17 septembre 2013

L'armée, service compris

Le 22 septembre, une n-ième initiative du GSsA (Groupe pour une Suisse sans Armée) se fera balayer par le peuple. Pour une fois cependant, l'angle d'attaque original adopté contre l'armée de milice, mettre un terme à l'abrogation de l'obligation de servir, soulève des questions intéressantes.

armée de milice,armée,votation du 22 septembre 2013,prise de positionL'armée de milice représente par essence un sacrifice: effort de l'intégration dans la troupe, perte de temps, gêne financière et professionnelle, coûts, pollution. Pourquoi infliger cela à tous ceux qui ne le souhaitent pas? Dans un esprit de liberté individuelle et de responsabilité, l'adhésion à l'armée de milice ne devrait-elle pas obéir à une logique de volontariat?

Dans les autres arguments avancés par le GSsA, on peut aussi compter la barrière de plus en plus floue entre armée de métier et armée de conscrits:

L’armée suisse a déjà 40’000 spécialistes (instructeurs, analystes, techniciens et informaticiens, officiers supérieurs professionnels, etc.). Ce sont des professionnels, à plein temps ou de milice.


Face à des tâches de plus en plus techniques, l'armée doit pouvoir compter sur des professionnels sur une longue durée et pas seulement lors des cours de répétition. La professionnalisation progressive de l'armée est un fait, affaiblissant encore la position des partisans de l'armée de milice au sens strict.

Il est malheureusement difficile de suivre le GSsA sur l'ensemble de son argumentaire tant l'activisme imprègne la moindre phrase, le tout oscillant entre le grotesque - il n'y aura plus de guerre "parce qu'elle est interdite depuis l’adoption de la charte de l’ONU en 1945" - et les envolées lyriques propres à l'utopie - "il faut apprendre le respect d’autrui et de la chose vivante"...

Il existe, c'est vrai, quelques pays sans armée. Dans la liste, on relèvera ironiquement la présence du Vatican protégé par les Gardes Suisses! Tous sont de petite taille ou faiblement peuplés, beaucoup sont insulaires ; ils dépendent exclusivement d'alliances avec des puissances plus grandes pour se défendre. A noter aussi qu'à l'inverse du GSsA, aucun de ces pays ne prône l'abandon pure et simple de la protection du territoire au prétexte que les guerres appartiendraient au passé.

La Suisse ne dispose d'aucun "grand voisin" suffisamment puissant et pétri de bonnes intentions pour assurer ce rôle. A qui ferions-nous confiance? Quelle garantie avons-nous d'ailleurs que ce génie bienveillant accepterait? Sur le strict plan financier, comment savoir s'il ne demanderait pas en échange des contreparties plus chères que le coût de notre armée actuelle, et dès lors, quels seraient nos moyens de recours?

Le GSsA met toutes les armées dans le même sac - les armées des démocraties comme celles des dictatures, les professionnelles comme celles de milice, dans un manque de discernement assez caractéristique d'un type de pensée absolutiste. Pensons par exemple aux mouvements anti-armes où le discours fait rarement la différence entre une arme à feu dans les mains d'un policier ou de celles d'un malfrat, entre les armes servant à protéger la société et celles qui lui nuisent. Voilà par exemple une des énormités que le GSsA se sent obligé de servir dans sa croisade antimilitariste:

[S]ans la conscription et les levées de masse, les guerres mondiales n’auraient pas été possibles.

 
Correction: sans la conscription et les levées de masse, les guerres mondiales n’auraient pas été gagnées.

Concédons tout au plus que la Suisse n'est pas menacée militairement à l'heure actuelle. Les conflits territoriaux appartiennent-ils au passé? Nul ne le sait. Les armées ont souvent une guerre de retard ; l'identification des menaces futures est incertaine. Toutefois, l'examen des conflits récents en Europe, au proche et au moyen-Orient montre les affrontements les plus susceptibles de survenir: velléités indépendantistes, émeutes économiques, épuration ethnique, guerre interconfessionnelle, effondrement généralisé de l'Etat et déplacements de population.

Or, dans toutes ces configurations, l'armée de milice offre sans doute la réponse la plus adaptée par ses liens direct avec les habitants, son implantation locale, et le nombre ahurissant de soldats qu'elle peut rassembler en temps de crise. Dans une guerre de basse intensité, vous n'avez pas besoin d'une poignée de surhommes et de missiles dernier cri, mais d'une troupe nombreuse, sereine, proche de la population et connaissant bien le terrain.

L'obligation de servir est évidemment un sacrifice ; certains avancent qu'il ne serait pas "libéral" de procéder ainsi. C'est bien mal connaître le libéralisme. Pour les libéraux, l'Etat doit se concentrer sur ses fonctions régaliennes, justice, police, armée, et remplir ces tâches avec sérieux. Le libéralisme prône la responsabilité, pas un hédonisme utopique où chacun ne ferait que ce qui lui plaît.

Reste enfin la discussion ouverte sur les meilleurs moyens d'atteindre la sécurité. L'organisation militaire à un instant donné est le résultat d'un faisceau de compromis ; en tant que telle, elle prête toujours le flanc à la critique. L'abrogation de l'obligation de servir améliorerait-elle la situation? On pourrait argumenter que seuls les plus impliqués feraient l'armée, renforçant la motivation moyenne de la troupe. Mais on oublierait alors que le but de l'armée de milice est d'accorder une formation militaire au plus grand nombre.

Prenons un parallèle: les cours de samaritain sont obligatoires pour passer le permis de conduire. Tous les apprentis-conducteurs n'ont pas vocation à devenir secouristes. La plupart d'entre eux n'auront jamais à mettre en pratique ces connaissances au cours de leur vie. Pourtant, elles pourraient faire la différence au moment critique. Chacun comprend l'utilité de cette formation et nul ne songerait à la supprimer!

Avatar tardif de la guerre froide, le GSsA visait comme tous les mouvements pacifistes d'Europe de l'Ouest à affaiblir l'armée locale face à une éventuelle invasion par le Pacte de Varsovie. Depuis la disparition de la menace communiste les antimilitaristes forcenés continuent sur leur lancée sans qu'on sache s'ils ont succombé à leur propre endoctrinement ou souhaitent faciliter la prochaine tentative d'invasion, d'où qu'elle vienne.

Le GSsA ne veut pas mettre un terme à l'obligation de servir mais à l'armée elle-même. L'obligation de servir n'est qu'un moyen. Ceux qui comprennent la nécessité de l'armée mais pensent possible d'en avoir une sans obligation de servir devraient garder ce détail à l'esprit.

Commentaires

Que pensez vous de cette déclaration du PDG de Dassault aux parlementaires français :

«Quant au Gripen, les Suisses, en l’achetant, admettent eux-mêmes qu’ils se déclassent en division d’honneur. Leur choix stratégique est de faire semblant d’avoir une aviation de combat tout en achetant le modèle le moins cher. Tant que l’on ne fait pas la guerre, ce n’est pas très grave.»

Écrit par : Franck Boizard | 17 septembre 2013

Mon point de vue sur le Gripen a été abordé ici:

http://stephanemontabert.blog.24heures.ch/archive/2012/02/21/des-gripen-bien-grippes.html

Le post a un an et demi mais garde toute sa pertinence. Le PDG de Dassault a raison: le Gripen est inférieur au Rafale. Mais à quoi bon? Personne ne s'en cache et la Suisse, que ce soit avec le Gripen ou le Rafale, n'aura pas assez d'avions pour constituer une force aérienne notable. Tout au plus pourra-t-elle, à plein régime, assurer le minimum en situation de crise.

Dans la mesure où la Suisse n'ambitionne de toute façon pas de disposer d'une armée de l'air capable de faire la guerre, le Gripen est un choix raisonnable.

J'ajouterai qu'outre les qualités techniques des appareils, les relations que la Suisse entretient avec les pays fournisseurs a certainement joué un rôle dans son choix. Les contrats d'armement sont des engagements à long terme ; il est difficile de les signer avec un pays dont les responsables politiques successifs (et de majorités différentes) ont en commun le désir de vous nuire.

Écrit par : Stéphane Montabert | 17 septembre 2013

"il est difficile de les signer avec un pays dont les responsables politiques successifs (et de majorités différentes) ont en commun le désir de vous nuire."

C'est rédhibitoire. On n'achète pas un avion de combat à un pays hostile. A part si on est le chef du PLR (Philipp Müller), parti qui n'en est pas à cela près pour brader la Suisse...Ecopop, initiative écofasciste, par exemple (Yves Rossier).

Cela dit, le Rafale est certainement un très bon avion, mais ce qui fait la différence dans une confrontation, c'est l'armement...

A méditer, comme vous dites.

Écrit par : Géo | 18 septembre 2013

Une pointe de chauvinisme pour orienter une prise de position??? Nous sommes en Suisse et il y a sur divers blogs des spécialistes en aviation et connaissant parfaitement notre spécificité helvétique, qui recommandent le Gripen et le trouvent parfaitement adéquat! Donc l'avis du PDG de Dassault, en l'occurrence -juge et parti- on s'en fout!
Nous nous référerons donc aux avis compétents pour mettre un bulletin dans les urnes....si nécessaire!

Écrit par : Corélande | 18 septembre 2013

"Le PDG de Dassault a raison: le Gripen est inférieur au Rafale."
Réponse de Pascal Kümmerling sur son blog :
"Certain on du mal avec la défaite, le Rafale F3 était très bon en 2008, mais le Gripen E l'a rattrapé et dépassé tout comme l'Eurofighter T3. Plusieurs amélioration comme le viseur de casque ne sont toujours pas disponible sur le Rafale, la sychronisation de l'IRST ne deviendra réalité que bien plus tard."

Écrit par : Géo | 18 septembre 2013

Je suis peut-être un chauvin de Français mais les justifications techniques me semblent bien faibles.

Écrit par : Franck Boizard | 18 septembre 2013

" Dans un esprit de liberté individuelle et de responsabilité, l'adhésion à l'armée de milice ne devrait-elle pas obéir à une logique de volontariat? "

ça ma doucement fait rigoler d'entendre les verts militer pour l'abolition de servir en prétextant que les verts défendent les libertés individuelles. Pour un parti qui ne parle que d'instaurer des lois liberticide et interventionnistes pour interdire, obliger et contraindre c'est vraiment se foutre de la gueule du monde.

Le GSSA veut enfumer le peuple avec son initiative. Elle espère que personne sera assez con pour aller faire un service militaire facultatif et qui ne sera pas professionnel mais toujours milicienne. La plupart des employeurs jouent le jeu étant que cela reste obligatoire. Quand se sera facultatif les employeurs seront bien moins tolérant. " C'est l'armée ou ton travail tu choisi? Et c'est bien là dessus que joue le GSSA. Supprimer l'armée en douceur. La rendre inattractive pour dire " vous voyez; l'armée en Suisse personne en veut ".

Deux choses à préciser concernant les opposants à l'armée:

Notre armée n'est plus adaptée aux conflits actuels. On pense au terrorisme dont nos chars et avions ne servent à rien on l'a vu avec le 11 septembre. Ainsi qu'avec cyberterrorismes avec les mêmes arguments.

Pour ce qui est du terrorismes. Si les groupes terroristes islamistes font justement du terrorisme contre les occidentaux ( leurs ennemis principaux qu'il veulent anéantir à terme pour y imposer un califat ) c'est justement qu' ils n'ont ni les moyens matériels et ni les moyens humains pour lever des armées pour rivaliser aux nôtres pour conquérir nos terres occidentales.

Pour le cyber terrorisme que la gauche veut mettre à profit à la place de nouveaux avions de combat semblent un peu oublier que ce sont les premiers à tirer à boulet rouge contre Big Brother pour un oui pour un non. Ces mêmes également qui ont été scandalisé par les écoutes illégales de la NSA. Même si ces derniers ont franchement un peu trop abusé; faudra aussi savoir jusqu'où les opposants à l'armée char et avion pour l'armée anti-cyber-terrorisme accepterons la surveillance via internet pour parer à toute éventualités? Avec eux faudra surement être vigilant sans surveiller personne.

La deuxième chose que l'entend des opposants à notre armée est:

En cas de vrai conflit elle ne servirait à rien elle serait inefficace. On pense en disant cela à la bande d'incapables qui la dirigent et aux troufion juste bon à être des soldats qui s'emmerdent toute la journée en ne faisant rien et qui se saoulent la gueule 3 semaines par années:

L'efficacité ne se prouve que sur le terrain dans un conflit réel contre une autre armée ennemi. Cela dépend de ses stratèges et ceux de l'armée ennemies. Tant que l'armée suisse ne combat pas réellement personne ne peut dire si elle serait efficace ou non.

Pour ce qui est des soldats qui s'emmerdent la journée en ne faisant rien; Critique fréquentes que l'on entend; je me demande qui dit cela? J'aurai bien aimé faire partie de ces soldats. Moi je passais mes cours de répèts à courir sur le terrain a faire des exercice de tire de combats ou faire des marche de 20 ou 30 KM et certaines fois avec pactage complet sur le dos. je peut vous dire que j'avais jamais de peine à m'endormir le soir et les week end.

D.J

Écrit par : D.J | 18 septembre 2013

"mais les justifications techniques me semblent bien faibles." Tellement la supériorité française est évidente ? les Français n'ont pas fini de nous faire rire. Un peuple qui se donne le choix entre Sarkozy-Charybde et Hollande-Scylla devrait avoir la décence d'apprendre un peu l'humilité...et de changer sa constitution d'urgence.

Écrit par : Géo | 18 septembre 2013

"L'efficacité ne se prouve que sur le terrain dans un conflit réel contre une autre armée ennemi. Cela dépend de ses stratèges et ceux de l'armée ennemies. Tant que l'armée suisse ne combat pas réellement personne ne peut dire si elle serait efficace ou non."

C'est tellement vrai. Combien de fois, alors que j'étais à l'ER ou en CR, n'ai-je pas entendu :"vous, les romands, toujours rigoler, jamais travailler". Mais quand arrivait une inspection, les romands la réussissaient toujours. Alors que les suisses-allemands ........

Même qu'une fois, alors que j'étais le seul caporal romand dans une section de suisse-allemands, avec un lieutenant suisse-allemand, je suis le seul à avoir compris ses ordres lors d'une marche de section. Tous les autres ont suivi le mouvement et sont partis à gauche alors que je me retrouvais seul, comme un con, à partir à droite. Mon lieutenant a bien essayé de nier avoir demander de tourner à droite, mais c'est le commandant d'école qui est venu à mon secours !

Écrit par : Pascal | 19 septembre 2013

Le but final étant la suppression de l'armée, notre pays va au devant d'un grave problème car une armée renommée serait appelée à disparaître. En effet, pour servir dans la Garde Suisse du pape il est obligatoire d'avoir accompli son service militaire.

Écrit par : Larry Klette | 20 septembre 2013

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