l'ouverture d'un commerce implique des charges certaines: électricité, chauffage, assurances, salaire des employés. Pour que l'opération soit rentable, il faut que les ventes suivent. Or, si le changement proposé met fin à quelques aberrations règlementaires, il est peu probable que la ventes de fleurs fraîches ou de saucisses crues entre 1h et 5h du matin suffise à elle seule à lancer des dizaines de gérants dans l'aventure, sur les 1'300 que compte la Suisse. Et le feraient-ils, le chiffre d'affaire de cette tranche horaire sera-t-il à la hauteur?

Aujourd'hui, une poignée de stations services ou de gares bénéficient de possibilités étendues et livrent une concurrence déloyale aux autres commerces avec le blanc-seing des politiciens. C'est la pire des situations, lorsque l'inégalité est instaurée et entretenue par la loi elle-même.

Selon le dernier sondage, la population helvétique est indécise: 46% serait pour ou plutôt pour, 47% contre ou plutôt contre, et 7% n'aurait pas encore pris position. La mienne est claire: je souhaite la fin de toutes les interdictions arbitraires sur les heures d'ouverture des commerces et sur l'assortiment soumis à la vente. Ce ne serait pas le règne de l'anarchie pour autant ; les syndicats notamment auraient un rôle à jouer en négociant les modalités du travail de nuit.

La décision d'ouvrir à certaines heures doit revenir au commerçant et à ses employés, pas à des politiciens. Malheureusement, nous ne sortirons pas de ce mode de pensée le 22 septembre, quelle que soit la décision sortie des urnes.

Commentaires

Ce sera NON, et je renvoie à sa copie l'avocat bling bling genevois!

Ce monsieur ce permet d'exiger d'être servi à 3 heures du matin, par des larbins sous payés, afin qu'il puisse acquérir des saucisses à frire!

Le respect de la famille et de nos traditions valent bien mieux que le caprice consummériste de ce citadin prétentieux.

Écrit par : Traditions et Famille! | 10 septembre 2013

Ce sera OUI. Que les syndicats jouent leur rôle et surtout que les interdictions en tout genre arrêtent de se multiplier. La liberté avec le sens de la responsabilité est un droit de l'homme.

Écrit par : Zendog | 10 septembre 2013

@"Traditions et Famille!": Entre votre pseudo mensonger et vos attaques ad hominem contre M. Lüscher, bravo, je vous décerne un bon point, vous avez bien travaillé votre rhétorique marxiste.

Si vous vous étiez donné la peine de lire le texte, vous auriez peut-être compris qu'il n'est pas question de changer les horaires d'ouverture. M. Lüscher n'a eu de cesse de le rappeler face aux mensonges des opposants. D'ailleurs, les heures d'ouverture des shops des stations-service sont réglées par des dispositions cantonales.

Les employés de shops travaillent déjà la nuit aujourd'hui; il s'agit juste d'enlever le rideau (littéralement) qui les oblige à couvrir une partie de l'assortiment à certaines heures. Une règlementation absurde de moins, c'est toujours bon à prendre, même s'il s'agit ici de quelque chose de très modeste. Faut-il être hystérique pour y voir la lutte finale!

Mais tout cela, vous le savez déjà fort bien. Vous êtes assez représentatif de votre camp, finalement, jusqu'à votre invocation des traditions et de la famille - que vous exécrez - dans l'espoir de semer la confusion chez l'électeur.

Écrit par : Stéphane Montabert | 10 septembre 2013

Un des arguments traditionnels des opposants à l'extension des heures d'ouverture des magasins, c'est le fait que les vendeurs seraient "sous-payés". Il n'y a aucune raison que cela soit le cas. En fait, c'est le contraire.

En France, une coalition hétéroclite de catholiques anti-libéraux et de syndicats gauchistes anti-entreprise se bat contre les autorisations d'ouverture des grandes surfaces le dimanche.

Hélas, les salariés de ces entreprises soutiennent massivement l'ouverture dominicale ; leurs salaires sont 50 % à 100 % supérieurs ce jour-là. Ce qui tombe sous le sens, d'ailleurs : comment obtenir des employés qu'ils travaillent la nuit, ou le dimanche, sinon en leur proposant des compensations ?

Ceux qui s'insurgent contre l'idée de faciliter la vie des acheteurs et le commerce en général ne répondent jamais à la question : si ce qui les motive est vraiment le bien-être des employés et une question de principe, comment se fait-il qu'ils ne réclament pas l'arrêt des trains à partir de 20 h, l'interdiction des autobus le dimanche, la fermeture des musées et des restaurants ce jour-là, l'arrêt des émission de radio et de télévision les jours de fête, l'interdiction de transporter le courrier la nuit ou le dimanche ?

La vérité est que ce genre de protestation est le fruit d'une idéologie néo-marxiste. Elle est le fait de gens qui sont avant tout anti-capitalistes, anti-entreprise. La volonté du peuple et le bien-être des gens ne sont pas leur problème.

P.S.: j'aimerais bien voir l'affiche sur la libération des saucisses...

Écrit par : Robert Marchenoir | 10 septembre 2013

@Robert Marchenoir: c'est chose faite.

Écrit par : Stéphane Montabert | 10 septembre 2013

Hahaha, merci Monsieur Montabert, elle est superbe ! Je l'avais cherchée sans succès sur le Web ; je pense que je vais l'offrir à mon boucher...

LEGALIZE IT !

Écrit par : Robert Marchenoir | 11 septembre 2013

Avez vous pensé à ce pauvre vendeur qui risque de s'ennuyer un peu moins car il aura quelques clients de plus...
C'est ce qu'il y a de plus dure dans le travaille de nuit, l'inaction .
Alors par pitié pensez à ces personnes qui de toute façon sont présentes , libérez les saucisse.
Et laissez nous travailler la nuit si nous en avons le besoin ou l'envie.
N'importe quel job plutôt que l'aide sociale.
Car moins l'état intervient dans ma vie privée plus je me sans libre!
Celui qui veut sécurité et liberté risque bien de perdre les deux! Winston Churchill

Écrit par : Christian Pougnier | 11 septembre 2013

M. Montabert: faites-nous plaisir, retournez vivre en France. Ce pays vous sied mieux. Vous aurez tout loisir de maudire les syndicats -français- et de vous en prendre à toute velléité de défense des travailleurs - français-.
Ici en Suisse, nous sommes attachés à la quiétude, au bien-être des travailleurs et à limiter la précarisation de leurs conditions de travail, au contraire de ce qui se passe chez nos voisins en Europe.

Votre volonté de limiter ce débat au pour ou contre la saucisse à rôtir montre au mieux une incompréhension des Suisses, au pire un mépris du personnel de la vente et un mépris total des petits commerçants qui seront mis, toujours plus, sous pression. La concurrence avec les grands distributeurs est grande, et ça n'est pas un hasard si Coop et Migros ont eux aussi ouvert des stations-service et se sont alliés aux pétroliers, tels que Shell avec Migrolino.

Ce sera NON et NON ! Bon vent à vous. Mes hommages et bon retour chez vous!
Mais sans doute êtes-vous pour la libéralisation afin de favoriser vos compatriotes frontaliers employés des stations-service, prêts à tout puisque franc fort. Donc un mépris des travailleurs de ce pays TOTAL !!!

Écrit par : William | 12 septembre 2013

@William: calmez-vous donc, vous êtes tout fâché. Il n'y a pas de quoi je vous assure. Votre agitation vous fait dire des bêtises; mon point de vue est pourtant exposé clairement dans mon billet. Bien d'autres lecteurs ont compris mon point de vue, pourquoi n'y parviendriez-vous pas?

Sinon, si vous vous étiez donné la peine de lire le projet soumis au vote (ce dont je doute) vous auriez vu par exemple qu'il ne contient AUCUNE modification aux horaires de travail. Il ne s'agit que d'éliminer les restrictions absurdes de vente de l'assortiment dans des shops où les gens travaillent, déjà, la nuit.

Un mot est écrit en majuscule dans le paragraphe précédent, saurez-vous le retrouver?

Quant à la France, je la connais, rassurez-vous - et mieux que vous. Et c'est aussi parce que j'ai fui ce pays pour des raisons politiques que je contribue autant que je peux à éviter que la Suisse ne suive le même chemin. Mais j'imagine que pour vous la France est le royaume de l'ultralibéralisme sauvage (rires)

Écrit par : Stéphane Montabert | 13 septembre 2013

" Ici en Suisse, nous sommes attachés à la quiétude, au bien-être des travailleurs "

Le bien être de l'individu commence par respecter son libre choix. Pour un travailleur qui ne voit aucun problème à travailler la nuit, son bien-être ne regarde que lui et non les socialistes ni l'état. C'est comme quand les socialistes estiment que rien ne justifie d' aller acheter des saucisses à trois heure du matin. Depuis quand doit-on se justifier pour aller faire des courses peu importe l'heure? Si cela emmerde les socialistes d'aller faire des courses à trois heure du matin libre à eux. Mais ils ont pas à imposer leurs choix aux autres.

" montre au mieux une incompréhension des Suisses, au pire un mépris du personnel de la vente et un mépris total des petits commerçants qui seront mis, toujours plus, sous pression. "

Ceux qui méprisent les petits commerçants sont surtout les pouvoirs publics. On le voit bien avec la gauche bienveillante lausannoise qui a du mépris pour les commerçants juste bon à payer des impôts. Ces derniers se plaignent surtout des pouvoirs publics avec leurs règlements tatillons, leur règlement sur les heures d'ouverture dont un dépassement de 10 minute leur vaut un risque d'une amende de 300 frs ou encore les politiques urbanistes qui font tout pour faire fuir les commerçants de la capitale vaudoise.

Dans un autre registre que le thème exacte du billet; Marchenoir en parlant des restaurants montre comment en Suisse les anti-ouverture des commerces le dimanche sous prétexte que l'on doit respecter la vie de famille se foutent bien de celle des serveurs de resto, de bar etc.... Combien de socialistes qui militent pour le respect du repos dominical vont au resto le dimanche? Il y a des tonnes. On ne le répètera jamais assez que la vie de famille, le repos dominical ne regardent que la personne concernée du moment qu'on lui laisse le choix. Les socialistes décrètent que travailler le nuit et le dimanche et mauvais pour le travailleur sans lui demander son avis. Les socialiste se croient seuls qualifiés pour définir comment un individu doit-être heureux.

On a là un bel exemple de collectivisme socialiste contre la liberté individuelle.

D.J

Écrit par : D.J | 13 septembre 2013

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