23 octobre 2013

Un douzième de bêtise, onze douzièmes de naïveté

Combien des jeunes socialistes à l'origine de l'initiative 1:12 visant à réglementer les hauts salaires en entreprise ont-ils eux-mêmes jamais travaillé dans le privé? Probablement pas beaucoup. Leur propre site délivre ses arguments en annonçant dissiper les malentendus... mais toute l'initiative est un gros malentendu.



Imaginons les perspectives d'un méchant cadre supérieur d'entreprise. Appelons-le Mister Greed. Mr Greed, la cinquantaine grisonnante, est un individu profiteur, cynique et manipulateur (ajoutez d'autres qualificatifs selon votre bon plaisir, ne reculez devant aucun cliché!) et naturellement, très très bien payé. Disons 1,2 millions par an, ce qui nous fait une somme rondelette de 100'000 CHF mensuels.

gordon-gekko.jpgL'entreprise pour laquelle Mr Greed travaille, EvilCorp™, une multinationale cotée en bourse, produit d'horribles OGM, extrait du pétrole, empoisonne l'humanité avec de l'huile de palme, vend des armes ou des médicaments hors de prix, peu importe. EvilCorp™ est présente dans 63 pays. En Suisse le plus bas salaire versé par l'entreprise est de 4'000 CHF mensuel, donc selon l'initiative le plafond salarial serait de 576'000 CHF annuels.

Mr Greed est sans scrupule - c'est dans la définition du poste - et lorgne d'un mauvais oeil le texte des jeunes socialistes dans un article de journal. Entre deux bouffées de cigare il pense tout haut: "Mmh, si ce disastrous project est accepté, comment vais-je faire pour continuer à toucher my jackpot?" Mais après un bon repas de caviar à la cantine le midi, Mr Greed est de bonne humeur: il a discuté avec d'autres requins collègues. Sur un ton mi-figue mi-raisin, l'un d'eux a suggéré le doublement de tous les bas salaires pour rentrer dans les clous de 1:12, provoquant l'hilarité générale. Lorsque les rires sont retombés, les cadres se sont penchés plus sérieusement sur diverses stratégies.

Première possibilité, déguiser son salaire. On échange simplement une partie de celui-ci contre des avantages équivalents en nature. Résidence de fonction, voiture de fonction, chauffeur de fonction, majordome de fonction, école privée de luxe de fonction pour les enfants: un grand nombre de prestations que Mr Greed paye de sa poche pourraient être pris en charge par l'entreprise, diminuant d'autant son salaire nominal. La ficelle semble grosse mais il y a bien des moyens de cacher l'origine des services...

Deuxième possibilité, délocaliser. De nombreux subalternes de Mr Greed pourraient bien voir leur emploi transféré en Roumanie ou en Chine. EvilCorp™ assurait jusqu'ici une partie de sa production en Suisse mais rien n'est gravé dans le marbre. Les justifications "médiatiquement acceptables" relèvent de la péripétie. L'éviction de ces employés permettra de dégager les bas salaires face à la loi suisse. Pour les collaborateurs de proximité, comme les anonymes chargés du nettoyage de son bureau ou du service à la cantine, Mr Greed prévoit tout simplement leur remplacement par une société de service. Ne resteront donc officiellement en Suisse que les hauts salaires. Le tour est joué.

Troisième possibilité, créer une structure ad-hoc. C'est extrêmement simple: le siège d'EvilCorp™ serait scindé en deux, avec d'un côté tous les employés jusqu'à 576'000 CHF de salaire annuel, et de l'autre, les salaires supérieurs (de 576'000 CHF à douze fois ce montant, soit 6'912'000 CHF), le tout chapeauté par une Holding ou une structure plus complexe si nécessaire. Les deux entités respecteraient scrupuleusement le ratio 1:12. Si des salaires réellement stratosphériques dépassaient les sept millions, il serait toujours possible de créer une troisième entité.

Quatrième possibilité, déménager le siège. Pourquoi travailler en Suisse? Mr Greed fait déjà de nombreux allers-retours à la City de Londres ou à Singapour. Il n'a pas d'attaches particulières pour ce pays (il parle à peine français) et le climat genevois lui réussit peu. Il estime que la Suisse est de moins en moins attractive par bien des aspects. Même le marché européen est atone. La direction évalue régulièrement les avantages et les inconvénients d'un déplacement du siège de l'entreprise ; il se pourrait que cette fois-ci la décision de changer d'horizon l'emporte.

D'autres suggestions ont fusé lors du déjeuner, comme se faire payer une partie de son salaire à l'étranger, devenir l'employé détaché en Suisse d'une filiale étrangère, passer le salaire en prime ou stock-options ou des montages plus astucieux encore, mais ce n'était qu'une phase exploratoire. EvilCorp™ a un département comptable entier cherchant sans cesse à optimiser les contributions fiscales de la société ; pour ces spécialistes, contourner l'initiative 1:12 sera un jeu d'enfant.

 



Désolé de refroidir l'enthousiasme des utopistes sous une bonne douche de réalisme mais l'idée que l'initiative des jeunes socialistes permette effectivement de contrôler les salaires élevés ne tient pas debout.

1_12.pngJe ne prétendrai à aucun moment que Mr Greed est un type bien, ni qu'il mérite chaque centime de son salaire. Il me paraît évident en revanche qu'il n'a aucunement l'intention de renoncer à celui-ci. Sachant en plus qu'il n'a aucune moralité, qu'il est bien conseillé et que son entreprise a les moyens, il n'est pas à court d'options. Il aura toujours une longueur d'avance sur ce que concocte le Parlement.

Paradoxalement, les 99,62 % d'entreprises non concernées par 1:12 subiront, elles, des tracasseries administratives inutiles puisque les services de l'Etat devront vérifier les salaires de tous, égalité de traitement oblige. La paperasserie augmentera d'autant plus que la loi d'application deviendra complexe dans le vain espoir d'attraper les gros poissons.

Faut-il pour autant renoncer devant les dérives salariales? Faut-il laisser dans certaines multinationales les cadres supérieurs en connivence avec la direction piller sans vergogne leur entreprise? Non! Les abus en termes de rémunération sont bien réels et il faut les combattre. Et c'est ce qu'a fait le peuple suisse - à travers l'initiative Minder en mars de cette année.

L'initiative Minder place les rémunérations sous le contrôle des seules personnes que les cadres dirigeants des grandes sociétés craignent vraiment, les actionnaires. Elle a été approuvée il y a six mois, pourquoi ne pas attendre qu'elle déploie ses effets?

L'Initiative 1:12 part d'un bon sentiment, mais la réalisation ne suit pas. Elle n'aura aucune conséquence sur les rémunérations qu'elle prétend encadrer, ne montera pas les salaires les plus bas, fera peser une charge administrative supplémentaire sur les PME helvétiques et risque bien de leur faire perdre de très gros clients.

La question des pertes fiscales occasionnées par l'initiative 1:12 est sujette à controverse ; l'Union Suisse des Arts et Métiers cite les chiffres désastreux d'une étude de l'Université de Saint-Gall, mais toute estimation est difficile. Il est néanmoins piquant de constater que la gauche accepte par avance la diminution des revenus fiscaux conséquente à sa propre initiative tout en brandissant l'épouvantail de cette même diminution pour des textes auxquels elle s'oppose, comme l'initiative sur les familles, en votation... Le même jour!

Soyons honnêtes: les prétendues pertes fiscales avancées par les uns ou par les autres sont très secondaires par rapport aux objectifs idéologiques qu'ils défendent. L'initiative 1:12 aura peut-être un petit effet, puisqu'elle vise à diminuer les salaires les plus imposés, mais comme la plupart des personnes visées lui échapperont... La perte d'attractivité du pays et le cortège de délocalisations qui s'ensuivra sont, en revanche, plus difficiles à estimer.

Commentaires

@Monsieur Montabert,je suis d'accord avec vous ! depuis le temps que les Socialistes reprennent des fessées dite écologicopolitiques ils devraient pourtant avoir compris. Donc il est indéniable que pour eux la fessée dite normale se doit de figurer dans la charte de l'éducation ou alors la fameuse punition du re-copiage cent fois à tous les temps;je dois parler seulement après avoir réfléchi et gagné mon argent en cessant de toujours compter sur d'autres
.A moins qu'il ne soit trop tard et qu'ils soient tous considérés comme des cas désespérés et désespérants,le plus simple évidemment serait de ré-ouvrir le bagne Cayenne,rire
toute belle soirée pour Vous

Écrit par : lovsmeralda | 23 octobre 2013

" La perte d'attractivité du pays et le cortège de délocalisations qui s'ensuivra sont, en revanche, plus difficiles à estimer."

Bah, facile:
- délocalisation (1) = moins de travailleurs frontaliers. Imaginez Nestlé Orbe qui déménage: 80-90% des collaborateurs s'en retourneraient fissa en France. (Nestlé Orbe qui, au passage, publie ses offres d'emploi directement en France via une agence de recrutement française). Pas de grandes pertes pour les "locals" qui étaient déjà perdants au départ.

délocalisations (2), en parlant des licenciements chez Philip Morris International : "140 emplois supprimés, cela me réjouit. J'espère que cela sera bien plus: ainsi nous arrêterons de nous faire virer de nos appartements pour rénover grand luxe "à l'international" et nous verrons même quelques logements se retrouver sur le marché. Lorsque 500 villas d'expats se retrouveront sur le marché en même temps, pressés de vendre, les prix chuteront. J'en salive d'avance, toutes ces bonnes affaires! Voyez-vous, je fais comme vous: je pense à moi et à moi seul-e!"
JB, dans le blog de Claudine Amstein.

Quant à l'attractivité du pays, la Suisse figure toujours au top du palmarès selon l'OCDE (source 2012).

A moins que Mr Greed ne préfère s'installer dans les pays au sommet du classement, soit en Australie ou Nouvelle Zélande, deux pays connus pour leur facilité d'accès au coeur de l'Europe, tellement propices aux échanges commerciaux US-Europe-Africa-Middle East.

Écrit par : Judith | 23 octobre 2013

M.Montabert,

Je suis malheureusement d'accord avec vous quant aux nombreuses possibilités de contourner cette mesure.

Néanmoins cette perte d'attractivité doit être mise en balance avec la pression, particulièrement immobilière, que fait subir l'actuelle forte présence de multinationales dans la région lémanique. Je ne dis pas qu'il faut les chasser, loin de là. Mais cette présence est à la fois porteuse de dynamisme économique ET de difficultés pour toute la population pour se loger.

Dans ces conditions, une légère péjoration de l'attractivité vis-à-vis des multinationales, qui plus est des moins éthiques puisqu'on parle d'équité dans les rémunérations, me paraît loin d'être dramatique, et même plutôt bénéfique.

Ensuite, concernant l'éventuelle surcroît de paperasse que générerait l'application de cette initiative: vous ne pouvez pas ignorer que toute société doit remplir en janvier la liste des salaires bruts de l'année écoulée à destination de sa caisse AVS. Cette liste suffit amplement. Donc il n'y aurait pas de paperasse supplémentaire.

Écrit par : Fufus | 24 octobre 2013

@Judith: Oui, vous pouvez vous réjouir de la perte d'emploi des autres même si c'est minable, mais on retrouve bien là "l'humanisme" gauchiste habituel. Si vous pensez que cela libérera des logements abordables pour vous, en revanche, vous vous mettez le doigt dans l’œil. Il y a une pénurie depuis des années. Une centaine de postes en moins - dont on ne sait si les personnes en question envisagent de quitter la Suisse ou non - ne seront jamais qu'une goutte d'eau. Et il y a tous les dégâts indirects à l'économie chez les fournisseurs et sous-traitants par exemple.

La théorie "chômage donc logements libres" ne résiste pas à l'examen des faits. Exemple: Genève, plus haut chômage de Suisse, plus bas taux de logements libres de Suisse.

@fufus: Vous tenez à peu près le même raisonnement que Judith. Vous oubliez chemin faisant que tous les employés sur le carreau d'une multinationale sur le départ ne sont ni des expatriés, ni des hauts salaires. Quant aux éventuels logements de luxe ainsi libérés, ne vous inquiétez pas, entre les oligarques kazhaks ou les hauts fonctionnaires de la Genève Internationale, vous ne les verrez jamais passer.

Sur l'argument de la paperasse enfin je recopie une phrase qui vous a peut-être échappé: "La paperasserie augmentera d'autant plus que la loi d'application deviendra complexe dans le vain espoir d'attraper les gros poissons."

Aujourd'hui, la paperasse est raisonnable (à vos yeux en tous cas) mais les salaires ne sont pas encadrés par 1:12. S'ils venaient à l'être, avec la législation actuelle les contournements seraient d'une facilité enfantine ; on changera donc évidemment la législation. Pas dans la direction d'une simplification, vous vous en doutez bien.

Plus de justificatifs, de flicage, de contrôle, elle va être chouette la vie sous le régime de la 1:12. Et bien sûr les classements de compétitivité en pâtiront, pour votre plus grande satisfaction.

Écrit par : Stéphane Montabert | 24 octobre 2013

"Si vous pensez que cela libérera des logements abordables pour vous, en revanche, vous vous mettez le doigt dans l’œil. Il y a une pénurie depuis des années".
Le seul doigt qui est mis dans l'œil est le vôtre, j'en ai peur.

Vous semblez ignorez les réalités des concitoyens de ce coin de pays, "même s'ils sont minables". Pourtant ce sont ces mêmes "minables" qui vous ont élu. Dès le départ d'un locataire les loyers sont doublés, voir triplés. Si un ajustement aux coûts actuels est raisonnable (suite au départ en EMS d'une personne âgée après 50 ans dans le même appartement), il y a en revanche des abus notoires dans les locations! Ce phénomène n'a rien d'humaniste, il est la conséquence de l'attractivité de l'arc lémanique pour les moyens-hauts revenus.

Mais pour vous le progrès c'est de chasser les résidents des villes dans des régions périphériques où personne n'a envie d'habiter.
C'est sûr que je voterai à Gauche, et même A Gauche Toute.
Ah! ça ira, ça ira, ça ira!

Écrit par : Judith | 24 octobre 2013

Ça peut passer, ça? La situation s'est détériorée à ce point?

Je constate que plus le temps passe, moins je parviens à éprouver du respect pour tous ces gens qui font profession de considérer les ressources qui ne leur appartiennent pas comme étant à leur disposition, afin d'ensuite les répartir à leur guise dans la société en fonction de ce que leurs bons sentiments les font s'imaginer.

Écrit par : GM | 24 octobre 2013

Il est absurde de vouloir limiter les rémunérations pour faire baisser les prix du logement, ou pour limiter l'immigration. Ca ressemble à du Gaston Lagaffe. Ou à du socialisme, ce qui est un peu pareil (mais moins rigolo).

Si vous voulez limiter l'immigration, limitez l'immigration. La Suisse a des frontières, des douaniers et des permis de séjour, non ? Quel rapport avec le salaire des chefs d'entreprise ?

Si vous voulez faire baisser les prix du logement, libéralisez la construction et supprimez l'impôt sur la valeur locative.

Écrit par : Robert Marchenoir | 24 octobre 2013

"Ca ressemble à du Gaston Lagaffe. Ou à du socialisme, ce qui est un peu pareil (mais moins rigolo)."
Nos autorités sont tout fières de nous annoncer qu'elles auront l'insigne honneur de recevoir prochainement le phare de la pensée occidentale, le sublimissime président de l'Immense République Française et son ministre Moscovici.

En voilà une idée qu'elle est bonne. L'accueil hyper-chaleureux des masses de bouviers helvétiques (formule Larousse 1870 pour désigner les Suisses...) va certainement dégeler l'atmosphère...

Écrit par : Géo | 25 octobre 2013

@M.Montabert
"Vous oubliez chemin faisant que tous les employés sur le carreau d'une multinationale sur le départ ne sont ni des expatriés, ni des hauts salaires."

Vous voulez certainement dire qu'en plus des expatriés et des hauts salaires, il y a aussi de l'emploi généré pour les locaux. C'est vrai, mais pas tant que ça. Généralement, malgré les belles promesses d'engagement de locaux, il y a souvent une bonne moitié d'expat qui arrivent.

"Quant aux éventuels logements de luxe ainsi libérés, ne vous inquiétez pas, entre les oligarques kazhaks ou les hauts fonctionnaires de la Genève Internationale, vous ne les verrez jamais passer."

Ne soyez pas si simpliste. Vous savez comment fonctionne la pression sur le marché de l'immobilier. Un détente au niveau des logements de luxe se répercute à tous les niveaux au bout d'un certain temps.

"Plus de justificatifs, de flicage, de contrôle, elle va être chouette la vie sous le régime de la 1:12. Et bien sûr les classements de compétitivité en pâtiront, pour votre plus grande satisfaction."

Je connais votre aversion pour les contrôles étatiques et votre souhait de voir reculer l'Etat jusqu'à ses tâches régaliennes, mais comment voulez-vous protéger le travailleur suisse si vous refusez tout contrôle en la matière, en le sacrifiant sur l'autel de la compétitivité ? Car on finira par s'aligner sur le salaire du chinois de base pour être toujours plus compétitif.

Écrit par : Fufus | 25 octobre 2013

@Fufus: bien sûr, si vous réduisez les hommes à leur salaire, il y a du souci à se faire. Heureusement, c'est une erreur. Comme le disait un économiste, Haïti est un des endroits du monde où la main d'oeuvre est la moins chère de la planète, mais quel industriel souhaiterait délocaliser là-bas? Et regardez l'Allemagne, elle a des ouvriers et pas à se plaindre, n'est-ce pas bizarre?

Il y a tout simplement d'autres données dans l'équation, formation, énergie, infrastructures, corruption, sécurité du droit... Tout un cadre dans lesquels les gens travaillent, qui dépasse la notion de salaire.

Écrit par : Stéphane Montabert | 25 octobre 2013

"Car on finira par s'aligner sur le salaire du chinois de base pour être toujours plus compétitif."

Attendez, Fufus... Si je comprends bien, vous êtes favorable à l'initiative 1:12 ? Et votre argument, c'est que vous refusez que les salaires baissent ? Mais l'initiative 1:12 est précisément destinée à faire baisser les salaires...

Vous ne voyez pas la contradiction ? Vous êtes de ceux qui pensent que la richesse un un gâteau fixe, que l'on a à se partager, et que si certains sont plus riches, alors il en découle immanquablement que les autres seront plus pauvres ?

Écrit par : Robert Marchenoir | 25 octobre 2013

On ne scie pas la branche sur laquelle on est assis, sans se prendre un sale coup dans l'épine dorsale!
Alors réfléchissons, juste ça, avant de voter n'importe quoi!

Écrit par : Corélande | 27 octobre 2013

@M.Montabert
"Et regardez l'Allemagne, elle a des ouvriers et pas à se plaindre, n'est-ce pas bizarre?"

Le "miracle économique allemand" est contrasté. L'employé de base voit sont salaire baisser. Tant mieux pour la compétitivité, tant pis pour sa gueule.

@M.Marchenoir
"Mais l'initiative 1:12 est précisément destinée à faire baisser les salaires..."

Les salaires incohérents des top manager, pas les salaires de l'employé de base.

Bien-sûr que la richesse produite peut être vue comme un gâteau à se partager. Comment la voyez vous, vous ? (je sens que vous allez me ressortir la vieille théorie du bon patron qui crée la richesse tout seul et permet à ses employés de manger...)

Écrit par : Fufus | 27 octobre 2013

Je ne vais rien vous ressortir, Fufus, car vous semblez croire que l'économie est avant tout affaire d'opinions. Si le sujet vous intéresse vraiment, lisez quelques livres d'initiation à l'économie. Il y a des lois économiques, et elles ne dépendent pas de votre point de vue ou du mien.

Écrit par : Robert Marchenoir | 28 octobre 2013

" Bien-sûr que la richesse produite peut être vue comme un gâteau à se partager. Comment la voyez vous, vous ? (je sens que vous allez me ressortir la vieille théorie du bon patron qui crée la richesse tout seul et permet à ses employés de manger...) "

Une société libérale permet justement à n'importe qu'elle individu de pouvoir créer son propre gâteau. Ce que les socialistes n'ont toujours pas compris. Enfin si ils le comprennent; mais se mentent à eux-mêmes comme toujours étant donné que le socialisme est basé sur le mensonge. Leur idéologie c'est de faire une société d'assistés de l'état en puisant toujours plus dans le gâteau des riches.

D.J

Écrit par : D.J | 28 octobre 2013

@fufus: "Bien-sûr que la richesse produite peut être vue comme un gâteau à se partager. Comment la voyez vous, vous ?"

An 0 : 170 à 400 millions d'humains sur terre.
1900: 1,55 à 1,76 milliard d'humains sur terre.
2000: 6 milliards d'humains sur terre.

Si la richesse produite est un gâteau constant à se partager, tous les humains du monde auraient été en l'an 2000 trois fois moins riche qu'un siècle plus tôt. Et quinze fois moins riche qu'en l'an 0. En moyenne.

Démontez-nous cela avec des théories marxistes, pour rigoler.

Conclusions, qui sont aussi mon point de vue rationnel sur la "richesse":
1. la richesse mondiale augmente continuellement.
2. la richesse des uns n'entraîne donc pas la pauvreté des autres.
3. les raisonnements à base de "gâteau à se partager" sont faux.
4. le socialisme et le marxisme ne correspondent pas à une interprétation correcte du monde (une façon polie de dire que c'est n'importe quoi).

Écrit par : Stéphane Montabert | 28 octobre 2013

@M.Marchenoir

Le sujet m'intéresse en effet, j'ai fait une licence universitaire dans le domaine.
Il y a bien des lois de bases en économie qui font consensus, mais les prérequis et les cadres d'applications sont sujet à débat.

@DJ

Oui, vous me sortez la théorie (qui n'est pas la mienne) que j'évoquais. Il est évident que nous ne nous mettrons pas d'accord sur ce sujet.

@M.Montabert

Si vous souhaitez affiner cette théorie du "gâteau à se partager" et la vérifier dans le temps, il vous faudra aussi prendre en compte les montants de la richesse mondiale produite et la valeur de la monnaie au temps T. Parce que le "PIB mondial" n'était pas le même à l'an 0 qu'aujourd'hui, convenez-en.

"2. la richesse des uns n'entraîne donc pas la pauvreté des autres"

Dans une société de fermiers où chacun produisait vraiment sa richesse, cette affirmation est vraie. Mais dans une société moderne, c'est le couple patronat-salariat qui produit ensemble la richesse. Pas de richesse produite s'il n'y a pas de patron ou s'il n'y a pas de salariés. La richesse produite par ce couple étant finie, si le patron prend plus, les salariés auront moins et inversement.

Écrit par : Fufus | 28 octobre 2013

"Si le patron prend plus, les salariés auront moins et inversement." (Fufus)

Admettons que ce soit vrai. (C'est faux, car il existe d'autres facteurs et la situation est dynamique, mais admettons.)

Qu'est-ce que vous fait dire qu'il faut, alors, baisser le salaire du patron, et non celui des salariés ?

Écrit par : Robert Marchenoir | 28 octobre 2013

@fufus: votre tirade sur les patrons n'a aucun sens. Ces rôles ce sont établis au cours du temps parce qu'ils convenaient à chacune des deux parties. Ils ne sont d'ailleurs pas gravés dans le marbre et l'un peut devenir l'autre à travers un revers de fortune ou au contraire la volonté de concrétiser une idée. Si vous rejetez ce système, n'hésitez pas à tout plaquer pour retrouver l'état de nature de la société de fermiers où chacun gratte la terre pour "un peu de richesse" comme vous dites. Vous découvrirez assez vite que l'autarcie (où chacun produit ce qu'il consomme de A à Z, le rêve des altermondialistes) correspond au dénuement le plus profond.

Quant à la richesse mondiale, je conviens surtout que vous tentez de noyer le poisson en rajoutant des éléments sortis du chapeau. Mais introduisez le PIB mondial, allez-y. Jetez la valeur de la monnaie au temps T dans la marmite autant que vous voulez. Et osez affirmer noir sur blanc que la prospérité de l'humanité d'aujourd'hui est identique à celle de 1900 ou de Jésus-Christ sur quelque critère que ce soit - richesse globale, production, niveau de vie...

Écrit par : Stéphane Montabert | 29 octobre 2013

@M.Marchenoir:

(Bien-sûr c'est très réducteur. Il y a aussi notamment la rémunération des actionnaires dans l'équation)

Ce qui me fait dire qu'il faut réduire le salaire de certains patrons, c'est que quand ils gagnent 200x le salaire de base, ça n'a juste aucun rapport avec le travail fourni. La continuation de telles inégalités va forcément engendrer des problèmes sociétaux.

@M.Montabert

L'autarcie ce n'est pas "chacun produit ce qu'il consomme de A à Z", c'est l'autosuffisance à l'échelle d'un pays. Ça n'a rien à voir. Pierre peut produire des patates et les vendre à Jean qui produit des pommes, etc. Bref, je ne vois pas pourquoi vous déviez sur l'autarcie de toute manière.

Cette "théorie du gâteau à partager" que vous semblez rejeter n'est même pas une théorie au sens strict, ce n'est pas une hypothèse, c'est juste une perspective. Il y a une masse de richesse produite. Il y a un nombre d'habitants. Il y a donc, de fait, une répartition plus ou moins inégale.

Écrit par : Fufus | 30 octobre 2013

Fufus,

Vous dites que le salaire de certains patrons n'a pas de rapport avec le travail fourni. Mais qu'est-ce qui vous permet de dire cela ? Est-ce que le prix du caviar a un rapport avec son goût ? Ou, d'ailleurs, avec le travail fourni pour le produire ? Les oeufs de lump coûtent infiniment moins cher. Pourtant, le supplément de prix nécessaire pour acheter du caviar est loin d'être justifié par la différence de goût.

Vous faites l'erreur classique de penser qu'un prix (et un salaire est un prix) reflète une qualité objectivement mesurable de la chose vendue. Ce n'est pas le cas. Le prix d'une chose est celui auquel l'acheteur est disposé à l'acheter, et le vendeur à la vendre.

Vous ne répondez pas à ma question, parce que vous n'avez pas envisagé la possibilité qu'elle évoque, et qui est l'inverse de l'option "de bon sens" : à savoir qu'à partir du moment où l'on considère que les rémunérations des salariés et du patron constitueraient un gâteau fixe qu'il faudrait se partager, l'objectif souhaitable pourrait être de maximiser le salaire du patron et de minimiser celui des salariés.

Ca vous choque ? Pourquoi ? Pourquoi, quand on évoque le problème, part-on automatiquement de l'hypothèse que le salaire du patron est probablement trop élevé, et celui des salariés trop bas, et non l'inverse ?

La réponse est simple : par réflexe marxiste. C'est uniquement parce que les esprits ont été infectés par l'idéologie de la lutte des classes qu'une telle absurdité est possible.

Maintenant, je vais vous expliquer pourquoi il pourrait être tout à fait souhaitable d'avoir le salaire le plus élevé possible pour le patron, et le plus bas possible pour les salariés : il existe des entreprises sans salariés, il n'existe pas d'entreprises sans patron.

Une autre façon de dire cela est de faire remarquer que la motivation du patron est plus importante que celle des salariés.

Je ne propose naturellement pas de baisser les salaires existants des employés pour augmenter celui du PDG. J'évoque cette hypothèse à titre d'outil de réflexion. Mais j'espère que cette considération contribuera à remettre la balle au centre...

Voilà pour les considérations purement économiques. Maintenant, vous évoquez un critère non économique, qui serait le risque de troubles sociaux provoqués par un écart de rémunérations trop grand. C'est un argument politique, et non économique. L'initative Minder répond tout à fait à ce souci. Il n'y a nul besoin, pour l'Etat, de fixer autoritairement un éventail de salaires -- et le voudrait-il, qu'il ne le pourrait pas.

Un à 12 ? Pourquoi 12 ? Pourquoi pas 16, 50 ou 100 ? Pourquoi pas 6, d'ailleurs ? Un PDG a-t-il vraiment "besoin" de manger douze fois plus ? D'avoir une voiture douze fois plus belle ? Voyez que lorsqu'on met le doigt dans ce genre de considérations, on n'en sort plus...

Quand les planificateurs de l'Union soviétique ont voulu fixer le prix des choses, ils se sont fait envoyer, par leur ambassade de Paris, des catalogues de vente par correspondance d'entreprises privées françaises, tellement ils manquaient de repères.

Cela étant, laissez-moi vous dire qu'à mon avis, le risque d'une rupture du lien social, pour cause d'écarts trop grands entre le salaire des PDG et ceux des travailleurs ordinaires, est assez lointain, en Suisse, s'agissant d'un pays où le niveau de vie réel est l'un des plus élevés du monde (et je ne parle pas de celui des PDG...).

Écrit par : Robert Marchenoir | 31 octobre 2013

Il y a eu un quiproquo, M.Marchenoir. La richesse vue comme un gâteau à se partager ne concerne pas uniquement les salaires parmi les salariés mais la richesse produite globale qui tend peu à peu à aller plus vers le capital et moins vers les salaires.

Cela dit, je vous concède volontiers que sur le plan purement économique, une entreprise pourrait maximiser ses profits en payant très cher un excellent patron et en payant des clopinettes ses ouvriers.

Mais l'économie, en tant que science, n'est qu'un outil de calcul et de compréhension des phénomènes. Elle n'est, comme toute science, pas une fin en soi. Chacun a son idée de ce qui est souhaitable, du but à atteindre. Je pense que la société doit tendre vers plus égalité pour être plus harmonieuse. Vous pensez différemment. Nous sommes tous deux empreints d'idéologies, ne nous le cachons pas.

Quant à la rupture du lien social: le Grand Soir n'est effectivement pas pour demain en Suisse. Néanmoins, il faut être attentif à la tendance si on ne veut pas finir cuits comme la grenouille dans l'eau chaude.

Écrit par : Fufus | 31 octobre 2013

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