30 septembre 2013

Berlusconi et la rédemption italienne

De ce côté des Alpes, l'affaire est entendue: Silvio Berlusconi est un monstre. Celui qu'on surnommait avec dédain il Cavaliere s'est récemment vu affubler de qualificatifs peu flatteurs dont "inconscient" et "fou" sont sans doute les plus honorables.

Tout est la faute de la démission des ministres de sa coalition du gouvernement, un geste apparemment décidé par Silvio Berlusconi lui-même. Le départ des ministres provoquera probablement l'effondrement de la coalition dirigeant actuellement l'Italie après cinq mois d'existence, donc des élections anticipées, une campagne électorale, une incertitude politique et tutti quanti.

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Pourquoi cette décision, ce chaos prévisible, cette remise en question d'une maigre stabilité acquise après d'âpres tractations?

Pour les médias dont la posture anti-Berlusconi n'est plus à démontrer, la responsabilité est entièrement à chercher du côté de l'homme, son attrait pour le pouvoir, le rejet de sa dernière condamnation. Après des décennies de lutte judiciaire, il sacrifierait l'Italie entière pour une maigre chance de préserver son pouvoir. Selon un "spécialiste" de la vie politique italienne:

Silvio Berlusconi est un homme qui n'a plus rien à perdre. On a sous-évalué son intelligence manichéenne. Il a une jouissance personnelle à voir qu'il peut conditionner l'avenir de l'Italie toute entière. Hormis dans les dictatures, qui a le pouvoir, par sa simple parole et son aura, de dicter la marche d'un pays? (...)

Le 4 octobre, le Sénat devait se prononcer sur sa destitution, qui le priverait de l'immunité parlementaire [et provoquerait l'exécution de sa peine de quatre ans de prison - ramenés à un seul par une amnistie - pour fraude fiscale]. Berlusconi se bat pour ne pas perdre cette immunité.

Il a l'arrogance de penser qu'il peut gagner cette guerre et que son parti, le Peuple de la liberté (PDL, droite), peut remporter la majorité lors d'élections anticipées et faire annuler cette question d'immunité. S'il y parvient, il aura gagné sur la politique et la magistrature.


Le mal, vous dis-je. Le pari fou de Berlusconi serait de ravir la majorité actuellement détenue par le parti de gauche du Premier ministre Enrico Letta pour retourner en sa faveur les votes le concernant.

Le mal est une explication pratique. Il fait de Berlusconi une sorte de démon, ce qui n'est pas pour déplaire dans certains cercles. Il empêche de creuser la question davantage - qui serait pervers au point d'enquêter sur le mal? - et permet de lancer des anathèmes à tout bout-de-champ.

Pourtant, plus sérieusement, les ambitions politiques d'un jeune homme de 77 ans paraissent limitées, quelle que soit l'issue des ses déboires judiciaires. Et la crise qui secoue l'Italie en ce début de semaine a peut-être une toute autre raison. Pour la comprendre, il faut examiner le point de vue du PLD, livré brut de forme pendant les premières heures de la crise, avant que la machine médiatique habituelle ne se mette en branle...

[Les ministres membres du Peuple de la Liberté] ont tous suivi la consigne de Silvio Berlusconi qui avait jugé plus tôt "inacceptable" et "irrecevable" l'"ultimatum" d'Enrico Letta, a-t-elle précisé. Le président du Conseil avait demandé vendredi soir une clarification devant le Parlement à propos du soutien incertain du centre droit à son gouvernement de coalition droite-gauche. Dans l'après-midi, le Cavaliere avait invité, dans un message adressé à Angelino Alfano, les ministres PDL à "évaluer l'opportunité de présenter immédiatement leur démission pour ne pas se rendre complices d'une ultérieure vexation imposée par la gauche aux Italiens".

"La décision adoptée hier par le président du Conseil de geler l'action du gouvernement, entraînant de cette façon l'augmentation de la TVA, est une grave violation du pacte de gouvernement", avait argumenté Silvio Berlusconi. Le Conseil des ministres avait été convoqué vendredi par Letta afin d'ajourner l'augmentation prévue pour le 1er octobre de la TVA, mais, en raison de la crise politique, Enrico Letta avait repoussé toute décision. L'augmentation, de 21% à 22%, sera appliquée le 1er octobre. Cette hausse d'un point est redoutée par les milieux économiques car elle risque de peser sur la consommation et la reprise.

 
Le Premier ministre de gauche aurait ainsi délibérément gelé l'action du gouvernement italien pour qu'une hausse "automatique" de la TVA ait lieu. La démission des ministres et la probable chute du gouvernement ne serait pas due à une revanche berlusconienne mais à une hausse de la TVA imposée à la hussarde contre le PLD et contre les accords signés entre les partis pour prendre part à la coalition dirigeante.

En démissionnant, les ministres du PLD ont pris leur responsabilité: plutôt dénoncer la mascarade qu'en devenir complices. Il en va de leur honneur et du sens d'un pacte gouvernemental. Bien entendu, c'est risqué, mais le blâme ne serait-il pas aussi à chercher du côté de M. Enrico Letta et de ses basses manœuvres?

Si le gouvernement actuel s'effondre et que l'Italie se lance dans une nouvelle joute électorale, à n'en pas douter, le Berlusconi Bashing battra de nouveaux records. Mais le dernier mot vient des urnes. Or, le camp de Berlusconi est le seul à rester crédible lorsqu'il affirme s'opposer aux hausses des prélèvements.

Les électeurs pourraient s'en rappeler, peu importe la bile déversée par les médias contre un homme politique qu'ils détestent depuis si longtemps.

Mise à jour (2 octobre): Berlusconi a fait volte-face et sauvé le gouvernement Letta.

29 septembre 2013

Le GIEC joue tapis

Au poker, jouer tapis revient à mettre en jeu l'ensemble de ses jetons sur une seule donne. L'aspect psychologique du geste est primordial. La manœuvre sert moins à gagner beaucoup de jetons qu'à impressionner les joueurs. En mettant toutes ses "forces" en jeu, l'audacieux (ou le fou, selon) augmente les enjeux au point de passer l'envie aux autres de se battre - et surtout de voir les cartes qu'il a réellement en main.

Le parallèle avec le rapport 2013 du GIEC n'est pas anodin.

Ces dernières années, le GIEC a traversé de nombreuses crises internes et externes. Alors qu'ils sont présentés comme l'état de l'art de la recherche climatique, ses rapports sont loin d'être irréprochables. Le GIEC a pourtant les moyens de ses ambitions. Souvenons-nous par exemple de la disparition des glaciers himalayens en 2035 - faute apparemment intentionnelle dans le but d'impressionner le public, un souci étonnant dans une publication se présentant sous le jour de la rigueur scientifique. Les erreurs factuelles ne sont que la partie émergée de l'iceberg alors que les conflits d'intérêt sont évidents au sein de l'organisation. Comment espérer un point de vue neutre de la part de rédacteurs très officiellement employés par Greenpeace?

Les problèmes d'organisation trahissent des luttes d'influence et des enjeux politique bien éloignés des objectifs annoncés. Mais ils restent eux-mêmes véniels comparés aux manipulations éhontées de la recherche scientifique, la matière première à partir de laquelle le GIEC base ses travaux. Des chercheurs de premier plan ont manipulé leur données pour faire apparaître un réchauffement là où il n'y en avait pas - là où il n'y en avait plus, de l'aveu même du directeur du GIEC.

On imagine comment certains climatologues ont dû sentir le sol se dérober sous leurs pieds en réalisant que les courbes de température ne suivaient pas les trajectoires prévues. D'où leurs leurs méthodes mafieuses, je suppose. Mais depuis, les experts du climat ont retrouvé un semblant de sérénité à travers une nouvelle stratégie. Ils justifient désormais l'absence du réchauffement climatique tant attendu en expliquant que celui-ci fait une pause. Et ce, bien qu'aucun modèle prétendant calculer les températures jusqu'en 2100 ne l'ait prévu.

L'humanité est coupable d'exister. Elle continue donc d'être responsable de réchauffement climatique même quand celui-ci n'affecte plus le thermomètre. On affirmera donc désormais que la chaleur est "stockée" quelque part. On ne sait pas encore très bien où, mais c'est l'intention qui compte...

Dans le monde réel, la moitié de ces péripéties auraient achevé la crédibilité de n'importe quel acteur se prétendant sérieux. Au pire, les spectateurs par ailleurs toujours invités à croire aveuglément au spectacle commenceraient à s'en moquer. Mais ici la réalité n'a pas vraiment de prise, comme il sied à un organisme intergouvernemental affilié à l'ONU. Au contraire, toute honte bue, le GIEC claironne désormais que les activités humaines sont responsables des catastrophes à venir de manière "extrêmement probable". Les indices de confiance sont toujours plus grands:

Le Giec explique que les activités humaines sont, de manière "extrêmement probable", avec une probabilité d’au moins 95%, la principale cause du réchauffement planétaire depuis les années 1950. Dans le précédent rapport, publié en 2007, cette probabilité était évaluée à 90%, et à 66% dans celui de 2001.


Alors que tout devrait nous amener à plus de précaution sur les prévisions alarmistes, le GIEC choisit au contraire la fuite en avant. Il clame même qu'il avait joué la prudence jusqu'ici, comme chacun a pu s'en rendre compte! Rappelez-vous encore une fois qu'il n'y a eu aucun réchauffement réel depuis dix-sept ans, selon le GIEC lui-même. Les scandales, les erreurs, les modèles erronés et les résultats opposés aux prévisions n'amènent aucune forme d'humilité. Au contraire, le GIEC s'arc-boute et frappe du poing sur la table.

La raison profonde est sans doute livrée au détour d'une interview de Michel Jarraud par la RTS. Le dialogue tout en douceur mené par Michel Cerutti - journaliste résolu à propager le dogme s'il en est - permet de lever le voile sur la stratégie de l'organisation.


C'est la fin du monde! Repentez-vous!

 
Voilà la transcription de l'interview (deuxième partie du reportage)

Michel Cerutti - Vous êtes le secrétaire général de l'Organisation Météorologique Mondiale, l'un des deux pères fondateurs du GIEC avec le Programme des Nations Unies pour l'Environnement... C'est un tableau assez sombre qu'on nous a dépeint ce matin.

Michel Jarraud - Le tableau est assez sombre dans la mesure où il confirme au-delà de tout doute possible la réalité du changement climatique et surtout le rôle de l'homme dans ce changement climatique... Au-delà du tableau sombre je crois que ce rapport est important parce qu'il fournit des éléments de plus en plus précis, des éléments importants qui vont être essentiels pour les négociations qui sont en cours sur le changement climatique. Négociations au niveau de la réduction des gaz à effet de serre mais aussi au niveau de l'adaptation. Ces négociations doivent culminer en 2015 dans une grande conférence qui aura lieu à Paris et qui doit aboutir à des accords contraignants sur ces émissions.
 
MC - En même temps on a l'impression depuis des années que le monde politique prend connaissance de ces rapports mais n'en fait pas grand cas.
 
MR - Ecoutez là je suis peut-être moins pessimiste. Au fur et à mesure des années, et c'est d'ailleurs lié à la pertinence et à la précision de plus en plus grande de ces rapports du GIEC, les politiques, les décideurs à tous les niveaux ont pris de plus en plus en compte ces informations. Et ce dernier rapport va dans la même direction, il va encore plus loin, il est encore plus précis, il est encore plus affirmatif sur [inaudible] et je pense donc que ces informations vont être encore plus utiles pour la prise de décision. Donc là je suis plutôt optimiste de ce côté-là.
 
MC - Mais vous n'avez pas envie parfois de délaisser le côté scientifique pour être plus politique, plus engagé dans ces rapports?
 
MR - (hésitation) Il faut être très prudent parce qu'il est important que les informations qui sont la base des décisions, soient le plus crédible possible. Et il faut donc éviter d'être à la fois juge et partie. Le système actuel permet justement d'éviter ce conflit d'intérêt. Les scientifiques travaillent, tous les cinq ou six ans il y a un nouveau rapport qui est évalué par leurs pairs... Ce sont des évaluations qui sont indépendantes. Donc la crédibilité de ces rapports du GIEC est de plus en plus grande. Donc je crois que c'est un bon système.


Pour quelqu'un suivant depuis quelques années les multiples scandales dans le fonctionnement du GIEC ou la "méthode scientifique" des climatologues pro-réchauffement, les propos sont tellement diamétralement opposés aux faits qu'il est difficile d'écouter sans éclater de rire. La profession de foi surréaliste semble tout droit sortie du Miniver de 1984.

Mais la phrase en gras correspond vraisemblablement à l'objectif: influer sur les grands de ce monde en 2015. Les enjeux sont importants. Le prétendu consensus autour de la responsabilité humaine d'un réchauffement climatique douteux ne cesse de se déliter. Les pays occidentaux sont ruinés. Les autres ne s'estiment pas concernés ou tournent l'entier du processus en dérision. Pour instaurer l'ébauche d'un gouvernement fasciste mondial au prétexte d'écologie, le rendez-vous de 2015 pourrait bien être le dernier.

On comprendra alors les certitudes de façade affichées par le GIEC: il fait dans la surenchère hystérique et engage tout ce qu'il lui reste de crédibilité, simplement parce que c'est la dernière donne de la soirée. Alors, il joue tapis.

23 septembre 2013

Angela Merkel, un triomphe au goût de défaite

Le mot revient en boucle dans les médias: Angela Merkel et la CDU ont triomphé ce week-end, c'est un fait sur lequel on ne reviendra pas.

Le terme reste tout de même curieux pour une chancelière condamnée à composer un gouvernement avec la gauche. La "Grande Coalition" vers laquelle l'Allemagne se dirige n'est pas vraiment le reflet d'un pouvoir sans partage.

Angela Merkel est rompue à l'exercice, elle qui a déjà mené ce genre de coalition lors de son premier mandat (2005-2009). Ses options sont ouvertes. Reste à comprendre comment une victoire aussi marquée peut se traduire dans les faits à devoir transiger avec l'opposition.

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A gauche, l'effondrement annoncé ne s'est pas produit. Les variantes de la gauche ressortent même renforcées: 319 sièges pour Die Linke, le SPD et les Verts contre 289 lors de la législature précédente. Avec 8,4% des suffrages, Les Verts en particulier ont beaucoup pâti d'une campagne ratée entachée de soupçons de complaisance envers les pédophiles. Les sondages leur prédisaient 20% il y a seulement deux ans, alors qu'ils se retrouvent aujourd'hui comme la plus petite des forces politiques présentes au parlement. Mais les voix écologistes se sont naturellement reportées sur le grand frère de gauche, le SPD.

La droite quant a elle a été victime du système électoral allemand - mais pas seulement.

En-dessous d'un seuil de 5%, les partis n'accèdent pas au Bundestag. Or, les alliés traditionnels de la CDU, les libéraux du FPD, ont été proprement laminés, passant de 14,6% à 4,8% en une législature. Pourquoi cette dégringolade? Il y a deux raisons.

La première tient au programme du FPD. En s'associant à la CDU, les libéraux pensaient influer sur le gouvernement Merkel. Il n'en fut rien et ils échouèrent à obtenir des baisses d'impôts, la base centrale de leur programme de 2009. Leurs ambigüités face à la "rigueur" dans la gestion de la crise de l'euro firent le reste. Vue de cette façon, la déroute des libéraux du FPD n'augure rien de bon pour le pays.

Ces faiblesses sont certainement pour beaucoup dans l'émergence du nouveau parti révélé par ces élections, l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), et cela constitue la seconde raison. Le parti, créé en février et lancé officiellement en avril de cette année, a réussi en quelques mois à réunir 4,7% des électeurs derrière lui. Un électeur sur vingt séduit en si peu de temps, on a rarement vu pareil démarrage!

Bien entendu, vous n'avez probablement jamais entendu parler de l'Alternative pour l'Allemagne, et comme le parti a échoué d'un cheveu à atteindre la barre des 5%, les médias pourront complaisamment continuer à ignorer son existence. L'Alternative pour l'Allemagne dérange, c'est un euphémisme. Que souhaite-t-elle? La fin de l'euro, le rejet des "plans de sauvetage" et de l'union bancaire, la restitution au niveau national de compétences captées par l'Union Européenne, et enfin le respect des critères de Maastricht et l'arrêt des financements indirects que pratiquent les Etats, s'il vous plaît! Alors, oublions-la vite!

Angela Merkel a dû pousser un soupir de soulagement. A quelques milliers de voix près, elle aurait dû affronter l'éventualité d'une coalition avec l'Alternative pour l'Allemagne sur sa droite. Elle se serait alors retrouvée au pied du mur: soit s'allier avec des eurosceptiques et remettre en question la construction européenne, une tâche certainement pas dans son plan de carrière, soit afficher ses vraies couleurs et préférer la gauche, trahissant très officiellement sa base électorale. Par chance, elle n'aura pas à affronter ce choix cornélien. Les seuls partenaires potentiels se trouvent en face.

La gauche retrouvera d'une façon ou d'une autre le chemin du gouvernement ; on peut donc s'attendre à une crise de l'euro continuant sur sa lancée - c'est-à-dire, s'aggravant petit à petit sans qu'aucun problème ne soit résolu - pendant encore quatre ans.

En s'associant à l'opposition pour partager le pouvoir après avoir saigné ses alliés, Angela Merkel inflige à son camp un désastre sur le plan des valeurs ; fort heureusement, la chancelière n'en a aucune. Sur le plan de la conquête et du maintien au pouvoir, en revanche, c'est effectivement un triomphe. Reste qu'il laisse comme un arrière-goût en bouche.

Pas de surprise, plus de Burqa

Les votations du début d'automne ont donc eu lieu, mais vous ne verrez pas ici de carte montrant comment les citoyens suisses se sont étripés. Ce n'est pas nécessaire: il n'y a guère eu de bataille ce week-end.

Trois objets fédéraux étaient soumis à votation.

Abrogation de l'obligation de servir: la dernière offensive du GSsA contre l'armée suisse, discutée ici,  fit chou blanc. Non seulement l'initiative fut balayée par 73,2% des voix, mais aucun canton, pas même romand, ne parvint à soutenir le texte. L'échec était prévisible depuis plusieurs semaines déjà mais l'ampleur de la déroute des antimilitaristes étonne. Le GSsA a fait un plus mauvais score historique, alors même qu'il prétendait seulement discuter de la façon dont l'armée s'organise. Malheureusement, la défaite sera vite oubliée alors que se profile en 2014 une nouvelle votation concernant les crédits pour l'acquisition du chasseur Gripen.

Révision de la loi sur le travail: évoquée ici, la modification mettait un terme à un ramassis d'absurdités règlementaires, comme l'interdiction dans des commerces ouverts toute la nuit de vendre tous leurs produits entre une heure et cinq heures du matin. La possibilité de vendre des légume frais au milieu de la nuit était suffisamment grave pour lancer un référendum!

La gauche se lança de toutes ses forces dans ce combat ridicule, hurlant et vociférant comme si la lutte finale était déclarée. Mais le peuple suisse ne versa pas dans l'hystérie et accepta à 56% de valider la loi. Rappelons une fois encore que la révision ne concerne absolument pas les horaires d'ouverture des magasins même si la presse, au lendemain de la votation, continue sa campagne de désinformation en évoquant les "horaires des stations-service". Eh non, il ne s'agit que des restrictions sur l'assortiment proposé à la vente.

Loi sur les épidémies, enfin, fut facilement acceptée avec 60% de oui. Ce projet de loi visait à combattre les épidémies et renforçait les prérogatives de l'Etat dans la lutte contre la maladie, avec notamment la possibilité d'instaurer des campagnes de vaccination obligatoire. Il est désormais adopté. Je ne me suis pas exprimé sur le sujet faute d'une opinion arrêtée ; les opposants regroupaient un amas hétéroclite de libéraux opposés à l’immixtion de l'Etat dans les veines de tout un chacun (littéralement), des gogos new-age opposés au principe du médicament et enfin des gauchistes horrifiés à l'idée d'être obligés d'acheter des vaccins à des multinationales.

Le dimanche de votation donna également lieu à des scrutins locaux plus intéressants. Les citoyens de la ville de Zurich refusèrent ainsi un crédit de 216 millions de francs pour la construction d'un "temple du football" de 19'000 places sur le site de l'ancien stade du Hardturm. Les grands travaux publics ne sont plus en odeur de sainteté! A Zurich encore, mais dans le canton cette fois-ci, les étrangers se virent refusé le droit de vote et d'éligibilité à l'échelon communal, refus signifié par trois électeurs sur quatre. Qu'aurait donné un scrutin de ce genre dans le canton de Vaud si le droit de vote communal des étrangers n'avait été accordé par la bande à la faveur d'un "toilettage" de la constitution?

votation du 22 septembre 2013,initiative,islam,tessinLe point d'orgue de cette journée de votation vint évidemment du Tessin, où 66% des citoyens adoptèrent l'interdiction de la burqa et du niqab. Aujourd'hui les journaux laissent la part belle aux adversaires du texte qui épanchent leur bile sans aucune retenue: "un signe inquiétant d'intolérance", explique par exemple 20 minutes ; Le Matin quant à lui joue les naïfs en précisant que "La burqa et le niqab ne sont désignés que de manière implicite" dans l'initiative populaire - sous-entendant que l'initiative visait plus l'identification des gens que leur façon de s'habiller, alors que c'est tout le contraire. Les Tessinois ne s'y trompèrent pas d'ailleurs en préférant l'initiative à un contre-projet limité à ce seul aspect.

Le Tessin n'ayant rien fait de plus que de suivre l'exemple de la France et de la Belgique, il est difficile de le critiquer... Et bien entendu, l'exemple tessinois va se répandre dans le pays.

21 septembre 2013

Les enjeux cachés de la réinsertion des criminels

Aujourd'hui à Lausanne a lieu une marche noire contre les victimes à l'appel de plusieurs associations ; une marche de révolte contre la mort d’Adeline, de Marie et de Lucie.

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Adeline n'est ni la première, ni la dernière victime du laxisme des autorités en matière de réinsertion de criminels. Peut-être la jeune mère sera-t-elle la goutte d'eau qui fait déborder le vase ; la mobilisation nous en apprendra davantage, ainsi que la suite donnée à cette affaire tant par les autorités en place que par la société civile. A l'inverse d'autre pays, la démocratie directe suisse ne permettra pas d'enterrer l'affaire aussi promptement que ne le souhaiteraient les protagonistes.

Sur Adeline et Fabrice Anthamatten, beaucoup a été dit ; loin d'être un simple accident imprévisible, l'assassinat sordide de la sociothérapeute est le résultat d'une masse impressionnante d'absurdités. Le violeur récidiviste eut un régime de sortie sans expertise psychiatrique ; l'alarme de disparition fut lancée cinq heures après que la jeune femme et le détenu eurent manqué leur rendez-vous au centre où ils étaient attendus ; l'homme put s'acheter - de façon tout à fait officielle - le couteau qui servit d'arme du crime ; il avait partagé ses vues avec le sadique de Romont et planifié son évasion en surfant sur Internet depuis sa prison, allant jusqu'à imprimer des cartes pour son parcours ; et évidemment, sommet de l'invraisemblable, il avait accès à un cours d'équitation sans aucune garde avec une jeune femme seule et séduisante au titre de sa réinsertion.

Demandez à la justice ce qu'elle en pense, on vous répondra que "les fuites sont une calamité". Comprenez, pas les évasions de prisonniers, non ; les fuites dans la presse permettant au grand public de découvrir l'ampleur du problème.

D'ailleurs, aucun responsable politique n'envisage sérieusement de réformer le système. Pour le sympathique conseiller national vert Antonio Hodgers, le meurtre d'Adeline est le prix à payer pour l'idéal de réinsertions réussies ; pour le non moins sympathique conseiller d'Etat PLR genevois Pierre Maudet, il n'est pas question de fermer le centre de la Pâquerette - bien qu'on ait pas la moindre idée de son efficacité. Mieux, en avril prochain les autorités genevoises inaugureront Curabilis, un établissement concordataire accueillant 92 personnes souffrant de troubles mentaux! Les voisins se réjouissent déjà!

Le grand public a mille fois raison de manifester. S'il pensait toutefois éveiller les autorités à de quelconques errements qu'elles ignoraient jusque-là, il se trompe lourdement.

L'irresponsabilité et l'angélisme n'excusent pas tout. Des situations comme celles ayant amené à la mort d'Adeline sont le résultat d'une logique - pas la logique voulant mordicus réinsérer n'importe qui, ou pardonner aveuglément, ou redonner une seconde chance à tout prix, ou avoir un optimiste béat sur la nature humaine des violeurs et autres meurtriers. La logique en question est celle du clientélisme.

Pensez à un prisonnier en régime carcéral. Il faut des gardiens, des surveillants, des cuisiniers ou des balayeurs peut-être. Imaginez maintenant un détenu dans un centre de "réinsertion". Il faut des gardiens et des surveillants, toujours, mais il faut aussi des accompagnateurs, des psychologues évaluateurs, des animateurs, des psychiatres, des coordinateurs, des directeurs, et même comme dans le cas de Fabrice Anthamatten un budget pour des cours d'équitation.

Autrement dit, la réinsertion est une industrie.

La réinsertion fait vivre des milliers de personnes au croisement bienheureux entre la criminalité, la médecine et l'ingénierie sociale, le tout généreusement arrosé de l'argent des contribuables. Mieux encore, plus il y a de criminalité, plus il y a de réinsertion. Les thérapies alternatives trouvent un écho des plus favorables auprès des juges lorsque les prisons "traditionnelles" sont surpeuplées. Dès lors, le cas de Carlos et son train de vie à 29'000 francs mensuels n'ont plus rien d'étonnant: ils ne sont pas perdus pour tout le monde. Carlos n'est qu'un prétexte, un faire-valoir pour justifier l'emploi de dizaines de fonctionnaires. Ils aiment bien Carlos, en fin de compte, car sans Carlos, il devraient se trouver un poste dans le privé.

Pensez-vous que tous ces gens, leurs familles et leurs amis votent pour une justice "plus stricte" et "moins de réinsertion"? A votre avis? Et au bout du compte, nous avons là une vraie base électorale très motivée.

Bien sûr, certaines étapes restent dangereuses. Adeline elle-même ne se sentait plus en sécurité dans son travail et voulait en changer. Mais son assassinat reste un dysfonctionnement et qu'on se rassure, la plupart des employés du secteur ne courent aucun risque.

Le débat sur la réinsertion des criminels est biaisé. Les manifestants indignés ne luttent pas contre l'ignorance, mais bien contre un secteur d'activité très implanté avec son réseau politique et ses rouages dans l'administration. Les acteurs sociaux qui officient dans le milieu ont fermement l'intention de continuer à vivre de leur "humanisme". Aucun accompagnateur ou thérapeute ne souhaite y laisser sa peau, naturellement ; réformes il y aura donc, mais celles-ci seront limitées aux marges du système. Parions sur une meilleure circulation de l'information, encore plus de "concertation" et de va-et-vient bureaucratique (avec autant de nouveaux postes à la clef!) et on en restera là.

Le débat de fond sur la réinsertion des criminels, le sens de la justice et l'exécution des peines n'aura pas lieu.

17 septembre 2013

L'armée, service compris

Le 22 septembre, une n-ième initiative du GSsA (Groupe pour une Suisse sans Armée) se fera balayer par le peuple. Pour une fois cependant, l'angle d'attaque original adopté contre l'armée de milice, mettre un terme à l'abrogation de l'obligation de servir, soulève des questions intéressantes.

armée de milice,armée,votation du 22 septembre 2013,prise de positionL'armée de milice représente par essence un sacrifice: effort de l'intégration dans la troupe, perte de temps, gêne financière et professionnelle, coûts, pollution. Pourquoi infliger cela à tous ceux qui ne le souhaitent pas? Dans un esprit de liberté individuelle et de responsabilité, l'adhésion à l'armée de milice ne devrait-elle pas obéir à une logique de volontariat?

Dans les autres arguments avancés par le GSsA, on peut aussi compter la barrière de plus en plus floue entre armée de métier et armée de conscrits:

L’armée suisse a déjà 40’000 spécialistes (instructeurs, analystes, techniciens et informaticiens, officiers supérieurs professionnels, etc.). Ce sont des professionnels, à plein temps ou de milice.


Face à des tâches de plus en plus techniques, l'armée doit pouvoir compter sur des professionnels sur une longue durée et pas seulement lors des cours de répétition. La professionnalisation progressive de l'armée est un fait, affaiblissant encore la position des partisans de l'armée de milice au sens strict.

Il est malheureusement difficile de suivre le GSsA sur l'ensemble de son argumentaire tant l'activisme imprègne la moindre phrase, le tout oscillant entre le grotesque - il n'y aura plus de guerre "parce qu'elle est interdite depuis l’adoption de la charte de l’ONU en 1945" - et les envolées lyriques propres à l'utopie - "il faut apprendre le respect d’autrui et de la chose vivante"...

Il existe, c'est vrai, quelques pays sans armée. Dans la liste, on relèvera ironiquement la présence du Vatican protégé par les Gardes Suisses! Tous sont de petite taille ou faiblement peuplés, beaucoup sont insulaires ; ils dépendent exclusivement d'alliances avec des puissances plus grandes pour se défendre. A noter aussi qu'à l'inverse du GSsA, aucun de ces pays ne prône l'abandon pure et simple de la protection du territoire au prétexte que les guerres appartiendraient au passé.

La Suisse ne dispose d'aucun "grand voisin" suffisamment puissant et pétri de bonnes intentions pour assurer ce rôle. A qui ferions-nous confiance? Quelle garantie avons-nous d'ailleurs que ce génie bienveillant accepterait? Sur le strict plan financier, comment savoir s'il ne demanderait pas en échange des contreparties plus chères que le coût de notre armée actuelle, et dès lors, quels seraient nos moyens de recours?

Le GSsA met toutes les armées dans le même sac - les armées des démocraties comme celles des dictatures, les professionnelles comme celles de milice, dans un manque de discernement assez caractéristique d'un type de pensée absolutiste. Pensons par exemple aux mouvements anti-armes où le discours fait rarement la différence entre une arme à feu dans les mains d'un policier ou de celles d'un malfrat, entre les armes servant à protéger la société et celles qui lui nuisent. Voilà par exemple une des énormités que le GSsA se sent obligé de servir dans sa croisade antimilitariste:

[S]ans la conscription et les levées de masse, les guerres mondiales n’auraient pas été possibles.

 
Correction: sans la conscription et les levées de masse, les guerres mondiales n’auraient pas été gagnées.

Concédons tout au plus que la Suisse n'est pas menacée militairement à l'heure actuelle. Les conflits territoriaux appartiennent-ils au passé? Nul ne le sait. Les armées ont souvent une guerre de retard ; l'identification des menaces futures est incertaine. Toutefois, l'examen des conflits récents en Europe, au proche et au moyen-Orient montre les affrontements les plus susceptibles de survenir: velléités indépendantistes, émeutes économiques, épuration ethnique, guerre interconfessionnelle, effondrement généralisé de l'Etat et déplacements de population.

Or, dans toutes ces configurations, l'armée de milice offre sans doute la réponse la plus adaptée par ses liens direct avec les habitants, son implantation locale, et le nombre ahurissant de soldats qu'elle peut rassembler en temps de crise. Dans une guerre de basse intensité, vous n'avez pas besoin d'une poignée de surhommes et de missiles dernier cri, mais d'une troupe nombreuse, sereine, proche de la population et connaissant bien le terrain.

L'obligation de servir est évidemment un sacrifice ; certains avancent qu'il ne serait pas "libéral" de procéder ainsi. C'est bien mal connaître le libéralisme. Pour les libéraux, l'Etat doit se concentrer sur ses fonctions régaliennes, justice, police, armée, et remplir ces tâches avec sérieux. Le libéralisme prône la responsabilité, pas un hédonisme utopique où chacun ne ferait que ce qui lui plaît.

Reste enfin la discussion ouverte sur les meilleurs moyens d'atteindre la sécurité. L'organisation militaire à un instant donné est le résultat d'un faisceau de compromis ; en tant que telle, elle prête toujours le flanc à la critique. L'abrogation de l'obligation de servir améliorerait-elle la situation? On pourrait argumenter que seuls les plus impliqués feraient l'armée, renforçant la motivation moyenne de la troupe. Mais on oublierait alors que le but de l'armée de milice est d'accorder une formation militaire au plus grand nombre.

Prenons un parallèle: les cours de samaritain sont obligatoires pour passer le permis de conduire. Tous les apprentis-conducteurs n'ont pas vocation à devenir secouristes. La plupart d'entre eux n'auront jamais à mettre en pratique ces connaissances au cours de leur vie. Pourtant, elles pourraient faire la différence au moment critique. Chacun comprend l'utilité de cette formation et nul ne songerait à la supprimer!

Avatar tardif de la guerre froide, le GSsA visait comme tous les mouvements pacifistes d'Europe de l'Ouest à affaiblir l'armée locale face à une éventuelle invasion par le Pacte de Varsovie. Depuis la disparition de la menace communiste les antimilitaristes forcenés continuent sur leur lancée sans qu'on sache s'ils ont succombé à leur propre endoctrinement ou souhaitent faciliter la prochaine tentative d'invasion, d'où qu'elle vienne.

Le GSsA ne veut pas mettre un terme à l'obligation de servir mais à l'armée elle-même. L'obligation de servir n'est qu'un moyen. Ceux qui comprennent la nécessité de l'armée mais pensent possible d'en avoir une sans obligation de servir devraient garder ce détail à l'esprit.