13 novembre 2013

Quand l'Etat brise les familles

L'histoire révoltante de la semaine nous vient d'Italie où des parents viennent de se faire retirer la garde de leur enfant, leur enfant biologique, au prétexte qu'ils étaient trop vieux pour s'en occuper - une situation qui a ému même la rédaction du Matin.

italie,justice,familleGabriella Carsano et Luigi Deambrosis sont empêchés de revoir la petite fille qu'ils ont eu par procréation assistée, elle à 56 ans, lui à 62, après des années passées à tenter d'avoir un enfant. Leur faute? Avoir laissé le nouveau-né dans leur voiture à quelques mètres d'eux...

En allant faire des courses, le couple laisse la petite dans la voiture. Enfin laisser est un grand mot, selon leur avocat, qui expliquera aux juges saisis pour abandon de mineur que Luigi Deambrosis montait la garde quelques mètres plus loin.


Le couple sera finalement acquitté de l'accusation outrancière "d'abandon de mineur" mais la machine judiciaire s'est mise en branle et plus rien ne peut l'arrêter. Elle réclame du sang.

Deux jours après l'ouverture de l'enquête, les carabiniers frappent à la porte et emmènent l'enfant, âgée de 35 jours à peine. Le début d'un calvaire épouvantable qui durera trois ans. Le couple gagne le procès [sur l'abandon de mineur], mais ne réussit pas à récupérer la petite, placée dans une famille d'accueil. (...)


Douce image d'une police toquant à l'aube à la porte pour arracher un nouveau-né à ses parents... Écartons d'un revers de main les excuses banales comme la décision arbitraire d'un juge mal embouché: l'ensemble de l'affaire est complètement assumé par la justice italienne du début à la fin. Le dénouement survient après trois ans de lutte parce que les parents ont désormais perdu tous leurs recours, tant en appel qu'en cassation, donc devant toute une brochette de magistrats expérimentés. A tous les niveaux la même justification: trop vieux pour avoir un enfant.

Dans le dernier verdit, les magistrats de la Cour de cassation ont été extrêmement clairs: la différence d'âge entre les parents et l'enfant est trop importante. La fillette devra être adoptée et ses parents naturels ne pourront plus jamais la voir.


Dans la mesure où partout dans le monde les circonstances de la vie font que des millions d'enfants sont élevés par leurs grands-parents ou d'autres encore, ce jugement absurde cache évidemment quelque chose.

Un besoin narcissique de détruire une famille

La correspondante italienne du quotidien évoque l'aspect "social et affectif" de l'affaire face à une société avide de faire un enfant après la cinquantaine, mais il ne s'agit pas que d'une question technique liée à l'effet de la procréation assistée. Sur un autre média, on apprend que la cour - du haut de sa grande sagesse - dénonce "le besoin narcissique d'avoir un enfant".

Remercions nos parents d'avoir éprouvé pareil besoin narcissique, faute de quoi l'humanité aurait disparu depuis longtemps.

Certes, parents âgés dit parents grabataires à long terme ; la cour affirme ainsi, de façon péremptoire, que les parents "ne se sont jamais posé de questions sur le fait que leur fille se retrouvera orpheline très jeune et qu’elle sera contrainte de prendre soin de parents âgés".  Mais qu'en savent-ils? L'espérance de vie augmente sans cesse. Les parents pourraient avoir pris les précautions pour assurer leurs vieux jours, assurer leur fille contre les aléas de la vie, avoir des cousins ou des neveux prêts à aider plus tard... Ironiquement, la suppression de leur descendance par la cour garantit que les parents âgés seront dans leur vieillesse exclusivement à la charge de la société.

En lieu et place de catastrophes hypothétiques, la justice italienne a choisi de façon plus pragmatique d'infliger la douleur de la perte immédiatement. Mais aussi de faire un exemple.

Les décisions de justice absurdes ne sont parfois que le reflet des contradictions du législateur. Ici, les juges ont appliqué - avec toute l'inhumanité qu'il sied à leur robe - la loi italienne controversée sur la procréation assistée.

[La procréation assistée en Italie] n’est permise qu’à un « couple » répondant à différentes conditions. Les deux membres du couple doivent être majeurs, de sexe différent. Il doit s’agir d’un couple marié ou d’un couple vivant en concubinage. Les deux membres du couple doivent être « en âge de procréer » et ils doivent être vivants. Sont donc exclus de la procréation assistée les mineurs, les femmes seules, les couples d’homosexuels et les « madri nonne » (mères grands-mères).

 
En gros, ne sont autorisés à procréer avec assistance que les parents qui pourraient "traditionnellement" avoir un enfant, et donnez ici l'interprétation la plus conservatrice de ce terme. Mais qui aurait imaginé que ces limitations à la procréation assistée s'appliqueraient même après la naissance de l'enfant? Les juges italiens, des hommes sans aucun doute formés, cultivés et intellectuellement développés, n'ont pas hésité une seconde à se lancer dans cette trajectoire kafkaïenne. Leurs décisions sont plus évocatrices de leur humanisme que n'importe quel discours.

Pour échapper au carcan de restrictions légales absurdes, Gabriella Carsano et Luigi Deambrosis avaient fait comme des centaines d'autres italiens: ils sont allés à l'étranger. Mal leur en a pris, ils ont désobéi. Il fallait les punir pour leur outrecuidance. Pour l'exemple.

Que les Italiens souhaitant vaincre les faiblesses de la nature pour avoir une descendance sachent à quoi ils s'exposent: si la "justice" s'intéresse à leur cas, quelle que soit le prétexte, leur famille sera brisée.

Le tout dans l'intérêt de l'enfant, bien entendu. Nous ne sommes plus à un mensonge près.

Commentaires

@Monsieur Montabert,innovez bon sang!
vous ne vous en lassez donc jamais comme d'autres de nous ressortir le fameux cliché de la Sainte Famille avant des votations comme celles en jeu actuellement? c'est le coup classique servi au peuple depuis des millénaires avant chaque votation surtout si la famille est un des objets/rire
Cependant comme il est écrit dans le texte autant faire des enfants en étant vivant et surtout très jeune cela évite bien des déconvenues aux parents ,car plus on est jeune plus vite on saura débusquer les coups retors préparés en catimini par ces chères tête blondes.
Vous mêmes Monsieur Montabert avez été un ado aux idées révolutionnaires souvenez vous en ,mais oui on y passe tous .La loi de la vie impose des paliers à franchir pour couper le sacré cordon ombilical qui sont vitaux pour tous,surtout avec des garçons qui ne seront jamais à court d'idées pour exploiter leurs besoins de s'affirmer alors autant être parents jeunes au moins à l'âge de la retraite on peut en rire et se souvenir de ses propres frasques ce qui fait très souvent peur de nos jours à beaucoup de parents car porté sur la sainteté de la famille ,eux par orgueil mal placé n'avoueront jamais ce côté déplaisant qui a été le leur en étant ados
Et si d'aventure cette crise salvatrice n'a pas eut lieu, pauvre électorat c'est lui qui en fera les frais. Ceci étant pour un autre parti je vous rassure car eux sauront utiliser l'écotaxe pour chaque ados encore à la maison après 40 ans,ils sauront exploiter leurs propres défauts celui qui leur fait dire,en Suisse les Vieux coutent trops chers alors pensez avec des enfants en plus
toute belle journée pour Vous

Écrit par : lovsmeralda | 14 novembre 2013

Si le sujet vous intéresse, allez donc voir un peu ce qui se passe en Grande-Bretagne, où les soi-disant services sociaux procèdent à des enlèvements d'enfants sur des critères absolument futiles. Cela relève véritablement du totalitarisme communiste.

Écrit par : Robert Marchenoir | 14 novembre 2013

Cette histoire m'a pas mal questionné. Je ne voyais pas les Italiens comme ça. Plutôt les Suisses, à vrai dire. Les orphelins mis aux enchères pour faire l'esclave chez les paysans, c'était ici et nulle part ailleurs...
Il faut peut-être croire qu'on est allé tellement loin dans les abus du contrôle social dans notre pays dans les années 30 à 50 que le retour de bâton a été assez fort...
Mais le fascisme ne les a pas guéri, les Italiens ?

Écrit par : Géo | 14 novembre 2013

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